N£CES5A1RE
2^ GUERRE. RENFORT NÉCESSAIRE A VILLEMARIE. l65l. l3l
« pays était comme aux abois. Tous voulaient quitter le « Canada, on ne s'entretenait d'autre chose; & on eût été « forcé de prendre ce parti, si Dieu n'eût remédié à nos « maux, comme il le fit, en inspirant à M. de Maison- « neuve de faire un voyage en France, pour demander du « secours à messieurs de Montréal, w II paraît que mademoiselle Mance parle ainsi, par un effet de sa modeftie ordinaire, & que ce fut elle-même qui donna à M. de Maisonneuve ce salutaire conseil. Du moins, M. DoUier de Casson assure que mademoiselle Mance, considérant & pesant Tétat alarmant des circonlfances, conseilla à M. de Maisonneuve d'aller en France, pour en ramener un renfort devenu nécessaire à la conservation du pays (2), r2)HittoireduMont Quoi qu'il en soit, mademoiselle Mance ajoute ce qui suit « M. de Maisonneuve, résolu de passer en France pour « demander du secours à messieurs de Montréal, me dit « que, s'il ne pouvait obtenir au moins cent hommes, il « ne reviendrait plus à Villemarie; ,&, dans ce cas, me « manderait de m'en retourner en France, avec tout ce « que nous étions de monde, & d'abandonner Ihabi- « tation. »
rcal, !65o-i65
MADEMOISELLE JIAN'CE OFFRE A M. DE MAI- SONNEUVE VINGT- DEUX MILLE FRANCS
« Moi, faisant réflexion sur notre état désolant, ^
(( étant dans une grande peine & angoisse d'esprit, de
« voir les choses en une telle extrémité, je recommandai
(I très-humblement à Dieu &: à la Très-Sainte Vierge cette ^^ l'hôpital, pour
« habitation de Villemarie, sous la prote^fion de laquelle lever une recrue.
« elle eft placée, la suppliant très-inllamment d'avoir pitié
« de nous & de tout ce pauvre pays désolé. Comme je
« savais que vingt-deux mille livres de la fondation de
« l'hôpital avaient été placées chez M. de Renty, qui étaient
« prêtes à être remboursées, il me vint à Tesprit qu'un bon
« moyen pour nous tirer de cet état de faiblesse, ce serait
« de prendre cette somme pour l'employer à nous ame-
« ner du renfort; qu'il valait mieux conserver de cette
« sorte l'habitation de Villemarie, que de l'abandonner,
« faute de secours, à la merci & aux furies insolentes des
l32 11^ PARTIE. LES CENT ASSOC. ET LA COMP. DE MONTREAL.
« Iroquois; que ces barbares prendraient de là sujet de « se moquer de notre religion, & de mépriser notre Dieu, « disant qu'il nous aurait ainsi abandonnés ; & qu'enfin « ils seraient les maîtres d'un lieu où il aurait été servi & « adoré. Je voyais que ce serait une grande honte & une « confusion insupportable, après ce que tant de saintes & (( illuftres personnes avaient fait en faveur de Villemarie, « d'être ainsi fruftreés de l'espérance qu'elles avaient, que « Dieu serait servi & honoré dans ce pays; & je crus que « madame la Fondatrice de notre Hôpital, en particulier, (I en recevrait une afïlidion insupportable & non pareille. « Ainsi, me figurant que j'étais en sa présence, je crus lui (I faire un plaisir indicible en proposant à M. de Maison- « neuve de prendre cette somme de vingt-deux mille livres, « pour conserver aux pauvres de ce lieu les deux autres « tiers du bien dont elle les faisait jouir, & sauver par là un pays où infailliblement Dieu serait beaucoup honoré, en retirant une infinité d'âmes des ténèbres de l'infidélité. Qu'enfin, quand la fondation entière de cette bonne Dame ne servirait qu'au seul bien d'avoir conservé ce pays, ce serait assez de consolation pour elle. Après avoir fait ces réflexions en moi-même, je sentis mon esprit & mon cœur si assurés du consentement de notre Fondatrice, & si affermis dans cette convidion, que je ne pus avoir là-dessus le moindre doute. Aussi, je m'en allai incontinent chez M. de Maisonneuve , pour lui faire cette même proposition.
