ESTIME ET CONSIDÉRA- TION DONT H. DE
L'année i658, M. de Queylus posa la première pierre d'une autre nouvelle église, à la côte de Beaupré, qu'il dédia à la très-sainte Vierge sous le titre de sa Visitation, auEvuis jouissait .^ au lieu appelé leChàteau-Richer. Elle fut commencée dans • ^^^^^'^' l'été & achevée l'année suivante. Les éghses de Sainte- Anne & du Château furent ainsi les premières qu'il y eut dans toute l'étendue de cette côte : celle de l'Ange-Gardien n'ayant été bâtie la première fois que vers l'an 1667, & celle de Saint-Joachim, du cap de Tourmente, qu'en i685 & 1686 (4j. Ces fondations & la facilité que M. de Queylus .4. Archives du se'trouvait partout dans l'exercice de ses fondions de curé & de grand vicaire, donnent assez à connaître l'eftime & la rets, iGSô considération dont il jouissait à Québec. Il eût été difficile qu'il en fût autrement d'un homme qui, à la dignité d'abbé de Loc-Dieu & à celle de premier supérieur ecclésiaftique, joignait une naissance illuftre, une fortune considérable.
minaire de Québec Lettre à M. des .Maii^e-
surtout une charité généreuse & une affabilité qui jusqu'alors lui avait partout gagné tous les cœurs. Il suffit de se rappeler qu'à Privas, en Vivarais, qui comptait à peine quarante catholiques, M. de Queylus, ayant bien voulu, par zèle pour le salut des hérétiques de ce pays, accepter la charge de curé, sut mériter leur confiance à un si haut degré, qu'il eut le bonheur d'en ramener à l'Église un très-grand nombre, non-seulement à Privas, où peu après on comptait plus de trois cents catholiques, mais encore dans près de quinze autres paroisses qu'il évangélisa suc- (i) Vie deM.oiier, cessivemeut dans le voisinage de cette ville (i). A Québec,
part, m, iiv. v, t. II. jj ^^ faisait aimer non-seulement des personnes de consi- (2) Journal des Je- dération , mais aussi du peuple (2) , envers lequel il se
suites, 21 oa. 1657. niontrait libéral, dans ce temps surtout où la misère puis) Lettres de Marie blique se faisait plus vi\'ement sentir (3). Quoique l'un des
denncarnation,i658, ^gsociés de Montréal 8c sincèrement dévoué à cette œuvre,
Lettres de M. d Ar- . ....
genson, bibliothèque il fut toujours exempt de toute partialité qui eût pu tourner
du Louvre. ^^^ désavantage ou cjui n'eût pas procuré le plus grand bien
de Québec. La Mère Juchereau en rapporte un exemple
remarquable, dans la résolution qu'il prit de donner aux
Hospitalières de ce lieu la conduite de l'hôpital de Ville-
marie : « Comme M. l'abbé de Queylus aimait beaucoup
notre communauté, dit-elle, il jugea que ce serait un
avantage pour nous & pour tout le pays s'il n'y avait à
Québec & à Villemarie qu'un même Inftitut, parce que
cela entretiendrait mieux la paix qui doit être entre les
maisons religieuses. C'eft pourquoi, nous ayant proposé
rafïaire& déclaré ses vues, il nous pressa tant que nous
y consentîmes; &on crut devoir garder un grand secret,
jusqu'à ce que l'on eût gagné ceux de qui dépendait
(4)Hiftoire de l'Ho- " Cette fondation (4). « Mais, ce projet n'ayant pas réussi,
tel Dieu de Québec, ]yj ^jg Queylus voulut douucr aux Hospïtalières de Qué-
par la Mère Juchereau, , . n- o j i •
p. ,,4, ii5. bec un témoignage perpétuel de son eftime & de sa bien-
veillance , en fondant en l'honneur du "Verbe Incarné une place d'Hospitalière, afin qu il y eût toujours dans cette maison une Sœur qui lui fût redevable de son entrée en religion. Pour cette fondation, il donna la somme de six
ENSON, COL- VERNELB GÉNÉRAL.
M. DE QUEYLUS GRAND VICAIRE. lÔSy-SS. 299
mille livres, qu'elles employèrent à Tacquisition d'un fief (i) Hiftoiredei'Hônoble que leur communauté posséda depuis (i). ^^^r^ '^" ^ Québec.
