DE MAISONNEUVE IT UN VOYAGE EN
son départ de ce pays, en 1641. Les habitants de Villemarie, dont il semblait être la protedion & le salut par sa seule présence, ne purent se défendre d'une vive affliction en le voyant partir ; & ne se consolèrent que par les assurances réitérées qu'il leur donna d'un prochain retour (*). M. de Maisonneuve, ayant donc mis ordre à toutes choses, laissa le gouvernement de Villemarie à M. d'Aillebouft en son absence, & partit pour (Québec, où il mit à la voile le 24 octobre de cette année 1 645 . La flotte se composait de cinq vaisseaux, chargés, disait-on, de vingt mille livres pesant de calfor, pour le compte des habitants, & de dix mille livres pour la Compagnie de la Nouvelle-France. Le caftor se vendant alors dix ou onze francs la livre, cette riche cargaison reproduisait, pour les habitants, la valeur de plus de deux cent mille livres de francs, & celle de plus de cent mille pour la Compagnie. Ce fut Tun des heureux eflfets que produisit, pour le pays,
{*) La peine très-sensible qu'éprouva mademoiselle Mance de cette privation momentanée fut adoucie par une lettre qu'elle reçut alors de la bienfaitrice inconnue. Nous avons dit que, l'année précédente, cette charitable dame avait fondé deux mille livres de rente pour l'entretien de l'hôpital & la subsillance des personnes chargées de la conduite de cet établissement. Lorsque mademoiselle Mance eut appris cette nouvelle, elle écrivit à madame de Bullion : « Si « vous pouviez faire encore une charité, qui serait que j'eusse la subie sirtance pour moi & ma servante, &: que les deux mille livres de « rente que vous avez données fussent entièrement deftinées aux pau- « vres, on aurait le meilleur moyen de les assilfer. J'ai de la peine à tt vous faire cette demande; mais vos bontés sont si grandes, que « j'aurais peur d'un reproche éternel, si je manquais à vous la proie poser. » Ce peu de paroles eut aussitôt l'eflet que mademoiselle Mance s'en était promis; car, avant le départ de M. de Maisonneuve, elle reçut de madame de Bullion cette réponse : « J'ai plus d'envie de « vous donner les choses nécessaires que vous n'en avez de me les Il demander. Pour cela, j'ai mis vingt mille livres entre les mains de « la Compagnie de Montréal, pour vous les placer à rentes, afin que Il vous serviez les pauvres sans leur être à charge ; &, outre cela, je « vous envoie deux mille livres, cette année, pour être employées « suivant votre bon plaisir. »