LES AGNIERS RAMÈNENT
Les trois députés Agniers, à qui M. d'Aillebouft avait
LE PERE LE MOV.NE ET DEMANDENT LA LIBERTÉ DES PRISON- NIERS DE LEUR NA TION.
donné audience au mois de février précédent, avaient promis^, comme on l'a vu, de ramener au printemps le P. Le Moyne & les assassins des trois Montréalilles ; 8c, sur la fin du mois de mai, des sauvages de cette nation arrivèrent à Villemarie avec le P. Le Moyne seulement. Depuis peu, M. de Maisonneuve avait fait mettre aux fers deux sauvages Agniers ; ceux qui conduisirent le P. Le Moyne, en ayant été avertis, le prièrent de les mettre en liberté, Fassurant que leurs compatriotes n'avaient point rompu la paix avec les colons; &, en effet, ils ne s'étaient portés à aucun aé\e d'hoftilité contre eux depuis quatre ans (i). A la prière de ces Agniers & à celle du P. Le (OMaiiede rincar- Moyne, M. de Maisonneuve relâcha les deux prisonniers, "a""n)P-^-'0qui descendirent avec les autres pour se rendre à Québec ; & à leur passage aux Trois-Rivières, le Gouverneur de ce lieu leur adjoignit cinq autres Agniers pour les conduire au Gouverneur général. Lorsque ce convoi fut arrivé à Québec, M. d'Aillebouft convoqua une assemblée de Français, de Hurons & d'Algonquins pour entendre ces nouveaux ambassadeurs. Il répondit que ceux qui avaient amené le P. Le Moyne retourneraient dans leur pays avec quelques prisonniers & avec des présents, pour inviter les anciens' à aller trouver le Gouverneur général, afin de conclure une paix universelle entre toutes les nations ; mais qu'en attendant on retiendrait toujours dans les prisons Françaises une partie des Agniers, qu'on traiterait convenablement. Ces députés repartirent pour leur pays au mois de juin (2), & ce fut par laque M. d'Aillebouft (2) Relation de i65s, termina son adminiftration en remplacement de M. d'Ar- p- '^• genson, qui enfin arriva à Québec, le 11 juillet i658, ainsi qu'il a été dit.
Mais, comme si la retraite de M. d'Aillebouft eût mostiutés des irchaussé le cœur aux Iroquois & augmenté leur audace, ils '^' °'^ '* a'JEBEc. osèrent bien, dès le lendemain 12, tomber sur des femmes Algonquines, à Québec même. M. d'Argenson était sur le point de se mettre à table, lorsqu'on crie : « Aux ar-
(1) Relation de i65S, p. 17.
« mes, » & qu'on annonce que les Iroquois tuent des Algonquins, dans un lieu si peu éloigné que^, des maisons voisines, on entendait les voix des agresseurs & celles des attaqués. Il quitte aussitôt la compagnie & court avec des hommes armés pour donner la chasse aux Iroquois (r). Ceux-ci avaient déjà tué une femme & pris deux autres femmes Algonquines, avec leurs enfants. Dans cette extrémité, l'une des deux montra tant de résolution & de courage, qu'elle perça de son couteau le ventre d'un de ces Iroquois ; ce qui effraya si fort les autres, qu'ils laissèrent là leurs armes, leurs bagages, les femmes & les enfants, & prirent la fuite. Ces deux femmes, ainsi délivrées, apportèrent leur butin aux pieds de M. d'Argenson ; mais l'une d'elles avait été blessée si cruellement, qu'elle mourut (2) Lettres de Marie quelquc tcmps après (2). A trois jours de la, le i5 juillet, le nouveau Gouverneur fut encore obligé de courir à l'ennemi ; il n'en trouva que les piftes ; &, après six heures de marche, il prit le parti de ramener ses gens à Québec (3). Ces hoflilités étaient journalières, à cause de l'audace des Iroquois, qui semblait aller toujours croissant. La Mère de l'Incarnation, dans une lettre du 24 août suivant, en rapportait un nouvel afte, dont sa communauté fut la viéfime. « Un grand tourbillon, accompagné d'un coup de tonnerre, dit-elle, ayant renversé la grange de notre métairie, ainsi que notre laboureur, & tué nos bœufs, il ne reftait plus en ces lieux-là, éloignés d'un demi-quart de lieue de notre monaftère, qu'une petite maison où nos gens de travail avaient coutume de se retirer. Le 22 de ce mois, sur les huit heures du soir, des Iroquois ont appelé, de loin, un jeune homme qui y demeurait seul pour y faire paître nos bœufs, à dessein, comme l'on croit, de l'emmener vif: ce qu'ils avaient fait à l'égard d'un vacher quelques jours auparavant. Ce jeune homme en demeura si effrayé, qu'il quitta la maison pour aller se cacher dans les halliers de la campagne. Étant revenu à soi, il nous eft venu dire ce qu'il avait entendu; Se aussitôt nos gens, au nombre de
de l'Incarnation, lettre 56% 4 oaobre i658 p. 538. — Relation di ir,58, p. 17.
(3) Ibid., p. 17.
4" GUERRE. ÉTAT DE QUÉBEC. lÔSg. 3jC)
« dix, sont partis pour aller défendre la place. Mais ils sont
« arrivés trop tard, ayant trouvé la maison en feu 8; nos (i)Lettre87',p. igS,
« bœufs disparus (i). >» 24aoûti658.
Quoique la colonie Française se multipliât considé- "• "'''«-enson manq.e
,,- ,' ,.. d'hommes pour re-
rablement, & qu au rapport de cette Religieuse, le pays, pousser les moaucis quant au nombre des habitants, ne fût plus reconnaissable (2), il s'en fallait beaucoup, comme on le voit par (-■} Lettre 56^, p. ces détails, qu'on fût en assurance à Québec, & qu'on pût ^"^°' "^ °^' '^' réduire les ennemis à leur devoir. « La plupart de nos gens, lit-on dans sa relation de i65g à 1660, plus accoutumés à manier la houe que l'épée, n'ont pas la résolution du soldat. Il y a quelque temps que M. notre Gouverneur, donnant, en chaloupes, la chasse aux ennemis & se voyant proche du lieu où ils s'étaient retirés, commanda qu'on mît pied à terre : personne ne branla. Il se jette le premier à l'eau jusqu'au ventre : tout le monde le suivit (3). » M. d'Argenson écrivait lui-même le 5 sep- (3)Reiationde 1G60, tembre i658 : « Je souhaiterais que nous eussions au- ^' ^' tant de trêves avec les Iroquois qu'ils nous obligent souvent à les suivre (4). Le lendemain de mon arrivée, (4) Emplois du nous les eûmes sur les bras ; &, trois jours après, je partis avec ce qu'il y a d'habitants capables de pareille course, au nombre de cent soixante (5) (*). 11 eft [b)ibid., foi. 44 absolument nécessaire que j'aie sous moi deux personnes à qui je laisse le commandement, lorsque je suis obligé de quitter Québec pour tâcher de joindre les ennemis, & même que je puisse envoyer contre eux lorsqu'ils sont en petit nombre. L'un des deux commanderait en nion absence, & je deftine pour cela M. d'Ailleboufl des Musseaux; l'autre serait pour commander dans le Fort. Un appointement de mille livres, que je diviserais en deux, suffirait pour cela (6V i(y)ibid.,fo\.^2,^
(*) La relation de cette année i658 efHnexade en portant à deux cent cinquante le nombre des hommes qui, dans cette circonstance, accompagnèrent M. d'Argenson.
omte d'Argenson, fol. 36.
DÉFRICHEURS NÉCES-