‹ Histoire de la colonie française in CanadaChapitre 259 sur 428 · RECRUE POUR VILLEMARIE · texte numérisé non relu

RECRUE POUR VILLEMARIE

IlOSPITALIEHES ET DE I.A SŒIR BOL'RGEOYS POUR ASSISTER LES H.M.ADES.

Saint- Joseph s'empressèrent d'offrir leurs services dans cette périlleuse occasion. Mais, quelques inftances quelles fissent, elles ne purent obtenir la faveur qu'elles demandaient : ce qui peut-être fut cause de la mort de huit ou dix personnes que la contagion enleva tout d'abord. Du moins, la défense qu'on leur avait faite d'exposer leur vie ayant été levée, dès ce moment il ne mourut plus personne, quoique le nombre des malades fût toujours fort grand. « •Nous pouvons bien dire, ajoute M. DoUier de « Casson, que la Sœur Marguerite Bourgeoys travailla u autant que toutes les autres pendant la traversée, & que « Dieu la pourvut de plus de santé pour suffire à tant de « fatigues. » Les deux prêtres de Saint-Sulpice, quoique atteints eux-mêmes de la maladie, assiftaient les malades autant qu'ils en étaient capables ; & M. Le Maistre, moins abattu que son confrère par le mal, ensevelissait lui-même les morts, les liant dans leurs couvertures, & les jetant ainsi avec elles à la mer (i). Deux de ces passagers, qui étaient Huguenots, eurent le bonheur d'abjurer l'hérésie avant de mourir, & de trouver ainsi leur salut dans cette détresse commune (2). Cependant les Hospitalières Bourgeoys éprouvèrent elles-mêmes quelques atteintes du mal, aussi (2)Hiftoiredu Mor.t

f '- '■ ' real, 1608 a iOdq.

bien que la sœur Bourgeoys & surtout ses trois compagnes , mais principalement mademoiselle Mance, qui en fut réduite à l'extrémité. « La famille Thibodeau tout (( entière, dit la Sœur Bourgeoys, était aussi à l'extrémité, « hormis une petite fille à la mamelle, dont personne ne « voulait se charger. J'entendis que Ton parlait de la « jeter à la mer; ce qui me faisait trop de pitié, 6c je la « demandai contre lavis de toute notre bande, qui était « toute malade. » Cette maladie pefiilentielle ne fut pas la seule épreuve qu'on eut à souffrir dans la traversée, qui dura plus de deux mois. Le navire essuya les plus furieuses tempêtes, & fut en danger évident de périr; jusque-là que plusieurs fois tous les passagers, se croyant perdus sans ressource, se mirent en état de paraître devant Dieu, par la réception du sacrement de Pénitence. Enfin on

(i) Hiftoire du Canada, par M. de Belmont. — Écrits autographes de la Sœur

Page 1