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COMPROMIS POUR QUE M. DE QIJEYLUS PUT ALLER EN CANADA

\ées, si M. de Laval n'eût désiré lui-même d'en conserver le souvenir il la portérité, en faisant transcrire, bien des années après, dans le regiftre des aftes de son épiscopat, ces lettres de cachet, & d'autres qu'il écrivit lui-même à cette occasion. Nous croyons donc entrer clans ses vues en les reproduisant ici & en les accompagnant des détails hirtoriques qui précédèrent ou qui suivirent ces lettres : détails absolument nécessaires pour les apprécier àleur julte valeur. Comme elles sont les seuls monuments de ces débats qui exillenl à Québec, & qu'elles ne portent avec elles aucun commentaire, elles pourraient faire juger très-sévèrement M. de Queylus par les lefteurs étrangers à la connaissance de cette époque de l'hiftoire Canadienne, ainsi qu'il elt arrivé à la plupart de ceux qui, depuis plus d'un siècle, ont eu occasion de lire les lettres dont nous parlons. L'abbé de Latour a cru y découvrir tout ce qu'il a imaginé sur M. de Quevlus, dans les Mémoires qu'il a donnés au public surM. de Laval. Ayant été le premier, & le seul jusqu'à ce jour, qui ait entrepris d'écrire sur l'origine de l'Eglise en Canada, il n'efl: pas étonnant que ceux qui sont venus après lui aient puisé de bonne foi à cette source, & se soient même donné la liberté de le commenter, afin de n'être pas ses simples échos. Ainsi on a cru voir ressortir de ces lettres : que M. de Quevlus avait fini par se faire admettre comme grand-vicaire; qii 'il n 'avait point voulu reconnaître M. de Pétrée; qu'il avait brigué la mitre du Canada; que, comme il persistait dans sa rébellion, une lettre de cachet fut obtenue pour le faire repasser en France, mais inutilement; & qu'enfin, pour faire cesser toute résistance, il fallut l'interdire en 1661 (i). Pour garant de ces prétendus faits, on allègue, non les monuments contemporains, qui seuls pourraient en établir la certitude, mais deux hommes, mortsdepuis peu de temps, M. Noiseux & M. Jacques Viger, qui, l'un &rautre, n'ont connu de ces t. I, p. 174 démêlés que ce qu'en a imaginé l'abbé de Latour. Nous pensons donc ne pas nous écarter du dessein de M. de Laval en reproduisant ici ces mêmes lettres, & remplir en même temps les devoirs d'un hiftorien sincère en mettant sous les yeux de nos ledeurs les autres monuments relatifs à ces démêlés, afin qu'ils puissent apprécier, avec connaissance de cause, les événements que nous avons à raconter dans cette partie de notre hiftoire.

Voici d'abord la lettre de cachet adressée à M. de Queylus pour l'empêcher de repasser en Canada :

« M. l'abbé de Quevlus. — Ayant été informé que vous faisiez « état de partir au plus tôt par le premier vaisseau pour retourner en tt Canada, & ne désirant pas, pour bonnes raisons, que vous fassiez « ce voyage, je vous écris cette lettre pour vous dire que mon inten-

(i) Hiftoire du Cana- !iada,Garneau,liv.Ill, ch. IV. Edit. de i832,

de Montréal. Ils s'empressèrent de lui en donner avis & Rengagèrent à faire tout ce qui serait en son pouvoir pour en obtenir la révocation du Roi, qui se trouvait alors dans le midi de la France. Comme on avait fait appréhender à la Cour quelque schisme en Canada s'il y reparaissait, les Associés, pour dissiper tout à fait des craintes si étranges & si injurieuses, offrirent à M. de Lamoignon, premier président du Parlement de Paris, qui s'entremettait dans cette affaire, de promettre que tous les ecclésiaftiques résidant déjà à ViUemarie, & ceux qu'on y enverrait à l'avenir, ne reconnaîtraient, aussi bien que M. de Queylus, d'autre juridifhon en Canada que celle du Vicaire apolfolique, & qu'on en donnerait l'assurance par écrit. Ils ajoutèrent que, après que ce prélat aurait reçu toutes les

