SON DE FORMER CHEZ EUX CET ÉTABLISSE- MENT
14) Relation de i656, p.3o.
son pofte, en anticipant son rappel, à l'occasion destriftes événements dont nous allons faire le récit.
A Toccasion de la paix faite précédemment, les Iroquois, qui ne s'étaient proposé d'autre fin que de trouver un moj'en pour détruire les relies des Hurons réfugiés dans rîle d'Orléans, les avaient invités à aller s'établir parmi eux; &, de leur côté, les Hurons leur avaient donné à entendre qu'ils prendraient ce parti, pourvu qu'on formât dans le pays des Iroquois un établissement de missionnaires. Les Iroquois, qui désiraient passionnément de les y attirer, avaient eu soin, au mois d'août 1654, de demander eux-mêmes, dans le conseil général de leurs nations, pour les préliminaires de la paix, qu'on formât chez eux un établissement Français, & qu'on leur envoyât des missionnaires pour les inrtruire dans la religion (i). Ils avaient même si fort à cœur le succès de cette demande, que, le P. le Moyne ayant été envoyé à Onnontagué pour ce même conseil, ils l'avaient conduit sur le lieu qu'ils deftinaient pour l'habitation des Français 8c pour la résidence des missionnaires (2). Toutefois, ils ne pressèrent pas alors l'exécution, à cause de la guerre qu'ils eurent sur ces entrefaites avec ceux de la nation du Chat (3). Mais, cette guerre s'étant terminée à leur avantage, ils revinrent à la charge & trouvèrent, dans le succès même qu'ils avaient obtenu sur leurs ennemis, un motif pour insifler de nouveau & forcer la main à M. de Lauson.
Le sujet de la guerre dont nous parlons était venti de ce qu'un sauvage de la nation du Chat, ayant tué l'un des Iroquois Sonnontouans, ceux-ci avaient massacré, à leur tour, trente ambassadeurs envoyés pour confirmer l'alliance qui était entre ces deux peuples C4). Après ce massacre, les Iroquois s'étaient mis en campagne. Ils avaient compté d'abord être au nombre de dix-huit cents guerriers; mais il paraît qu'ils n'eurent que douze cents hommes eflfedifs : ce qui les remplit de crainte, sachant qu'ils
M. DE LAUSON GOUVERNEUR GÉNÉRAL. 24g
auraient à combattre une armée beaucoup plus considérable. On tient que ceux de la nation du Chat avaient, en effet, trois & même quatre mille hommes sous les armes, ou du moins deux mille bien aguerris. Il efl: vrai qu'ils ne se servaient pas encore d'armes à feu, comme le faisaient les Iroquois ; ils ne laissaient pas néanmoins d'être redoutés par eux dans leur tadique militaire. Après avoir essuyé courageusement la première décharge de leurs ennemis, ils fondaient sur eux & leur lançaient une grêle de flèches empoisonnées, qu'ils tiraient huit & dix fois avant qu'on eût eu le temps de recharger une arquebuse (i). oReiationde 1054, Les Iroquois, craignant donc d'être battus, avaient promis, ''' '°' dit-on, que, s'ils retournaient victorieux, ils embrasseraient la foi chrétienne. Ils triomphèrent en effet, & demandèrent plusieurs fois des missionnaires à M. de Lau-
^Qll (2). (2)RclationdeiG56,
Contraint de céder à leurs poursuites, à leurs inftances les iroquois menacent
&. à leurs présents^ ce Gouverneur leur promit enfin qu'au printemps de i655 on ferait chez eux une habitation Française, & qu'on leur enverrait des robes noires (3). Il nomma même un commandant pour ce nouveau pofte, ('3) Relation de 1654, & plusieurs Français se présentèrent dans la résolution ''' '^' d'aller s'y établir. Cependant le printemps s'écoula, & malgré ces promesses rien ne se fit (4). Enfin, l'hiver sui- 4) ibid.,p. 20. vant, voulant leur donner quelque satisfaction, on envoya à Onnontagué deux missionnaires seulement : les PP. Chaumonot & Dablon, qui arrivèrent le 5 novembre de cette année i655 & commencèrent à faire le catéchisme (5). (5) Relation de iC56, Les Iroquois de cette nation, voyant qu'on leur manquait p- '-• ainsi de parole, tinrent un conseil le 2g février suivant, se plaignirent amèrement de ce que les Français, depuis trois ans, n'avaient pas commencé encore l'établissement promis, &; déclarèrent que, s'il ne se faisait pas sans délai, il n'aurait jamais lieu; que même ils rompraient la paix avec les habitations Françaises. Le P. Dablon, parti aussitôt pour porter cette nouvelle à M. de Lauson, arriva
DE ROMPRE LA PAIX SI M. DE LAUSON n'aC- COMPLIT SES PROMES- SES.
25o 11^ PARTIE. LES CENT ASSOC. ET LA COMP. DE MONTRÉAL.
à Villemarie le 3o mars i656& descendit de là à Québec, où il exposa au Gouverneur le sujet de son voyage.
xxxr.
EMB.IERAS DE M. DE Quolquc Ic Pèrc parlât avantageusement de la bonne
LAusoN, au. CONSENT j ^^ j IroQUols, il UQ put efifaccr de Tesprit des au-
A FORMER L ETABLIS- T. ^ r r
SEMENT EXIGÉ. tres Jésultes, ses confrères, les défiances qu'ils avaient
conçues avec tant de raison contre ces barbares, « si « bien, dit le P. Paul Le Jeune, que, lorsqu'il fallut, (( comme on dit, fondre la cloche & conclure Tétablisse- « ment d'une mission & d'une demeure en ce pays, nous « nous trouvâmes merveilleusement en peine, aussi bien (( que M. notre Gouverneur, duquel dépendait l'af- (i Relation de i657, ,, faire en deniicr ressort (i). » Les Hurons assuraient,
en effet, que les Iroquois, en attirant le plus qu'ils pourraient de Hurons & de Français dans leur propre pays* n'avaient d'autre dessein que d'en faire un massacre général. D'autre part, les Agniers, sachant le projet d'un établissement à Onnontagué, en faisaient paraître une jalousie qui allait presque jusqu'à la rage : ils craignaient que leur commerce ne fût ruiné, si les Iroquois des pays supérieurs n'étaient plus obligés de repasser par celui d'Agnié pour se pourvoir de marchandises, comme il devait arriver s'ils en trouvaient chez eux. Malgré tous ces sujets d'alarmes, qui inspiraient aux Jésuites une grande & jufte terreur^ M. de Lauson se vit dans la nécessité, eu égard à la faiblesse où la colonie était réduite, d'accéder à la demande des Iroquois d'Onnontagué, se fondant sur ce principe, (I qu'il fallait périr pour ne pas périr, & s'exposer à toutes « sortes de dangers pour éviter tous les dangers. » Sa pensée était qu'il valait mieux exposer à la mort une escouade de Français, que de voir toute la colonie exterminée par ces barbares réunis contre elle, comme il était à craindre W Relation de iG57, ^j ^^ j^g rebutait par un refus (2). On résolut donc de
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