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Nous avons dit que ce capitaine Huron, étant tombé villemarie fait phosur la bande d'Iroquois envoyés pour harceler Villemarie, i^o^uois"" ""m Vacles avait taillés en pièces ou faits prisonniers pour la plupart; ceptent. & nous ajouterons ici que, lorsque ces captifs eurent été conduits au Fort Villemarie, ils déclarèrent à M. des Musseaux, Gouverneur en l'absence de M. de Maisonneuve, qu'une grande armée de leurs gens venait de se porter aux Trois - Rivières pour ravager le pays & mettre tout en combuftion dans les habitations Françaises. M. des Musseaux, sachant que les prisonniers qu'il tenait dans les fers étaient en grande considération chez les Iroquois, réunit en conseil les hommes les plus judicieux de Villemarie pour délibérer sur le parti qu'il convenait de prendre ; & le sentiment commun fut que Charles le Moyne, comme interprète, persuaderait à Annontaha d'aller parlementer avec l'armée Iroquoise, pour sauver ainsi tout le pays, s'il le pouvait, et nommément les Trois-Rivières. A cette proposition, le brave Annontaha consent généreusement à exposer sa vie pour le bien public, descend incontinent dans un canot leftement équipé & part pour les Trois- Rivières. Y étant arrivé le 24 août, & s'étant placé sur un lieu élevé, il crie aux Iroquois de s'approcher & de l'entendre; & après que ceux-ci sont assez près de lui pour l'ouïr, il leur dit d'une voix forte & assurée : « Ne
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« VOUS avisez pas de faire de mal aux Français; je viens « de Montréal, nous y avons pris tel & tel de vos capitaines^ u que vous y aviez envoyés. Ils sont maintenant à notre « discrétion; & si vous voulez leur sauver la vie, il faut « faire la paix. » Les Iroquois, entendant nommer ces capitaines, & apprenant qu'ils avaient été faits prisonniers, s'approchent de plus près & répondent sur-le-champ que volontiers ils feront la paix, pourvu qu'on leur rende leurs braves. Cette réponse, interprétée aux assiégés (*), fit renaître la joie dans tous les cœurs. Ce fut sans doute après ce pourparler qu'on vit paraître sur le fleuve Saint- Laurent, comme on le lit dans la relation, dix ou douze Iroquois, avec un drapeau blanc, qui, s'approchant du Fort, crièrent qu'ils venaient parlementer avecles Français. On leur envoya incontinent quelqu'un pour écouter leurs propositions, qui étaient toutes de paix; mais, comme on doutait de la sincérité de ces barbares, on insiffa en disant que si les Iroquois étaient a raiment portés à la paix, ils devaient rendre aussi le P. Poucet & son compagnon, pris depuis peu aux environs de Québec. Le capitaine Iroquois qui portait la parole fut surpris à cette nouvelle. « Je n'ai « pas su, repartit-il, qu'on ait pris des Français; mais je « vais présentement envoyer deux canots en diligence « dans notre pays, afin d'empêcher qu'on ne leur fasse (OReiationde i653, " ^i-icun mal, & je VOUS dounc parole que, s'ils sont encore
p- 20. « vivants, vous les verrez bientôt arriver (i).
INCIDENT INOPINÉ QUI La jolc universcllc que le pourparler d'Annontaha
PENSE FAIRE EVA- KOUIR l'espérance DE LA PAIX,
(*) Le P. Lemercier, dans sa relation de i653, a oublié de parler de ce pourparler, & c'eft, sans doute, pour suppléer à cette omission que Dollier de Cassen a cru devoir le rapporter dans son Histoire du Montréal. L'auteur de la relation dit seulement : « Le 24" d'août, « nos Hurons, qui avaient une grande passion de savoir des nou- « velles de leurs parents pris en guerre, s'approchèrent doucement « des Iroquois pour leur parler. La confiance se glissa de part & « d'autre, si bien que ce ne furent plus que conférences & entretiens a d'Iroquois avec les Hurons; cela continua quelques jours, en sorte « qu'on eût dit que jamais on ne s'était battu. »
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venait d'exciter pensa cependant être changée tout à coup entriftesse, par Tincident que nous allons raconter. Les Hurons reftés à ^^iUemarie avec les prisonniers Iroquois, impatients de les conduire aux Trois-Rivières 8c à Québec pour procurer la paix, partirent imprudemment avec eux, sans attendre qu'on leur eût fourni aucune escorte de chaloupes. Ignorant sans doute le blocus de la première de ces places, ils descendaient paisiblement le fleuve, lorsqu'ils virent de loinTarméelroquoise & s'aperçurent qu'ils allaient tomber entre les mains de leurs ennemis. Une partie des Hurons gagna la terre incontinent & se sauva avi plus tôt dans les bois. Les autres, ne voulant pas reculer, furent sur le point de massacrer les captifs, pour mourir dans le sang de leurs ennemis, selon leur préjugé barbare; mais Dieu ne permit pas ce malheur. Aoucaté, capitaine des Hurons, s'adressant avi capitaine Iroquois, son captif, nommé Atonhiciarha, lui dit : « Mon neveu, » c'était un terme d'amitié usité parmi ces peuples, « ta vie eft entre mes mains; je puis te tuer & me sauver aussi bien que tous les autres, ou me jeter au milieu de tes gens, pour ( en massacrer autant qu'il me serait possible. Mais ton sang ni celui des tiens ne nous retirerait pas des malheurs où vos armes nous ont