partie du personnel consacrée à la créa
üon (les bâtiments de la partie consacrée
aux exploitations étaient déduits sur les
produits annuels}.
Frais de bureaux en Algérie eten Europe.
Traitement des employés en Europe.
Jetons de présence du Conseil d’admi-
nistration.
Amortissement du matériel.
Rachats des droits de concessionnaires.
Pertes sur la construction des maisons
vendues aux 293 colons.
Perles sur la liquidation du magasin
général.
Pertes sur les animaux remis aux colons
en cheptel ou en location.
Pertes sur les introductions de races
étrangères.
Pertes sur les expériences de cultures
européennes.
Total. 1,324,627 f. 99 c.
Cette somme, qu’on le remarque bien, n’avait pas été employée en améliorations du sol, elle ne comprenait que des dépenses faites en pure perte. Aussi la Compagnie en concluait que le prix du terrain nu lui revenait à 107 fr. 34 c. par hectare, pour les 12,340 hectares qu’elle possédait en toute propriété; ou à 102 fr. 15 c. par hectare, en ajoutant aux autres, les 628 dont elle avait en jouissance perpétuelle. Puis comparant ce prix à celui des ventes faites aux enchères par le gouvernement, — quand à l’Habra, dans la province d’Oran, le 15 octobre 1856, 1,046 hectares, divisés en 25 lots, avaient été vendus au prix moyen de 140 fr. par hectare, — quand à Sélif, le 25 octobre 1857, 352 hectares, divisés en 27 lots, avaient été vendus au prix moyen de 75 fr. 89 c. par hectare, — la Compagnie trouvait qu’en définitive elle n’avait pas fait une trop mauvaise affaire. Les terres de Sétif, il est vrai, n’avaient pas autant de valeur que celles de l’Habra ; mais elles finiraient par en acquérir pour peu que le commerce enrichît les habitants de Sétif : ils seraient bien forcés de s’adresser à elle pour avoir des terres dans les environs ; puisque dans un rayon de quelques lieues le gouvernement n’en aurait plus, ni à leur concéder, ni à leur vendre.
En attendant, la Compagnie loue une grande partie de ses terres aux Arabes à qui on les a retirées pour les lui concéder. La culture arabe n’exige d’elle aucun débours; elle ne retire que les deux cinquièmes du produit ; mais l’indigène a les trois cinquièmes, fournit semences, instruments aratoires, attelages et travail : la Compagnie ne lui prête que la terre. L’hectare cultivé ainsi lui a rendu net en moyenne, pendant les quatre dernières années, 21 fr. 93 c., ou 21 pour 100 sur le capital de 107 fr. 34 c. que lui a coûté l’hectare d’après ses calculs. La Compagnie louera désormais ses terres avec d’autant plus de facilité, qu’à partir du 1" janvier 1859, ses métayers arabes, par les ordres du prince Napoléon, ont été comme de juste exonérés de tout impôt, puisqu’ils ne culti-
LES TERRITOIRES CIVILS ET MILITAIRES. 319
raient plus que pour le compte des Européens. Il est rrai qu’elle ne peut louer ainsi ses 12,968 hectares. Pour ne pas trop épuiser le sol, la culture arabe ne doit porter que sur la moitié des terres : mais la Compagnie estime qu’elle pourra encore louer les terres en jachères, comme pâturages, 5 fr. 65 c. l’hectare ; ce qui assurerait encore plus de 5 pour 100 du capital.
La Compagnie, comme on l’a vu plus haut, a eu soin de faire comprendre le plus possible dans ses lots les prairies du territoire. Ces prairies ne lui ont rien rapporté en 1 858 ; mais elles lui avaient rapporté, par hectare, 70 fr. 60 c. en 1855, 83 fr. en 1856 et 70 fr. en 1857. Toutefois, ce produit élevé tient en partie aux constructions qui ont été faites dans plusieurs fermes et qui lui ont permis d’y conserver le fourrage. En tenant compte des dépenses qu’il a fallu faire à cette occasion, la Compagnie estime que pendant les quatre dernières années ses prairies ne lui ont rapporté que 19 pour 100 de son capital.
