DEUXIÈME GUERRE DES IROQUOIS. 1646. C
Pour apporter quelque remède à ces maux, on jugea le père jogues va Néexpédient de renvoyer chez les Agniers le P. Jogues. Il devait y passer l'hiver & avait ordre de faire tout ce qui serait en lui pour porter à la paix les Iroquois des autres nations qu'il pourrait voir dans les bourgades des Agniers. En cas de refus de la part des autres, il devait fortement presser les Agniers de les empêcher de se répandre sur la rivière des Prairies, par laquelle passaient les Hurons, comme aussi engager ces nations Iroquoises à prendre pour théâtre de leurs guerres cette partie du fleuve Saint- Laurent qui eft beaucoup au delà de Tîle de Montréal; ou du moins leur défendre d'approcher de cette île. « Si Dieu nous accorde cette bénédidion, disait à ce « sujet le P. Jérôme Lallemant, cette île sera le centre de « la paix, comme elle a été le lieu de toutes les guer- « res (i). » Le 24 septembre 1646, le P. Jogues partit donc (i) Relation je 1640, des Trois-Rivières pour aller au pays des Agniers; mais p-4i,4avant qu'il arrivât, ceux-ci avaient déjà envoyé des présents aux autres nations Iroquoises, afin de s'unir toutes entre elles & de conspirer, de concert, à la ruine des Français, des Hurons & des Algonquins. On dit que le sujet de cette perfidie vint de la haine c[ue des Hurons captifs chez les Agniers leur avaient inspirée povir la religion chrétienne. Ces Hurons, ayant été atteints, dans leur pays, de maladies contagieuses, qu'ils attribuaient aux charmes prétendus des missionnaires, avaient jeté ces pensées dans l'esprit des Iroquois, en leur persuadant que ces Religieux portaient avec eux des démons, & que leur dodrine, aussi bien que leurs personnes, ne tendait qu'à la perte de tous les sauvages.
Les Agniers, convaincus de ces prétendus maléfices, accusaient, en effet, le P. Jogues d'avoir caché, dans son premier voyage, des sorts dans une petite caisse qu'il avait laissée à son hôte pour gage de son retour; & ce qui les confirmait encore dans cette fausse opinion, c'elt que, depuis son départ, la maladie s'était répandue parmi