‹ Histoire de la colonie française in CanadaChapitre 354 sur 428 · XII · texte numérisé non relu

XII

La passion des jeux de hasard, celle de la boisson, funestes effets des presque inséparables Tune de l'autre, 8c le blasphème, lui parurent être des germes deftructeurs de la colonie, qu'il devait extirper dès qu'ils commencèrent à y paraître. Trois de ses soldats, s'étant laissés aller au jeu & à la boisson, (k se trouvant ensuite incapables d'acquitter les dettes qu'ils avaient contradées, prirent le parti de déserter de la garnison & d'abandonner le pays. Informé de leur fuite, il les fit aussitôt poursuivre, &, par la diligence de ses émissaires, ces fuyards, atteints à quatre lieues seulement de 'Villemarie, furent ramenés au Fort & mis aux fers, le 8 janvier i658. Pour retrancher la cause de si graves désordres, qui auraient pu causer la ruine du pays, en le privant des soldats nécessaires à sa défense, il rendit l'ordonnance suivante, le i8 du même mois : u Depuis l'établissement de cette colonie, nous avions toujours travaillé de tout notre pouvoir, suivant le pieux dessein de MM. les Associés seigneurs de cette île, à y établir les bonnes mœurs, en prévenant toute sorte de scandale & d'excès, tant par nos soins que par nos ordonnances, & cela en nous servant des voies les plus douces & les plus favorables aux intérêts des particuliers, qu'a pu nous suggérer l'inclination que nous avons de procurer leur avancement. Trois soldats de notre garnison, ayant contradé des dettes excessives pour favoriser leur penchant au vin, & désespérant de pouvoir satisfaire leurs créanciers, n'ont point trouvé d'autre moyen, pour se dérober aux poursuites de ceux-ci, que de s'évader par une fuite aussi dangereuse pour eux-mêmes que préjudiciable à la sécurité publique & à l'établissement de la colonie de Villemarie. Après l'évasion de ces soldats, personne ne peut douter que nous ne soyons obligé, par le devoir de notre charge 8c pour l'acquit de notre conscience, d'apporter à ce mal le dernier remède, qui ne peut être que le retranchement entier des occasions qui y ont donné lieu.

Page 1