La Compagnie n’a pu obtenir pour ses exploitations européennes des résultats aussi avantageux que pour les autres. D’abord dans les quatre fermes qu’elle a créées à El-Bez, Mabouan, Melha et Ouricia, elle a immobilisé en constructions, plantations, matériel agricole et cheptel, une somme de 58-4,600 fr., sans compter celle de 128,000 fr. plus particulièrement applicable au compte des prairies. C’est donc un capital important qu’il fut ajouter au prix de revient des terres. Aussi les cultures européennes qui, en 1856, avaient produit 96 fr. 70 c. par hectare, et en 1857, 53 fr. 32 c., lui auraient fait subir, en 1855, une perte de 72 fr. par hectare, et en 1858, de 200 fr. 11c.: ensemble ces cultures auraient constitué pour elle, en quatre ans, une perte nette de 385,956 fr. 27 c., non comprise celle faite par l’introduction de bestiaux étrangers, et sans que dans ses calculs elle ait tenu compte de ses frais généraux, soit en Algérie, soit en Europe.
Ces résultats, s’il faut l’en croire, auraient placé la Compagnie génevoise dans un grand embarras. Voici en quels termes son conseil d’administration en rendit compte dans son rapport à l’assemblée générale extraordinaire du 31 mars 1839 :
« Nous avions de vastes exploitations agricoles qui faisaient honneur à l'Algérie, qui avaient été fréquemment citées avec éloges, qui servaient en quelque sorte de fermes modèles pour expérimenter les cultures, qpii attiraient et occupaient une population assez importante, enfin qui contribuaient largement aux progrès du pays.
« Leur maintien aurait eu pour utilité de faire connaître d'une manière positive, au bout de quelques années d’expérience, si la perte éprouvée dans la culture des céréales à l’eimopcenne était i>ermanente et causée par des circonstances tenant au sol et au climat, ou si elle se modillait et disparaissait devant un abaissement de la maind’œuvre et une amélioration des voies de communication, en un mot si la culture européenne était ainsi une question d’avenir. Leur destruction pouvait avoir pour effet de produire un certain découragement en Algérie, et nous pensions n’ètre moralement autorisés à renoncer à nos cultures directes qu’autant que nous y serions invités par le gouvernement
« D’un autre côté, ces cultures nous occasionnaient une perte annuelle que notre Compagnie ne pouvait supporter et sous le poids de laquelle elle aurait succombé ; car, un des points vulnérables d’une Compagnie comme la nôtre, c’est la nécessité d’avoir des produits immédiats. Si la continuation de nos cultures servait les intérêts du pays, il était de toute nécessité que le déücit qu’elle nous occasionnerait fût compensé par le produit de territoires consacrés à la culture arabe et surtout à l’élève du bétail.
« Nous nous décidâmes à exposer franchement cette position au gouvernement. Nous lui fîmes connaître l’insuffisance de nos revenus et la nécessité poiu* nous de liquider nos exploitations européennes, si les pertes qu’elles entraînaient n’étaient compensées par les revenus élevés d’un territoire propre à l’élève du bétail. Nous lui demandâmes de nous vendre, dans ce but, à l’amiable et au prix de 20 fr. l’hectare, prix que nous déclarions nous-mêmes n’être nullement en rapport avec leur valeur réelle, deux terrains domaniaux situés près de notre concession, savoir :
Guellal, contenant. . . . 4,047 hect., 18 ores, 20 c.
Le Hammam 3,12b 93 20
Ensemble 7,173 hect.. Il ares, 40 c.
LES TERRITOIRES CIVILS ET MILITAIRES
« Ces terrains, dont une portion considérable est en prairies, nous auraient permis de donner un grand développement à nos troupeaux.
■ En même temps nous rappelâmes au gouvernement que si la décision impériale du 24 avril 1858, qui nous a accordé 12,340 hectares au lieu de 8,000 et qui nous a exonérés de certaine.^ charges, avait élé certainement très-bienveillante pour nous, il fallait cependant reconnaître qu’elle ne nous avait olfert qu'une bien faible indemnité pour le non-accomi>lis5ement des promesses que nous avions reçues; nous ajoutions qu’en droit nous n'avions aucune réclamation à faire, mais que nous soumettions à l'équité du gouvernement l’appréciation des pièces que nous avions reçues de lui et dont voici le résumé.
ft Le 5 janvier 1854 M. le ministre de la guerre nous avait adressé la dépêche suivante (n** 11) ;
« Vous m’avez entretenu des motifs qui vous font désirer d’agran- « dir le cercle d’action de votre Compagnie et vous m’avez soumis, « dans ce but, deux propositions.
