IROQUOIS, SE TIENT EUR LA DÉFENSIVE
« la perte de tout en une seule fois ; & je me croirais cou- « pable en conduisant, avec si peu de prudence, Tœuvre « qui m'elT: confiée. » Il se borna donc à se tenir sur la défensive, & veilla, autant qu'il le pouvait, à la conser-
(i)Hiftoiie JuMont- vatiou des siens(i). Pour cela, il avait ordonné qu'ils rcai, de uh--. a iG4-j. jp£jig|-,^ jQ^g ensemble au travail, au son de la cloche, toujours armés ; &: que, pareillement, quand l'heure du dîner serait venue, la cloche les rappelant au Fort, ils revien-
(2)/é/d. i644àir,45, draient tous ensemble, comme un seul homme (2). Cette ■ 16^531646. précaution était nécessaire pour se prémunir contre les
surprises des Iroquois, qui reftaient quelquefois cachés plusieurs jours de suite dans les broussailles, attendant Toccasion de tuer quelque colon, & ensuite s'enfuyaient, avec une vitesse extrême, dans les bois, leur refuge ordinaire.
iNSTivcT ADMIRABLE Mais la Provideucc, qui veillait à la conservation de
DES DOGUES DE VII.- YiHemarie, avait ménagé elle-même aux colons un moyen .
l.EMARIE POURDECOU- ^ . . T
vRiR LES IROQUOIS sûr, pour connaître les endroits où les ennemis étaient cACHÉsDANSLESBois. cachcs, saiis cxposcr pour cela la vie d'aucun homme. On avait amené de France quelques dogues pour qu'ils veillassent, à leur manière, à la garde du Fort; & ces animaux, par un inftiinil particulier 8c fort étonnant, discernaient, à l'odorat, tous les endroits où il y avait des Iroquois cachés en embuscade. M. Dollier de Casson parle ainsi de ce phénomène : « Les chiens faisaient, tous les matins, une i( grande ronde pour découvrir les ennemis, & allaient « ainsi sous la conduite d'une chienne nommée Pilotte. « L'expérience journalière avait fait connaître à tout le (I monde cet inftind admirable que Dieu donnait à ces « animaux, pour nous garantir de quantité d'embuscades, u que les Iroquois nous faisaient partout, sans qu'il nous « fût possible de nous en garantir, si Dieu n'y eût pourvu (3)Hiftoire du Mont- « par cc moycii (3). » Le P. Jérôme Lallemant, dans sa reai,de 1643 a 1644. j-gi^tiQ^ de 1647, fait mention, de son coté, de cette particularité étonnante. « Il y avait dans Montréal, dit-il, une « chienne qui jamais ne manquait d'aller, tous les jdurs,
M. DE MAISONNEUVE iMARCHE A l'eNNEMI. 1644. IQ
« à la découverte, conduisant ses petits avec soi ; 6c si
« quelqu'un d'eux faisait le rétif, elle le mordait pour le
« faire marcher. Bien plus : si quelqu'un retournait au
<( milieu de sa course, elle se jetait sur lui^ comme par
« châtiment,, au retour. Si elle découvrait dans ses recher-
i' ches quelques Iroquois, elle tournait court, tirant droit
« au Fort, en aboyant, & donnant à connaître que l'en-
« nemi n'était pas loin. Sa conftance à faire la ronde tous
« les jours, aussi fidèlement que les hommes, commen-
« çant tantôt d'un côté, tantôt de l'autre; sa persévérance
« à conduire ses petits & à les punir quand ils man-
(I quaient de la suivre ; sa fidélité à tourner court quand
« l'odeur des ennemis frappait son odorat & à aboyer de
« toutes ses forces, en faisant face au côté où les ennemis
(I étaient cachés, tout cela donnait de l'étonnement (i) » (i) Relation de 1647,
&: devait être regardé, avec raison, comme un signe ma- p- 74, i^-
nifefte de la vigilance & de la protection de Dieu sur
'Villemarie.
Mais les aboiements & les hurlements prolongés de pour céder a l'ardeur ces animaux semblaient exciter & rendre plus vive encore l'impatience des colons, pour aller à l'ennemi. Chaque fois qu'ils les entendaient de la sorte, ils accouraient vers '-'ennemi. M. de Maisonneuve, & lui disaient : « Monsieur, l'ennemi « efl aujourd'hui dans tel endroit du bois, nous n'irons « donc jamais le débusquer? » — « Le temps n'en eft pas « encore venu, mes enfants, leur répondait-il. La mort de « cent Iroquois, que nous pourrions tuer, ne diminuerait « pas les forces de ces barbares, qui arrivent par bandes, « de tous côtés, tandis que la perte de quelques hommes (I affaiblirait de beaucoup la colonie. » Mais ces raisons, & d'autres également solides qu'il leur alléguait, ne produisaient aucun effet sur les cœurs ardents de ses soldats. Au contraire, elles leur firent croire que c'était par lâcheté qu'il refusait de les conduire à l'ennemi; & enfin, cette fausse opinion se fortifiant de plus en plus dans leurs esprits, ils commencèrent à murmurer si haut, que M. de