‹ Histoire de la colonie française in CanadaChapitre 232 sur 428 · MADEMOISELLE MANCE VISITE LE TOMBEAU DE M. OLIER · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE MANCE VISITE LE TOMBEAU DE M. OLIER

(i) Archives du séminaire de St-Sulpice. Atteftation de guérison. Déclaration de mademoiselle Mance.

MADEMOISELLE MANXE EST GUÉRIE INSTAN- TANÉMENT PAR L' AT- TOUCHEMENT DU COEUR DE M. OLlER.

3c8 11"^ PARTIE. LES CENT ASSOC. ET LA COMP. DE MONTRÉAL.

Sur ces entrefaites, elle eut la pensée d'aller vénérer le corps de M. Olier, conservé en dépôt dans la chapelle du séminaire de Saint-Sulpice : « J'avais désiré, dit-elle, de voir son cercueil, non pas dans la vue de mon soulagement, mais dans l'intention de l'honorer, Teftimant un très-grand serviteur de Dieu. J'eus (de M. de Bretonvilliers) la permission de le voir le jour de la Purification de la Sainte Vierge; je savais qu'il avait pendant sa vie grande dévotion à ce jour. Comme je fus sur le point d'entrer dans la chapelle où repose son corps, la pensée me vint de demander à Dieu, par les mérites de son serviteur, qu'il lui plût de me donner un peu de force &: quelque soulagement à mon bras, afin que je m'en pusse servir dans les choses les plus nécessaires, comme pour m'hahiller & accommoder notre autel à Montréal. En entrant dans la chapelle, il me prit un grand saisissement de joie si extraordinaire, que de ma vie je n'ai rien senti de semblable. Mon cœur en était si plein que je ne le puis exprimer. Mes yeux étaient comme deux fontaines de larmes qui ne tarissaient pas : ce qui venait si doucement, que je me sentais comme toute fondue, sans aucun etïort, ni travail de ma part, pour m'exciter à telle chose, à quoi je ne suis pas naturellement disposée. Je ne puis exprimer cela, sinon en disant que c'était un effet de la grande complaisance que je sentais du bonheur que possède ce bienheureux serviteur de Dieu. Je lui parlai comme si je l'eusse vu de mes yeux, & avec beaucoup plus de confiance, sachant qu'il me connaissait à présent bien mieux que lorsqu'il était au monde; qu'il voyait mes besoins & la sincérité de mon cœur, qui ne lui avait rien caché (i). »

Ce ne fut qu'après la Messe, célébrée par M. de Bretonvilliers, dans cette chapelle, que mademoiselle Mance pensa à demander sa guérison; & aussitôt elle eut la confiance certaine d'être infailliblement exaucée. Le cœur de M. Olier, séparé de son corps, se trouvait enchâssé dans

MADEMOISELLE MANCE EN FRANCE. l65g. 3og

une enveloppe de plomb assez lourde, en forme de grand cœur, & cette enveloppe, renfermée dans une représentation en argent doré qui avait la même forme, était contenue elle-même dans un petit coffre de bois. M. de Bretonvilliers apporta le tout à mademoiselle Mance. « Moi, ayant pris ce précieux dépôt de ma main gauche, dit-elle, & pensant aux grâces que Dieu avait mises dans ce saint cœur, je le posai sur ma main droite, tout enveloppée qu'elle était dans mon écharpe. Au même moment je sentis que ma main était devenue libre; qu'elle soutenait sans appui le poids de la boîte de plomb où le cœur est renfermé; & qu'une chaleur extraordinaire se répandait par tout mon bras jusqu'aux extrémités des doigts. L'usage de ma main me fut rendu dès ce moment : ce qui m'étonna merveilleusement, & m'obligea de louer & de bénir la bonté divine de la grâce qLi'elle daignait me faire, de manifefter en moi la gloire & le mérite de son saint serviteur (i). » Une autre circons- (O Archives du sétance bien étonnante de cette guérison, ce fut que le bras de T'"^,"'^.'^"' st-suipice.

~ ' ^ Atteitation de gueri-

mademoiselle Mance étant enveloppé de plusieurs diffé- son. Déclaration de rents linges attachés avec une multitude d'épingles, sou- ""ademoiseiie Mance,

" . . ^ " ' i3 février i05;i.

dam toutes ces épmgles sortirent de leurs places, & toutes ces ligatures & ces enveloppes se défirent d'elles-mêmes, sans que personne y mît la mam. M. Dollier de Casson, qui rapporte cette particularité, fait ici avec beaucoup d'à-propos la réflexion suivante : « Dieu voulut honorer (I la mémoire de feu M. Olier, son serviteur, en donnant <( à son cœur le moyen de témoigner sa gratitude à cette « demoiselle, qui pour lors s'employait si fortement en (I faveur de l'île de Montréal, à laquelle il portait lui- « même tant d'intérêt lorsqu'il était vivant, & dont Dieu « veut bien qu'il prenne la protection après sa mort (2).

En effet, mademoiselle Mance, persuadée plus que al'o;casiondesagi.éjamais que Dieu voulait attirera Villemarie les Filles de «ison, mademoiselle

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