« Par la première vous demandez que, dans le cas où votre Com- « pagnie exécuterait en cinq ans les conditions pour lesquelles le dé- « cret de concession du 26 avril 1853 lui accorde dix ans, le gouvcr- « nement veuille bien lui attribuer une nouvelle concession de « 80,000 hectares dans le voisinage des 20,000 déjà concédés. Cette « étendue supplémentaire serait délimitée et tenue â la disposition c de la Compagnie pendant un laps de dix ans, délai dans lequel elle c s'engagerait à construire 40 villages de 50 feux
« J’ai l’honneur de vous annoncer. Messieurs, que la première de « ces propositions m’a paru pouvoir être admise sous certaines mo- « diiications, c’est-à-dire que le gouvernement se borne à promettre « à votre Compagnie de lui accorder une nouvelle concession de • 80,000 hectares pour le cas où elle aurait, à la lin de 1854, com- « plétement terminé et peuplé S villages, c’est-à-dire exécuté la moio tié des conditions imposées par le décret im|)ériai du 26 avril 1853. a L’alfairc ne pourra, en conséquence, être instruite et soumise .m « Conscil-d'Etat avant l’époque ci-dessus. En prenant dès à présent « cet engagement, le gouvernement témoigne la contiance qu’il met « en votre Compagnie et il montre ainsi qu’il sait apprécier l’activité « dont elle a fait preuve jusqu’à ce jour. »
Or, au 31 décembre 1858, d’après le labicau de la situation de ses villages, que la Compagnie genevoise fournissait ellemême à la suite de son rapport, voici les chiffres des colons
qu’elle avait pu installer dans chacun d’eux, y compris les fermiers de la société \' Omnium :
Hommes. Femmes. Enfants. Totaui.
Aïn-Arnat 4o 23 50 113
Bouhira 30 28 57 121
Mahouan 39 24 44 107
Massaoud 29 15 7 51
Ouricia 23 10 40 85
Aïn-Triek 13 10 19 42
Aïn-Malah 1 1 » 2
El-Hassi 1 » » 1
Le plus peuplé ne l’était qu’à moitié. Il restait 23 familles sur 50 à Kl-Ariiat ; il y en avait à peu près autant à Bouhira, 26 à Mahouan, IG à Massaoud et 0 environ à Ouricia. Le ministre ne s’était donc pas beaucoup engagé en promettant 80,000 hectares, à condition que les cinq premiers villages seraient peuplés à la fin de 1854. Bien ne pouvait donc motiver la vente de 7,175 hectares : d’autant moins que le prix offert de 20 fr. l’hectare était effectivement bien au-dessous de la valeur, si, comme l’a constaté la Compagnie, un hectare de prairie peut rapporter par an 70 fr. et même 83 fr.
Aussi, le prince Napoléon, après avoir consulté le conseil supérieur de l’Algérie et des colonies, a-t-il eu le regret de prier la Compagnie génevoise de considérer sa proposition nouvelle comme définitivement écartée.
Voici comment la Compagnie s’en est consolée dans son dernier rapport :
a Entre ces deux solutions nous aurions certainement préféré l’autre, mais celle-ci avait du moins l’avantage de dégager amialdemeul la Comj)agnie de toute obligation morale de contribuer, comme elle l’avait fait jusqu’alors, au développement de la colonie pur îles cflorts et des sacrifices, sous lesquels le gouvernement lui-même avait reconnu que notre entreprise succomberait. Au lieu de provoquer des améliorations agricoles et de m.nrcher à leur tète, position dange-
LES TERniTOIRES CIVILS ET MII.lTAinES.
reuse et rarement lucrative, nous pouvons attendre paisiblement le progrès et le suivre si nous y trouvons profit ; nous pouvons surtout cesser toute exploitation coûteuse.
« C’est ce que nous faisons. Messieurs; nous nous sommes déterminés à renoncer peu à peu à nos cultures européennes, à transformer successivement les terrains qu’elles occupaient en prairies naturelles ou artificielles et en pâturages; à faire cultiver par des métayers indigènes toutes les terres pour lesquelles nous trouverons des Arabes; enlin à consacrer le reste à l’élève du bétail et surtout des moutons, mais sans introduction ruineuse de races étrangères.
