BE M. D AII.LE- 1 VILLEMARIE
(2) Greffe de Montre'al, 3 mai 164g.
q6 II' PARTIE. LES CENT ASSOC. ET LA COMP. DE MONTRÉAL.
hommes, sous la conduite de M. Charles d'Aillebouft des Musseaux, son neveu. Ce renfort, dès qu'il parut, excita parmi tous les colons une grande joie, augmentée encore par le nom & la qualité de celui qui en avait le commandement. M. des Musseaux venait, en eftet, pour les aider à repousser les Iroquois, « ce qui, dit M. Dollier de Casson, était plus aisé que de les battre; car, à peine ces barbares entendaient-ils le bruit des rames des chaloupes du camp volant, qu'ils s'enfuyaient tout aussitôt avec une telle vitesse, qu'il n'était pas facile de les joindre, & par conséquent de les attaquer. Si l'on avait eu alors, ajoute-t-il, l'expérience que nous avons aujourd'hui, & la connaissance du pays de ces barbares, quarante hommes bien commandés se seraient acquis beaucoup de gloire, auraient rendu des services très-signalés & retenu nos ennemis dans une grande crainte, par les coups qu'ils auraient faits sur eux. Mais nous n'avions pas les lumières que nous avons aujourd'hui, & nous étions moins habiles que nous ne le sommes maintenant à la navigation du canot, qui est l'unique moyen dont on doit user pour poursuivre ces barbares. » D'après le règlement du Roi, ce camp volant devait être composé de quarante soldats, & M. d'Aillebouft, qui en comprenait la nécessité, l'accrut encore de trente hommes en i65i (i).
Le nouveau Gouverneur monta lui-même à Villemarie, au printemps de l'année 1649, & réjouit, par sa présence, tous les colons, charmés de voir ainsi dans sa personne l'un des Associés de Montréal occuper la place de Gouverneur du pays (2). Les hoftilités incessantes des Iroquois ne permettaient guère de voyager alors sur le fleuve sans escorte, & nous voyons que M. d'Aillebouft, en faisant ce voyage, avait dans sa chaloupe douze soldats armés. Cependant, toute l'année 1 648 & surtout la suivante, la plupart des Iroquois ayant été occupés à harceler les Hurons dans leur pays & à y mettre tout à feu & à sang, on n'eut
2* GUERRE. COMP. DE MONTRÉAL ÉBRANLÉE. 164g. 97
à repousser à Villemarie que de petits partis de ces barbares, dont M. de Maisonneuve vint aisément à bout, par sa prudence 8: le courage intrépide de ses soldats (i). Il ne perdit qu'un seul homme, qui fut pris le 3o mai (2) par les Iroquois, & conduit sans doute dans leur pays : car les regillres de la paroisse ne font nullement mention de sa sépulture. M. d'Aillebouft annonça à M. de Maisonneuve que la grande Compagnie, voulant reconnaître les bons & agréables services que le pays recevait de Villemarie sous son digne Gouverneur, en avait augmenté la garnison de six soldats, & qu'au lieu de trois mille livres qui lui avaient été assignées pour lui &- sa garnison, il en recevrait à l'avenir quatre mille (3). Il apporta aussi un règlement que les Associés de Montréal avaient fait touchant l'administration de l'Hôtel-Dieu. Entre autres choses, ils ordonnaient que le chirurgien de cette maison servirait gratuitement tous les habitants de l'île, tant Français que sauvages, & que, chaque année, TadminiAration rendrait ses comptes au Gouverneur de Villemarie, au Supérieur ecclésiaftique & aux syndics des habitants, qui signeraient la copie de cet acte qu'on enverrait à Paris (4).
Dans le séjour qu'il fit alors à Villemarie, M. d'Aillebouft mit les RR. PP. Jésuites en possession de la seigneurie de la Prairie de la Magdeleine, qui leur avait été concédée depuiis deux ans. Comme la Compagnie de Montréal refusait de faire aux gens de mainmorte d'autres concessions que celles qu'elle accordait aux habitants(5), M. François de Lauson, conseiller au Parlement de Bordeaux, avait donné, le i"" avril 1647, aux RR. PP. Jésuites, deux lieues de terre, sur quatre lieues de profondeur, en face de Villemarie, du côté du sud, à commencer depuis l'île Sainte-Hélène & à continuer, en tirant de là, vers le Saut Saint-Louis, jusqu'à un quart de lieue au delà d'une prairie dite alors de la Magdeleine (6). Ces Religieux n'aj-ant pas encore été mis en possession de cette seigneurie, M. d'Ailleboulf, comme Gouverneur général,