‹ Histoire de la colonie française in CanadaChapitre 305 sur 428 · VIGOUREUSE RESISTANCE · texte numérisé non relu

VIGOUREUSE RESISTANCE

Incontinent les barbares vont attaquer ceux qui se DU SÉNÉCHAL ET DES trouvalcnt près de la chaloupe & qui tous étaient résolus

SIENS. LEUR MORT. , 1 -r 1 • 1 J • • Tl

de se détendre jusqu au dernier soupir. Ils reconnurent M. de Lauson, & désirant avec passion d'avoir un prisonnier de cette importance, ils le ménagèrent quelque temps, ne cherchant qu'à le lasser. On dit même qu'ils lui firent trois sommations pour l'engager à se rendre, en lui promettant la vie sauve, & qu'il ne répondit à tous ces (3)Reiationdei66i, pourparlers que par des décharges de fusil (3). Enfin,

p- 5- voyant qu'il leur tuait beaucoup de monde, il paraît que

les Iroquois le frappèrent d'abord à coups de sabre, pour

(4) Le p. de Char- le mettre hors d'état de se défendre (4) ; du moins lui

levoix, 1. 1, p. 348. trouva-t-on les bras tout meurtris & tout hachés des coups qu'on lui avait donnés. Mais, préférant une glorieuse mort à une captivité honteuse, il se défendit jusqu'au dernier soupir, & fut tué le premier de ceux qui étaient

avec lui ; les autres se battirent avec le même courage, en

sorte qu'il n'en demeura qu'un seul en vie ; encore était-il

blessé à l'épaule & au bras. 11 fut pris & mené par les

vainqueurs dans leur pays pour y devenir la vidime de

leurs fureurs (i). N'ayant pu prendre vivant M. de Lau- (i)Reiationdei6ôi,

son, ils lui coupèrent la tète qu'ils emportèrent avec eux, ['e',^Dk;"'"a°7^QuJ;"°

après avoir fait brûler les corps de leurs guerriers morts pariaMtreJuchereau

dans cette adion, selon leur coutume, & laissé sur la place p- "-7' '-S-

ceux des Français.

Le sieur Couillard de Lespinay, pour qui tous ces cluébeq.ijo;s tuls dans citoyens s'étaient ainsi voués à la cruauté des Iroquois, ^"^""^ action. ayant entendu le bruit des décharges, sans en connaître encore le sujet, mit aussitôt à la voile & se rendit à Québec pour avertir qu'il y avait là des ennemis; mais quand il sut que c'était pour lui que l'on s'était exposé & quel avait été le funefte résultat de cette tentative, il pensa mourir de douleur. Son frère Nicolas Couillard, dit Belle-Rive, âgé de vingt ans, avait accompagné le Sénéchal & eut le même sort que celui-ci. Le 24 juin, on ramena à Québec les corps des défunts. Trois furent enterrés le même jour dans l'église: ceux de M. de Lauson, de Nicolas Couillard & d'Ignace Séveftre, dit Desrochers, âgé de vingt-quatre ans, que l'on mit dans la même fosse; &, ce jour-là, on inhuma aussi ensemble, dans le cimetière, les corps des quatre autres tués dans la même adion : Élie Jacquet, dit Cham- (,) Regiftre de la pagne, Jacques Perroche & deux serviteurs du sieur paroisse de Québec, Couillard, l'un appelé Toussaint, l'autre François (2). taures"'" "^'" ''^""

Le Sénéchal , dont Québec eut à regretter la perte, çivalités du sé.néchal. était très-généreux, toujours prêt à courir sur l'ennemi, & toute la jeunesse le suivait avec ardeur : c'est le témoignage que lui rend la Mère de l'Incarnation (3). On pour- (?) Regiftre de la fait peut-être ajouter pour avoir le portrait au naturel de P^^oisse de Québec, M. J. de Lauson, qu'il manquait cependant de quelques qualités nécessaires à un capitaine accompli. Nous avons déjà fait remarquer que son père, l'ayant d'abord nommé

son lieutenant dès son arrivée dans le pays, ne le désigna pas néanmoins pour lui succéder lorsqu'il quitta le Canada, & qu'il laissa le Gouvernement à M. de Charny, quoique celui-ci fût étranger au métier des armes. On a vu que, dégoûté à son tour de Tadminiflration du pays, M. de Charny, en quittant son porte, désigna pour Toccuper, non son frère le Sénéchal, mais M. Louis d'Aillebouft. Enfin M. d'Argenson se serait retiré de luimême en France, s'il eût trouvé quelqu'un à Québec capable d'exercer les fondions de Gouverneur général, comme il nous l'apprend dans une lettre du i6 novembre ^i) Emplois do M. 1 66o ( i). On ne voit pas même qu'il ait donné au SénédArgenson, fol. 80. ç.^^^ aucun Commandement subalterne : du moins, nous avons raconté que, parlant de la nécessité d'avoir deux aides sous sa main, il ne fait aucune mention du Sénéchal. On pourrait donc inférer de là que M. Jean de Lauson, quoique brave & courageux, manquait ou de vues, ou de prudence, ou de quelque autre qualité nécessaire dans un parfait commandement.

IMPRESSION QUE LAISSE II fut néanmolns très-regretté à Québec ; & quoique

A QUEBEC LA PERTE [' qIqctq Q^e la Tektlon fait de ce gentilhomme, puisse être

Page 1