M. de Queylus exerçait ainsi les pouvoirs de grand m>hivée a qvébec de vicaire à Québec depuis près de dix mois, lorsque arriva enfin M. d'Argenson, attendu depuis l'année précédente. Pierre de Voyer, vicomte d'Argenson, après avoir fait la traversée de France à l'île Percé en trente-cinq jours, fut obligé d'attendre un mois entier pour qu'il se présentât quelque navire qui le conduisît à Québ.c, & profita enfin de celui du sieur Gaigneur, appelé le vaisseau le Prince d'Orange, qui l'y mena en dix-sept jours. Il arriva à Québec le 1 1 juillet, sans être alors attendu 6c sans avoir fait donner aucune nouvelle de son approche que cinq heures avant son débarquement (2) (*) . A peine le vaisseau eut-il iv lettre de m. jeté l'ancre, que M. d'Ailleboufl alla saluer le Gouverneur ,,33»*^"^°"' ^^^'' sur son bord, pendant que les habitants de Québec l'attendaient en armes sur le rivage. Étant ensuite revenu vers eux, M. d'Aillebouft se mit à leur tête & reçut le Gouverneur, qu'on conduisit au Fort, dont on lui présenta les clefs au bruit de l'artillerie. Après qu'il eût pris possession de la place, ses premières visites furent au très-saint Sacrement, d'abord dans l'église paroissiale, de là dans la chapelle des Jésuites, enfin dans celles de l'Hôpital et des ,,,d 1 .• ^ --^
; c (3)Relationde IDDO,
Religieuses Ursulines (1-i). p. 17.
L'arrivée de M. d'Argenson à Québec fut bientôt >>• oe qleylus cesse
D EXERCER LES POU- VOIRS DE' GRAND VI- CAIRE A (iUÉBEC.
(*) Dans une lettre du 5 septembre i658, M. d'Argenson fixe la date de son arrivée à Québec au 10 juillet de cette année (4); & (4 Emplois, &c , dans une autre du même jour, adressée au P. Lallemant, il la met au ^°^- 44- 6 de ce mois (5). On peut croire que, n'étant pas accoutumé à re- ?" /*iJ., fol.40. marquer les dates avec soin, il s'ell mépris en assignant tant l'une que l'autre. Le Journal des Jésuites assigne expressément le 1 1 juillet, en ajoutant que le vaisseau qui amena le Gouverneur fut le premier arrivé de cette année, & qu'il jeta l'ancre devant Québec à deux ,-1 journal des Jéheures après midi (6). Dans la Relation de i65S, on rixe aussi son suites, n juillet iô58. arrivée à Québec au 11 du même mois (7), & c'eft ce qui nous dé- (■;) Relation de 1658, termine à suivre cette date. p. fj.
suivie du départ de M. de Queylus de cette ville, occasionné par la cessation de ses pouvoirs de grand vicaire dans ce lieu. Quoique les Pères Jésuites l'eussent d'abord invité & pressé eux-mêmes d'y exercer ces pouvoirs contre sa propre résolution, ils comprirent bientôt qu'il eût été plus naturel de borner sa juridiction à l'île de Montréal & de laisser ailleurs les choses sur le pied où elles avaient été jusqu'alors. Ils en écrivirent à l'archevêque de Rouen, qui se rendit à leur jufle demande. Par de nouvelles lettres du 3o mars i658, écrites en français, il déclara que désormais M. de Queylus exercerait dans l'île de Montréal seulement tous les pouvoirs de grand vicaire, & que le supérieur des Jésuites de la maison de Québec continuerait à faire usage de ceux qu'il lui avait accordés auparavant. 11 ajoutait qu'aucun des deux ne pourrait rien entreprendre dans le territoire de l'autre, sans le consentement de celuici, à la charge pourtant d'adminiftrer, chacun dans le lieude sa jurididion, les sacrements aux fidèles qui iraient de (i) Archevêché de Québec à Montréal ou de Montréal à Québec (i). M. de Rouen, 3o mars 1 658, Q^eyi^s ne fut informé de ce nouvel arrangement que
reg. fol. 40. ^<^ J ^ . . - . . ,.
lorsque le P. Dequen lui fit signifier juridiquement ses
(2) Journal des Je- lettres dc grand vicaire, le 8 du mois d'août (2) ; ce qui
suites, 8 aoûtifiss. f^j. (-jj^ge que, dans le premier moment, il eut le tort d'y
objeiler quelque prétendu défaut de forme; mais M. d'Ar-
genson l'ayant assuré que la Compagnie de Montréal était
informée de cette nouvelle disposition 8c qu'elle l'avait
(3)LettredeM.d'Ar- expressément agréée, M. de Queylus l'agréa aussitôt, &
în6!LT4o',lt^^' tout se passa avec douceur ^3).