« tion efl: que vous demeuriez dans mon royaume; vous défendant

« très-expressément d'en sortir sans ma permission expresse. A quoi

« m'assurant que vous satisferez, je ne vous ferai la présente plus

« longue que pour prier Dieu qu'il vous ait, Monsieur l'abbé de

fi) Archives de Tar- « Queylus, en sa sainte garde (i).

chevêche de Québec, ^ Écrit à Aix, ce 27 février 1660.

reg. A, p. i5q. ,

• « Louis. «

La lettre de cachet adressée à M. d'Argenson était conçue en ces termes :

« Monsieur le vicomte d'Argenson. — Depuis que le sieur Evêque a de Pétrée a été envoyé en la Nouvelle- France pour y faire les fonc- « tions épiscopales, j'ai eu avis qu'il y a des personnes qui essayent, « par divers moyens, d'v introduire quelque schisme, en y établis- « sant une autorité indépendante de celle de l'Evéque de Pétrée. tt Voulant empêcher une chose qui pourrait apporter beaucoup de « désordre & de confusion dans l'Eglise de ce pays, je vous fais cette « lettre pour vous dire que vous ayez à favoriser l'établissement & le « maintien de l'autorité ecclésiaflique de l'Evéque de Pétrée dans a tous les lieux où votre pouvoir s'étend, conformément à la mission « qu'il a reçue de notre Saint-Père le Pape, & que vous empêchiez « qu'il ne soit rien fait qui puisse y être contraire; vous assurant que, « comme c'eft une chose qui regarde la gloire de Dieu, les soins que (2) Archives de l'ar- « VOUS en prendrez me seront très-agréables (2). »

chevec e e CLu ec, Nous rapporterons, dans le cours de ce chapitre, les autres lettres

reg. A, p. I bq. j-glatives à M. de Quevlus.

COMPROMIS POUP M. DE QUEYLUS. I fif) 1 .

satisfadtions & les promesses qu'il pouvait désirer, ils espéraient qu'il n'empêcherait pas M. de Queylus de retourner à ViUemarie, cette opposition de sa part ne pouvant plus avoir aucun fondement raisonnable. Qu'enfin, s'ils désiraient son retour dans ce pays, c'était que la communauté dont il était le Supérieur y avait acquis quelques propriétés, Sainte-Marie & Saint-Gabriel (i), & envoyé de France un nombre considérable d'hommes pour le défrichement des terres & l'augmentation de la colonie, dont M. de Queylus était en grande partie le soutien. Les propositions des Associés de Montréal furent agréées, & l'on promit que, sur cette déclaration signée de M. de Bretonvilliers, on expédierait une nouvelle lettre de cachet, pour déroger à la précédente & donner à M. de Queylus la liberté de repasser en Canada. M. de Bretonvilliers, au mois de mai de cette année 1660, donna volontiers la déclaration convenue & la remit à M. de Fancamp, chargé de la présenter lui-même au président de Lamoignon (2).

On espéra d'abord de cette négociation un très-heureux résultat. Comme, dans la déclaration de M. de Bretonvilliers, il était ftipulé que tous les prêtres de Saint- Sulpice, résidant alors à ViUemarie, ne reconnaîtraient d'autre jurididion que celle du Vicaire apoftolique, M. de Laval voulut concourir spontanément, de son côté, à l'accomplissement de cet acle, en recevant de chacun des prêtres de Saint-Sulpice présents à ViUemarie leur signature pour le même objet. Au mois d'août de cette année, ils signèrent donc une ordonnance qu'il avait rendue pour cela, & déclarèrent qu'en témoignage de leur adhésion à l'autorité suprême du Souverain Pontife, dont M. de Laval était le vicaire dans la NouveUe-France, ils n'y reconnaissaient d'autre jurididion que la sienne & renonçaient à toute autre qu'ils auraient pu y exercer de bonne foi, telle que celle de l'archevêque de Rouen ; qu'enfin ils signaient cette ordonnance en preuve de leur obéissance parfaite & de leur soumission. Quoique adressée, en général, à tous

(1) Archives du séminaire de Saint-Sulpice de Paris. Assemblée du 23 mars 1660.

(2) Jbid. Assemblée du 17 mai i65o.

M. DE LAVAL AGIT, DE SON CÔTÉ, POUR PRO- CURER l'effet du

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