DÉPART DE M. DE QUEY- LUS POUR LA FRANCE
LES HOSPITALIERES DE LA FLÈCHE OBTIEN- NENT ENFIN l'obédience POUR VILLE- MARIE.
lentj pour pouvoir être approuvé à Rome, & que la prudence demandait qu'il n'en fît point mention.
M. de Queylus s'embarqua le 22 oftobre i65g, sur le vaisseau le Saint- André, conduit par le capitaine Poulet, qui avait amené la dernière recrue pour Villemarie; & eut pour compagnons de voyage, entre autres le P. Vimont, qui retourna pour toujours en France, M. de Bécancour, M. Chartier, M. de Villeray. Leur vaisseau fut pourtant obligé de relâcher & ne partit que le 26. Il paraît que M. de Maisonneuve & M. d'Ailleboufl: des Musseaux étaient descendus à Québec pour dire adieu à M. de Queylus avant son départ; car nous lisons qu'ils s'embarquèrent de Québec pour l'île de Montréal le i" de novembre suivant. Le départ de M. de Queylus, comme le fait remarquer M. Dollier de Casson, affligea beaucoup la colonie de Villemarie, & en particulier la nouvelle recrue qui venait d'arriver. Jusqu'ici nous avions différé de parler de ce renfort, afin de mettre plus de clarté dans le récit d'autres événements qui s'étaient passés les années i658 & i65g; nous en parlerons ici en détail, cette recrue, la plus considérable après celle de i653, ayant rendu à la Colonie d'importants services.
Mademoiselle Mance, après avoir trouvé dans la générosité de madame de Bullion une fondation pour les Hospitalières de Saint-Joseph, avait écrit à M. de la Dauversière de conduire à la Rochelle, lieu de l'embarquement, celles qu'il deftinait pour Villemarie; & à la Sœur Bourgeoys d'aller la première dans cette ville, avec les filles qu'elle conduisait, & de l'y attendre. Pour cette fondation tant désirée, M. de laDauversière choisit les Sœurs Judith Moreau de Brésoles, Catherine Massé & Marie Maillé; mais lorsqu'il eut demandé à l'évéque d'Angers son obédience pour elles, ce Prélat se montra si opposé à leur départ, qu'on désespéra presque de l'y faire jamais consentir; ce qui fut cause que la recrue déjà rendue à la
HOSPITALIÈRES DE SAINT-JOSEI'H. l65g. 35 I
Rochelle fut obligée d'attendre longtemps leur arrivée. Dans cet intervalle, pour surcroît d'épreuves, M. de la Dauversière, sans le concours duquel les Hospitalières ne pouvaient effectuer leur départ, tomba tout à coup dans une très-grave maladie, dont les progrès furent si rapides &. si effrayants en peu de jours, que les médecins perdirent pour lui toute espérance de guérison. Il était en cette extrémité lorsque, le 23 mai de cette même année lôSg, il reçut des lettres des Associés de Montréal qui, ne connaissant pas son état, le pressaient avec inftance d'aller incontinent à la Rochelle pour donner ordre à l'embarquement de la recrue. Alors cet homme de foi s'adresse à Dieu, lui demande la force nécessaire pour achever l'œuvre qu'il lui a confiée ; &, chose admirable, deux jours après cette prière, le 25 du même mois, il se trouve entièrement guéri. Bien plus, ce jour-là même, l'évêque d'Angers arrive exprès à la Flèche pour donner lui-même, en personne, l'obédience aux Filles de Saint-Joseph, en assurant avec elfusion de cœur que cette nouvelle maison serait désormais l'ornement de tout l'Inftitut, qui en effet, n'avait été formé qu'en vue de "Villemarie. Enfin, deux prêtres du séminaire de Saint-Sulpice, M. Lemaître & M. Vignal arrivent, de leur côté, le même jour à la Flèche, pour accompagner de là les Sœurs de Saint-Joseph en Canada; &. la réunion de toutes ces circonllances imprévues parut être si providentielle, que le départ fut fixé au (i)HifioireduMontlendemain même de ce jour (i). '^^'- p"^ ^i;!"?"''/''
' \ ^ . Casson, i65o a loig.
