ET SONT CONTRAINTS DE SE RETIRER
de l'Incarnation, lettre 49', p. 5o5
l6o H'^ PARTIE. LES CENT ASSOC. ET LA COMP. DE MONTRÉAL.
marchaient en effet sur Villemarie, résolus de Tattaquer & de la détruire.
xvni.
BIX CENTS AGNiERs AT- L'amvée de cette armée répandit partout la terreur.
TAdUENT VILLEMARIE „ ]^gg Agnlefs sout vcHus eH si grand nombre, écrivait, le 6 septembre de cette année i653, la Mère Marie de l'Incarnation, que nous aurions été enveloppés dans un même carnage, si la bonté divine ne nous eût préservés (i) Lettres de Marie « par Une voie toute miraculeuse (i). » Ils attaquèrent en eff"et Villemarie ; mais ils furent vigoureusement repoussés & n'eurent d'autre avantage que de prendre quelques sauvages & quelques Français qui se trouvaient à Té- [i)ibia.,p. -o-;. cart (2). Nous ne connaissons pas les circonftances de leurs attaques, ni les noms de ceux qu'ils firent prisonniers; nous voyons seulement, par le regiflre mortuaire, qu'ils tuèrent l'un des colons, nommé Michel Noila, le 20 (3) Registre des se'- du mois de juillet (3). Cependant, comme cette armée forpuitures, 20 juillet midable fut contrainte de se retirer, se voyant repousser
io53. Journal des Je- . - ,
suites, août iG53. Vaillamment, on peut croire, avec quelque fondement, que l'adion de valeur racontée par la Mère Juchereau, rapportée plus haut, arriva dans cette circonflance ; du moins elle suppose que cette armée d'Iroquois se composait d'environ huit cents hommes, nombre peut-être exagéré, mais qu'elle pouvait avoir employé pour désigner les six cents barbares qui fondirent, cette année, sur Villemarie. Quoi qu'il en soit, ils se retirèrent incontinent, résolus d'aller aux Trois-Rivières, de s'emparer de ce porte & de s'y établir, selon leur premier dessein.
MADEMOISELLE MANCE Immédiatement avant qu'il y descendissent, & lors-
DEscEND A çiuEEEc, q^-Qu Igttorait encore, à Villemarie, leur nouveau plan de
ou L ARRIVEE PRO- i l-» ' ' T
CHAINE DE M. DE MAI- campague, mademoiselle Mance eut la pensée d'aller à
Québec pour y attendre M. de Maisonneuve, ou du moins
pour y recevoir quelque nouvelle de son retour, si ardem-
(4)HiftoireduMont- mcnt désiré par tous les colons (.4). Comme il ne parais-
reaide i65i a i6d3. ggi^. ^^^^ malgré les assurances qu'il avait données, 8c que
d'ailleurs Villemarie était sans cesse exposée à la bouche-
SONNEUVE FAIT NAITRE LACONFIANCE.
IROQUOIS QUI DEMANDENT LA PAIX. l653. l6l
rie des barbares, quelques-uns de ses soldats, qui désespéraient de le voir revenir, voulurent descendre à Québec, pour repasser de là en France, s'ils ne devaient plus compter sur lui; & mademoiselle Mance profita de cette occasion pour être escortée par eux dans le voyage (i). (o Écrits autogra- Mais Tempressement même qu'elle mit à se rendre alors p'^es de la Sœur Boura Québec, quoiqu il n y eut pas d apparence que des vaisseaux y eussent déjà abordé, fut regardé comme un trait visible de la Providence sur elle. A peine avait-elle passé les Trois-Rivières, que les six cents Iroquois arrivèrent devant cette place; & il efi bien probable que, si son départ de Villemarie eût été différé de quelques jours, elle eût donné infailliblement dans ce blocus, & que, n'ayant pu descendre en chaloupe, mais seulement en canot, elle eût été prise par ces barbares & fût devenue la vidime de leurs cruautés (2). A Québec, elle apprit par (2)HiftoireduMont- M. du Hérisson, qui arrivait de France, que M. de Mai- "'^^^''^^ '^^^ ^ '^^^• sonneuve était en mer avec plus de cent hommes. Cette nouvelle la combla de joie & fit renaître la confiance dans les cœurs de tous les colons de Québec & des environs, jusqu'alors abattus par la crainte. Dès ce moment on ne cessa d'offrir des vœux à Dieu pour l'heureuse arrivée de M. de Maisonneuve , que chacun nommait à l'envi le libérateur du pays; &, comme cette heureuse nouvelle devait produire la même allégresse à Villemarie, mademoiselle Mance supplia M. de Lauson de vouloir bien l'y faire parvenir sans délai. Il ne put se refuser à une si jufte demande, 6c dépêcha aussitôt une chaloupe pour Villemarie. Mais la divine Providence, qui voulait préserver de la mort ces envoyés, excita un vent contraire, qui empêcha la chaloupe d'aller jusqu'au blocus, dont ces hommes n'avaient encore aucune connaissance lorsqu'ils étaient partis de Québec (3). (3)ibici.
