GUERRE. IROQLOIS PRIS A VILLEMARIE
voyer les deux Iroquois à M. de Montmagny (i). Ce (o Relation de 1O4' pourparler étant donc ainsi rompu, chacun se retira. Du- P" '*' ^' rant la nuit, les Iroquois détenus au Fort entrèrent en conversation avec les Français & demandèrent ce qu'était devenu un des leurs qui avait été pris Tautomne précédent. L'interprète, ne voulant pas déclarer qu'il avait péri par le feu des sauvages alliés, s'efforça d'éluder la demande ; mais les Iroquois insiftant, il leur repartit : w Et « vous, dites-nous donc ce que sont devenus le P. Jogues « & un Français qui étaient allés confidemment dans « votre pays, sous la foi publique? » Plus rusés qu'ils ne paraissaient l'être, ces Iroquois changèrent alors euxmêmes de discours : « Parlons de choses bonnes, répli- (I qua l'un d'eux; vous verrez bientôt à vos portes les « plus anciens & les plus considérables de notre pa3-s dece mander la paix aux Français; & ils amèneront avec (I eux quelques Hollandais pour marque de leur sincérité (I parfaite. »
Malgré l'avis que lui avait fait donner M. de Maisonneuve , Normanville ne revint point au Fort durant la nuit, soit qu'il n'en eût pas l'occasion favorable, soit qu'il crût être obligé de garder parole à ces barbares, qui faisaient profession de n'en avoir point. Mais, les Iroquois l'ayant ramené eux-mêmes le lendemain, M. de Maisonneuve jugea à propos de mettre en liberté les deux otages, & les rendit aux Iroquois. Ceux-ci, qui voyaient leur perfidie découverte & avaient douté jusqu'alors du retour des deux prisonniers, furent épris d'une si grande joie, en les voyant revenir, qu'ils s'approchèrent sans armes des Français, à la réserve d'un seul, plus défiant que les autres. Comme les nôtres étaient en plus grand nombre qu'eux, & bien armés, il leur eût été aisé de les saisir tous. Mais M. de Maisonneuve les traita avec bonté, leur donna même à manger, & eux, de leur côté, lui tirent présent de leurs chasses. Toutefois, pour marque de leur bonne volonté, ils dérobèrent, en se retirant, les filets
xxir.
LES IROQ.UOIS RA-IH.NENT NORMANVILLE. M. DE JIAISONNEUVE LEUR REND LES DEIX PRI- SONNIERS.
qu'on avait tendus dans la rivière^, assez près du Fort : ce fut leur dernier adieu (*).
NOUVELLES HcsTiLiTiis Euvlrou vcrs ce temps, un Français s'étant un peu
DES moQLois A VIL- ^^.gj-f^ jg gj^ maison, un Iroquois, caché en embuscade,
l.E>L\RIE. .
attendit qu'il eût déchargé son arquebuse sur des tourterelles qu'il poursuivait, & fondit aussitôt sur lui; mais, fort heureusement, le Français parvint à se dégager, & arriva sain & sauf à sa maison. Le 29 du mois de juillet de cette année 1648, douze ou treize Iroquois s'étaient mis en embuscade près de Villemarie, à l'extrémité d'un bois voisin d'une prairie, où c]uelques faucheurs étaient occupés à coviper & à ramasser du foin. Soudain ces travailleurs, qui ne se doutaient de rien, entendent quelques coups d'arquebuse, qui jettent par terre l'un d'eux; &, en même temps, ils voient sortir du bois ces barbares, qui, poussant de grands cris, courent à toutes jambes pour leur couper le chemin. Sans se déconcerter d'une surprise si ■ brusque & si inopinée, ces colons, mettant incontinent la main aux armes qu'ils portaient toujours a^e: eux au travail, font trois décharges sur les ennemis, dont un ou deux tombent à l'inftant par terre ; & cette résiftance si prompte & si vigoureuse étonna & intimida si fort les Iroquois, qu'ils prirent incontinent la fuite. Le Français tué en cette occasion fut le seul que perdit, cette année, la colonie de Villemarie, quoique, dans les diverses attaques qu'ils lui livrèrent, les Iroquois eussent blessé beaucoup d) Hiftoire du C;i^ de colous (i). Celui qui fut ainsi tué était l'un des plus nada, par M. de Bel- j^^^^ ^ ^^^ j^^^ jg ^-^^^ ^^ Villemarie (2). M. Dollier
mont. r o \ /
(•2)Reiationdei()48, de Casson cu fait cet éloge : « Cet homme, le seul qu'ils
P- 'o- « nous tuèrent cette année, fut plutôt une victime que
« Dieu voulait tirer à soi ; & il n'eût peut-être pas permis
« qu'il pérît par les armes de ces barbares, s'il ne l'eût
(") Le récit de ce fait, rapporté par le P. Lallemant, eft incomplet & inexacl dans quelques circonftances, dont M. Dollier de Casson a rétabli la vérité dans son Histoire du Montréal.
IROQUOIS, QU ILS CON- DUISENT AU FORT DE VIl.LI.EM.ARIF.