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M. DARGENSON ET M. DE LAVAL

bénédidion au pain aurait lieu avant la grand'messe ''i). d'Arsenstn>i.^^. " L,e jour de Noël & à la messe de minuit de l'année i65g, M. Pellerin, qui remplissait l'office de sous-diacre, au lieu d'encenser lui-même le Gouverneur selon la coutume, le fit encenser par le Thuriféraire & après tout le Chœur, conformément à Tordre de M. de Laval : ce qui donna lieu à une vive conteftation entre le Gouverneur & l'Évèque. Celui-ci, pour jvifiifier ce qu'il avait ordonné, se fondait sur la coutume de France ; &, de son côté, M. d'Argenson alléguait le cérémonial des Évéques, qu'on suivait en effet à Québec (2), & qui prescrit d'encen- (-1 Archives Je la

^ , 1 /-Il /*\ ■ 1 Propagande, v. Ame-

ser le Gouverneur avant le Chœur (*), ajoutant qu on ne rica, ?, Canada, 21 pouvait s'autoriser d'une coutume contraire dans un pays ^^- "^'^'' f"'- -"• nouveau tel que le Canada (3). L'Évèque exigeait aussi ("') Lettres de m.

,„ ., 1.1 1 d'Argenson, 5 sept.

que le Gouverneur ne communiât qu après les acolytes, ,658, foL53; 1406I.,

& qu'il en usât de la même sorte dans la diftribution du fo'- ''^-> ''^^ 74. pain bénit, dans celle des cierges, des rameaux, dans

l'adoration de la Croix, la présentation de l'eati bénite (4). (■+) Journal des Jé-

TT • /T r- , r ,.T^ - suites, i65q. Noël.

Une autre circonltance fâcheuse fut que 1 Eveque, sans en avoir prévenu M. d'Argenson, déclara, le 28 novembre 1660, dans Line assemblée de marguilliers, que le Gouverneur n'était plus marguillier honoraire. Celui-ci, vivement blessé, se rendit deux jours après à leur assemblée, & prétendit se maintenir dans cette charge, ajoutant que l'Evèque n'avait pas le pouvoir de l'en dép»osséder ainsi. Ce conflit donna lieu à d'autres paroles peu respectueuses pour le Prélat, & laissa des sujets de mécontentement de part & d'autre (5). Ils eurent encore une grande conteffa- ):'^ ^'^^"'' ^"^ "°''" tion pour convenir entre eux de la place qu'occuperaient les bancs de l'un & de l'autre à l'Église. M. d'AilleboulL qui vivait encore & se trouvait alors à Québec, fut pris pour arbitre ; & l'on régla que le banc de l'Évèque serait

(*) Cœremoniale episcoporum, lib. I, cap. xxiii. — Sunt thurificandi Pforeges & Gubernatores regnorum & provinciarum immédiate polt Episcopum.

(l) Journal des Ji;suitcs, 7 septembre

2) I.1em., D dtic.

'O, ? I juillet iG5o.

468 11'' l'ARTlK. LhS CENT ASSOC. 1:T I.A COMP. DE MONTRÉAL.

placé dans l'enceinte formée par la balultrade, & celui du Gouverneur, hors de là, au milieu de la nef(ij. Mais un point sur lequel il semble que TÉvèque aurait pu se montrer plus facile, c'était de déterminer si dans les assemblées publiques, telles que les feftins, le Gouverneur ou lEvéque devait occuper la première place : chacun des deux prétendant qu'elle lui était due, & ne voulant pas la céder à l'autre. 11 résulta de là que les Jésuites, dans leurs solennités, n invitaient à diner ni TÉvèque ni le Gouverneur, & que le jour de Saint-Ignace, 3i juillet, ils envoyèrent un saumon à l'un & à l'autre (2).

ONSUl.TATION SITR LEj HONNEURS ET LES PRÉSÉANCES.

(3) Emplois du vicomte d'Argenson, lettre du 4 juil. 16G0, toi. 74.

Nous sommes entrés dans ces détails sur les préséances, parce qu'on y attachait tant d'importance alors, que M. d'Argenson crut devoir en écrire à la Compagnie des Cent Associés & aussi à celle du Saint-Sacrement, dont il était membre, pour obtenir des éclaircissements sur les points contelfés (*). « Je vous prie de lire ma lettre « avant de la présenter, dit-il à l'un de ses amis, pour V voir s'il n'y a rien qui puisse choquer. M. de Laval a « fait naître cette contertation; & je puis dire avec vérité « que son zèle, en plusieurs rencontres, approche fort (I d'une grande attache à son sentiment, & d'empiétement « sur les charges des autres. Toutes ces difficultés avec « lui ne nous empêchent pas de bien vivre ensemble; « mais je pense qu'il efl important de les terminer pour <i donner une face à ce pays. Dans toutes ces contefla- <( tions, j'ai toujours fait le R. P. Lallemant médiateur. « C'eft une personne d'un si grand mérite & d'un sens si « achevé, que je pense qu'on ne peut rien y ajouter (3). « Aussi je ne puis m'empécher de dire qu'il m'aurait été « plus avantageux que M. de Laval eût pris sa confiance

(') Cette Compagnie avait été établie à Paris par le P. de Condren, général de l'Oratoire. (Voy. Vie de M. Olier, i" partie, liv. IV, note 14.)

