FEST.N A TOUT MANGER POUR SURPRENDRE LA VIGILANCE DES IRO- QUOIS
Voici comment le raconte la Mère Marie de Tlncarnation. Un jeune Français, adopté par un Iroquois de réputation, feignit d'aA'oir songé qu'il mourrait si Ton ne faisait un fejîin à tout manger, selon les idées superflitieuses de ces barbares. « Tu ne mourras pas, lui répond « son père adoptif; prépare-nous donc ce fertin, & nous « mangerons tout. » Les Jésuites lui donnèrent les porcs qu'ils faisaient nourrir & les provisions qu'ils avaient d'outardes, de poissons & autres ; tout cela, joint à ce que le jeune Français put se procurer ailleurs, fît la matière de ce feftin, qui eut lieu pendant la nuit. Tous les convives se remplirent, en effet, de telle sorte que, n'en pouvant plus, ils conjuraient le jeune homme d'avoir pitié d'eux & de les envoyer se reposer. Je mourrai donc, répondait-il, &, à ce mot mourir, ils continuaient tous de manger malgré eux. En même temps, celui qui présidait au feftin faisait jouer les flûtes, les trompettes, les tambours, afin de charmer l'ennui d'un si long repas & d'exciter les convives (2)Mariederincar. à danser (2). Ce jcuuc hommc surtout jouait son jeu avec tant d'adresse & de succès, que chacun voulait contribuer à la joie publique; c'était à qui jetterait des cris plus perçants, tantôt de guerre, tantôt d'allégresse. Par complaisance pour lui, les sauvages chantaient & dansaient à la Française, tandis que les Français dansaient à la sauvage. Enfin, pour les animer de plus en plus, on diflribua des présents à ceux qui jouaient le mieux leur personnage & qui faisaient le plus de bruit, afin d'étouffer par là celui qu'une quarantaine de Français faisaient au dehors dans le transport de tout leur équipage.
nation, p
LES MISSIONNAIRES ET LES FRANÇAIS S'eN- 1-UIENTAPETIT BRUIT.
(3) Relation de i658, P-7-
L'embarquement s'étant fait de la sorte, le feflin finit à point nommé (3j, c'eft-à-dire que le jeune Français dit alors à son père adoptif : « C'en est fait, j'ai pitié de vous; « cessez de manger, je ne mourrai pas. Je vais faire jouer
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ntion, p. 33
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