LA GRANDE COMPA- GNIE AVAIT LAISSÉ QUÉBEC
LA RECRUE A QUÉBEC. l653. l8l
dans la Nouvelle-France, que les privations inséparables
de Textréme pauvreté qu'on y endurait, & les alarmes
auxquelles on était exposé sans cesse. « Le magasin de
« Montréal, dit le P. Lemercier, n'a pas acheté un seul
« caftor depuis un an. Aux Trois-Rivières, le produit du
« peu qu'on en a reçu a été employé pour fortifier la place,
« où Ton attendait l'ennemi. Dans le magasin de Québec,
« ce n'eft que pauvreté. Ainsi tout le monde a sujet d'être
(I mécontent, n'y ayant pas de quoi fournir aux payements
i( de ceux à qui il eft dû, ni même de .quoi supporter une
(( partie des charges du pays, les plus indispensables. Si
(I Dieu bénit nos espérances de la paix avec les Iroquois,
(( on fera bonne guerre aux caftors ; 8c ils trouveront le
« chemin des magasins de Montréal, des Trois-Rivières
« & de Québec, qu'ils ont oublié depuis ces dernières
Il années, (i). » Au refte, rien ne peint mieux l'abandon (i) Relation de iC5 3,
où était alors Québec, que ce que la Sœur Bourgeoys p- ^^'
rapporte de la surprise qu'elle éprouva en y arrivant :
« Il n'y avait alors à la Haute-'Ville, dit-elle, que cinq ou
« six maisons, & dans la Basse-'Ville que le magasin des
Il PP. Jésuites & celui de Montréal. Les Hospitalières
« étaient habillées de gris; enfin tout était si pauvre, que (2) Écnis autogra-
11 cela faisait pitié (2). » phes de la Sœur Bour
r \ / geoys.
Cet état de faiblesse où il se voyait alors réduit porta m. de lauson essaye, même M. de Lauson à faire toutes sortes d'efforts pour mais en vain, de re-
,,, , , n-111 • » TENIR LA RECRUE -A
retenir a Québec la nouvelle recrue, & li 1 aurait empêchée de passer outre, si M. de Maisonneuve ne lui eût déclaré, avec une modefie fermeté, qu'ayant à défendre un pofte si dangereux que l'était celui de 'Villemarie, il voulait absolument y conduire tous ses hommes; & qu'au refte ils avaient trop coûté à la Compagnie de Montréal pour qu'il pût en laisser un seul après lui. S'il parla avec cette assurance, & si M. de Lauson n'insifla pas davantage, c'eft que M. de Maisonneuve était muni d'une lettre de cachet qui lui donnait toute autorité pour le Gouvernement de Villemarie. Par l'arrêt de 1648, le Roi avait dé-
CLUEBEC.
l82 II*" PARTIE. LES CENT ASSOC. ET LA COMP. DE MONTRÉAL.
claré que le Gouverneur général n'exercerait cette charge que pendant trois ans^, du moins qu il ne pourrait y être promu de nouveau qu une seule fois. Mais comme M. de Maisonneuve était Gouverneur particulier deTîle de Montréal depuis près de douze ans, les Associés, ses confrères, avaient eu quelque sujet de craindre que M. de Lauson, pour lui susciter de nouveaux embarras, ne lui contelfàt son titre de Gouverneur; &,afin de prévenir ces difficultés, ils avaient obtenu du Roi une lettre de cachet, en date du 8 avril i653, qui avait été adressée à M. de Maisonneuve lui-même, avant son départ de France. Par cette lettre, Louis XIV approuvait de nouveau le choix que les seigneurs de Montréal avait fait de la personne de M. de Maisonneuve pour la charge de Gouverneur de cette île, & donnait à celui-ci toute autorité pour travailler à Téta- (0 Archives du se- blïssement de la colonie de Villemarie (i). M. de Lauson minai'edeyiiiemarie. j-,g renouvela plus ses iuftances ; mais, lorsque M. de Mai-
Inventaire de Pans. -^ ...
sonneuve voulut faire monter sa recrue à Villemarie, on lui refusa des barques, que pourtant on était tenu de lui fournir; &, par suite de ce refus, presque tous les soldats de la recrue furent obligés de séjourner un temps considérable cl Québec, en attendant que M. de Maisonneuve pût se procurer d'autres moyens de transport.
M. DE MAISONNEUVE Eu arrlvant il avait trouvé mademoiselle Mance qui
l'attendait, & il s'était empressé de lui faire connaître le caradère & les vertus de la Sœur Bourgeoys. « J'amène, « lui dit-il, une excellente fille, personne de bon sens & « d'un esprit droit, dont la vertu eft un trésor, qui sera « d'un puissant secours pour Montréal. » Puis, faisant allusion au pays d'où lui-même était originaire, aussi bien que mademoiselle Mance & la famille d'Aillebouft, il ajouta : « Au refle, c'eft encore un fruit de notre Cham- (I pagne, qui semble vouloir donner à ce lieu plus que (I toutes les autres provinces ensemble. » Il lui fit aussi connaître les circonftances de la vocation de la Sœur Bourgeoys, & les espérances qu'il avait conçues de sa