A VILLES
iRIE.
4'' GUERRE. RETRAITE d'oNNONTAGUÉ. i658. 3-3
« d'un doux inllrument pour vous exciter au somn.cil; « mais ne vous levez demain que bien tard, 8.: dormez (I jusqu'à ce qu'on vienne vous éveiller pour les prières. » Après ces paroles, on commença à jouer d'une guitare (i ). foManedermcir-
T • i- < i vol I • nation, p. 53ô,
Les convives se retirèrent ensuite , ?>: , lorsque les missionnaires & les Français virent qu'ils étaient endormis, sortant alors de la maison par une porte de derrière, ils s'embarquèrent à petit bruit (2). Heureusement pour eux, (2)Ru-iationdeiô58, il neigea toute cette nuit, 20 mars i658 (3), ce qui fut cause ^V'i' /» que, le lendemain, les Iroquois, ne voyant pas de veftiges d'hommes sur la neige, n'eurent pas la pensée d'aller à leur poursuite, ne s'imaginant pas qu'ils eussent pu s'embarquer sur le lac, dans la persuasion où ils étaient qu'ils n'avaient aucun moyen de transport (4) (*).
Cependant ce petit lac, sur lequel ils voguaient en silence, dans les ténèbres de la nuit, se gelait à mesure qvi'ils avançaient , & ils craignirent d'abord qu'après avoir évité les feux des Iroquois, ils ne fussent arrêtés en chemin par la glace (5). Le lac étant pris, les bateaux se (5, Reianondeiôss, suivaient tous en queue, après le premier qui ouvrait la ^' '' route aux autres (6). Ils avaient fait ainsi dix lieues de '>) Wane^de rb.c^r chemin, lorsque, arrivés à un précipice affreux, ils furent obligés de mettre pied à terre & de porter, l'espace de quatre heures, leurs bagages & leurs bateaux par des chemins perdus, couverts d'une forêt épaisse, où les Iroquois eussent pu sans peine les arrêter. Ils continuèrent néanmoins leur route, la nuit &. tout le jour suivant ; &,
(*) Des sauvages d'Onnontagué, qui furent taits prisonniers dans la suite, rapportèrent que les Français, pour n'être pas poursuivis dans leur fuite, avaient mis sur les murs du Fort conftruit par eux quantité d'hommes de paille, auxquels ils avaient attache des bâtons en guise de fusils. Mais que, le lendemain, les Onnontagués, ayant remarqué que c;s hommes ne remuaient point & qu'on n'entendait ,^ Deuxième y.éplus le bruit ordinaire, escaladèrent le Fort, pillèrent ce qui était ^Qj^g jg M. d'AlIet. refté, renversèrent les murailles & firent des cris de joie, comme pour Œuvres d'Arnault, la plus signalée viiStoire qu'ils eussent jamais remportée 7). t. xxmv, p. -34.
nation, p.
