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QUE EST BLESSE ET PRIS

23o II'-" PARTIE. LES CENT ASSOC. ET LA COMP. DE MONTRÉAL.

vers lui. Regardait-elle ailleurs, il s'avançait incontinent; &, allant ainsi de souche en soLiche, il s'approche de si près qu'enfin, se relevant tout à coup, il saisit le Français par les jambes, le charge sur ses épaules & s'enfuit. L'autre se met à crier & à se débattre d'une étrange sorte; mais, (i)Hi(toireduMont- apfès s'êtrc bien débattu, voyant que ce sauvage était plus

réai, parM.Doiiierde .fort que lui, il ccssa de résifter plus longtemps & se laissa

,555°"' ^ iJ 4 a pQj-j-gj, ^ 1^ boucherie (i).

LE CAPITAINE n BARRI- ]1 scralt difificilc d'exprimer l'étonnement des colons

lorsqu'ils entendent les cris de leur camarade, & qu'ils le voient ainsi emporter sous leurs yeux. Se mettant incontinent en devoir de le délivrer, ils prennent leurs armes & courent à la poursuite du ravisseur; mais le capitaine Iroquois se présente tout à coup à eux avec ses gens, les arrête en chemin 8: les oblige à se tenir eux-mêmes sur la défensive; les colons eussent même été battus & défaits, si le Major Closse ne fût accouru promptement à leur secours. Ce capitaine Iroquois, appelé la Barrique, à cause de sa large corpulence, était le principal soutien & comme l'âme de cette troupe d'ennemis. Le major Closse l'ayant reconnu & voyant bien qu'il était la force de ces barbares, dit à un fort bon tireur qui se trouvait là : « Va percer au « plus vite ce tonneau, afin que nos ennemis ne puissent « en user plus longtemps pour se fortifier & s'enhardir « contre nous. » A l'inflant cet homme se détache de ses camarades, s'approche des Iroquois & s'avance peu à peu jusqu'à ce qu'il soit arrivé à la portée du mousquet. Durant ce temps, la Barrique, monté sur une souche, haranguait les siens &: leur donnait ses ordres sur ce qu'ils avaient à faire dans le combat qu'il allait livrer aux colons. Le tireur, étant parvenu à la diftance convenable sans avoir été aperçu, le met en joue, décharge à l'inflant sur lui son arquebuse & le frappe avec tant de juftesse & si rudement, que l'orateur tombe par terre, baigné dans son sang : car le fusil était chargé de gros plomb, 8c la Barrique l'avait reçu presque tout dans le corps. A la vue de la chute

3" GUERRE DES IROQUOIS. l654.

si brusque & si inopinée de leur chef, les Iroquôis, pensant qu'il fût mort, sont tous frappés d'une si étrange terreur que, sans songer même à enlever son corps, ils s'enfuient aussitôt, laissant ainsi les colons maîtres du champ de bataille. Ceux-ci courent à Tinftant sur la Barrique^ le chargent sur leurs épaules & l'emportent pour le faire panser (i).

Mademoiselle Mance, les chirurgiens & toutes les autres personnes employées au service des malades, ne négligèrent rien pour le guérir de ses blessures, &, par les soins qu'on lui prodigua, on parvint à le rétablir autant que l'art pouvait le permettre, quoiqu'il demeurât gravement eftropié le refle de ses jours. Mais, dans sa maladie & sa convalescence, il reçut tant de témoignages empressés de bienveillance & de sincère affedion, il fut traité avec tant de douceur, que, touché de reconnaissance, cet homme changea entièrement de sentiments à l'égard des colons de Villemarie, étant convaincu qu'ils avaient tenté tous les moyens pour le guérir entièrement de ses blessures, & que personne au monde n'avait jamais eu pour lui une si pure & si cordiale amitié. Aussi, depuis ce moment, eut-il fortement à cœur de leur donner à eux-mêmes des témoignages sincères de la sienne & de prendre leurs intérêts en toute occasion. Le changement opéré dans l'esprit & le cœur de ce barbare n'empêcha pas pourtant que les Iroquois, qui le croyaient mort, ne fissent aux colons une cruelle guerre pour s'en venger. Son frère surtout était animé contre eux d'une si furieuse colère, qu'il leur donnait des alarmes & des attaques tous les jours, & que sans cesse ils l'avaient sur les bras. Il arriva même que, dans une seule journée, il fit contre eux quatre différentes attaques. La Barrique, informé, de ces hoftilités, en conçut lui-même une vive afîliélion; &, dans l'espérance de calmer la fureur de son frère, il se fit porter sur le champ de bataille, à la dernière des attaques dont nous parlons (2).

( I ) Hiftoire d u Mon tréal, de 1654 à i655.

LA BARRIQI'E, GAGNÉ PAR LES SOINS ("U'ON PREND DE LUI, CHANCE DE SENTIMENTS A l'É- CARD DES COLONS.

