‹ Histoire de la colonie française in CanadaChapitre 349 sur 428 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

autres prisonniers s'échappent et retournent EN CA- NADA,

5 14 n'^ PARTIE. LES CENT ASSOC. ET LA COMP. DE MONTRÉAL.

chassent que la nuit, ils furent plusieurs fois en grand danger de tomber entre les mains de ces barbares, passant, sans y penser, tantôt auprès de leurs cabanes, tantôt se trouvant tout proche de quelque bourg. Quatre ou cinq fois ils furent poursuivis, &, dans une de ces circonlfances, presque toute la jeunesse de la seconde bourgade d'Agnié courut après eux. Malgré plusieurs dangers imminents, ils arrivèrent enfin chez les Hollandais, sans se faire connaître d'abord ; mais, ayant appris qu'il ne s'y trouvait aucun Iroquois, ils se déclarèrent pour Français & furent reçus à bras ouverts. Le Gouverneur du Fort d'Orange, qui les accueillit avec bonté, leur fit donner des habits & fréta une chaloupe pour lès conduire à Manathe, de peur qu'ils ne fussent découverts &. enlevés par les Iroquois. De Manathe ils se rendirent à Bofton, & de là à Québec, en suivant toujours la côte. Ainsi se termina leur (r) Relation de 1665, Captivité (i). René Cuillerier remonta à Villemarie, où son !'■ '^'> --■ retour excita la plus vive allégresse; il y vécut encore fort

longtemps, & nous aurons plusieurs fois occasion de parler de lui dans la suite de cette hiftoire.

MORT DU MAJOR cLossE. Mals, avaut son retour, & quelques mois seulement

après sa prise par les Iroquois, Villemarie essuya la perte inconteftablement la plus grande qu elle eût faite depuis son établissement : ce fut la mort du brave Major Lambert Closse, arrivée le 6 de février 1662, qui périt avec '2^ Regirtre mor- trois autrcs colons (2). C'eft ce qui fait dire à Marie de

tuaire de la paroisse T Incarnation, dans sa lettre du 10 août de la même année :

de Villemarie 7 fév. •

,662. ' « M. Lambert, Major, un des plus vaillants hommes qui

« aient été en ce pays, a été tué dans un combat, 6c douze (3) Marie de rincar- « Français avec lui (3). " Elle veut dire, sans doute, que huit d'entre eux furent faits prisonniers & conduits en esclavage. Voici, d'après M. Dollier de Casson, comment ce brave Major, si intrépide dans les combats, & qui s'était illuftré par tant de beaux faits d'armes, succomba luimême & fut enlevé à la colonie, qu'il couvrit de deuil par i.a mort. Ce jour-là, M. Closse, toujours prêt, selon sa

tiation , lettre 6 10 août 1662, p. 5lq

4'' GUERRE. MORT DU MAJOR CEOSSi;. 3ID

coutume, à exposer sa vie pour protéger celle des colons qu'il savait être en danger , s'était porté avec plusieurs autres dans un endroit attaqué par des Iroquois, où se trouvaient quelques travailleurs; & parmi ceux qui le suivirent était un Flamand, attaché comme domeftiquc à son service. Le feu non interrompu des Iroquois ébranla le courage de ce lâche auxiliaire, qui en vint jusqu'à prendre la fuite & à abandonner le Major; tandis qu'un autre serviteur de ce dernier, appelé Pigeon, d'une taille au-dessous de la médiocre, déploya dans cette même aftion un courage vraiment héroïque, & alla si avant au milieu des ennemis que, s'il n'eût été extrêmement lefte à la course, il aurait dû être atteint par leurs balles, auxquelles il eut le bonheur d'échapper. Mais la fuite du Flamand haussa le cœur aux h'oquois, qui attaquèrent avec plus de hardiesse le Major. Ainsi délaissé, il ne perdit rien de son sang-froid ordinaire, ni de son intrépidité dans cette occasion; & si Dieu n'eût p>ermis que ses deux piftolets ne fissent feu l'un après l'autre, il eût vraisemblablement changé la fortune du combat, ou du moins eût fait éprouver à l'ennemi de nouvelles pertes ; mais, avant qu'il eût pu remettre ses armes en état d'être tirées, il fut atteint lui-même 6c perdit la vie (i) . (OUiftohcduMont-

^ ^ ' trcal, de lobi a 1002.

M. Dollier de Casson fait remarquer que le Major éloge m major closse. tirait le piftolet avec une adresse & unejulk^sse incomparables, & que la généreuse intrépidité de son cœur lui donnait une si grande présence d'esprit, qu'il n'était nullement troublé au milieu des dangers les plus imminents. « Au refte, ajoute-t-il, si le Major de Villemarie périt en « cette rencontre, il mourut en brave soldat de Jésusu Chrift & de notre Monarque, après avoir mille fois « exposé sa vie, sans jamais craindre de la perdre, (I n'étant venu dans ce pays que pour la sacrifier à Dieu, » Nous devons ajouter qu'il n'était pas moins remarquable pour ses vertus chrétiennes que pour son courage. Dans les différends survenus au sujet de la Compagnie de

5l6 11'' PARTIK. LKS CENT ASSOC. ET LA COMl'. DE MONTRÉAL.

( [) .loiirriiil des Jé- Ei iles, ■-■2 odt. 1657.

(2I Relation de 161.12,

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