après avoir franchi des précipices & des chutes d'eau effroyables, arrivèrent, le soir, au grand lac Ontario, à
(OReiationde i05S. vingt lieues du point de leur départ (i). Le relie du voyage ne put se faire qu'avec des difficultés extrêmes, au milieu de précipices & d'énormes rochers qui, après avoir élevé des montagnes d'eau, les jetaient dans autant d'abîmes. Aussi de cinquante-trois Français dont se composait le
(2) ibid., p. 8. convoi, il y en eut trois qui périrent dans ces gouffres (2). Enfin, le 3 avril, à l'entrée de la nuit, ils abordèrent à Villemarie, &. il elf: à remarquer que, le fleuve Saint-Laurent n'ayant débâcle que le jour même, les glaces les eussent arrêtés s'ils fussent arrivés un jour plus tôt. Ce fut là que ces fugitifs commencèrent à respirer en assurance; du moins plusieurs ne revinrent qu'alors de leurs juftes & continuelles frayeurs. « Cinquante Français, dit M. Dol- « lier de Casson, abordèrent ici sous le commandement « de M. du Puis, avec les Pères Jésuites, qui avaient été « obligés de quitter la mission d'Onnontagué, crainte d'y « être brûlés cruellement par les Iroquois. Plusieurs de « leurs gens, moins disposés qu'eux à ce genre de mort, « eurent une telle frayeur, ajoute-t-il, qu'ils n'en furent « guéris qu'à la vue de Montréal, qui a fait plusieurs fois
(S)HiftoireduMoin- , 1,11 ■ \ /o\
réai, i657-i658. " de Semblables miracles (3). »
ACCUEIL QUE LES FUGi- Mals coiiime le fleuve n'étciit pas encore dégelé au-
TiFs REÇOIVENT A (jgggQ^g ^q (;g poltc, toute la troupe, obUgée d'y séjourner
VILLEMARIE. -T ^^ ' Jl-/i:\
(4)Reiatio^de .458, quatorzc jours (4), fut reçue avec une grande chanté (5);
p. 8. on en logea une partie au Fort, &; les prêtres de Saint-
{5)ibid., p iT). Sulpice, qui demeuraient encore à l'Hôpital, prirent avec
^ô) Hilioire du Mont- eux le refle (6). De leur côté, les colons de Villemarie &
reai, iûb;-5,s. j^^ autres, Ics voyaiit ainsi échappés d'un si imminent
péril, furent délivrés eux-mêmes des anxiétés mortelles qui lee avaient accablés jusqu'alors & retenus dans une nécessaire, mais désolante inadion ; car la pensée que cinquante-trois Français étaient au cœur du pays des Iroquois, les avait obligés à souffrir, de la part des sauvages de ces nations, les traitements les plus insupportables,
4*^ GUERRE. RETRAITE d'onnontagué. i658. SyS
sans oser réprimer leur insolence, de peur que le contrecoup n'en retombât sur les Français qui étaient à la discrétion de ces barbares (i). Le 17 avril, les fugitifs arri- CO Relation de i653, vèrent aux Trois-Rivières, d'où les glaces n'étaient parties ''' '^' non plus que le jour précédent, & enfin ils mirent pied à terre à Québec le mardi de Pâques (2), 23 du même 'r-) ibid., p. 8. mois (3) (*). « Certainement il était bien temps d'arriver, (3) WiW., p. 16. « dit le P. Ragueneau; nous apprîmes à Montréal que « deux cents Agniers, venus en guerre, étaient proche de (( là ; & même, par les chemins, nous avions aperçu les « piftes & vu les feux de quelques bandes détachées, qui « nous eussent fait un mauvais parti, si nous n'eussions
(*) Lorsque les Français fugitifs arrivèrent à Québec, M. d'Allet, qui était alors dans cette ville, où M. de Queylus faisait les fonctions de curé, rapporte que le P. Ragueneau, à son retour d'Onnontagué, ne fut pas beaucoup plaint, malgré les dangers imminents qu'il avait courus. Une disposition si étonnante de la part des habitants de Québec peut bien avoir eu pour motif le mauvais succès de cette entreprise, qui avait beaucoup coûté au pays, & la perte des trois hommes morts en chemin. Mais ce qui devait la fortifier encore, c'était que rétablissement d'Onnontagué, que, par prudence, on avait voulu protéger, au milieu du pays des Iroquois, par une garnison