M. DE QUEYLUS RE- Il partît dc Québcc le 21 août, accompagné de M. &
madame d'Aîllebouft (4), dont la présence n'était plus néiioût?658 cessaire dans cette ville après l'arrivée de M. d'Argenson. Il alla, dit M. Dollier de Casson, « consoler le Montréal « par sa présence & y demeurer, au grand contentement « de tous, surtout à la vive satisfaction de MM. Souart et (' Galinier, qui ne craignirent pas de s'avancer bien avant « dans les bois, sans appréhender les Iroquois, afin d'aller
rOURNE AVILLEMAKIE
(4) Journal des Jésuites
RETOLR DK M. DK QUEYLUS A VILLEMARIE. l658. 3oi
« au-devant de sa barque pour lui témoigner la joie qu'ils « avaient de son retour (i). » Lorsqu'il partit de Québec, (i, HiftoireduMontil fut suivi de soixante personnes, qui remplissaient trois '■'=^'' '*'= "'^" ^ ■^^^• chaloupes, & montèrent avec lui à Montréal. L'état d'hostilité où était alors le pays rendait quelque escorte nécessaire pour un pareil voyage ; mais il semble que la plupart de ceux qui se joignirent ainsi à lui l'accompagnèrent par honneur (*). M. d'Argenson lui-même se serait joint volontiers à lui, s'il n en eût été empêché. « Revenant d'une K petite course où je pensais trouver les ennemis, écri- « vait-il, je rencontrai M. l'abbé de Queylus qui montait « la rivière pour Montréal. J'ai eu beaucoup de déplaisir >' de ne pouvoir l'accompagner, mais nos ennemis & les « récoltes en sont la cause (2}. » Il pourrait même se faire i^) Lettre à m. de que plusieurs eussent ainsi accompagné M. de Queylus ^'''"'^^'"P' *"°'- +-• dans l'intention d'aller s'établir à "Villemarie, par attection pour lui. Du moins M. d'Argenson écrivait, le 3 septembre : (c Le départ de M. l'abbé de Queylus a un peu alarmé <c notre pays, d'autant que ce qu'il y avait de prêtres sé- « culiers ont quitté , à la réserve de deux autres ; » & comme ceux-ci étaient peu propres à exercer le saint miniftère (^3), il écrivait au P. Lallemant : « Les chapelains {i) ibid., toi. 45. « des deux maisons religieuses ont quitté pour passer en <c France, tellement qu'il n'y a plus que vos Pères qui I' fassent ici toutes les fonétions (4). » Le chapelain des (4)/^!./., foi. 40. Ursulines, M. Vignal, avait rendu de très-signalés services
("; Quoique le vaisseau appelé Taduurneau, chafgé en partie de marchandises & d'efïets pour Villemarie, vînt d'arriver alors à Québec (5), il, ne parait pas qu'il eût amené tant de monde pour Ville- (5iLeitrede.\l.d'Armarie. M. Dollier de Casson nous apprend, au contraire, que, les genson,fol.4o,42,44. années 1657 & i658, les ecclésiaftiques de Saint-Sulpice, sur l'assurance que M. de la Dauversière leur avait donnée de trouver un grand nombre d'hommes à Montréal, avaient emplové tous leurs fonds à acheter des denrées & des étoffes, &. qu'ils ne firent venir quantité d'ouvriers que les années suivantes (6). Il e(t donc probable qu'une (ô'' Hiftoire du Montpartie de cette compagnie allait ainsi de Québec à Villemarie, par réal, de i638à i63o. honneur pour M. de Queylus.
