‹ Histoire de la colonie française in CanadaChapitre 204 sur 428 · CONCESSION DE TERRES AU PAYS DES IROIIUOIS FAITE PAR · texte numérisé non relu

CONCESSION DE TERRES AU PAYS DES IROIIUOIS FAITE PAR

Toutefois, malgré ces inquiétudes mortelles, & nonob- LAusoN, stant l'avenir si incertain d'un établissement entrepris par

EXPÉDITION DES AGNIERS A l'iLE d'oRLÉANS. i656. 25 I

contrainte, au milieu d'un pays ennemi, M. de Lauson, accoutumé déjà à disposer largement des terres de la Nouvelle-France, pour créer des principautés imaginaires en faveur de ses amis, donna aux PP. Jésuites, le 12 avril i656, un titre de concession, par lequel il leur attribua, à perpétuité, en tout droit de propriété, juftice & seigneurie, cent lieues de terre, en superficie, au pays des Iroquois supérieurs, dix lieues de front sur dix lieues de profondeur, soit à Onnontagué même ou auprès de ce bourg, soit en tout autre lieu que les concessionnaires jugeraient plus commode (1). On a de la peine à comprendre com- (o Archives du dément ce Gouverneur, à qui les Iroquois faisaient alors la P3'"";'"ent des terres

^ .^ . . de la Couronne a

loi, ait osé, malgré sa faiblesse, disposer ainsi en Souve- Q^uébec. Concession rain des terres de ces barbares, quoique adonnés eux- p°"^ Onnontague'. mêmes à la culture des champs : attribution qui, s'ils en eussent eu connaissance, aurait pu leur fournir un jufte motif de déclarer de nouveau la guerre aux Français. Mais ils l'ignorèrent toujours, & ce titre ne profita à personne.

xxxiu.

On fit donc les préparatifs pour partir au plus tôt. des fiançais partent Deux Pères Jésuites, ainsi que deux Frères, se joignirent ENFiNDEa^ÉBECAVEc

' >■ . . DES IROQUOIS OXNON-

au P. Dablon, & une cinquantaine de Français s'ofli^i- tagués et d'autres rent pour aller avec eux, sous la conduite de M. Dupuis, sonnontouans. commandant du fort de Québec. Outre ces Français, des Iroquois d' Onnontagué, d'autres de Sonnontouan & des Hurons firent partie du convoi, qui remplissait deux grandes chaloupes & une douzaine de canots. Tous ces Français partirent ainsi de Québec, le 17 de mai i656, « avec « un zèle & une ferveur non pareils, dit la Mère Marie de « l'Incarnation. Parmi eux, il y avait quelques soldats de « la garnison (de Québec) que M. Dupuis, honnête gentil- « homme s'était offert de conduire. Lorsqu'il me fit l'hon- « neur de me dire adieu, il m'assura, avec une ferveur « qui ne ressentait point son homme de guerre, qu'il ex- « posait volontiers sa vie 8c qu'il s'effimerait heureux de ^-^ Lettres hiiiori-

. .... ^ ques, lettre 34, uob,

i' mourir pour un si glorieux dessein 1^2). » D autres que p 531,

M. Dupuis avaient conçu la même idée de ce voyage. « Sortant du port, dit le P. Le Jeune, nous fûmes suivis « des acclamations de quantité de peuples différents, qui « bordaient le rivage, dont plusieurs nous regardaient d'un « œil de compassion & d'un cœur tremblant, nous consi- « dérant comme autant de vidimes deftinées au feu & à

d) Relation de i 05 7, i j x • / \

3 ' « la rage des Iroquois (i). «

LES AGNiERs, POUR EM- Lcs Agnlcrs, qui voulaient à tout prix empêcher

PÊCHER CET ÉTABLIS- pétablissemcnt des Français à Onnontagué & l'union de

SEMENT, VONTTOMBER . '. .";,.,.

SUR LES HURONs DE ceux-ci avcc ks autres nations Iroquoises (2}, s étaient déjà l'île D'ORLÉANS. j-^-|jg g,-, marchc^ au nombre de trois cents, & se dirigeaient 3 ^ ''''°" '- ' ■ " ye,-.s rile d'Orléans, résolus de tomber sur la colonie Huronne. A leur passage aux Trois-Rivières, on employa tous les moyens pour les détourner de cette expédition, & les engager à retourner dans leur pays; &, afin de prévenir la cataftrophe, on dépêcha promptement quelques Hurons à Québec, pour donner avis de la marche des Agniers. Ces envoyés descendirent avec une vitesse extrême, faisant même trente lieues en un joLir, & avec tant de bonheur, qu'ils trompèrent toutes les diligences des Agniers, quoique ceux-ci eussent porté partout des hommes (3)/iW.,p.4, 5. pour fermer lepassage(3). Dès qu'on apprit cette nouvelle à Québec, on envoya aussitôt le P. Simon Le Moyne, avec dix présents, pour arrêter les Agniers en chemin & les engager à retourner sur leurs pas. Ils reçurent volontiers les présents, ils promirent tout ce que le Père demanda, & cette noLivelle trompeuse, portée à Québec, donna mal à propos de la joie à tout le monde & une sorte de sécurité aux Hurons. Les Agniers, habitués à se jouer de leurs promesses, & résolus de suivre leurs plans de campagne jusqu'au bout,' se rembarquent dans leurs canots 8c continuent leur marche comme s'ils n'avaient rien promis.