armée & par la conrtrudion d'un Fort, n'avait pas eu, dans son principe, l'approbation de tout le monde. Du moins, M. d'Allet raconte, d'après ce qu'il avait entendu dire, qu'en l'entreprenant de la sorte, le P. Ragueneau suivit son sentiment particulier plutôt que celui de M. de Lauson, alors Gouverneur général, qui ne lui donna des soldats qu'à regret (4). I.e P. Dequen rapporte, dans son journal, sous la date ,'4' Deuxième Médu 20 oilobre lôSy, que M. d'Aillebouft, qui faisait les fonflions de moire de M. d'Allet, Gouverneur général, se plaignait à lui de ce qu'il ne lui communiquait CEu^res d'Arnault, pas les affaires qui regardaient la mission d'Onnontagué (5). Peut- ^- '''ixiv, p. 734. être pourrait-on conclure de là que M. d'Ailleboult, de son côté, ne ^^) Journal des Je'goùtait pas non plus cette entreprise, avant même qu'on en eût appris suites, 20 oél. lôby. la cataflrophe. Il était difficile, en effet, qu'un homme de cœur comme lui eût pu approuver cet établissement humiliant, qui fut de la part des Français un acte de faiblesse & pour les Iroquois un vrai triomphe: ces barbares, qui se voyaient par là en état de nous faire la loi, en étant devenus plus insolents. De son côté, M. d'Argenson écrivait, le 5 septembre 1 658 : « De blâmer ou d'approuver leur retraite d'On- ,^-^ ^^ j^j^ ■ .. « nontagué, ce n'ell pas à moi. Ce qu'il y a de fâcheux, c'efl de se ^o\-me. d'Argenson 5 ;< retirerd'un pays sans ordre & sans aucun fruit de la grande dépense sept. iG38. fol. 41, « qu'on y a faite (6). » 46.
(i)Rclationdei653
(2) Archives de la Propagande. Vol. ^'l»!erica, 3» Canada, i56.
Relat., art. 16, fol. 8.
« hâté notre marche (i). » Aussi, M. de Laval, dans la relation qu'il envoya au Pape en 1660, tenait-il leur délivrance pour miraculeuse. « Chez les Iroquois, nos enne- « mis, écrivait-il, il y a beaucoup de chrétiens néophytes, « hommes & femmes, la plupart Hurons, qui gémissent « dans un dur esclavage. Les missionnaires y avaient « pénétré les années précédentes, par TefFet d'un grand « zèle, après la paix conclue, quoique les Français soupçon- « nassent les Iroquois de vouloir user à leur égard de toute « sorte de fraudes & de ruses. Ce soupçon n'a été que trop « fondé : plus de cinquante Français, qui étaient au milieu « des ennemis, depuis presque deux ans, ont été délivrés (( du péril par une providence si douce & si admirable, « que leur évasion eft au-dessus de toute la prudence & de « tous les efforts naturels des hommes (2). »
HOSTILITÉS d'iROCLUOIS ONNEIOUTS ; ILS SONT REPOUSSÉS A VILLE- MARIE.
Une bande de sauvages d'Onneiout, partis avant que les Français d'Onnontagué fussent sortis du pays, se présentèrent, de leur côté, aux Trois-Rivières ; & le jeudi i3 juin, à cinq heures du matin, six de ces Iroquois, qui parurent dans un canot, prirent trois Français de ce porte qui ne faisaient que d'en sortir pour aller au travail, sans que les habitants pussent leur donner aucun secours,
(3)Reiationde i658, quoiquc CCS barbares les entraînassent à la vue de tous (3). Ils conduisirent avec eux les trois captifs dans File de Montréal ; mais là, ayant voulu attaquer des colons, ces Iroquois furent répoussés & perdirent un homme qui fut tué sur la place. Cet échec les irrita si fort, qu'ils brû-
f4) ibid., p. 16, 17. lèrent, dans le lieu même, l'un des trois Français des
Journal des Jésuites, .,..., , ,, ,',
I rois-Rivieres, ce emmenèrent les deux autres dans leur juillet P^ys, où ils les firent, dit-on, mourir à petit feu (4). Nous ne connaissons pas les particularités de l'attaque que ces barbares firent contre les colons de Villemarie; nous lisons seulement, dans le Journal des Jésuites, que les Iroquois y furent paillamment repousses (5).
17 juin i658.
(5) Ibid., iG58.