‹ Histoire de la colonie française in CanadaChapitre 84 sur 428 · GUERRE. BRAVES ALGONQUINS · texte numérisé non relu

GUERRE. BRAVES ALGONQUINS

de la rivière, il tire un coup d'arquebuse, pour connaître qui étaient ceux qu'il avait aperçus. Aux cris qu'ils firent alors, il comprit que c'étaient des Iroquois. Sur-le-champ il repasse de l'autre côté de l'eau, reprend sa femme, & court, à force de rames, vers quelques sauvages Algonquins qu'il avait quittés. Sept jeunes hommes de cette nation, se présentant incontinent à lui, montent dans deux canots, se dirigent leftement au lieu où étaient les Iroquois; là ils les épient sans bruit & reconnaissent que ces barbares avaient dressé cinq cabanes, dont une seule contenait plus de guerriers qu'ils n'étaient d'assaillants. Ils attendent le milieu de la nuit pour aller les attaquer; & alors, entrant tout à coup, l'épée à la main, ils transpercent, avec une promptitude incroyable, les Iroquois endormis, en tuent dix, en blessent beaucoup d'autres, & délivrent dix captifs. Enfin, ayant embarqué avec eux ces captifs, ils se retirent promptement & les mettent en li-

, ,\ ,.. ,'1) Relation de 1647,

berté(i) (*). p. ,3, ,4,15.

XVHI.

Quant aux sauvages Hurons, contre lesquels les Iro- perfidie de çluelçiues quois n'exerçaient pas de moindres cruautés, ils ne mar- ^^^"'f,~,'^''°||; chaient pas sur les traces des Algonquins dans cette nou- leur donnait l'hosvelle guerre. Au contraire, effrayés par la crainte du feu des Iroquois, ils se rendaient lâchement à eux & entraient même dans leur parti contre les colons de Villemarie, regardant comme une grande faveur qu'il leur fût permis de se joindre ainsi aux ennemis, afin d'éviter, par

(*) Vers le même temps, un capitaine Algonquin, allant aussi avec ses gens à la découverte des Iroquois, s'arrêta à Villemarie, où on lui fit un grand feftin. Après le repas, il adressa ce compliment à M. d'Aillebouft & aux assiftants : « Autrefois, quand on nous avait « fait faire une grande chère, nous remerciions ceux qui nous avaient « donné à manger... Mais j'ai quitté ces anciennes coutumes; main- « tenant, c'efl à Dieu que je m'adresse, quand on me fait du bien, & « je lui dis : O toi, qui as tout fait, tu es bon, prête secours à ceux (2) Lettres de Marie « qui nous assiftent; fais qu'ils t'aiment toujours & donne-leur je l'Incarnation, lett. <t place avec nous dans ton paradis (2) ! » 34, p. 433.

PITALITE.

yS II"" PARTIE. LES CENT ASSOC. ET LA COMP. DE MONTRÉAL.

ce moyen, une m,ort cruelle. De leur côté, les Iroquois ne négligeaient rien pour surprendre les colons de ce porte, tantôt en feignant un pourparler spécieux, & tantôt en se cachant dans des embuscades, où ils reftaient des journées entières, chacun derrière sa souche, attendant l'occasion de faire quelque coup; jusque-là qu'à dix pas de sa (i) DoUier de Cas- porte uu colou n'était pas en assurance (i). Bien plus, son, 1647, 1648. jgg Hurons, qui étaient aux environs de Villemarie, s'étant réfugiés dans ce pofte, où on les accueillit avec une cordialité généreuse, ces mêmes Hurons, qu'on nourrissait à grands frais, dans un temps où, la culture des champs étant impraticable. Ton était obligé de faire venir de France toutes les provisions de bouche, conçurent le dessein perfide de livrer la place aux Iroqtiois. Fréquemment ils parlementaient avec ces barbares, comme s'ils eussent pris les intérêts des Français; puis ils allaient à la chasse, tantôt Tun, tantôt l'autre, & celui qui était allé de la sorte revenait toujours accompagné d'Iroquois. Étant près de la maison où il était logé, car les habitants, par un excès de bonté, voulaient bien les recevoir chez eux, le Huron appelait son hôte, comme s'il eût eu besoin de quelque chose, afin de l'attirer dehors, par ce noir ff ratagème ; & plusieurs ayant été assaillis jusque dans leurs propres foyers, on entra alors en défiance contre ces perfides Hurons; on reconnut le piège & on les laissa crier, sans s'enquérir davantage du sujet de leurs demandes.

pouRauoi l'on NE SÉVIT II paraîtra peut-être étonnant que l'on n'ait pas sévi

contre ces déloyaux, qui joignaient ainsi l'ingratitude à la m"u- perfidie la plus atroce. Sans doute ils étaient indignes de soNNEuvE. l'hospitalité qu'on leur donnait si généreusement; mais le

grand désir qu'on avait de les gagner à Dieu était cause qu'on se laissait toucher assez aisément par leurs proteftafions & leurs belles promesses. D'ailleurs il était d'une sage politique de ne pas les punir, dans la crainte . ' ^ d'avoir toute leur nation contre "Villemarie, dans un temps

où les colons ne se trouvaient pas en assez grand nombre

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