M. DE QUEYLUS FAUSSE- MENT ACCUSÉ DE JAN- SÉNISME, A ROME
(2} Archives du séminaire de Saint-Sulpice. Assemble'e du 10 janvier 1661.
(3; Archives du miniftère des affaires étrangères. Rome .
i65g-i66o, n» iSy.
Lettre de l'archevêque de Rouen au cardinal Mazarin.
(4) Hilloire ecclésiaftique du .\vii= siècle, t. V, année i66o; chap. xviii, p. 172; chap. XIX, p. 278, année 1661 ; chap. xvn, p. 40? ; t. VI, p. 48, 117, 137. Manuscrit de la bibliothèque de la Sorbonne.
( 5 J Assemblée du clergé de France de i656, p. 629, 1060.
réal se proposaient d'obtenir aussi du Souverain Pontife rétablissement d'un Chapitre à Villemarie, & étaient résolus de faire une fondation pour cet objet (i) (*).
Pour cette négociation, ils envoyèrent M. de Queylus à Rome ; mais en y arrivant il fut étrangement surpris d'apprendre qu'on y eût écrit contre lui des lettres pleines de calomnies, qui devaient lui faire perdre toute considetion dans l'esprit des cardinaux &: dans celui du Souverain Pontife. On allait jusqu'à l'accuser d'être Jansénifte (2), & c'était une qualitication qu'on donnait aussi à l'archevêque de Rouen (3), quoique les sedaires, de leur côté, traitassent d'inquisiteur & de persécuteur ce même archevêque (4). Une si étrange imputation n'aurait pas été reçue à Rome, si M. de Queylus eût été connu dans cette ville comme il l'était en France, où, par ses travau.x, il s'était acquis des éloges & les applaudissements des évêques & de tout le clergé (5j. Jamais, au refte, imputation ne fut plus dénuée de fondement que Tattribution de Jansénisme aux prêtres de Saint-Sulpice, qui furent, au contraire, de tous les ecclésiaftiques séculiers, ceux qui contribuèrent le plus à faire condamner cette hérésie, comme le savent très-bien ceux qui connaissent l'hiftoire de ce temps, & comme d'ailleurs on en voit la preuve la plus irrécusable dans la vie même de M. Olier (**). Mais, à Rome, où ces
i'6) Archives du séminaire de Montréal. Inventaire de Paris, 18 oflobre 1666.
{y) Lettres de Nicole. Nouvelle édit., in- 12, i743.Lett. 42<', i5 déc. 1693.
(*)I1 paraît que ce projetne fut pas d'abord abandonné, malgré les obllacles qui empêchèrent alors l'éreftion de la cure. Du moins le 18 odobre i666, M. Souart passa une procuration pour fonder en son nom un canonicat à Villemarie (l'i).
('*) On sait que Nicole, dans une lettre fort connue qu'il adressait à Quesnel & à Arnault, attribuant la condamnation des Janséniftes aux intrigues des Jésuites & à celles d'un certain grand direfteur, qui ert M. Olier & ses prêtres, compare les premiers aux démons & appelle ironiquement les autres des âmes angéliques. « Il faut que « vous sachiez, ajoute-t-il, que les personnes que vous aimez n'ont « pas eu seulement pour adversaires des âmes achcrontiques, mais « ces sortes d'ames angéliques, &: que leur ruine eft arrivée par la " conspiration de ces deux sortes d'anges ij). »
M. DE QL'EYLUS A ROME. 1661. 479
ecclésiaftiques n'avaient point de défenseur, la calomnie contre M. de Queylus, quelque mal ourdie qu'elle fût, indisposa si fort les esprits contre sa personne, que d'abord on refusa même de l'écouter. Comme il ne s'était pas attendu à trouver la Cour Romaine ainsi prévenue contre lui, & que, en partant de France, il n'avait pris aucune lettre pour sa juftification, il serait reparti de cette ville sans avoir pu se disculper, s'il n'y eût trouvé un protetH'eur puissant, qui prit hautement sa défense. Ce fut le cardinal Bagny, qui, depuis sa nonciature en France, professait la plus profonde vénération pour la mémoire de M. Olier, & avait en eftime singulière le séminaire de Saint-Sulpice & M. de Queylus lui-même. Il se fit le garant de sa foi auprès du Pape, & montra que cette- incul- (i ) Archives du sé-
. . . ., . , , . , , minaire de Saint-Sul-
pation était une mjurieuse 6c grossière calomnie ( i ). • ^ p^^jj Assem- Le supérieur de la mission de Saint-Lazare à Rome & les biées des lojanv. & autres prêtres Français de cette maison qui connaissaient " "'"^"^ ''^*"' personnellement M. de Queylus, rendirent de leur côté les plus honorables témoignages à son zèle pour la défense de la doctrine catholique & la sanctification de l'Ordre sacerdotal. Enfin sur ces entrefaites on remit au Souverain Pontife des lettres du duc de Longueville, où ce prince parlait avec éloge de M. de Queylus (2); &, sur toutes ces 2) Archives de ta assurances, non-seulement il fut traité avec les égards que Propagande à Rome,
, . . ,.j^ ,. . ., , vol. America, 3, Ca-
mentaient ses travaux pour 1 hglise , mais il ne douta pas, „^^^^ .56, foi. i. après le bon accueil qu'il reçut, que le Souverain Pontife ne fût disposé à lui accorder quelques faveurs particulières pour le séminaire de Saint - Sulpice ( 3 j & spécia- ;3} Archives du se'lement l'éredion canonique d'une Cure à Montréal. M. de '"in^i'-e de saint-Sui-
. J^ . pice, a Pans. Assem-
Queylus s'entretint, avec les officiers de la Propagande, biée du nfev. i66i. du différend qui exifi;ait entre le vicaire apoltolique & l'archevêque de Rouen ; & il paraît qu'un des motifs de son voyage était d'y mettre un terme par le désiflement de l'archevêque, moyennant quelques conditions. Du moins le secrétaire de la Propagande écrivait-il : « M. l'abbé de Queylus s'eft borné à demander pour « l'archevêque quelques satisfadions très-modérées & en
■480 11'- PARTIK. LES CKNT ASSOC. ET LA COxVP. DE MONTRÉAL.