» En agissant ainsi, nous suivons l’exemple des Anglais dans leurs colonies, et nous imitons nos voisins indigènes qui, grüce à leurs cultures arabes, et surtout à leurs troupeaux de moutons, sont parvenus à s’euriebir et possèdent presque toute la fortune de l’Algérie. »
Celte déclaration nous dispense de tout commentaire sur les services que doit attendre désormais notre colonie de la Compagnie génevoise. Hésumons en quelques mots ceux qu’elle lui a rendus. Elle a dépensé environ un million en frais d’administration, de publicité et de courtage; mais ces dépenses faites en Europe ont très-peu profité, même indirectement, à l’Algérie : elles n’ont véritablement été utiles qu’à quelques agents ou à quelques banquiers. La somme de 300,(KK) fr. que la Compagnie a perdue en essais d’agriculture, n’a pas non plus beaucoup servi à l’Algérie ; ces essais, accomplis sans beaucoup de discernement, n’ont fait qu’abuser les personnes que leur propre expérience ne pouvait éclairer. La Compagnie, il est vrai, a consacré une somme de 1 ,513,381 fr. 67 c. à des constructions ; mais elle a revendu pour 732,500 fr., et celles qui lui restent en neuf endroits différents sont loin d’ôlre suffisantes pour la mise en valeur des 12,340 hectares de terres dont elle a obtenu la propriété. Elle pourrait les achever, y organiser de grandes fermes ; mais elle y a renoncé : elle va même supprimer l’exploitation agricole d’El-Bez, où, ces dernières années, 450 hectares ont été mis en culture. Sans doute 6 villages auront été fondés; mais ils ne forment ensemble qu’une population de 519 individ-
US, dont la moitié tout au plus est fixée au sol. La plupart des fermiers qu’on est parvenu à y installer ne pouvaient payer leur loyer que par les travaux qu’ils exécutaient pour le compte de la Compagnie; dès le moment que la Compagnie ne veut plus employer que des Arabes, on ne voit pas ce qui pourrait retenir davantage ces pauvres ouvriers européens dans des villages, où ils ne possèdent rien et où ils ont moins qu’ailieurs des moyens d’existence.
Quant aux colons concessionnaires, il est probable que le nombre n’en augmentera pas de longtemps. Les premiers venus, à peu près les seuls qui soient sur les lieux, regrettent amèrement de n’avoir pas eu affaire au gouvernement, plutôt qu’à la Compagnie genevoise qui ne semble s’être interposée que pour les exploiter. L’argent qu’ils lui ont donné pour acheter leurs maisons eût été beaucoup mieux utilisé, si on leur en eût laissé le libre emploi.’ Us n’ont, du reste, qu’à se louer de tout ce que le gouvernement a fait pour eux. Le gouvernement a commencé par leur tracer de bonnes routes. Chaque village a été pourvu de fontaines, d'abreuvoirs, de lavoirs couverts ; on y a bâti des maisons d’école et des chapelles. Le temple protestant d’Aïn-Arnat a coûté 39,493 fr. La jolie église gothique de Mahouan, à peu près terminée, coûtera au moins le double ; lorsqu’on n’a consacré que 22,000 fr. à celle de Sétif. Tous les travaux publics qui ont entraîné une dépense d’environ 700,000 fr., ont été faits avec soin. Si dans leur achèvement le gouvernement n’a pas toujours suivi aussi promptement qu’il l’aurait voulu les entrepreneurs de la Compagnie, il n’en a pas moins devancé en beaucoup d’endroits les colons. Nulle part ailleurs il ne s’était mis plus en frais, tant pour seconder les intérêts matériels que pour satisfaire tous les besoins moraux. Au mois d’octobre 1858 il n’y avait encore à Ouricia que cinq à six familles, et un curé aux appointements de 1,800 fr. était déjà installé dans un presbytère, ne sachant comment utiliser son zèle. Celui de Mahouan était moins désœuvré. Sur 26 mai-
LES TERRITOIRES CIVILS ET MILITAIRES
sons habitées, tO l’étaient par des gens non mariés ; mais de nombreuses familles occupaient les autres. Une communauté de trois soeurs de la doctrine chrétienne avait été chargée de l’éducation de leurs enfants : ces sœurs réunissaient une quinzaine de filles et de garçons dans une école, et une dizaine d’enfants de bas âge dans une salle d’asile. Bouhira, village en partie composé de protestants, un grand bâtiment était affecté à une école et une salle d’asile tenues par un instituteur de leur confession. Une institution semblable avait été créée dès l’origine à .\ïn-Arnat, à côté d’un pasteur protestant dont les appointements avaient été élevés à .3,000 fr.