M. n"ARGF.N.SON RT M. DK LAVAI,. l(i()0. 4G9

(i; Ivmplois du vi- , . ^ .^ T 11 . • ■ !■> ■■> Lomtc d'Argenson,

plutôt au R. P. Lallemant, supcneur. qu au P. Pat^ue- lettre du 4 iuii. lôOo, neaufi). » ''°'- *^'^-

l'I.AINTES DE St. d'aR- GI^NSON CONTIIE M. DE

Outre ces sujets de refroidissement, il y avait trop d'opposition naturelle dans leurs caradères &: dans leur iav manière d'agir, pour qu'ils pussent refier longtemps ensemble. Peu après son arrivée en Canada, M. d'Argenson écrivait, le 5 septembre i658, au sujet de divers procédés du prélat, qui lui paraissaient excessifs : « M. FÉvèque « de Pétrée a un zèle qui le porte si souvent hors du « droit de sa charge, & une telle adhérence à ses senti- <i ments, qu'il ne fait aucune difficulté d'empiéter sur le « pouvoir des autres, & avec tant de chaleur qu'il n'écoute « personne. Ces jours derniers, il fit enlever une servante i< d'un habitant de Québec, & mit de son autorité cette (I fille chez les Ursulines, sur le seul prétexte qu'il voulait (I la faire inflruire ; & par là il priva cet habitant du service « qu'il avait droit de recevoir de sa servante, après l'avoir (( amenée de France avec beaucoup de frais. Cet habi- « tant, qui efl M. Denis, ne connaissant pas quelle était la (c personne qui l'avait souftraite, me présenta requête « pour l'avoir. Je gardai la requête par devers moi trois « jours, sans y répondre, afin d'empêcher l'éclat de cette « affaire. Le R. P. Lallemant, avec qui j'en communiquai, « blàma fort le procédé de M.. de Pétrée; il s'employa de « tout son pouvoir pour faire rendre cette fille sans bruit, <i & n'y gagna rien. Tellement que je fus obligé de répon- « dre à la requête, en permettant à M. Denis de reprendre « sa servante partout où il la trouverait ; & si je n'eusse « insinué sous main d'accommoder cette alTaire, & que « l'habitant, à qui on refusa d'abord de la rendre, eût (I poursuivi en juftice l'Évêque de Pétrée, j'eusse été « obligé de pousser cette affaire avec beaucoup de scan- (t dale, & cela par la volonté de ce Prélat, qui dit que " l'Evêque peut ce qu'il veut, & qui ne menace que d'ex- " communication (2). » Ce fut apparemment d'après ce ^.omie "d'Arçenson'^ principe que M. de Laval ordonna d'amener de la cam- let. du 7 sept., toi. 52.

(i) Marie de l'Incarnation, let. 6o', sept.

CHANGEMENTS DANS LES USAGES DES HOSPITA- LIÈRES ET DANS CEUX DES URSULINES.

(2)Hiftoirede l'Hôtel-Dieu de Québec, p. I 3i.

Ci) Marie de l'Incarnation, let. du 3 o£l.

pagne à Québec une fille qu'on croyait être obsédée du démon, ainsi qu'un meunier qui, Tayant demandée en mariage 8c ayant été refusé à cause de sa mauvaise conduite, était soupçonné d'avoir jeté sur elle quelque maléfice & d'être magicien. Cet homme fut mis en prison, & la fille enfermée chez les Hospitalières (i).

D'après ce même principe, M. de Laval, pour procurer le bien spirituel des deux communautés de filles établies à Québec, changea divers usages qu'elles avaient pratiqués jusqu'alors. La Mère Juchereau rapporte, entre autres choses, qu'il obligea les Hospitalières à faire gras le samedi, depuis Noël jusqu'à la Purification, quoique, dans leur conftitution, il y eût quelque chose de contraire ; & il leur donna là-dessus ses ordres par écrit, le 27 décembre 1660(2). Il fit aussi plusieurs changements dans les usages des Religieuses Ursulines, voulant entre autres choses que la maîtresse des novices fût choisie parla voie de l'éledion. Cette proposition nous surprit extrêmement, dit la Mère Marie de l'Incarnation; &, pour en empêcher l'exécution, nous contefiàmes fort. Mais quelques raisons que nous pussions dire, il ne voulut point nous écouter. Ce que nous pûmes obtenir fut que cette élection serait seulement pour trois ans, sans conséquence. Notre Révérende Mère ne laissa pas d'en avoir bien du déplaisir (3). » Un changement plus considérable, qui devait offrir plus de difficultés, eut pour objet les conftitutions mêmes des Ursulines. « Monseigneur notre Prélat, dit-elle encore, a fait faire un abrégé de nos conftitutions, selon son idée, dans lequel, laissant ce qu'il y a de subftantiel, il retranche ce qui sert d'explication & peut en faciliter la pratique. 11 y a ajouté ensuite ce qu'il lui a plû; en sorte que cet abrégé, qui serait plus propre pour des Carmélites ou pour des Religieuses du Calvaire que pour des Ursulines, ruine efîedivement notre conftitution. 11 nous a donné huit mois ou un an pour y penser; mais l'affaire eft déjà

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