LES AGNIERS, CHEMIN KiGU plus, Ic i8 uiai, arrlvcs prochc d'un lieu appelé

FAISANT, TOMBENT ]^ Poiute Saintc-Croix, à dix ou douze lieues au-dessus de

SIR LE CONVOI. y^ ,< •! i 1 i i • r, - i >.

Québec, ils se cachent dans les bois, & aperçoivent de la

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le convoi des Français & des sauvages, partis de Québec la veille pour se rendre à Onnontagué. Ils laissent d'abord passer les chaloupes^ & sortant ensuite de leur embuscade, se jettent sur les canots qui marchaient derrière, en renversent un dans le fleuve, blessent légèrement un frère Jésuite de deux coups de fusil, garrottent des Hurons, & maltraitent les Iroquois d'Onnontagué eux-mêmes, dont ils ne pouvaient supporter Talliance avec les Français. Toutefois, ces derniers & ceux d Onnontagué, les menaçant de tirer vengeance d'un procédé si injufte & si atroce, les Agniers, dans la crainte d'une guerre avec eux, ont alors recours à la ruse. Ils font semblant de s'être mépris (i), (o Relation de iG3-, s'arrêtent tout à coup, & feignant d'être étonnés : « Hé P"-' "^" « quoi ! disent-ils à ceux qu'ils maltraitaient de la sorte, « c'est donc vous? Hélas! vous êtes nos frères, & nous « pensions qu'il n'y avait ici que des Hurons (2). » Pour (2; Marie de rincarcolorer ensuite leur fourberie, ils mirent tous ces hommes "^*'°"' f- -V' ^''^ en liberté, sans en excepter les Hurons eux-mêmes, mais à condition qu'ils poursuivraient leur route & que pas un d'eux ne descendrait à Québec. Cette noire perfidie fut cause qu'à deux lieues au-dessus de Villemarie, le convoi des Français ayant rencontré une escouade d' Agniers, ceux d'Onnontagué se jetèrent, à leur tour, sur les canots de ces sauvages, pillèrent leurs armes & prirent ce qu'ils avaient de meilleur, « usant, disaient-ils, de représailles, « puisqu'ils avaient été pillés eux-mêmes, peu de jours « auparavant, par des guerriers de la même nation (3). »

XXXM.

Les Agniers, en rendant les Hurons, qu'ils avaient d'à- dans l'île d'orléans bord liés & garrottés comme car>tifs, exigèrent, disions- "^^^ agmers enle-

^ . . VENT CLLATHE-VLNGT-

nous, qu'aucun des hommes du convoi ne descendrait à cinq hirons et en

Québec; & ils firent cette défense, afin de pouvoir tomber

impunément sur les Hurons de l'île d'Orléans avant qu'à

Québec on fût informé de leur dessein. Ils prirent, en

effet, si bien leurs mesures, que, dans la nuit du 19 au

20 de mai, qui fut très-obscure, ils descendirent sans bruit,

passèrent devant Québec, où personne ne les aperçut, &

(? Rel.uionde H p. 4.

TI:ENT six Al TRES.

abordèrent, avant le jour, au-dessous de la bourgade Huronne. Là, ayant caché leurs canots dans les bois, ils se

(i) Relation de i657, répandirent de tous côtés (i) dans les champs, se jetèrent P- ^- sur les hommes, les femmes & les enfants qui semaient

leur blé dinde, en tuèrent six & enlevèrent tous les autres au nombre de quatre-vingt-cinq. Ils auraient même pu faire une bien plus grande capture, s'ils eussent différé de cinq ou six heures leur irruption, puisqu'ils auraient trouvé trois ou qtiatre cents Hurons, qui étaient allés entendre la Messe & devaient ensuite retourner dans leurs champs. Ceux-ci, apprenant des fugitifs ce qui venait de se passer, se retirèrent incontinent dans leur Fort, deftiné pour

(2)Reiationdci657, fg^j- servir de lieu de refuge dans de semblables ren-

p. 6. Marie de l'Incar- , .

nation, p. 532. COntrCS (2j.

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