‹ Histoire de la colonie française in CanadaChapitre 55 sur 428 · PAIX AVEC LES IHOQL'OIS · texte numérisé non relu

PAIX AVEC LES IHOQL'OIS

(I vie. Si Ton nous voyait retourner dans notre pays avec

« des présents, on nous prendrait pour des marchands

(( avares, & non pour des guerriers. On dit que la rivière

u eft pleine d'ennemis, & si nous en rencontrons de plus

« forts que nous, nos prisonniers Iroquois témoigneront

« que nous ne leur avons fait aucun mal, & nous sauve-

« ront ainsi la vie (i). » Ces Hurons, retournèrent donc (,) Relation de 1644,

dans leur pays, &: conduisirent avec eux ces deux pri- p-47>^4S.

sonniers.

Cependant, l'année suivante, un capitaine Algonquin, sur la. restitution

avant pris deux Iroquois, les donna à M. de Montma- ^'^^ ^^ ^^"^^ ^^*'

•' ^ . . '■ . . SONNIERS, LES IRO-

gny (2), & celui-ci pour engager leurs compatriotes à la paix, ç^rois acniers deen renvoya un, qui était capitaine Agnier, avec promesse mandent la paix. de rendre l'autre, ainsi que l'Iroquois qu'on lui avait (^} Relation de 1630, remis l'année précédente. En effet, au mois de juillet 1645, arrivèrent au Fort Richelieu trois Iroquois ramenant un prisonnier Français, nommé Guillaume Couture, dans l'intention d'offrir eux-mêmes la paix aux Français, aux Algonquins &. aux Hurons • 8: comme ils devaient pour cela se rendre aux Trois-Rivières, à Richelieu on leur fournit une chaloupe qui les v conduisit. Le plus remarquable des trois, voyant les habitants des Trois-Rivières courir sur le bord du fleuve à leur arrivée, se lève debout sur l'avant de la chaloupe, & faisant signe de la main pour qu'on l'écoutât, il s'écrie : « Mes frères, j'ai quitté mon « pays pour venir vous voir; me voilà enfin arrivé sur « vos terres. On m'a dit, à mon départ, que je venais « chercher la mort & que je ne verrais plus ma patrie; « mais je me suis volontairement exposé pour le bien de « la paix. Je viens donc entrer dans les desseins des « Français, des Hurons & des Algonquins, & vous com- « muniquer les pensées de tout mon pays. » Après ces paroles, on tira de la chaloupe un coup de pierrier, & on répondit du Fort par un coup de canon, en signe de mutuelle réjouissance. Ces députés, ayant mis pied à terre, furent conduits à la chambre de M. de Champflour, gou-

AVEC LES IROCLIJOIS.

verneur des Trois-Rivières, qui leur fit un fort bon accueil, & dépêcha, le même jour, un canot à M. de Montmagny, pour l'informer de leur venue. Il arriva de Québec & leur donna audience.

CONCLUSION DE LA PAIX Ellc eut llcu daiis la cour du Fort, où l'on avait

étendu de grandes voiles contre Tardeur du soleil, & au milieu étaient plantées deux perches, avec une corde attachée de Tune à Tautre, pour y suspendre les présents des Iroquois. Ils consiftaient en dix-sept colliers de porcelaine, dont une partie était sur les corps des ambassadeurs, en guise d'ornements ; les autres présents étaient renfermés dans un petit sac placé près d'eux. Enfin, tout le monde étant assemblé, & chacun ayant pris sa place, le plus considérable des députés, qui était d'une haute ftature & presque tout couvert de porcelaine, se leva, & regardant le soleil, puis tournant ses yeux sur toute la compagnie, commença une suite de harangues emphatiques, conformes au génie de ces barbares, & attacha successivement ses colliers au lieu désigné. Le lendemain, M. de Montmagny fit un feftin à toutes les nations sauvages qui se trouvaient aux Trois-Rivières, pour les exhorter à bannir de leurs cœurs les défiances qui pourraient les diviser entre eux; & le quatorzième jour du même mois, il répondit aux présents des Iroquois par quatorze présents, qui tous avaient leur signification, conformément à l'usage de ces peuples. Les Iroquois les reçurent avec de grands témoignages de satisfadion, en poussant trois cris à chaque présent qui leur était fait. Ainsi fut conclue la paix avec les Iroquois Agniers, à condition qu'ils ne feraient aucun ade d'hoftilité à l'égard des Hurons & des autres nations alliées à la France, jusqu'à ce que les principaux de ces mêmes nations, qui n'étaient pas présents, eussent traité avec eux. Le lendemain, quinzième de juillet, qui était un samedi, M. de Montmagny leur donna deux jeunes garçons Français, tant pour leur témoigner la confiance qu'il avait en leur promesse que pour les aider à reconduire

PAIX AVEC LES IROQUOIS. 1645. Sy

leurs canots & leurs présents. Celui des députés qui avait pris la parole, voyant tous ses gens embarqués, éleva la voix & dit aux Français & aux sauvages qui étaient sur la rive du fleuve: « Adieu, mes frères, je suis de vos parents, je « m'en vais rapporter de bonnes nouvelles en notre pays. » Puisj se tournant vers M. de Montmagny : « Onontio, « dit-il, je ne pensais pas reporter ma tête, que j'avais haie sardée, ni qu elle dût ressortir de vos portes, & je m'en (I retourne comblé de bienveillance & d'honneurs, & chargé « de présents. » Les sauvages répondirent par des décharges

ï , ' ■ i-L / ^ (i) Relation de 1645,

de mousquets, & le Fort tira le canon au même mitant ( i ). p ..^ ? ^^ 5^ ^^ ^g, 29.

Le i5 septembre suivant, comme les sauvages de confirmation de la toutes ces nations étaient assemblés aux Trois-Rivières, --aix par les iroqlois. on vit arriver un canot qui portait cinq Iroquois. Ils assurèrent que les présents d'Onontio avaient été portés dans leur pays, pour la confirmation de la paix, & que, dans peu de jours, on recevrait leurs ambassadeurs. En effet, deux jours après, ils arrivèrent, au nombre de quatre, ce qui donna de la joie à tous les Français, & à plus de quatre cents sauvages de toutes ces nations, qui se trouvaient alors aux Trois-Rivières (2). Enfin, le 23 septembre, (2) Relation de 1645, les députés Iroquois , accompagnés de deux Français , ^' "'°' de deux Algonquins & de deux Hurons, partirent pour leur pays, après avoir laissé trois hommes de leur nation • en signe de leur fidélité à garder Talliance.

Cette année 1645, M. de Maisonneuve eut la douleur après la paix conclue, de perdre son père, dont on lui apprit immédiatement la mort, en le priant de repasser en France pour y régler ses fraxce intérêts domertiques. Ce commencement de paix avec les Iroquois lui fit juger, avec raison, que sa présence n'était pas nécessaire alors à Villemarie, & il profita de la circonstance pour ramener avec lui le sieur de Labarre, & délivrer le pays de cet hypocrite, dont les exemples auraient pu devenir pernicieux aux colons. C'était le premier voyage que M. de Maisonneuve faisait en France, depuis

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