jetés. Nous avons parlé d'alliance, & puisque la paix efl plus précieuse que ma vie, j'aime mieux la risquer, dans le dessein de procurer un si grand bien à mes petits neveux, que de venger, par l'effusion de ton sang, la mort de mes ancêtres. Et toi, si tu me laisses massacrer par tes parents, pouvant l'empêcher, tu passeras le refte de tes jours dans le déshonneur; tu seras tenu pour un lâche d'avoir souffert qu'on mît à mort celui qui venait de te donner la !i vie. » Le capitaine Iroquois, l'entendant parler de la sorte, lui dit à son tour : « Mon oncle, tes pensées sont droites; il eft vrai que tu peux m'ôterlavie; mais donnela-moi pour te la conserver. La gloire que j'ai acquise à ma nation, par mes vidoires, ne me rend pas si peu considérable dans l'esprit de mes compatriotes, que je
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« ne puisse t'assurer de la vie, toi & tes gens. Si les miens
« te veulent attaquer, mon corps te servira de bouclier. Je
'1 souffrirais plutôt qu'ils me brûlassent à petit feu que de
« me rendre méprisable jusqu'à ce point, de ne pas
« honorer votre bienfait & mon retour par votre déli-
« vrance. »
Les mociuois protes- Pendant ce discours ils avaient fait halte, & poussant
TENT qu'ils veulent eusultc leur canot vers l'armée, ils se voient invertis, en
SINCÈREMENT LA PAIX J- 1 -^ J j. J'I
AVEC LES FRANÇAIS ^n momcnt, par dix-huit grands canots d Iroquois qui ET LESHiRONs. vleuneut au-devant d'eux. Aoucaté, capitaine Huron, étant ainsi au milieu de ses ennemis, dont les témoignages de bienveillance lui paraissaient des marques de trahison, se lève, &, pour s'animer aux souffrances, chante d'un ton martial ses anciennes prouesses ; il rapporte le nombre dlroquois qu'il a tués, les cruautés qu'il a exercées sur eux & celles par lesquelles il espère que ses neveux vengeront un jour les tourments qu'il va souffrir. — « Tu n'es ni « captif ni en danger de mort, lui répondent les Iroquois; « tu es au milieu de tes frères, & tu sauras que le Français, « le Huron et l'Iroquois n'ont plus de guerre ensemble; « quitte donc ta chanson de guerre & entonne une chan- (( son de paix. » Ils furent longtemps à discuter ensemble, le Huron ne pouvant croire ce qu'il voyait, & les Iroquois ne pouvant lui persuader que leurs pensées de paix étaient sincères. On lui rendit cependant tout son bagage & celui de ses gens, à la réserve de son arquebuse qui s'était égarée. Le capitaine Huron, ne pensant pas encore être en assurance, s'écrie : « Quoi donc? ôte-t-on les armes à un « homme qui se trouve seul entre cinq cents?... « En même temps on jette à ses pieds cent arquebuses pour qu'il en choisisse une à la place de la sienne. Cela fait, il s'embarque avec le peu de gens qui lui reffaient & vogue droit aux Trois-Rivières, doutant toujours de la sincérité des Iroquois, & ne croyant avoir la vie sauve que lorsqu'il >I^ReIationdeI653, se vit hors de la portée de leurs mousquets (i). Les Iroquoisj comme ils l'avaient promis, envoyèrent prompte-
2" GUERRE. LES IROQUOIS ACCEPTENT LA PAIX. l653. 1 69
ment deux canots dans leur pays, pour empêcher qu'on ne fît aucun mal au P. Poncet ni à son compagnon, si on les trouvait encore en vie. Ils firent plus encore : les principaux d'entre eux, après avoir renvoyé tous les Hurons venus de Villemarie, allèrent visiter les Français, entrant & couchant aux Trois-Rivières, avec autant de témoignages d'assurance que s'ils eussent été leurs plus fidèles & plus confiants amis. Enfin ils laissèrent quatre ou cinq de leurs gens en otage, en proteftant qu'ils ramèneraient le P. Poncet sous peu de jours & viendraient traiter avec les Français une paix solide. En attendant, ils promirent une trêve de quarante jours & furent fidèles à la garder (i).
Un capitaine Agnier se rendit en effet à Québec, pour traiter de la paix. La première assemblée se fit dans l'île d'Orléans, à la bourgade même des Hurons; & parmi les présents qu'il offrit alors, l'un d'eux avait pour fin de demander qu'on fît au pays des Iroquois une habitation Française. M. de Lauson fit aussi ses présents, par son interprète, & le sixiènie eut pour objet le P. Poncet, dont il demanda qu'on rompît les liens (2). Dans cette circonstance, M. de Lauson fit dire qu'il n'avait point encore pris les armes contre les Iroquois; mais que, s'il eût donné à ses gens la liberté de les attaquer, il y aurait longtemps que leurs bourgades seraient réduites en cendres. Qu'ils avaient fait très-sagement de rechercher son alliance, parce qu'il se lassait de crier si souvent : La paix ! la paix ! Mais que, si présentement on ne la faisait pas avec une intention sincère, les perfides éprouveraient la colère des Français. Qu'au reife, M. de Maisonneuve, Gouverneur de Montréal, allait arriver au plus tôt & qu'il amenait quantité de braves pour ranger nos ennemis à leur devoir. Enfin un capitaine Huron conclut le conseil en disant que, pour marque de la sincérité de leurs sentiments, il fallait que les Iroquois renvoyassent le P. Poncet, & que la délivrance d'un tel personnage rendrait la paix inviolable du côté des Hurons (3). Toutes ces assemblées eurent
( I ) Relation de 1 6 5 3 , p. g.