‹ Histoire de la colonie française in CanadaChapitre 313 sur 428 · CULEUSE TOUCHANT LA MORT DE M. LE- MAITRE · texte numérisé non relu

CULEUSE TOUCHANT LA MORT DE M. LE- MAITRE

qu'on ne voulait plus le regarder ; ce qui fut même cause, dit-on, que , pour éviter la honte qui lui revenait d'une si noire aftion, il quitta sa bourgade & n'y revint que quelque temps après.

Cette honte pouvait avoir aussi pour cause un phénomène très-frappant & bien propre à faire impression sur l'esprit de ce barbare. Voici comment il eft rapporté par les Hospitalières de Saint-Joseph, écrivant à leurs Sœurs de France, & par la Sœur Morin, dans ses annales : « Après que les Iroquois eurent décapité M. Lemaître, « ils mirent sa tête dans un mouchoir blanc, qu'apparem- « ment ils avaient pris dans la poche du défunt; & l'ayant « emportée ainsi dans leur pays, il arriva une merveille (1 qui mérite d'être écrite, pour votre édification. C'eft que « la face de ce serviteur de Dieu, & tous les traits de son « visage demeurèrent empreints sur la toile de ce mou- « choir, en sorte que ceux qui avaient eu l'avantage de le (I connaître pendant sa vie, le reconnaissaient parfaite- « ment. Ce qu'il y a de particulier, c'eft qu'on ne voyait « plus de sang au mouchoir, qui était au contraire très- « blanc; mais il paraissait dessus, comme une cire blanche « très-fine, qui représentait la face du serviteur de Dieu : (( ce qui ne peut pas être arrivé naturellement. Quelques- « uns de nos Français, prisonniers dans cette nation, le « reconnurent parfaitement. C'efl ce que nous ont dit « plusieurs fois M. de Saint-Michel, M. Cuillerier, périt sonnes dignes de foi, ainsi qu'un Père Jésuite qui était « prisonnier en ce temps-là dans une autre nation que « celle qui avait tué ce saint homme. 11 nous a dit en avoir (( ouï parler comme d'une chose très-vraie, quoiqu'il c( ne l'ait pas vue lui-même; & que les sauvages en parie laient les uns aux autres avec étonnement, comme d'un « prodige qu'ils reconnaissaient très-extraordinaire. Ils « ajoutaient que cet homme était assurément un grand « démon : ce qui veut dire parmi eux un homme excellent « & tout esprit. Ils conçurent même une vive crainte de

4" GUERRE. MORT DE M. LEMAÎTRE. i66i. 447

H cette image, dans Tappréhension où ils étaient que le

« défunt ne se vengeât & ne fît la guerre à leur nation.

" Le Père Jésuite ajouta : J'ai bien fait mon possible pour

« avoir ce mouchoir, mais je n'ai pu y réussir. Les Iro-

(1 quois se cachaient de moi à cause que j'étais une robe

« noire comme le défunt; c'eft pourquoi, pour se défaire (ijAnnaiesdesHos-

(1 de cette image, ils vendirent le mouchoir aux Anglais, pitaijères, par la sœur

« Le Père Jésuite s'efforça de Tacheter de ces derniers, ^Xirè Tes ^HoIpit'I-

« mais sans succès : les sauvages ayant menacé les Anglais lières de la Flèche.

« de les détruire s'ils le lui donnaient (i). » "'""^^'^ '" ■^°"°'

^ ^ part. Il, p. I, 2.

A ce témoignage des Hospitalières nous ajouterons témoin oculaire de une déclaration, non moins remarquable, de la Sœur Bour- '^"^ circonstance. geoys, écrite par elle-même : « M. Le Maître, dit-elle, eut la tête coupée par les sauvages le jour de la Décollation de saint Jean-Baptifte, proche de Montréal; & l'on rapporta que l'on avait vu sur son mouchoir, dans lequel les sauvages avaient emporté sa tête, les traits de son visage empreints si fortement qu'on pouvait le reconnaître. Quelque temps après, comme je me disposais pour aller en France, j'eus la pensée de m'assurer de ce fait; afin que, si Ton me demandait si cela était véritable, je susse ce que je devais en dire. Je fus donc trouver Lavigne, que Ton avait ramené du pays des Iroquois : car il avait été pris & les sauvages lui avaient même arraché un doigt. Il me dit que cela était bien véritable, qu'il en était assuré, non pour l'avoir entendu dire, mais pour l'avoir vu^ qu'il avait promis tout ce qu'il avait pu aux sauvages pour avoir ce mouchoir, les assurant que, quand il serait à Montréal, il ne manquerait pas de les satisfaire : ce que cependant ils ne voulurent pas accepter, disant que ce mouchoir était pour eux un pavillon pour aller en guerre, & qu'il les ren- (2) Écrits autogra-

drait invincibles (2). » phesdelaSœurBour-

^ -' geoys .

M. Dollier de Casson a parlé aussi de ce prodige dans vérité de ce témoison hiftoire de Montréal. « On raconte une chose bien '^''^°^-

(i)Hiltoire du Montréal, 1 660-1 661.

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