PAIX AVEC LES IROQUOIS. 1646. 4I
chasse. Dans Tîle de Montréal , les Français passèrent cette année en assurance, depuis la paix faite avec les Iroquois, & eurent toujours auprès d'eux quelques sauvages de toutes ces nations (i). Le Borgne de l'Ile, capi- (O Relation de 1646, taine Algonquin, dont nous avons parlé, s'y rendit avec '^' ^'^' ceux de sa tribu, ainsi que le capitaine de la nation dlroquet, & un autre capitaine, chacun accompagné des siens (2), résolus d'y demeurer & de semer du blé d'Inde (2) Relation de v',^j, au printemps. Mais les faux bruits qui coururent, que les P' ''"■ Agniers n'avaient fait qu'une paix feinte, firent déloger le Borgne de l'Ile; il se retira aux Trois-Rivières avec une partie de ses gens. Le refte, ainsi que les deux autres tribus, dont nous parlons, prirent la détermination de refler à Villemarie, & y passèrent, en effet, tout l'hiver, où ils firent une chasse abondante, & cultivèrent quel-
1 r • ^ r ^ /■i\ ■ (3) Relationde iGsfi
ques terres lorsque le pnntemps tut venu {3). 3 ^ '
vin.
Madame d'Aillebouft, qui s'était exercée à l'étude des eéponse d'un néophyte
langues sauvages, depuis son arrivée à "Villemarie, & entendait assez bien l'Algonquin, demanda un jour, à un bon néophyte de cette nation, quelles pensées il avait eues en voyant les Iroquois arriver aux Trois-Rivières pour traiter de la paix. Ce sauvage, prenant alors son bonnet, joignant ensuite les mains & élevant les yeux au Ciel, parut vivement touché, & répondit : « Hélas ! je dite sais dans mon cœur, parlant à. Celui qui a tout fait : Ces « gens ne te connaissent pas ; la paix leur apportera de « grands biens : car ils seront inftruits, 8c nous serons avec « eux dans le Ciel. Je ne me réjouissais pas tant d'être déli- « vré de la main & de la dent de ces peuples cruels que « de les voir dans la disposition d'être faits enfants de « Dieu : nous ne serons plus avec eux qu'une même « chose. Voilà ce que je pensais. » M. d'Aillebouil:, qui était présent, fut ravi de trouver des sentiments si élevés & si purs dans l'âme d'un barbare (4). Mais il s'en fallait (4) Relation de 1645, beaucoup que les Iroquois fussent dans les sentiments que supposait ici ce néophyte. Ils n'avaient demandé la paix
Sl'R LES AVANTAGES DE LA PAIX AVEC LES irOCLUOIS.
qu'à dessein de la rompre ensuite , & de rallumer la guerre avec plus d'avantage pour eux; du moins, tous les Iroquois qui venaient à Villemarie, depuis la paix, donnaient une idée assez peu avantageuse de leur sincérité & de leurs dispositions à Tégard des Français, & : bien peu d'espérance de les voir embrasser le Chriflia-
nisme.
APRÈS LA PAIX, LES Commc Tile de Montréal était, en quelque sorte,
AONiERs VONT A VIL- fj-Q^tière des Iroquois d'Agnié, il y eut, presque tout Thi-
LEMABIE, OU-ILS DON- i ...
NENT DES PREUVES DE vcp, dcs sauvages de cette nation, qui menaient y voir, par LEUR MAUVAISE FOI. curioslté, Ics Frauçals & les Algonquins; 8c, dans le séjour qu'ils y faisaient, ils prenaient plaisir à reconnaître les lieux où ils étaient venus en guerre, ceux où ils avaient, fait des prisonniers ou massacré des Français & des Algonquins. Quand on leur demandait comment ils en avaient usé, dans leur pays, envers ces captifs : « Nous n'étions « pas présents, répondaient-ils, lorsqu'on les amena <i dans nos bourgades ; » & ils assuraient, avec impudence, qu'on ne les avait pas tourmentés. On savait cependant le contraire à Villemarie; car un jeune Algonquin, échappé des mains des Iroquois, avait attefté avoir \ti brûler vifs les Français dont nous parlons; & que même les Iroquois n'avaient traité aucuns prisonniers avec plus de rage qu'ils ne le firent à l'égard de ceux-ci. Il avait ajouté que ces infortunés Français, joignant les mains au milieu des flammes, avaient le regard fixé vers le ciel; qu'enfin des Algonquins captifs dans le même pays, les voyant dans ces horribles souffrances, ne pouvaient con- . tenir leurs larmes, se baissant & se cachant pour pleu- (i) Relation de 1646, rcr (i). Le Pèrc Isaac Jogues, qui se trouvait alors à ^- ■^' ^ • 'Villemarie, profitait néanmoins de ces rencontres pour en-
tretenir dans ces Iroquois le désir de continuer la paix, & s'efforçait de les disposer d'avance à écouter ses paroles lorsqu'il irait Lin jour en mission dans leur pays, selon le dessein qu'il avait formé déjà. Mais tout était encore à faire pour les amener à la lumière de la foi.