(2) Hifloire du Montréal, de 1654 i I 653

if: frère i« la barri- Là, il sc met à lui adresser la parole ; son frère, étonné

QVE, TOLCHÉ A SON J1-J». I i- i, ,, .,,

TOI R, DEVIENT LE ^^ ^^^^ "e tout cc qu OU. peut dire, d entendre la voix de la MtDiATEiji DE LA Bûmque, qu'il croyait n'être plus du nombre des vivants, s'approche aussitôt & lui crie : « Eft-ce toi, mon « frère? Es-tu encore en vie? — Oui, lui répond l'autre, (I c'efl moi-même. » Et il ajoute d'une voix plaintive : « Eh quoi ! tu fais la guerre aux Français de Montréal?Tu « veux donc tuer mes meilleurs amis? » A ces mots, son frère, touché & attendri, s'approche, vient jusqu'à lui doux comme un agneau. Gagné à son tour par la charité que les colons ont exercée envers la Barrique, il promet de ne jamais plus leur faire la guerre, ajoutant qu'il va promptement partir pour son pays, d'où il ramènera tous les prisonniers Français qui s'y trouvent, & qu'après avoir négocié la paix avec ceux de sa nation, il reviendra la conclure au bout d'un certain temps, qu'il fixa. Ses proteftations étaient sincères, & il exécuta fidèlement tout ce qu'il avait promis; seulement il ne put descendre à 'Villemarie au temps qu'il avait marqué, à cause des grandes difficultés que lui faisaient les siens pour se dessaisir des captifs. Mais, pendant ce délai, il survint un événement qui rendit ces barbares beaucoup plus faciles, & les fit consentir à tout ce que le frère de la Barrique demandait, ainsi que nous allons le raconter en reprenant les choses de plus haut.

xn.

QlOIS DANS L ILE AIX OIES.

HOSTILITÉS DES iRo- ^gg Iroquols, daus les combats qu'ils venaient de

livrer aux Français, tant à Villemarie qLi'aux Trois- Rivières, ayant été si malmenés & repoussés avec tant de vigueur, résolurent d'aller porter ailleurs leurs armes, se disant entre eux : « N'allons plus là, ce sont des démons. » Le grand nombre d'hommes qu'ils avaient perdus dans leurs diverses attaques ne leur permit pas de marcher sur les habitations Françaises, &, pour tirer vengeance de leurs pertes, ils résolurent de faire main basse sur quelques familles écartées. Le coup le plus funeffe qu'ils firent eut lieu à l'île aux Oies, sous

3° GUERRE DES IROQUOIS. lC55. 233

Québec (*), dans laquelle plusieurs Français étaient établis. M. de Montmagny avait obtenu autrefois cette île de la Compagnie des Cent -Associés (i) & y avait fait commencer quelques défrichements; & nous voyons (0 Pi^^s & docu-

,. jj/^^1 ,-r-i • ments sur la tenure

que, S y étant rendu de Québec en 1645, il y avait seigneuriale, p. 370.

conduit M. Nicolet, prêtre, pour ne pas être privé

des sacrements dans ce pays encore désert (2). Plus (-) J°"i'"=»i '^'^^ Je-

. . , suites 2 5 o£l. 1645.

tard, le sieur Jean Moyen, de la paroisse de Saint-Nico- '

las-des-Champs à Paris, & qualifié sieur Des Granges, devenu possesseur d'une partie de cette île, s'y était établi avec Elisabeth le Brest, son épouse, & toute leur famille (3); & ils y faisaient leur résidence lorsqu'ils furent (3) Regiiire des ma-

, T ■ j 11-11 riaoes de Villemarie,

surpris par les Iroquois dont nous parlons, le jour de la ,0 avril i65-. fête du Saint-Sacrement de cette année i655. Les gens de service se trouvant alors à l'écart, M. & madame Moyen, qui ne purent être secourus, furent pris & cruellement massacrés par ces barbares; & ailleurs, ils mirent aussi à mort quatre travailleurs au service de M. Denis, bourgeois de Tours, établi dans la Nouvelle-France. La nouvelle de ces massacres porta l'épouvante à Québec : « On « a eu toutes les peines imaginables à faire les semences « pour cette année, écrivait la Mère Marie de l'Incarna- « tion, chacun étant si effrayé, surtout de ce qui eft arrivé à « M. Moyen, que l'on n'avait ni vigueur ni courage (**)(4). » (4) Lettres hiftoH-

oit. i655, p. 517.

(*) L'île aux Oies, qui était couverte d'herbes, comme une prairie, avait été ainsi nommée de la multitude prodigieuse de canards, d'outardes & surtout d'oies qu'on y voyait, & qui faisaient retentir de leurs cris tous les lieux circonvoisins (3). (5) Relation de iC63.

(*') On ne voit pas que M. de Lauson ait pris aucune mesure P- ^"' pour tirer vengeance de si horribles cruautés, ni même pour donner la chasse aux Iroquois; c'eft que Québec, n'étant pas le siège ordinaire des combats, ses habitants étaient moins exercés que ceux de Villemarie au métier des armes. Les guerres continuelles dont Villemarie était agitée, &, au contraire, le calme dont on jouissait ordinairement à Québec, devaient influer naturellement sur le caraclère & les habitudes morales des habitants de ces deux portes. Ceux de Villemarie, toujours prêts à voler aux armes, inspiraient de la terreur aux Iroquois par leur intrépidité & leur bravoure; & les femmes

Enfin, après avoir ainsi tué tous ceux qu'ils purent prendre, à l'exception pourtant des enfants de M. Moyen & de ceux d'un honnête habitant, M. Macart, une partie de ces barbares retournèrent incontinent dans leur pays, où ils con- (i)HiiioireduMont. (^uisifcnt Ics prisonuiers, tandis que le refte alla porter de

réal, par M. Dollierde ^ .' . ^ '^

Casson, i654, iô55. nouvcau la guerre à Villemarie (i).

NOUVELLES HOSTILITÉS Hs donnèrcnt plusieurs attaques aux colons, mais

DEsiRowoisAviLLE- succès, & u'eurcut d'autre avantage que de massa-

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