S’il y a un reproche à faire au gouvernement, c’est d’avoir prodigué en cet endroit des travaux publics et des établissements dont l’urgence était beaucoup plus grande dans d’autres centres de population. Certainement les sommes dépensées dans les nouveaux villages eussent été mieux utilisées ailleurs, sans même beaucoup s’éloigner de Sétif. Grâce à la Compagnie génevoise, le territoire de cette ville est maintenant sillonné d’excellents chemins vicinaux : n’eût-il pas été préférable d’améliorer la route qui conduit de celle ville à Constanüneî Les anciens comme les nouveaux colons en eussent profité. C’était un moyen beaucoup plus efficace pour développer la colonisation, sur lequel nous reviendrons plus tard à l’occasion des chemins de fer. La Compagnie génevoise elle-même paraissait l’avoir compris, dès son début elle avait organisé une entreprise de roulage, pour tâcher de diminuer les frais de transport. Malheureusement le conseil du gouvernement n’avait pas été de cet avis et lui avait signifié que son cahier des charges lui permettait bien de se ruiner pour le pays en expérimentations agricoles, mais ne l’autorisait pas à sortir de cette spécialité. Devant les remontrances de ce même conseil, la Compagnie génevoise avait dû renoncer à son magasin général et au cheptel avec les colons qui n’étaient point non plus autorisés dans le décret de concession. En présence de tels faits on ne sait sur cpii faire retomber les principaux
blâmes. Toujours est-il que si la Compagnie n’a point répondu aux espérances du gouvernement, elle a su parfaitement tirer son épingle du jeu, et en définitive, le malheur qui en résulte pour l’Algérie, ce n’est point un crime dont elle ait à répondre. Le ministère lui-méme est, dit-on, moins coupable qu’on pourrait le supposer, d’avoir ainsi sacrifié les intérêts qui lui étaient confiés : il n’aurait fait que céder à des influences dont il n’était pas maître, et que les circonstances politiques enveloppent d'un voile.
LA COLONISATION ÉTRANGÈRE ET LES VILLAGES OÉPARTEMENTAl'X
Une chose bien digne de remarque, sur laquelle déjà nous avons attiré l’attention , est la facilité avec laquelle s’est opérée la colonisation des étrangers. Pendant que l’administration attirait à grands frais des colons français, qu’elle cherchait à les séduire par l’appât des concessions et, qu’une fois installés, elle ne cessait de leur prodiguer ses soins pour empêcher leur découragement, les colons étrangers affluaient de toutes parts. Au lieu d’être à charge au gouvernement, ils fournissaient des ouvriers pour tous les travaux publics, se mettaient au service de tous ceux qui avaient besoin de bras , louaient les jardins et les campagnes des environs des villes, et commençaient partout de petites cultures. Dans certaines villes comme à Oran, comme à Blidah, on comptait plus d’Espagnols que de Français ; à Alger même la population étrangère resta longtemps la plus nombreuse. étrangers, selon leur aptitude, se consacraient à la cul-
LES TERRITOIUES CIVILS ET MILITAIRES. .127
ture, à l’élève du bétail, au commerce ou à l’industrie. Partout où un groupe d’Alicantais, de Malionais, de Maltais, de Génois se formait, au bout d’un ou deux ans on le voyait se développer. La plupart de ces pauvres gens, en venant en Afrique, n’avaient eu d’autre ambition que d’y gagner leur vie : non-seulement le pain ne leur avait pas manqué, mais au bout de quelques mois ils avaient trouvé une certaine aisance et avaient pu réaliser quelques économies. 11 n’en fallait pas davantage pour attirer beaucoup de leurs compatriotes. Ils n’étaient pas, en arrivant, comme les colous français, l’objet de la haute protection des autorités administratives : ils en étaient amplement dédommagés par le cordial accueil de leurs frères et de leurs amis, qui n’avait pas de limites réglementaires. Us n’étaient pas exposés à se voir rejetés sur le pavé des rues, ils étaient toujours sûrs d’avoir un gîte, et si petite que fût la table de leur hôte, le cercle des convives pouvait s’étendre. Celte assistance toute spontanée leur profilait bien davantage. Au moins étaient-ils certains de ne se pas fourvoyer ; on ne les abandonnait à eux-mêmes qu’après leur avoir indiqué les plus sûrs moyens de se tirer d’alfaire. La plupart des centres de population qui se sont formés naturellement dans la banlieue des villes, ont eu ainsi l’élément étranger pour base principale : ils ont prospéré sans que l’administration ait eu à s’en occuper le moins du monde.
