‹ Histoire de la colonie française in CanadaChapitre 302 sur 428 · SUITE DE LA QUATRIÈME GUERRE. HOSTILITÉS DES AGNIERS · texte numérisé non relu

SUITE DE LA QUATRIÈME GUERRE. HOSTILITÉS DES AGNIERS

DEPUIS VILLEMARIE JUSQu'a TADOUSSAC.

(3) Ibid., p. 6.

Les Agniers frappés de terreur, après le combat du les agmers ravagent Long-Saut , ne songèrent à se remettre en campagne '"' '^°'-''''"^qu'au commencement de Tannée suivante, 1661, où ils résolurent de tirer une vengeance éclatante des échecs humiliants qu'ils avaient subis (i). Elle fut des plus (i)HiftoireduiMontcruelles: car en moins de quatre mois ils ravagèrent tout "'''' "'*'° " '^^'' le pays dont ils firent une solitude (2), après avoir pris ou (2) Relation de 166 1, tué plus de soixante-dix Français (3). Ce qui fait dire à ^- ^'^• Marie de T Incarnat! on : « Les Iroquois ont encore fait pis « cette année que toutes les précédentes, ayant tant tué que « pris captifs plus de cent Français, depuis Montréal, où « ils ont commencé leurs ravages, jusqu'au cap de Tour- « mente, qui efl: la dernière des habitations Françaises ; & « de là ils sont allés au delà de Tadoussac pour courir « après nos nouveaux chrétiens sauvages, qui, au nombre (i de plus de quatre-vingts canots, étaient allés en traite (4). « Mais Montréal a été le principal théâtre de leur car- « nage (5). «

(4) Mnrie de l'Incarnation. Lettre 60% sept, iijôi, p. 56o.

(5) Ibid., p. 5d2.

Le 25 février i66r, un certain nombre de colons de Vil- irruption d'iroquois lemarie étant allés travailler dans les champs, avaient wi enlèvent treize

'^ MONTRÉALISTES. l.N-

neghge de porter leurs armes avec eux, nonobuant la défense faite à tous par M. de Maisonneuve de sortir ainsi. Comme on était dans la saison de l'hiver, ces travailleurs avaient pensé que cette précaution était alors inu-

trepidite de ma dame du clos.

tile, sachant par expérience que les Iroquois n'avaient pas coutume de paraître dans ce temps de Tannée; mais tout à coup ils se voient invertis par cent soixante ennemis qui, les trouvant sans défense, font tout d'abord treize prisonniers. Les autres, incapables de repousser Tennemi avec leurs inftruments de travail, à l'exception de Charles Le Moyne, qui était armé d'un piftolet, prennent incontinent la fuite pour regagner l'habitation. Dans cette extrémité, tous ces colons, sur le point d'être pris, durent leur salut à une femme de cœur, madame du Clos, qui, les voyant poursuivis, sans armes pour se défendre, & n'ayant aucun homme chez elle pour aller les secourir, prend à l'inftant une charge d'arquebuses sur ses épaules, & sans craindre une nuée d'Iroquois qu'elle voit répandus de toutes parts jusqu'à sa maison, elle court au-devant des colons, surtout au-devant de M. Le Moyne, que les ennemis étaient sur le point de saisir, & lui remet incontinent sa charge. Ce secours inattendu fortifia merveilleusement tous ces colons & diminua de beaucoup l'audace des Iroquois. « Il efl vrai, ajoute M. DoUier, que, si ces armes (( eussent été plus en état, on eût pu s'en servir pour faire « quelque coup de valeur; mais toujours cette amazone « mérite-t-elle nos louanges d'avoir secouru les siens en (( leur donnant un moyen si nécessaire pour arrêter (i)Hiito.reduMont. ^^ pgnnemi, en attendant une plus grande assiltance (i ). »

real, 1000-1601. r o \ /

LA PLUPART DE CES Ce trait de courage a échappé à l'auteur de la rela-

cAPTiFs FURENT EN- ^iou dc Cette année. Il mentionne cependant la prise de treize Montréaliftes qui, songeant plus à leur traA'ail, ditil, qu'à leur défense, furent enlevés sans coup férir. « Par un effet de leur manie enragée, ajoute-t-il, les Iro- « quois les menèrent chez eux en triomphe. Les uns ont « été assommés par la grêle des coups de bâton qu'ils ont « reçus à l'entrée du bourg, mourant sous le bois, qui u leur devait servir de bûcher; & ainsi la rage de leurs « bourreaux leur fut douce & miséricordieuse pour leur K avoir été précipitamment cruelle. D'autres ont été brû-

SniTE RAMENES VILLEMaRIE.

« lés avec les cérémonies ordinaires: barbare cérémonie! (( qui tait son jeu d'un enfer de tourments, & qui trouve « sujet de rire des pleurs lamentables d'un pauvre patient. « Enfin quelques-uns furent dispersés pour gémir le relie « de leurs jours dans une servitude plus dure que la « mort (i). » Nous ferons observer néanmoins, avec (i;,Reiationdei66i, M. Dollier de Casson, que la plupart de ces captifs furent P- ^■ délivrés des mains des Iroquois, comme nous le raconterons dans la suite; & ceci montre que l'auteur de la relation, ayant écrit peu après, n'avait pas eu le temps de s'assurer de la vérité des récits qu'on faisait sur leurs prétendus tourments.

L'enlèvement de ces treize colons, en afl^ligeant vivement tous les autres, leur montra la sagesse du règlement prescrit par M. de Maisonneuve, & les rendit plus exads à s'y conformer. Aussi, le 24 mars suivant, des travailleurs se voyant tout à coup in\etfis par deux cent soixante Iroquois, & se trouvant tous munis de leurs armes, se défendirent avec beaucoup de courage & d'intrépidité. Il eft vrai qu'au commencement de ce chaleureux combat . les ennemis étant plus de vingt contre un des colons, ces derniers pensèrent être tous pris, vu leur petit nombre, ainsi que tous les autres, qui se trouvaient occupés au travail dans le voisinage du lieu attaqué ; mais la généreuse défense de ce petit nombre ayant donné le loisir à d'autres colons d'aller les secourir, on eut bientôt repoussé les barbares qui avaient déjà fait plusieurs prisonniers. Parmi ces braves auxiliaires se trouvait un vieillard, le plus ancien des habitants de 'Villemarie, qui se fit remarquer, dans cette adion, par son adresse & par son courage à toute épreuve, sans que personne pût modérer son ardeur. Tout cassé qu'il était de vieillesse, il maniait le mousquet & s'en servait contre l'ennemi avec la même adivité & la même vigueur que s'il n'eût eu que vingt-cinq ans. C'était Pierre Gadois, dont on a déjà parlé dans cette hiltoire, remarquable pour sa pieté, son désintéressement, son zèle dans

VIGOUREUSE DÉFENSE DE TRAVAILLEURS DE VILLEMARIE, INVESTIS PAR DES IROdUOIS.

l'établissement du pays^ & que le vote unanime des colons avait désigné, le 21 novembre précédent, pour occuper la charge de marguillier, conjointement avec deux des plus honorables citoyens, Jacques Le Ber & Charles Le (i)RegiftreAdeia Moync (i). Sou couragc , dans cette occasion, fut un

paroisse de Montréal, i ^ - zïi i ■ i

21 nov. 1660. exemple tres-eincace pour la jeunesse du pays.

AUTRES HOSTILITÉS A Uu autre dc ces courageux auxiliaires, nommé Bau-

doin, se voyant environné par une multitude d'Iroquois & pensant qu'il ne pourrait s'échapper de leurs mains, tira sur un des principaux capitaines & le tua. La mort de ce chef fit craindre que les ennemis, par une vengeance furieuse, ne fissent périr tous les captifs dans les plus horribles tourments, & avec d'autant plus de raison que, dans la fausse opinion des Iroquois, ce capitaine passait pour être immortel. Cependant Dieu exauça les vœux des captifs & les prières ardentes qu'on lui adressa pour eux à Villemarie : car la plupart furent ensuite mis en liberté. La relation de cette année, parlant de ces pertes, s'exprime en ces termes : « Après la prise des treize Fran- « çais, au mois de février, dix atUres du même Montréal « tombèrent dans la même captivité. Puis d'autres encore, « & encore d'autres; de sorte que, pendant tout l'été, « cette île s'eft toujours vue moleftée par ces lutins, qui « tantôt paraissaient à la lisière du bois, se contentant de « nous charger d'injures, tantôt se glissaient jusqu'au mi- <i lieu de nos champs pour y surprendre les laboureurs, <( tantôt s'approchaient de nos maisons, ne cessant de « nous vexer; & comme des harpies importunes, ou (I comme des oiseaux de proie, fondaient sur nous, « quand ils pouvaient nous surprendre, sans crainte d'être K pris. »

QUATRE MONTRÉALisTËs Dcs dlx colous, doiit pai'le la relation de cette année,

HORRIBLEMENT MAS- Q^^^ sujet du combat du mois de mars, une partie fut conduite en captivité, & quatre, au moins, périrent en combattant contre l'ennemi, à l'écart de leurs concitoyens;

28 mars &

4" GUKKRF. HOSTII.ITKS. I (if) 1 . 43 I

ce furent : Vincent Roudreau , natif d'Olonne , âgé de 34 ans; Séhalfien Dupuis, né à la Rochelle; Olivier Martin, des environs de la ville d'Auray, en Bretagne, âge de 27 ans, & Pierre Martin, dit la Rivière. Il paraît que ces valeureux colons se défendirent avec tant de courage, d'intrépidité & de confiance jusqu'à leur dernier soupir, que les Iroquois, dans leur vengeance cruelle, mirent en pièces leurs cadavres, au point que le corps de Pierre Martin, dont les reftes épars furent inhumés avec ceux des autres, quatre jours après le combat, ne put être reconnu par aucun de ses concitoyens (i). La Mère Marie (i) Regiftredes sede rincarnation, dans sa lettre du mois de septembre de ," ["[0^^,55,. cette année , nous a donné quelques détails sur cette cruelle boucherie, qu'elle avait apprise de la propre bouche de madame d'Aillebouft dans un voyage qu'elle fit à Québec peu après l'événement. « Elle m'a rapporté, dit- " elle, des choses tout à fait lamentables; que plusieurs « habitants furent tués, par surprise, dans les bois, sans « qu'on sût où ils étaient ni ce qu'ils étaient devenus. On « n'osait aller les chercher ni même sortir, de crainte « d'être enveloppé dans un semblable malheur. Enfin, « l'on découvrit le lieu par le moyen des chiens, que l'on « voyait, tous les jours, revenir soûls & pleins de sang. " Cela fit croire qu'ils faisaient curée de corps morts : ce « qui affligea sensiblement tout le monde. Chacun se mit « en armes pour aller reconnaître la vérité. Quand on fut " arrivé au lieu, on trouva çà & là des corps coupés par « la moitié, d'autres charcutés & décharnés, avec des " têtes, des jambes, des mains éparses de tous côtés, & " chacun prit sa charge, afin de rendre aux défunts les « devoirs de la sépulture chrétienne. Madame d'Aille- « bouft, qui m'a raconté ces détails, rencontra inopiné- " ment un homme qui avait attaché devant son eftomac i la carcasse d'un corps humain, & les mains pleines de " jambes & de bras. Ce speftacle la remplit d'une si vive « émotion, qu'elle pensa mourir de frayeur. Mais ce fut « tout autre chose quand ceux qui portaient ces refies

fi) Marie de l'Incarnation. Lettre '>o'.

(2lHiftoire du Montréal, iG'jo-iiîfîi.

Page 1