Si l'armée des Iroquois avait résolu de s'emparer de l l'habitation des Trois-Rivières & de s'établir dans cepavs, c'était pour tirer vengeance de la mort d'un de leurs capi-
ES AGXIERS RÉSOLVS DE SIRPREN-DREETDE RUINER LES TRr !S- RlVlÈ.iES.
l62 II" PARTIE. LES CENT ASSOC. ET LA COMP. DE MONTRÉAL-
taines Aontariafti, que, Tannée précédente, les sauvages de ce lieu avaient pris & brûlé. Ce chef fut si regretté de tous les cantons Iroquois que, dès qu'ils eurent appris la nouvelle de sa mort, ils firent une ligue générale pour en tirer une vengeance sanglante & cruelle. Le massacre de M. Duplessis-Kerbodot, Gouverneur des Trois-Rivières, & celui de quantité des principaux de ce bourg, n'assouvirent point leur rage, non plus que les tourments horribles qu'ils firent souffrir à tous leurs prisonniers, tant sauvages que Français. Tout cela leur parut peu de chose; il fallait, pour les consoler de la perte d'un capitaine si renommé parmi eux, enlever la bourgade des Trois- Rivières & mettre à feu & à sang tout ce qu'ils y rencontreraient de Fraiiçais & de sauvages. Pour exécuter ce dessein, plutôt par surprise que par force, ils détachèrent de leur armée quelques petits corps de troupes, formant environ cent hommes, qu'ils envoyèrent, les uns à Villemarie, les autres vers Québec. Leur dessein était de tenir en haleine les colons de ces deux portes, en les harcelant, &, par là, de les empêcher de secourir les Trois-Rivières, où le gros de l'armée, composé de cinq cents Iroquois, alla se mettre en embuscade dans une anse fort voisine de ce
CO Relation de KO 3, feourg (l).
A VILLE M A RIE, LES AGNIERS SONT BATTUS PAR DES HLRONS, QUI FONT PLUSIEURS PRl-
Toutefois le détachement envoyé à Villemarie n'eut pas le succès que les Iroquois s'en étaient promis, ou plutôt il fut cause que la tentative sur les Trois-Rivières fut rensoNNiERs. jue tout à fait infructueuse, à l'occasion que nous allons
raconter. Cette troupe d'Agniers s' étant jetée dans l'île de Montréal pour molei^er les Français, une escouade de Hurons chrétiens découvrit leurs pifles, sur les avis qu'elle reçut des colons. Des Agniers, au nombre de dix-sept, avaient aperçu des Français qui fauchaient dans une prairie & s'étaient mis en embuscade derrière l'île Sainte- Hélène pour les surprendre; mais, à leur tour, ils furent prévenus, le jour de la fête de l'Assomption, i5 août de cette année i653, par la troupe Huronne dont nous par-
2" GUERRE. IROQUOIS PRIS A VILLEMARIE. l653. 1 63
Ions. Elle leur donna la chasse si vivement, quelle prit leur capitaine, avec quatre des principaux de sa suite, & mit tout le refte en déroute (i). De ces cinq prisonniers, (i7Rciationdei653, quatre étaient Agniers, le cinquième Huron apoftat; en p-^'^'^'outre, il refla un Iroquois sur la place ; &, de leur côté, les Hurons perdirent deux hommes & en eurent deux autres grièvement blessés (2). Ces détails nous sont fournis (2) Journal des Jépar la relation & par le Journal des PP. Jésuites. M. Dol- '"""' '^ '°"^ "''^lier de Casson rapporte, de son côté, un coup de valeur de ces mêmes Hurons, qui semble être diflférent de celuici. « Ces sauvages alliés, qui faisaient la guerre aux Iroquois, à Fabri du Fort de Villemarie, aperçurent un jour la pifte des ennemis & allèrent incontinent en donner avis aux Français. Ces Hurons avaient, à leur tète, le brave capitaine Annontaha, &, se divisant en deux bandes, ils invertirent Tennemi. Les Iroquois, quoique en petit nombre, étaient des plus braves de leur nation, & d'ailleurs protégés par de grands abattis d'arbres; aussi vendirent-ils chèrement leur vie, combattant avec un courage & une ardeur extraordinaires. Mais enfin la plus grande partie d'entre eux ayant été tués, le refte fut contraint de se rendre, à l'exception de quelques-uns qui prirent la fuite. Après ce combat, les Hurons conduisirent au Fort de Villemarie tous les captifs, qui étaient des plus considérables. »