SAUVE LA COLONIE ET
PLUSIEURS BRAVES. & sl audaclcuse résolution, s'offrent pour être eux-mêmes de l'entreprise, en demandant qu'elle soit différée jusqu'après leurs semences , qu'ils se disposaient de faire alors. Mais Dollard, brûlant d'ardeur d'aller attaquer l'ennemi, & étant bien aise d'avoir le commandement de ce parti, afin de se diftinguer par des coups de valeur qui
, lui servissent pour dissiper quelques difficultés qu'il avait
eues, disait-on, en France, pressa le plus qu'il put le départ. La suite montra bientôt que cette apparente précipitation ne fut pas sans quelque dessein de la divine Providence, qui, par là, voulait sauver tout le Canada. Si Dollard eût différé le départ jusqu'après le temps des semences, cinq cents Troquois, qui allèrent aux îles de Richelieu pour y attendre trois cents des leurs, qui devaient descendre par l'Outaouais, fussent allés tomber sur les Trois-Rivières & sur Québec; tandis que le départ précipité de ces braves les arrêta & sauva la colonie. Il rendit de plus à 'Villemarie un service inappréciable, en lui conservant trois de ses plus fermes appuis : le Major Closse, Charles Le Moyne & M. de Béleitre, qui, selon toutes les apparences, eussent péri eux-mêmes s'ils se fussent joints aux autres, sans que leur mort eût rien ajouté aux avantages que la perte des dix-sept braves procura au pays. m.
DOLLARD PERD TROIS DoUard & Ics sicns partent donc, résolus à tout évé-
DE SES COMPAGNONS , . , ., j
d'armes, qui sont nement; 6c, a peine sur leurs canots, ils entendent un en
4* GUERRE. DOLLARD ET LES SIENS. 1660. 3c)()
d'alarme dans une petite île voisine de Villemarie, qui pemph^s par trois semble avoir été Fîle Saint-Paul. Trouvant si près i'occa- ■■^i^tres. sion qu'il allait chercher au loin, DoUard fond sur les Iroquois & les pousse avec tant de vigueur, qu'infailliblement il les aurait tous pris, si ces barbares n'eussent promptement abandonné leurs canots avec leurs bagages pour se ■ sauver dans les bois. Cette a(flion eut lieu le ig avril 1660, & fit perdre à Dollard trois de ses compagnons (i), dont (i)HiftoireduMontles noms méritent de trouver place dans cette hifloire. Ce ■'-'=''' '''^ '<^=9à ''''"'ofurent Nicolas Duval, serviteur au Fort, qui périt par le feu des Iroquois ; Biaise Juillet, dit Avignon, habitant & père de famille, qui laissa quatre enfants en bas âge (2; ; (2) Greffe de Viiieenfin Mathurin Soulard, charpentier du Fort; ces deux marie, aac du 1 3 juin
derniers, qui n étaient pas accoutumes a la navigation du canot, se noyèrent dans l'attaque (3). Dollard, n'a3'ant (3) Regitre de la pu saisir les Iroquois, à qui les bois servirent de retraite, p^™isie. séj-uitures. s'empara de leurs dépouilles, spécialement d'un excellent canot, qui le servit avantageusement dans son expédition. Il retourna cependant à Villemarie avec les siens, sans doute pour assifler au service funèbre de Nicolas Duval, qu'on inhuma le lendemain, 20 avril (4), & à celui des (4) iti hideux autres braves dont les corps n'avaient pas encore été retrouvés (5). Loin de refroidir le courage -des colons (5} ibu. de Villemarie, ce premier échec sembla, au contraire, n'avoir servi qu'à le rendre plus ardent ; du moins, le volontaire qui s'était joint d'abord à Dollard, & avait ensuite rétradé sa parole, se joignit alors à lui, résolu de périr, comme aussi deux autres, qui complétèrent ainsi le nombre de dix-sept, comme auparavant. Déterminés qu'ils étaient à mourir en combattant pour la religion & le pays, ils firent, avant de partir, un adieu général à leurs amis & à tous les colons, comme ne devant plus les revoir dans ce monde, 8: s'embarquèrent de nouveau avec une grande quantité de munitions de guerre, pleins de cœur 8c d'intrépidité.
Mais, n'étant pas accoutumés à la conduite du canot, dollard cantonne s.v
PETITE TROUPE dans ïls éprouvèpent mille difficultés dans leur marche & furent UN RÉDUIT DE PIEUX, arrétcs huit jours au bout de l'île de Montréal, dans un endroit très-rapide qu'ils avaient à traverser. Enfin le courage suppléant dans eux à l'expérience, ils passèrent outre, & arrivèrent, le i'" de mai, au pied du Long- ;'i) Marie de l'incar- Saut (i), sur la rivière des Outaouais, à huit ou dix lieues nation, p. 5^q. au-dessus de l'île de Montréal 6c au-dessous du Saut dit
de la Chaudière. Là, trouvant jiar hasard un petit retranchement, conftruit l'automne précédent par des Algonquins, Dollard y cantonna sa petite troupe. Ce réduit n'était point flanqué ; il n'avait, pour toute défense, que de méchants pieux, déjà en mauvais état, & se trouvait même commandé par un coteau voisin. Quoique ce faible retranchement, qui en méritait à peine le nom, fût moins assuré que la moindre des maisons de villages de France, Dollard résolut de s'y arrêter & d'y attendre les Iroquois, comme dans un passage où il en viendrait infailliblement aux mains avec eux, au retour de leurs chasses. Mais ce qui rendit ce réduit plus incommode encore, ce fût l'arrivée d'un parti de Hurons & d'Algonquins, venus de 'Villemarie, demandant à Dollard de les admettre dans sa
(2)HifloireduMoiit- . / \
real,dei.:59ài60o. trOUpe (2).
QUATRE AL. oNQuiNs ET Quarautc Hupous , l'élite de ce qui reliait de cette
nation à Québec, étaient partis de ce lieu sur la fin de l'hiver, sous la conduite d'un capitaine nommé Anahotaha, pour tomber sur les Iroquois, lorsque ceux-ci re- ■ viendraient de leur chasse. Ils passèrent par les Trois-
) Relation de 16C0, Rivières (3); & là un capitaine Algonquin, nommé '•*• Mitiwemeg, ayant eu avec l'autre un défi sur la valeur,
ils se donnèrent rendez-vous à Villemarie, afin de montrer, dans ce lieu où les combats étaient fréquents, quel serait celui des deux qui aurait le plus de bravoure. Mitiwemeg s'y rendit, accompagné de trois Algonquins, & Anahotaha de trente-neuf Hurons, lui faisant le quarantième. A peine arrivés dans ce lieu, ils apprirent des Français fdont un des principaux défauts, dit M. Dollier