Quoiqu’un intérêt politique fît préférer dans ta colonie l’élalilissement des familles françaises, l’administration, en certaines circonstances, a aussi été entraînée à se mettre en frais pour l’installation des colons étrangers. Ainsi, au mois de juillet 1840, 800 Prussiens, hommes, femmes et enfants, qui avaient quitté leur pays pour aller au Brésil, avaient été abandonnés à Dunkerque par les promoteurs de leur émigration : hors d’état de retourner sur leurs pas et réduits à vivre de la charité publique, ils demandèrent à être transportés en Algérie. I^e gouvernement accueillit leur demande et les fit
Digilizf-I ‘-y (îi ■■
diriger sur Oran. il n’y avait pas encore dans celte province de colons allemands, et les Espagnols, qui ne comprenaient pas leur langue, ne pouvaient leur être d’un grand secours pour chercher du travail. L’administration locale comprit qu’elle ne pouvait abandonner à eux-mêmes ces nouveaux colons, et qu’il serait inhumain de ne les avoir amenés, que pour les exposer plus promptement à la mort : elle fit donc pour eux tout ce qu’elle aurait pu faire pour des colons français. A leur arrivée, iis furent répartis sur deux points. Le plus grand nombre fut envoyé à la Stidia, à 15 kilomètres de Mostaganem ; les autres furent établis dans les environs d'Arzew, et y formèrent un nouveau centre de population sous le nom de Sainte-Léonie, patroce de l’une des filles du maréchal Bugeaud.
Ces émigrants allemands avaient beaucoup souffert depuis la sortie de leurs foyers , ils arrivèrent malingres et en assez mauvais état : mais ils ne tardèrent pas à se rétablir, un air de force et de santé ranima bientôt tous les visages. Le village de la Stidia, placé dans un meilleur territoire que l’autre, est aujourd’hui dans un état de parfaite prospérité. Les habitations sont propres, vastes, et munies dans toutes leurs dépendances de meubles et ustensiles nécessaires, tant aux gens qu'aux bêles. Les colons sont tous des cultivateurs de profession. Ils sont très-industrieux; fabriquent leurs outils, leurs charrues, les jougs de leurs bœufs ; réparent même leurs voitures. Leur sobriété est remarquable et les bénéfices qu’ils réalisent sur leurs cultures sont employés aux travaux d’amelioration. Leurs enfants naissent et s’élèvent avec facilité. Cette vigoureuse progéniture leur donne des auxiliaires : c’est un accroissement de population qui ne coûte rien à l’Etat et procure à ses auteurs la maind’œuvre à bon marché.
Bou-Tlélis, sur la roule de Tlemcen, village construit en 1849 pour les colonies agricoles, a été en grande partie peuplé, en 1852, d’Allemands venus des bords du Rhin. Enfin,
LES TERRITOIRES CIVILS ET MILITAIRES
au mois de mars 1854, 167 émigrants allemands sans ressources, ont été envoyés par l’administration supérieure à rOued-el-Hammam sur la route de Mascara. Il a fallu leur donner des bœufs, des instruments aratoires, des semences et même du pain. Des gourbis en pisé et couverts de cbaume leur ont servi de premier abri. Les travaux que le génie a fait exécuter sur la route ont procuré à un certain nombre un salaire convenable. Le temps qui n’était pas employé à ces travaux, l’était aux cultures ; si bien que dès la première année, ils ont pu ensemencer 400 hectares.
Nous avons déjà dit à propos de la migration étrangère, qu’un certain nombre de familles allemandes, en l’année 1853, avaient débarqué à Bùne et qu’elles y avaient été l’objet du plus bienveillant accueil de l’administration militaire. Elles comprenaient plus de 400 individus. La plupart de ces familles ont été échelonnées sur la route de Bùne à Guelma ; une quinzaine ont été laissées à Penthièvre, petit village à moitié peuplé de colons français ; une trentaine ont été installées à Nechmaya, près d’un camp de transportés, et à peu près le même nombre un peu plus loin, à Guclat-Bou-Sba. Enfin, une vingtaine ont été placées à Oued-Touta, à une lieue de Guelma, sur la roule de Jemmapes. Le génie militaire s’est aussiU'it occupé de leur procurer un abri. