DE MAISONNEUVE SE DISPOSE A MARCHER A
Maisonneuve en eut lui-même connaissance. Craignant alors que ce jugement si défavorable de sa valeur ne nuisît à son autorité sur eux & ne compromît l'avenir de la colonie^, il résolut de céder à leur impatience, & crut qu'il valait mieux hasarder imprudemment quelque attaque que de les laisser plus longtemps dans cette fausse persuasion, qui n'était propre qu'à tout perdre & à tout (i)Hiftoire dll^!ont- ruiner (i). Le 3o mars de l'année 1644, les chiens s'étant reai de 1643 à i()44. j^jg ^ abojer & à hurler de toutes leurs forces, les colons coururent pleins d'ardeur vers M. de Maisonneuve, & lui dirent, selon leur coutume : « Monsieur, n'irons-nous « donc jamais à l'ennemi? » Contre sa coutume, il leur repartit brusquement, car il était toujours calme, modéré dans ses paroles : « Oui, vous verrez l'ennemi ; qu'on se « prépare donc à marcher tout à l'heure ; mais qu'on soit (I aussi brave qu'on le promet. Je vais moi-même à votre (I tête. »
VOYANT LES SIENS IN'- Aussltôt chacuu Se dispose à marcher au combat;
vESTispAiî LES iRo- iiiais, couimc on n'avait que très-peu de raquettes, & que
QUOIS, ET MANCItlER , . , . "^ , . '' -.
DE MuxiTioNs, M. DE ^^^ ueigcs etaicut encore assez hautes, il ne lut pas posjiAiso.MNEuvE LFL R sûAt de s'cqulper aussi bien que la circonstance le demandait. M. de Maisonneuve cependant, ayant mis son monde dans le meilleur ordre qu'il put, laissa le Fort & le commandement entré les mains de M. d'Aillebouft, à qui il donna ses ordres, en cas qu'il dût refter sur le champ de bataille , & sortit à la tète de trente hommes, en se dirigeant vers les Iroquois. Lorsque les barbares, qui étaient au nombre de deux cents, les eurent aperçus, ils se divisèrent en plusieurs bandes , se mirent en embuscades, afin de les recevoir à leur arrivée; & dès qu'ils les virent entrer dans le bois, ils commencèrent, en effet, à tirer sur eux de tous côtés. Le combat fut d'abord très-chaud de part & d'autre. M. de Maisonneuve, voyant ses gens attaqués par cette multitude, leur ordonna de se placer derrière les arbres, ainsi que le faisaient les Iroquois; & le feu recommença alors avec une ardeur nouvelle. Il dura
M. DE MAISONNEUVE MARCHE A l'eNNEMI. I 644. 21
enfin si longtemps, que les munitions manquèrent aux nôtres, ce qui obligea M. de Maisonneuve à leur ordonner la retraite. Accablés d'ailleurs par un si grand nombre d'ennemis, & ayant déjà plusieurs de leurs gens morts ou blessés, c'était Tunique moyen de salut qui reftàt, à lui & à sa troupe ; & toutefois ce moyen offrait de grandes difficultés. Ses gens étaient beaucoup engagés dans le bois, & si mal montés en raquettes, comparativement aux Iroquois, « qu à peine, dit M. Dollier de Casson, étions-nous « de l'infanterie, au rapport de la cavalerie. »
xxni.
N'ayant donc d'autre parti à prendre, il leur ordonna saisis par la crainte, de se retirer lentement, & de faire face de temps en temps "'ssj."°''™""m?i! à l'ennemi; leur recommandant surtout de se diriger tous sonneuve seul au vers un chemin de traîne, par lequel on avait amené le ""''^^' °^^ 'roi^ois. bois pour bâtir l'hôpital, ce chemin étant ferme, & des raquettes n'étant pas nécessaires pour y marcher (i). Cha- (oHiftoiieduMontcun exécuta cet ordre, mais plus précipitamment que ne ^^^' ^ ' ^"^ 'i ' 44l'avait prescrit M. de Maisonneuve, qui, voulant être le dernier dans la retraite, attendit que tous les blessés se fussent éloignés, avant de quitter lui-même le champ du combat. Quand ils furent arrivés à ce chemin, leur sentier de salut, effrayés par le nombre des Iroquois qui les poursuivaient, ils s'enfuirent à toutes jambes & laissèrent M. de Maisonneuve seul, fort loin derrière eux. Les colons du Fort, les voyant accourir ainsi en désordre, les prirent pour des ennemis, & l'un d'eux mit le feu imprudemment à une pièce de canon braquée sur ce chemin même. Heu- •reusement, & par un effet visible de la Pro^-idence, l'amorce se trouva si mauvaise, que le coup n'éclata pas. Sans cela, ils étaient tous emportés par cette pièce, disposée & chargée exprès pour défendre ce même chemin, comme conduisant naturellement au Fort. Cependant M. de Maisonneuve, armé de deux piftolets, faisait face à chaque infiant aux Iroquois qui étaient toujours sur le point de le saisir. Leur dessein n'était pas de le tuer sur place, ce qu'ils auraient pu faire aisément; ayant reconnu
DE SA MAIN LE CHET DES IROaUOISjET RE- GAGNE LE FORT.
qu'il était le Gouverneur de Villemarie, ils avaient à cœur de le prendre vivant, pour le conduire ensuite dans leur pays, & le donner en speélacle à ceux de leurs bourgades, comme vidime de, leur cruauté.
H. DEMAiEONNLuvETUE Hs voulalent mèmc déférer à leur chef une telle cap-
ture; & pour cela se tenaient un peu écartés de celui-ci, afin qu'il eût Thonneur de le prendre de ses propres mains. A la fin, M. de Maisonneuve, s'en trouvant si importuné, & rayant presque toujours sur les épaules, se met en devoir de tirer sur lui. Le chef sauvage se baisse à Tinltant, pour éviter le coup ; mais le piftolet ayant raté, cet homme se relève plein de fureur pour sauter sur M. de Maisonneuve, qui, prenant son second piffolet, le tire si promptement & si heureusement sur ce barbare, que celui-ci
(i)HiitoiieduMont- tombc mort à ses pieds (i). La sœur Bourgeoys, qui pou-
rea, e lO^j .i IJ44. ^^^j^ avoir appris les circonffances de cette adion de la bouche même de M. de Maisonneuve, ajoute que le sauvage le saisit par le cou, & le serrait contre lui avec ses bras, afin de le faire prisonnier, & qu'en même temps M. de Maisonneuve, levant son second piftolet avi-dessLis de son épaule, le tira dans la tête du sauvage, qui tomba (2) Écrits autogra- mort au même moment (2). Comme cet homme était à
phes jeiasœuiBour- une petite diftance des siens, M. de Maisonneuve eut le loisir de s'éloigner; & au lieu de le poursviivre, comme ils eussent pu le faire aisément, ces barbares s'approchent incontinent du corps de leur chef déjà sans vie, le chargent soudain sur leurs épaules, & remportent en toute hâte, par la crainte que quelque secours inopiné, envoyé du Fort, ne leur ravît sa dépouille mortelle, pour en faire ensuite un trophée de vidoire à la honte des Iroquois; & ce procédé ridicule fît que M. de Maisonneuve arriva au Fort sans être poursuivi par personne.
geoys.
^xv. On comprend assez que, dans la crainte qui les avait
■"' saisis, ses soldats devaient le recevoir avec autant de joie
MAISONNEUVE DANS pour sa couscrvatlon que d'admiration pour son courage :