(i) Archives de la « grande partie raisonnables. Je référai le tout à Sa Sain- Propagande.^^ Lettre ^^ ^^^^^ ^^^- qj.Jqj-([-,^ j^g,-^ écrire au nonce de France pour
fol. 35, 36. « Fen informer (i). »
BULLES POUR LA CURE QuBnt à l'ércction de la cure, M. de Queylus se pré-
DE VILLEMARIE, OB- ■ 1 TN • ^ 1 • > ■ - 1 iT •
TENUES A ROME. scnta 3 la Daterie, ou devaient être traitées les aitaires de la nature de celle qu'il sollicitait, & obtint sans peine Tobjet de sa demande. Par une Bulle donnée au mois de décembre de cette même année 1660, le Pape Alexandre VII accorda à M. de Bretonvilliers , co-seigneur de Montréal, la faculté d'ériger dans cette île, pour l'avantage des fidèles du lieu, une église paroissiale, dont le curé serait inftitué par le Saint-Siège apoftolique, & présenté par Propaga'^^dè!" Lettre ^^^ supérieurs du séminaire de Saint-Sulpice de Paris (2). du 24 août IÔ63, Mais, dans les circonllances où Ton se tromait alors, ces ^°'' '' ^' Bulles devaient donner lieu à de nouveaux démêlés à
cause d'une autre clause particulière dont nous allons parler. On a vu que, par l'une de ses lettres de cachet, le roi avait défendu tout exercice de la juridiction de l'archevêque de Rouen dans le Canada, jusqu'à ce* que le Pape eût déclaré si ce Prélat était fondé ou non, en préteurs) Archives de l'ar- dant que ce pays fût de son diocèse (3); &, à ne juger l'^^^Ir" ""du^ ij^^iai "^^ ^^^^^ conteftation que par les ades publics de la Cour 1659. Reg. A, p. 2i2. de Rome & de celle de France, antérieurs à ce voyage de M. de Queylus à Rome, on pouvait à certains égards la considérer comme non décidée encore; puisque, d'une part, le Pape, dans sa Bulle d'inlfitution de Vicaire apostolique, avait supposé que Québec fût dépendant du diocèse de Rouen; & que, de l'autre, conformément à cette clause, le roi avait déclaré dans ses lettres patentes, que la juridiction du Vicaire apoftolique n'empêcherait pas celle de l'archevêque. Or, dans Tattente où étaient alors les esprits, les Bulles accordées à M. de Queylus pouvaient être regardées comme une confirmation officielle des droits prétendus par l'archevêque. Car, bien que M. de Laval eût supplié la Cour Romaine, le i3 juin de cette année, de n'accorder aucune lettre qui pût favoriser les
BUI.LKS POUR LA CURK DK VILLEMAKIK. ibhl. 4S I
prétentions de ce Prélat (*), toutefois les Bulles dont nous
parlons chargeaientpersonnellementrarchevêquede Rouen
de s'assurer de la solidité des biens-fonds assignés pour
la dotation de la Cure (i); & rien n'était plus propre que ProVagandT" Tm!-'
cette clause à faire croire que le différend avait été jugé wm, 3, Canada, 250,
par le Pape en faveur de ce Prélat.
Archives de la
fol.