(0 Lettres de Marie à CCS Rcligleuses ( i) en travaillant à leur sandification, & de l'Incarnation, let- s'était même dépouiUé en leur faveur, le 3o septembre
tre 62, 10 août ibbi, ^^ ,, ^ , . . . . '■
p. scg. 1033^ d un arpent de terre qui tait encore partie de 1 enclos
(■2) Archives du se- dc Icur couvciit (2). Par eftime pour M. de Queylus, il
minaire de Québec, résolut de s'attachcr EU Séminaire de Villcmarie ; &, après
reg. Ursulines, p. 94. . . . ....
avoir quitté Québec cette année, il se rendit au séminaire de Saint-Sulpice à Paris, pour y faire son année d'épreuves, d'où nous le verrons revenir, l'année suivante, avec un autre prêtre de cette maison.
.NÉCESSITÉ d'un ÉVEQLE A Québec, où ks Jésuites rentraient ainsi dans Tad-
EN CA.NADA. miniitratiou de la paroisse, il paraît que le départ de M. de Queylus fit même naître, quoique sans raison, des inquiétudes de conscience, & douter si l'on pouvait s'adresser à eux pour l'adminiftration des sacrements. Du moins plusieurs profitèrent des derniers jours qu'il tint la cure de Québec pour faire baptiser leurs enfants ; & d'autres , à qui il en naquit dans ces circonftances, notamment après son départ de Québec, ne voulurent pas d'abord les porter à l'église paroissiale, quoique ce fût alors la plus belle saison de l'année, & les ondoyèrent dans leurs maisons. Il y en eut jusqu'à dix qu'on baptisa de la sorte, & à qui on ne suppléa les cérémonies du baptême, dans l'église paroissiale, que trois semaines, un mois, un mois & demi (3) Regiftres de la & même deux iiiois & demi après leur naissance (3). Rien Dame^^de'^'^ Québec" "^ montrait mieux que ces troubles de conscience, quoii658. qu'ils n'eussent aucun fondement, la sagesse des Associés
de Montréal en demandant avec tant d'inftances l'éreélion d'un Siège épiscopal en Canada; & c'était aussi le jugement que portaient alors dans le pays les personnes les plus éclairées & les plus sages. « Je ne puis pas bien vous dire, « écrivait M. d'Argenson, ce qu'on pourrait faire pour « dissiper les inquiétudes de conscience qu'on s'est ima- « ginées, si ce n'ell d'avoir ici des prêtres (séculiers) pour « servir la cure , & les révérends Pères pour faire leurs yiV^ T " missions & leurs fonctions, sans dépendance les uns des
« autres; à moins aussi qu'il ne vienne un évêque, auquel
RETOUR DE M. DE QUEYLUS A VILLEMARIE. l658. 3o3
« cas je crois qu'il cil facile d'ajurter toutes choses, puisque
« nous voyons qu'il eft désiré de tous (i); chacun eft bien (O Lettres de iM.
« disposé à le recevoir: pour moi, je le crois très-avan- ^'^rgenson, 5 sept.
>: ' ^ ' ' iOdS, toi. 43, 37.
« tageux au pays (2). « La Mère de 1 Incarnation elle- (2) ib,d., 14 oa., même, qui, en 1646, jugeait que le pays n'était pas en- ''j' 'J'core (^55e{-yhz7pour demander laprésenced'unévêque (3j, l3) Lettres spiri-
■ . • • ' I j^ i j A ,1 j /^ I tuelles de Marie de
écrivait, trois jours après le départ de M. de Queylus pour iin^;„.nation let 4-
Villemarie : « M. de Bernières me mande, & le R. P. Lai- p. 80.
« lemant me confirme, que Ton veut nous envoyer pour
« évêque M. Tabbé (de Laval) de Montigny, qu'on dit être
(I un grand serviteur de Dieu. Ce serait un grand bien
« pour ce pays d'avoir un Supérieur permanent ; & il efl:
(I temps que cela soit, pourvu qu'il soit uni, pour le zèle
« de la religion, avec les RR. PP. Jésuites : ils ont seuls
<i la conduite des âmes, & sous eux on vit dans une sainte
« liberté. Il pourrait bien néanmoins arriver de certains
« cas où l'on aurait besoin de recourir à d'autres ; «^ c'ell
1 11 ' L -^ • ■ ' ' / \ (4) Lettre 87', p.
« pour cela que 1 on souhaite ici un eveque (i). » ,^7^ iç,8
Lorsque M. de Queylus retourna à Villemarie, à la mademoiselle mance fin du mois d'août de cette année 1 658, mademoiselle Mance '" ° ^"""^^ ■" '"'^^*^''