‹ Histoire de la colonie française in CanadaChapitre 210 sur 428 · CONDUIRE LES HURONS ' • • J · texte numérisé non relu

CONDUIRE LES HURONS ' • • J

f cHEs LES AGNiERs. Lausou (Chamy) à souffrir cette insolence, dans un temps

où il n'avait point d'^^utres ennemis sur les bras que le

seul canton d'Agnié; & il elf certain, ajoute-t-il, qu'il ne

témoigna aux Agniers aucun ressentiment (*) des discours

(2) Histoire de la hautains de leur orateur (2). Bien plus, dans sa réponse,

Kouveiie-Fnince par -^^ j^^^^j. gj interpréter par le P. Le Moine, il leur dit,

le P. de Charlevoix, ^ ' ^

hv. vu, p. 33o.

(*) Il ett difficile de concilier ce que dit ici le P. de Charlevoix avec ce que suppose un écrivain moderne, savoir : « Que M. de K Charny, bien qu'il ne fut pas homme de guerre, était jeune, aRii « & brave; qu'il payait de sa personne, & ne manquait point de « courir, au premier signal, aux lieux que les Agniers menaçaient. » Nous ne connaissons aucune de ces occasions où M. de Charny ait ainsi montré son courage, spécialement contre les Agniers; & ce qui T eut lieu à l'occasion de l'enlèvement des Hurons montre inani-

feftement le contraire. Au reflc, nous faisons ici cette remarque pour juditier la vérité de ce que nous racontons du gouvernement de M. de Lauson & de celui de M. de Charn}-, sous lesquels les Agniers n'éprouvèrent, de leur part, presque aucune résiftance sérieuse, & devinrent de plus en plus insolents à l'égard des Français. Le P. Lemercier écrivait en effet, le (3 juin i656, au P. Cellot, Provincial de Paris : « Depuis la dellrudion du pays des Hurons, les Iroquois ont a toujours avancé leurs conquêtes, & se sont rendus si redoutables « dans ce pays, que tout plie sous leurs armes. Ils ont encore la force « en mains, &. il ne tenait qu'à eux de massacrer le relie de la Co- O'RelationdciGST « lonie Française, ne trouvant presque point de résillance, ni du '.',^ 5^/ " ■' (1 côté des Français, ni du côti des sauvages nos confédérés (3). »

HURONS ENLEVÉS ET MASSACRÉS. lÔSy. 26 1

le lendemain : « Onnontio aime les Hurons; mais ce sont « des enfants qui ne sont plus au maillot, ils sont assez « grands pour être hors de tutelle. Ils peuvent aller où ils « voudront, sans qu'Onnontio y mette aucun empêche- « ment, & il ouvre ses bras pour les laisser aller (i). >» On (0 Relation Je iG^y, ne fournit pas cependant aux Iroquois les chaloupes qu'ils avaient demandées : ce qui les obligea à conftruire des canots; & ils mirent tant d'acfivité dans ce travail, qu'en moins de cinq ou six jours ils en eurent suffisamment, pour embarquer les Hurons qui s'étaient donnés à eux, c'est-à-dire ceux de la nation de l'Ours, l'une des trois tribus dont se composait la Colonie Huronne. La nation de la Corde refusa de quitter Québec & les Français, tandis que ceux de la nation du Rocher résolurent de se donner aux Iroquois d'Onnontagué, au nombre de cinquante, tant hommes que femmes & enfants (2). p.^!iî^!''."°"'^""''

Ceux du Rocher, après avoir fait leurs adieux à les hurons du roche» M. de Charny, aux Pères Jésuites & aux sauvaees qui "-^ssacres par les ;