D'abord le nonce Piccolomini, qui avait pris si iort à le nonœ .st fait cœur l'indépendance du Vicaire apoltolique, ne fit rien -^l-cune opposmo.v ,«
^ . '-^^ BLLLES, QUI RE -
pour mettre obftacle à l'exécution de ces Bulles, quoi- lèvent les espéqu'elles portassent que la Cure devait être érigée de son «-^nces de l'arche-
^ "^ -^ . " VÉquE DE ROUEN.
consentement. Déjà avant leur expédition, M. de Laval, craignant sans doute que les Associés de Montréal, comme seigneurs de cette île, ne prétendissent être patrons de la Cure ou n'en obtinssent à Rome le patronage, avait eu soin d'écrire au nonce, pour le prier sans doute de détourner le Pape de le leur accorder. Du moins le nonce lui avait répondu : (I Pour que le Souverain Pontife comprenne mieux les dommages que pourrait vous causer ce prétendu droit de patronage, écrivez vous-même à Sa Sainteté ('2'. « Cepen- . Archives du sédant, quand il eut connaissance des Bulles, le nonce n'y fit '"'"^'''^ ^e Québec.
t, rt • 1-1 " Lettre autographe du
aucune opposition. Il elt vrai qu il se montra assez nonce, du 14 janvier
mécontent de ce qu'on les eût expédiées sans sa participa- "-''"■
tion, ni même sans l'en informer : ce qui fut cause que
M. de Bretonvilliers & ses confrères résolurent d'en mettre
les originaux sous ses yeux (3;; mais nous ne voyons pas 3 Archives du sé-
que le nonce ait rien fait alors pour s'y opposer. Au mois minane de samt-stii-
7r . . 'r • Tiii^fr P''^^' assemblée du
de janvier iboi, ignorant encore que M. de Queylus fut i^r juillet 1661. allé à Rome, il rappelait dans une lettre au cardinal préfet de la Propagande les troubles qui avaient eu lieu précédemment, comme aussi le retour de M. de Queylus du Canada par l'ordre de la reine & la défense d'y retourner ;
,., ^ ,,.,,,.. ... '4 Archives de I.i
( j « Prccor atque obteltor illultnssimas dommationes veltras, ut propagande épill. ad
ne velint uUas litteras uUo prœtextu, ciiiquam coijcedere quibus uti g con-rcationem ,
posset ad dellrudionem hujus Ecclesia? '4). n i3 junii i'30o.
482 II" PARTIE. LES CENT ASSOC. ET LA COMr. DE MONTRÉAL.
il ajoutait cependant que des personnes de bien pensaient que toutes ces mesures sévères étaient Teffet d'une intrigue; & sans se prononcer lui-même là-dessus, il concluait que le Pape ordonnerait ce qu'il jugerait plus utile au bien (1} Archives de la du service de Dieu (i). Lorsque le nonce eut connais- A]°wrk7,'^3', ca!ilda, ^ance dcs Bulles, jugea-t-il que Téredion de cette Cure 256, fol. 22. était un moyen d'accommodement ménagé par le Saint-
Siège? c'ell: ce que nous ne pouvons assurer. Au moins . il eft certain que, dans une lettre qu'il écrivit de Ravenne au secrétaire de la Propagande quelques années après, & dans laquelle il rappelait cette atfaire, non-seulement il ne donnait aucun blâme à M. de Queylus, qu'il savait être allé à Montréal à Toccasion de la Cure, mais il faisait, au contraire, l'éloge de son zèle & de son désintéressement. « Les Bulles pour l'éredion de cette Cure, dit-il, « furent expédiées en faveur de monsieur Tabbé de Quey- V lus, très-digne prêtre du Séminaire de Saint-Sulpice, qui, « outre l'emploi de ses fatigues dans cette sainte œuvre, <i y appliquait les revenus dont il était pourvu très-abon- (2) ibid. Lettre du « damment (2). » Mais l'archevêque de Rouen, si inté- 20 janvier 1667. ressé daus cette affaire, conclut des bulles de M. de Queylus, dès qu'il en eut connaissance, que le Saint-Siège avait jugé le différend en sa faveur. Depuis quelque temps il était assez indifférent sur l'article de sa jurididion en (•3; Archives du se- Canada, & la soutenait assez faiblement (3). Dès ce mominairede Saint-SLi- ment il se cousidéra comme établi Ordinaire de ce pays ^j^mai^TGeo. ^'^ " P^r les Bulles apoftoliques, & délégua en cette qualité -( Archives de la d'Ordinaire, par un écrit particulier, M. de Laval lui- Propagande,i*/rf.,iet- niême, pour qu'il mît en possession de la Cure M. de
tre du 22 oa. 1661, , ^ ^ ^
au Pape, fol. 3 3 verso. QueyluS (4).
w. DE ouEVLus PART Ccpcndantles Associés de Montréal, voyant qu'il
avait obtenu l'éredion de ce bénéfice , voulurent qu'il partît immédiatement pour le Canada. Ils jugèrent que la lettre de cachet qui lui en avait interdit l'entrée, ne devait pas l'empêcher de mettre à exécution la commission du Saint-Siège*, ni qu'eux-mêmes, en favorisant son dé-
POUR l.E CANADA,. \0- NOBSTANT S \ LETTRE DE CACHET.