SELLE MANCE EST CURABLE
(3) Ecrits autographes de la sœur Bourgeoys.
(*) ce Le navire était tout rempli de Huguenots, rapporte la Sœur K Bourgeoys, & il n'y avait que cinq ou six hommes de catholiques, « outre mademoiselle Mance & moi. Nous ne sortions presque point « de la chambre aux canons. Ces Huguenots chantaient leurs prières « soir & matin, & dans d'autres temps. Mais quand nous fûmes (c sous la ligne, mademoiselle Mance les pria de ne point chanter « comme de coutume, leur représentant qu'elle était obligée de ren- « dre compte de tout ce qui se taisait sur le navire. » Nous rapportons ici cette particularité pour montrer le grand ascendant que donnaient, comme naturellement partout, à cette demoiselle, sa vertu & son rare mérite. Car cette seule observation, quoique faite par une fille infirme & incapable de se remuer, eut tout l'eflét qu'elle s'en
MADEMOISELLE MANGE EN FRANCE. IÔSq. Soy
d'odobre (i). En arrivant à la Rochelle, elle éprouva des (o Journal des Jd-
doLileurs si vives & si aiguës, qu'il lui fut impossible de *"'*"> '4 °^- >658.
supporter le mouvement de la voiture , 8c que , pour se
rendre de là à la Flèche, où elle voulait d'abord visiter
M. de la Dauversière, elle fut obligée de s'y faire porter
sur un brancard (2), toujours accompagnée de la Sœur (2)HiftoireduMont-
Bourgeoys (3). De la Flèche elles allèrent à Paris. Là ^^^i. ^e lôSyà .658.
,-,,»» - « -, , »^ (3) Annales de l-Ho-
mademoiselle Mance représenta aux Associes de Mont- tei-Dicu saint-Joserh réal l'impossibilité où elle était de rendre elle-même aucun P^f''» Sœur Morin. service à l'Hôtel-Dieu, & la nécessité urgente d'y envoyer des Filles de M. de la Dauversière, que M. Olier, avant sa mort, & toute la Compagnie, avaient déjà choisies pour en avoir le soin. Touchés de l'état d'infirmité où elle était réduite, ils voulurent consulter sur son mal les plus habiles médecins & chirurgiens de la capitale; & l'un des Associés, M. le baron de Montbar, la fit conduire dans son carrosse, par sa propre sœur, chez les plus célèbres qu'on venait de nommer. Tous ces dodeurs, après avoir examiné l'état du bras, répondirent d'un commun accord que le mal était trop invétéré 8c la personne trop avancée en âge pour qu'on pût jamais obtenir de guérison; que d'ailleurs la peau du bras étant déjà dans le même état de sécheresse où serait un cuir à demi préparé, 8c la main, ainsi que le bras, demeurant sans mouvement, presque sans vie 8c sans chaleur, il y avait tout lieu de craindre que le mal ne se communiquât à tout le côté droit du corps, 8c ne le fît tomber en paralysie (4). Voyant donc qu'il n'y (4)HirtoiredaN'oniavait pour elle aucune espérance de guérison, 8c; que même ''"'' i6''7-5S. ces dodeurs lui avaient interdit toute espèce de remèdes, de peur qu'elle ne devînt paralytique de la moitié du corps, elle ne songea plus qu'au moyen de trouver une fondation pour des Filles de M. de la Dauversière.
était promis. « Ces hérétiques, ajoute la Sœur Bourgeoys, cessèrent
■« aussitôt leurs chants (5). » Ce trait montre aussi la facilité qu'en (5) Écrits autogra-
laissait aux Huguenots d'aller trafiquer en Canada, quoiqu'il leur phesde la sœur Bour'
fût défendu de s'y établir. geoys.