GUERRE. IROQUOIS PRIS A VILLEMARIE
pour faire face à tant d'ennemis, attendu que les Iroquois étaient alors plus audacieux que jamais, par les vidoires continuelles qu'ils remportaient dans le pays des Hurons. Ainsi le temps se passa en trahisons & en alarmes, jusqu'à ce que, l'été étant venu, les colons de Villemarie, qui depuis longtemps s'entretenaient de leur cher Gouverneur, apprirent enfin qu'il revenait de France, & cette nouvelle fit naître la joie dans tous les cœurs. Ce fut un coup de Providence que le retour de M. de Maisonneuve, dans les circonftances alarmantes dont nous parlons; car l'effroi était alors général dans le Canada; partout les cœurs étaient glacés, surtout à Villemarie, polie si avancé & si difficile. La présence seule de M. de Maisonneuve ranima la confiance; & c'était l'effet ordinaire qu'elle produisait sur les Français dans les périls & les hasards des combats, en même temps qu'elle imprimait des sentiments de crainte aux Iroquois, au milieu même de leurs triomphes.
Nous avons dit que ces barbares cherchaient toutes sortes de moyens pour surprendre les colons de Villemarie, jusqu'à feindre des pourparlers, afin de s'emparer de quelqu'un d'eux plus aisément, à la faveur de ce Ifratagème. Voici un exemple mémorable de cette noire conduite, arrivé peu après le retour de M. de Maisonneuve en Canada. Le i8 mai 1648, des Iroquois, qui remplissaient deux canots, ayant traversé le fleuve Saint-Laurent à la vue des colons, allèrent mettre pied à terre dans l'île ; & sans faire paraître aucune appréhension, sept ou huit d'entre eux tirèrent droit au Fort, sous prétexte d'un pourparler. M. de Maisonneuve fait aussitôt avancer quelques soldats pour les reconnaître ; & dès que ces barbares les ont aperçus, ils font halte & demandent, par signes, à parlementer. Incontinent on leur envoie deux interprètes, Normanville & Charles Le Moyne, qui s'avancent un peu vers eux ; &, en même temps, trois des Iroquois se détachant des autres vont les joindre, comme pour leur parler. « Nous n'avons point de guerre a^'ec les Fran-
VILLEMARIE DES IRO- QUOIS FEIGNENT DE VOULOIR PARLEMEN- TER ET SE SAISISSENT DE NORMANVILLE.
<i çais, disent-ils en les abordant; nous n'en voulons (( qu'aux Algonquins ; ceux-là seulement sont nos enne- « mis ; oublions le passé & renouons la paix entre nous (I plus fortement que jamais. » Le Moyne & Normanville, charmés de cette belle déclaration, les assurent réciproquement de la sincérité de leurs sentiments & du désir qu'avaient les Français de vivre avec eux comme avec des frères. Les trois Iroquois dont nous parlons s'étaient ainsi approchés sans armes, afin de mieux tromper les Français par cette marque de confiance. Normanville, voulant leur donner, de son côté, le même témoignage, s'avance vers le gros des Iroquois, n'ayant qu'une demi-pique en main, par manière de contenance. Mais Le Moyne, qui se doutait de la fourberie de ces barbares, lui crie aussitôt : « Ne vous a-\'ancez pas ainsi vers ces « traîtres. » L'autre, trop confiant envers les Iroquois, à cause de sa tendre affedtion pour eux, quoique par la suite ils l'aient fait cruellement mourir, ne laissa pas d'aller vers eux. Enfin, comme l'avait craint Le Moyne, lorsque Normanville fut arrivé près des Iroquois, ils se mirent à l'envelopper insensiblement, & avec tant de ruse, que, dès qu'il s'aperçut de l'embuscade où il était tombé, il ne lui fut plus possible de se dégager de leurs mains.
CHARLES LE MOYNE ccN- Lc Moyuc, ludigué d'uiie si lâche & si noire perfidie,
DuiTAUFORTDEviL- (^Q^cfic alors cu jouc les trois de ces barbares qui se trou-
LEHARIE DEUX IRO- . ' . . . ^ . .
Quoisdu'iL PEND PAR vaicut Buprès de lui, & leur dit qu'il tuera le premier qui REPRÉSAILLES. Qscra branlcr, à moins que Normanville ne revienne. L'un
des trois demande aussitôt à Le Moyne qu'il lui permette d'aller le ramener, &, sur la réponse affirmative, il s'éloigne. Mais cet homme ne revenant pas. Le Moyne contraignit les deux autres à marcher devant lui, & les (i)Doiiierde Cas- Conduisit au Fort (i). Cependant M. de Maisonneuve, son, 1647, 1C48. informé de cette trahison, se transporte, avec quelques soldats, au lieu du pourparler, & fait entendre à Normanville qu'il tâche de s'évader la nuit suivante ; son intention était, après que celui-ci serait revenu au Fort, d'en-