B, DE MAISONNEUVE OFFRE LA MOITIÉ DU (| DOMAINE DES SEI- GNEURS POUR DÉDOM- MAGER l'hôpital, ET ({
PART POUR LAFR
Il II me dit qu'il y réfléchirait; & après y avoir pensé devant Dieu & l'avoir prié, il me proposa d'accepter, en échange de cette somme, la moitié du domaine des Seigneurs, qu'il faisait cultiver pour le soulagement des pauvres. Je l'acceptai, sans croire faire par là un achat ; car je n'avais en vue que de sauver le tout par cette partie, parce que nous étions à la dernière extrémité. Tous- ceux qui étaient alors ici, & qui sont encore vivants, peuvent rendre témoignage de l'état où se trou-
M. DE LAUSON, GOUVERNEUR GÉNÉRAL. l65l. 1 33
vait Ihahitation de Montréal, tels que le R. P. Pijart, qui y exerçait la charge des âmes, avec feu le R. P. Simon LeMoyne; M. des Musseaux, qui prit le gouvernement de Villemarie après le départ de M. de Maisonneuve; enfin tous ceux qui alors étaient retirés avec leurs familles dans -le Fort, & les soldats en garnison dans THôpital, où ils demeurèrent pendant quatre ans & demi, pour le conserver. Il serait trop long de les nommer; plusieurs, qui vivent encore, peuvent en rendre témoignage (i). » Malgré les assurances réitérées que (i) Archives du sémademoiselle Mance donnait du consentement de la bien- ^^"us'^^de ^mad"emoifaitrice inconnue, M. de Maisonneuve désira, lorsqu'il seiie Manœ sur les serait à Paris, de faire part de ces arrangements à cette ^J.^f"^^!"" """^ ''" Dame elle-même, &, sur la demande qu'il lui fit alors de son. nom, mademoiselle Mance la lui nomma, jugeant qu'elle avait une raison suffisante pour lui découvrir ce secret. 11 n'y avait pas de temps à perdre : M. de Maisonneuve quitta donc Villemarie, & laissa le gouvernement de l'île de Montréal à M. d'Aillebouft des Musseaux, dont il connaissait le courage & la prudence. Dans la trifte situation où se trouvait alors ce pofle, son départ eût rendu inconsolables tous les colons ; mais l'espérance qu'il leur donna d'un heureux retour, qui, par le renfort qu'il procurerait au pays, changerait Tétat des choses, leur rendit plus supportable la longueur de son absence, qui fut de deux ans.
Lorsque M. de Maisonneuve partit pour la France, m. delauson succède M. de Lauson, Tun des associés de la Grande-Compagnie, dont il avait été premier intendant, venait d'arriver à Québec, le i3 odobre, comme Gouverneur général, en remplacement de M. d'Aillebouft (2). Il avait reçu ses (2)Reiationdei65i, provisionsde Gouverneurle 17 janvier de cette année i65i, ^■.'^ ''°n"i!'''« ^^
, . . suites, octob. lODi.
semblables à celles de son prédécesseur; &, comme ces ,3, Archives du midernières, elles ne devaient durer que trois années, à dater niftère des affaires du jour où il arriverait à Québec (3). M. d'Aillebouft lui <='""sères à Paris,
, ^ ,/ ^o] Amérique, fol,
remit donc le gouvernement général, « laissant ainsi sans 383.
A M. D AILLEBOUST EN (iUALITÉ DE GOU- VERNEUR GÉNÉRAL.
« regrets, dit le P. de Charlevoix, une place où il ne pou-
« vait être que le témoin de la désolation de la colonie,
« dont on ne le mettait pas en état de soutenir la di-
(i) Archives du mi- « gnité (i). )) Il paraît pourtant que M. de Lauson accepta
niftère des affaires ^^.^^ plaisir Cette même place, ou plutôt qu'il s'était offert
étrangères a Pans, i^ . .
vol. Amérique, fol. de lui-mème pour la remplir, quoique, selon Tusage, il eût '^^'^- été présenté en première ligne au roi & à la reine régente
par la Compagnie, avec deux autres associés : M. Du (2)7Wi., foi.416. Plessis-Kerbodot & M. Rohineau-Bécancourt (2). C'eft que, sans doute, il voulait réaliser enfin les projets d'établissement en Canada qu'il avait formés autrefois en faveur de sa famille, spécialement à l'égard de plusieurs de ses fils, qu'il amena avec lui, & que nous ferons connaître dans la suite. Mais sa nomination ne procura pas à Villemarie tous les avantages qu'il eût été permis d'en désirer.
M. DE MAisoNNEuvE Lc uouvcau Gou^■erneur était ce même Jean de Lau-
NOMME POUR co,.- ^^^ ■ ^^^^^ ^^^ auparavaut, à la prière du P. Charles