-' ^ X ONNONTACUESOLI LES

reffaient encore à Québec, s'embarquèrent le 16 juin lôSj, conduisaient. avec des colons & le P. Ragueneau, dans trois chaloupes Françaises qui les transportèrent à Villemarie. Là ils attendirent les Onnontagués, qui avaient promis d'aller les y chercher, pour les conduire ensuite dans leur

pays (3). Ils vinrent, en effet, les y trouver, & se mirent (3) Relation de 1057, |

en marche avec eux le 26 juillet i65j. Chemin faisant, on '^' '^' ^"*' craignait la rencontre des Agniers, partis, disait-on, au

nombre de cent, pour s'emparer de ces mêmes Hurons 1

& les conduire en captivité chez eux; mais le malheur de '

ces derniers vint de la part de ceux-là mêmes qui les conduisaient, & qui leur avaient promis une fidélité si inviolable par tant de pourparlers, tant d'ambassades, tant de ] présents solennels. Le 3 du mois d'août, sur les quatre 1 ou cinq heures du soir, un capitaine Onnontagué, homme • I impudique, s'étant vu repoussé durant quatre jours par

une femme Huronne, commença enfin le premier at\e j

d'une cruelle tragédie, en fendant d'un coup de hache la 1

tète à cette femme. Les Onnontagués se mettent aussitôt sous les armes, & tombent sur les Hurons, qu'ils massacrent à la vue de leurs femmes & de leurs enfants. Il y eut sept chrétiens tués à coup de hache & de couteau ; les femmes & les enfants furent faits captifs & dépouillés de tout leur bagage, même des aumônes qu'on leur avait faites à Québec. Les Français du convoi n'étaient pas en force pour s'opposer à ces cruautés; ils étirent la douleur d'en être les témoins & de garder, malgré eux, une trifte neutralité entre les assassins & les vidimes. Mais le P. Ragueneau ayant ensuite reproché aux Onnontagués une si noire perfidie, le capitaine dont nous parlons eut bien l'impudence de lui répondre publiquement que M. de Lauson-Charny & d'autres lui avaient donné commission i)Rchtiondei6r.7, j^çq ^ggr ainsi cnvers les Hurons (i).

AUTRES HUKONs coN- Quolquc M. dc Chaoïy n'eût pas connaissance d'une si DviTs A AGNiÉ. ON- ^tToce traliisou, il désirait vivement, à son tour, de se dé-

NONTAGUÉS QUI HI-, ,, ,..^. , .. .11

VERNENT A Ç.UÉBEC charger d une adminiltration devenue aussi insupportable POUR EMMENER LE pQur lul qu'elk l'avait été pour son père, & attendait EEbTE DES HURONS. ^^^^^ impatieuce l'arrivée de M. d'Argenson, nommé Gouverneur au mois de janvier de cette année lôSy. Un événement, qui eut lieu le 9 du mois d'août suivant, était bien propre à la lui faire désirer avec plus d'ardeur encore. Des Agniers, au nombre de vingt, se présentèrent à Québec pour entraîner le refte des Hurons; ceux-ci n'étant pas soutenus, quelques-uns d'entre eux s'embarquèrent, le 21, avec ces Iroquois, pour aller se fixer à Agnié; & le 26, le P. Le Moyne les y suivit avec quelques autres (2) Relation de 1 658, Hurous ('2). Bien plus, cinquante Onnontagués, demeurés P- 9- auprès de Québec pour emmener ce qui refiait encore,

envoyèrent à ces Hurons, le 3 septembre, deux ambassadeurs pour les presser de se retirer à Onnontagué; & comme les Hurons se voyaient deftitués de tout appui, M. de Charny les abandonnant à eux-mêmes, tout ce qu'ils purent, dans ces circonllances, fut de traîner en longueur & de renvoyer leur transmigration au printemps suivant.

Q.U1TTE LE canada;

d'aillebolst le

M. d'ailleboust gouverneur. 1657. 263

Heureusement, les Iroquois agréèrent ce délai; mais, pour que les Hurons ne leur échappassent pas, ils résolurent de passer, & passèrent, en efFet, Thiver auprès des Français de Québec (i). C'est que, depuis que les Onnontagués (0 Relation de 1 658, avaient chez eux des Français 6c des Jésuites, ils en étaient P' ^' devenus plus audacieux & plus insolents. Ils pillaient même les maisons écartées, en tuaient ou en enlevaient le bétail; & ce qui excitait les juftes plaintes des habitants, c'eft que personne ne les mettait à couvert de ces brigandages.

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