Mais, dès que le bruit s'en fut répandu dans la ville émelte a i.a flèche de la Flèche, le peuple, s'imaginant que M. de la Dauver sière envoyait ces Sœurs en Canada malgré elles, forma lières une sorte de coalition pour s'opposer à leur départ. Comme plusieurs vertueuses filles étaient parties par ses soins pour 'Villemarie contre le gré de leurs parents, ceuxci, irrités de ces enlèvements prétendus, avaient excité contre lui une persécution ouverte, qui se ralluma plus que jamais à l'occasion du départ des Hospitalières. Les
POLR EMPECHER LE DÉPART DES HOSPITA-
rues voisines deTHôtel-Dieu furent bientôt toutes remplies de monde, & plusieurs même passèrent la nuit à faire le guet pour délivrer ces filles dès qu'elles viendraient à sortir. Enfin, le lendemain à dix heures du matin, qui fut le moment où elles montèrent à cheval, il y eut tant de mouvements tumultueux & de si vives démonftrations d'opposition de la part du peuple, que les gentilshommes qui devaient accompagner les Sœurs dans leur voyage, entre autres M. de Saint-André, ne virent d'autre moyen d' effectuer le départ que de mettre la main à Tépée, & (0 Hift. du Mon- d'écarter la foule par les imiiressions de terreur qu'ils
tréal, par M. Dollier, . . '^ / ^
de Cbsson, i658 & sureut mspirer aux plus résolus, sans cependant blesser •65g. personne (i).
A LA ROCHELLE, ON Arrlvécs à la Rochelle, où le refte de la recrue les
HospiTAuÈi-Es"" 'de attendait pour l'embarquement, les Filles de Saint-Joseph PARTIR. eurent un autre combat à soutenir. Des personnes char-
gées en France des affaires de M. de Laval, & qui, pour le bien du Canada, désiraient qu'il n'y eût en ce pays qu'un seul hilhtut d'Hospitalières, s'efforcèrent de les empêcher de partir, les assurant qu'elles n'y seraient pas reçues, & qu'on les renverrait en France, cette même année, sans agréer leurs services. Ces filles persiflèrent néanmoins dans leur dessein, & M. de la Dauversière demeura toujours inébranlable, persuadé, aussi bien que les Associés de Montréal, que le moment était venu d'accomplir les desseins de Dieu ; & comme à la Rochelle on lui demandait pourquoi il pressait si fort leur départ : « Si elles ne vont pas cette année en Canada, répondit-il, « jamais elles n'y iront. » La suite juflifia la vérité de ces paroles. Pour empêcher leur départ, on persuada apparemment au capitaine du navire que les chefs de cette entreprise étaient insolvables, en sorte que cet homme voulait absolument être payé d'avance du passage de toute la recrue &: de celui du fret des effets deftinés pour Villemarie. Ils étaient cependant dans l'impuissance de satisfaire à sa demande avant d'arriver en Canada, ayant
RECRUE POUR VILLEMARIE. l65g. 353
, , , r j • 1 11 .1 (i) Hifioire duMont-
employe tous leurs londs a lever des hommes, ou a ache- rcai, F!.r m. ooiiier ter des denrées nécessaires ou utiles à la Colonie fi). ^e Casson, de loss à
^ ■ r , , r • 1 1 ^ • XXXVII.
Cette recrue, qui tut levée aux irais de la Compagnie le capitaine du kavire de Montréal, du séminaire de Saint-Sulpice & de l'Hôtel- refuse D'EMBARauER Dieu, se composait de cent neuf personnes, soixantedeux hommes & quarante-sept femmes ou filles, sans parler encore d'autres colons qui allaient à leurs propres dépens s'établir à Villemarie. Ceux-ci se virent également contraints de payer d'avance leur passage ou de renoncer au départ, tant le capitaine était défavorablement prévenu. Mademoiselle Mance, les voyant dans cette extrémité, voulut bien se donner elle-même pour caution, & eut recours à un marchand de la Rochelle, qui, le 20 juin i65g, avança, en efifet, la somme nécessaire pour le passage de sept honnêtes ménages de la Rochelle, obligés sans cela de sortir du vaisseau. C'étaient les familles Charbonneau, Goguet, Leroi, Thiberge, Baujean, Cardinau ou Cardinal & Thibodeau (2). La Sœur Bourgeoys ^-; ^''^^ ^^ ^"'5-
^ ^ c ./ marie, lo nov. ibbg
n'a pas oublié, dans ses Mémoires, ce fâcheux contre- & 19 juin 16-3. temps, qu'elle n'éprouva pas moins que les autres passagers ne le ressentirent. « A la Rochelle, dit-elle, les écus d'or que M. Chàtel avait fait coudre dans le corset de sa fille, & qu'elle me donna ensuite, nous furent fort utiles. On nous avait promis qu'on embarquerait chacurie de nous pour cinquante livres, avec nos provisions & nos coflfres; mais il y eut quelque débat avec le maître du navire. On voulut nous faire payer à chacune cent soixante-quinze livres, & nous n'avions pas d'argent. On refuse M. de Maisonneuve pour répondant, & on veut que ma Sœur Raisin s'en retourne pour faire payer en France. Me voilà bien en peine. Enfin on nous mande de faire deux promesses. Tune pour payer à Montréal incessamment, l'autre sur M. Raisin, afin d'être payée par lui au retour du vaisseau, en cas que celle de Montréal ne fût pas sûre. Cependant le maître du navire, qui était préparé, se