SIENS. LEUR MORT
HÉROÎQ.UE. à faire de vives décharges de gros mousquetons pour
abattre le plus dlroquois qu'ils pourraient; & malgré l'activité de ce feu, l'ennemi, qui avait toujours de nouveaux assaillants pour remplacer les blessés & les morts, ne laisse pas d'avancer toujours, gagne enfin la palissade & occupe lui-même les meurtrières. Dans ce moment, le. lâche & perfide La Mouche aperçoit son oncle, le brave
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Anahontaha, & lui crie de se rendre pour conserver sa vie : « J'ai donné ma parole aux Français, répond Ana- « hontaha, je mourrai avec eux. « Pour mettre fin aux décharges qu'on ne cesse de faire sur eux, les Iroquois s'efforcent alors de passer par-dessus la palissade ou d'en arracher les pieux; & les Français, armés de la hache & du sabre, se jettent incontinent sur tous ceux qui parais^sent, 8: leur disputent vigoureusement le terrain. Dans cette extrémité, Dolla.rd charge promptement un gros mousqueton jusqu'à l'embouchure, & y met une fusée, afin de lui faire faire long feu, & de le jeter, sans danger pour les siens, en guise de grenade, au milieu des ennemis. 11 le lance aussitôt, mais une branche d'un arbre abattu sur le réduit arrête inopinément ce projectile, & le fait retomber dans le réduit même, où il éclate à l'inftant & tue ou eftropie plusieurs Français. Un accident si désalfreux pour ceux-ci, qui les affaiblit beaucoup en diminuant leur nombre, releva le courage des Iroquois. A l'inftant ils font brèche de toutes parts, & néanmoins chacun des assiégés qui reftait debout^ comme s'il eût eu un cœur de lion, se précipite sur les assaillants, & se défend à coups d'épée & de piftolet avec une ardeur de courage & d'intrépidité qui étonne ces barbares. Il était impossible qu'un si petit nombre de braves pût résiflcr longtemps à une telle multitude : c'était une nécessité pour eux de tomber enfin au milieu d'un si affreux carnage, & le brave Dollard fut tué. La mort de ce héros, au lieu d'ébranler le courage des autres, sembla les avoir rendus plus audacieux & plus intrépides; car chacun d'eux enviait une mort si glorieuse plutôt qu'il ne l'appréhendait. Arrachait-on un pieu de la palissade, incontinent l'un de ces braves sautait à la place le sabre ou la hache à la main, tuant & massacrant tout ce qu'il rencontrait, jusqu'à ce qu'il fût tué lui-même. Enfin, presque tous ces braves étant tombés sous les coups, les Iroquois renversent la porte du Fort, S: y entrent en foule, & alors le peu de Français qui refiaient encore, fondant sur eux l'épée d'une main 8: le couteau de l'autre,
(i) Hiftoire du Mont
se mettent à frapper de toutes parts avec une telle furie, que rennemi perdit la pensée de faire des prisonniers, afin de tuer au plus vite ce petit nombre de braves qui, en mourant, les menaçait d une deffrudion générale s'ils ne se hâtaient de les exterminer : ce qu'ils firent par une grêle de coups de mousquets, qui renversa ces invincibles atiilètes sur une multitude d'Iroquois qu'ils avaient ter-
réai, 1659-1660. rassés avant de mourir (i).
IROQIIOISAPRESCETTE ACTION.
FUREUR CRUELLE DES Voyaut enlîu tous les Français étendus par terre, les
Iroquois coururent incontinent sur eux pour savoir s'il y en avait quelques-uns qui n'eussent pas expiré encore & qu'ils pussent guérir, afin d'en faire ensuite les triftes sujets de leurs tortures. Ils eurent beau tourner & retourner tous ces corps, ils n'en trouvèrent qu'un seul qui fût en état d'être traité, & trois autres, comme nous l'apprend M. de Belmont, qui étaient svir le point de rendre le dernier souffle, & qu'ils jetèrent incontinent dans le feu, sans avoir pourtant la cruelle jouissance de les voir souffrir, car ils expirèrent aussitôt. Quant à celui qui pouvait être médicamenté, & rendu ensuite capable de souffrances, on ne saurait dire les raffinements qu'ils inventèrent pour assouvir sur lui leur cruauté, ni exprimer la patience héroïque qu'il fit paraître dans ses tourments : patience si inouïe, qu'elle transportait de rage ses bourreaux mêmes, voyant qu'elle surpassait leur barbarie, qui ne pouvait rien inventer d'assez inhumain dont il ne triomphât. N'ayant pu se venger de la mort des leurs sur aucun autre Français, ils déchargèrent enfin leur fureur sur les perfides Hurons qui s'étaient lâchement rendus à eux; &, malgré la parole qu'ils leur avaient donnée de leur conserver la vie, ils les diftribuèrent à leurs bourgs, où l'on en fit de furieuses & horribles grillades. Le brave chef Huron, le fidèle & invincible Anahontaha, & les quatre Algonquins s'acquirent la même gloire que les dix-sept Montréaliftes. Ils combattirent & moururent avec le même courage; 8c comme ils étaient tous Chrétiens, & s'étaient sans doute
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•disposés aussi saintement que les Français à cette glorieuse mort, ils durent recevoir dans le Ciel la même couronne.
Parmi les Hurons qui s'étaient livrés, cinq s'échap- relations fautives de pèrent des mains des Iroquois, & allèrent porter ces nou- *^^ combat faites
Il . TT-ii • 1 n-i ''•*'' ■*" HURONS
velles a ViUemane, sans oser avouer alors qu us eussent transfuges. trahi les Français. Ils usèrent aussi de la même dissimulation dans les récits qu'ils firent à Québec, où cependant ils avouèrent qu'une partie des Hurons s'étaient livrés aux Iroquois. L'un des fugitifs, nommé Louis, arrivé à Villemarie le 3 de juin, ce Huron, que M. Dollier dit « at'oir Il été bon chrétien, mais peu soldat (i), » raconta à sa (i)Hiftoiredu Montmanière cette action au P. Chaumont, qui en fit la matière '"'^^'' '^So-ibCo. d'une lettre, d'après laquelle vingt-quatre Hurons seulement auraient trahi les Français ; & ce fut de cette lettre que se servit la Mère Marie de l'Incarnation le 25 juin, dans le narré qu'elle a composé de cette adion mémorable. Le P. Lallemant, d'après un récit plus sincère que lui firent trois ou quatre Hurons -fugitifs, a néanmoins porté le nombre des traîtres à une trentaine (2); mais il (2) Relation de icec, suppose qu'après Taclion il demeura dans le réduit quatre *"■ '"' Hurons envie, auxquels il donne de grandes louanges, les mêmes sans doute qui lui avaient fait ce récit infidèle pour couvrir leur honteuse lâcheté (*). « Sans la trahison des
{■) M.d'Argeiison, également trompé par eux, écrivait, le 4 juillet suivant, « que trente Hurons avaient trahi & que six ou sept « avaient vendu chèrement leur vie (3). » On voit encore ici que les (3) Emplois de M. trois ou quatre Hurons qui n'avaient pas péri se vantaient à Québec d'Argenson, fol. 74d'être demeurés fidèles; car, en supposant que six ou sept avaient vendu chèrement leur vie, & que trente seulement s'étaient livrés à l'ennemi, il devait, d'après leur calcul, en reftcr encore trois ou quatre pour compléter le nombre de quarante. Ces trois ou quatre étaient ces mêmes fugitifs qui prétendaient, aussi bien que Louis, avoir été pris (4) par les Iroquois, quoiqu'il soit certain que ceux-ci, en se pré- (4) Regirtre morcipitant en foule dans le réduit, perdirent la pensée de faire des pri- tuaire de la paroisse sonniers, & massacrèrent tout ce qui pouvait s'y trouver encore de de \illemarie, 3 juin Français & de sauvages. '"''°"
« Hurons, qui se rangèrent aux ennemis, écrivait M. d'Ar- « genson, peut-être que les Français n'auraient pas été (1 défaits, du moins sitôt. » Nous devons cependant remarquer ici que cette lâche conduite des Hurons devint plus avantageuse à tout le Canada que n'aurait pu Tétre la conservation des dix-sept braves. Ce furent, comme on l'a vu, ces Hurons transfuges qui allèrent apprendre à l'ennemi que les Français n'étaient que dix-sept; ce que les Iroquois ne soupçonnaient point & refusèrent d'abord de croire. Ils auraient donc ignoré le petit nombre des Français sans la défedion des Hurons, & probablement ne se seraient pas désiftés si vite de leur plan de campagne pour détruire la colonie, comme ils le firent après cette action, ainsi que nous allons le voir.
LES IROQUOIS, ÉPouvAN- Ou ïgnorc Ic uombrc des Iroquois qui périrent dans
TÉS, REPRENNENT LE ^ctte actiou. Le Huron Louis, dont on a parlé, assurait
cependant qu'ils avaient été tués en si grand nombre, que
les assaillants se servaient des corps des morts comme de
marchepied ou d'échelle pour passer par-dessus la palis-
(i)HiftoireduMont- sade (i); &, au rapport de M. de Belmont, un sauvage
reai, 1 609-1660. Iroquois, nommé Taondesoven, attefla, malgré le soin de ces barbares à cacher leurs pertes, qu'un tiers de l'armée avait péri dans l'affaire du Long-Saut. Au moins eft-il certain que le nombre des morts fut très-considérable, & même si excessif, que les Iroquois, épouvantés d'une défense si meurtrière pour eux de la part de dix-sept Français, abandonnèrent leur entreprise. Après ce sanglant comb'at, ayant sous les yeux le speélacle lugubre de tant de cadavres étendus, ils firent entre eux ce raisonnement, dont tous demeurèrent d'accord : « Si dix-sept Français, « n'ayant pour toute défense qu'tm misérable réduit qu'ils (i ont trouvé là par hasard, ont tué un si grand nombre « de nos guerriers, comment serions-nous donc traités « par eux si nous allions les attaquer dans des maisons « de pierres, disposées pour se défendre, & où des hommes « de pareil courage se seraient réunis? Ce serait une folie