‹ Histoire de la colonie française in CanadaChapitre 148 sur 428 · LA MALADIE SB MET DAN'S LA RECRUE · texte numérisé non relu

LA MALADIE SB MET DAN'S LA RECRUE

Mais comme l'œuvre de Villemarie, à laquelle cette recrue devait se dévouer avec tant de résolution & de courage, était une œuvre sainte, pour laquelle un grand nombre d'entre eux eurent^ dans la suite, le bonheur de verser leur sang, il plut à Dieu de les préparer tous à leur sacrifice par de nouvelles épreuves, & de prendre même déjà pour lui les prémices de cette troupe choisie. Lama-

LA RECRUE A QUÉBEC. l653. ÏJÇ

ladie s'étant bientôt déclarée sur le vaisseau, il y eut un grand nombre de malades, & des cent treize hommes que M. de Maisonneuve conduisait aux frais de la Compagnie il en mourut huit en mer. Ce fut pour la Sœur Bourgeoys une occasion de déployer sa charité, en leur prodiguant à tous les services qu'elle pouvait leur rendre, & en les préparant à mourir saintement. Jour & nuit, elle était auprès d'eux, elle les consolait dans leurs maux, & leur diftribuait généreusement tout ce qu'elle recevait de la charité du capitaine & de celle de M. de Maisonneuve. Celui-ci lui envoyait de sa table, à laquelle elle ne voulut jamais prendre place, tous les aliments convenables; &:, de son côté, elle ne les acceptait quafin de les donner aux malades, se contentant pour elle-même de la nourriture ordinaire de l'équipage, & même de la plus modique ration. Enfin son séjour dans le navire fut une véritable & continuelle mission. Elle inftruisait avec soin les malades & les soldats, leur faisait exactement le catéchisme, récitait elle-même les prières du matin 6c du soir, & faisait souvent des ledures spirituelles & d'autres exercices de piété, sans que les incommodités ordinaires à ceux qui ne sont pas accoutumés à la navigation ralentissent jamais l'ardeur de sa charité ni la persévérance de son zèle.

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Pendant que la recrue était en mer, les colons de ,;^„„„^e ^^ ^.a re- Québec, des Trois-Rivières & ceux de Villemarie, en crue a ojjkbec fait proie aux plus vives inquiétudes pour eux-mêmes, se voyaient comme sans défense, exposés à toute la fureur des Iroquois, malgré la paix qu'on avait commencé de faire avec ces barbares, sur la durée de laquelle on ne comptait pas. Comme on ignorait que M. de Maisonneu\'e avait été obhgé de relcàcher à Saint-Nazaire, ce qui l'avait retardé de quarante jours, & qu'on ne le voyait pas venir, ce retard fit naître les plus mortelles angoisses. « Et à la B fin, dit la Sœur Bourgeoys, on n'avait guère plus d'es- « pérance que nous dussions arriver. » Pour hâter donc la venue d'un secours si ardemment désiré & si nécessaire,

l8c II" PARTIE. LES CENT ASSOC. ET LA COMP. DE MONTRÉAL.

les habitants de Québec firent des prières publiques & exposèrent même, pendant plusieurs jours, le Très-Saint- Sacrement, jusqu'à ce qu'enfin, touché de. leur ferveur. Dieu daigna les exaucer. « Nous arrivâmes le jour de « Saint-Maurice (22 septembre) (*), dit la Sœur Bourgeoys; « mais on ne prit point garde à une arête qui s'enfonça <c tellement dans le navire, en arrivant devant Québec, que « les grandes marées ne purent le relever, 8c qu'il fallut le « brûler sur la place. Notre arrivée, ajoute-t-elle, redonna (0 Ecrits autogra- « de la joie à tout le monde (i), » C'eft ce que le P. LephesdeiaSœuiBour- mercicr dit aussi dans sa relation : « Le secours extraor- ^'''^^'' « dinaire qu'on a envoyé par le dernier embarquement a

(2) Relation de i653, « donné de la joie à tout le pays (2). » Aussi en rendit-on P- ^- à Dieu des aflions de grâces solennelles, en chantant, à

(3)HiftoireduMont- ^^^^^ occasiou, le Te Deiim dans l'église de Québec (3).

réal, 10:12-1 (jD.>. ' o ^<. \ ,1

ÉT;*T DE FAIBLESSE OU L'allégresse qui éclata à l'arrivée de cette recrue fait

assez comprendre quelle devait être alors la faiblesse de Québec, malgré les engagements que la grande Compagnie avait pris depuis longtemps de l'accroître & de lui donner de la consiftance. On voit aussi par là l'insuffisance de la mesure que cette Compagnie avait prise pour augmenter la colonie, lorsque huit ans auparavant elle avait cédé aux habitants la traite des pelleteries. Car cette cession, en la dispensant de faire elle-même aucune dépense, avait laissé toutes les charges aux habitants, réduits par là à leurs propres ressources : ce qui était devenu, à cause des guerres continuelles, un fardeau accablant qui écrasait le pays. Québec se vovait, en eftet, dans une entière impuissance d'augmenter le nombre des colons, n'ayant à otïrir, à ceux qui eussent eu le désir de s'établir

(*) La remarque que fait ici la Sœur Bourgeoys en disant qu'on arriva à Québec le jour de Saint-Maurice montre nettement que ce jour fut le 22 septembre & que, par conséquent, la date du 27, qu'on trouve dans le manuscrit de M. Dollier, efl une aberration de l'écrivain.

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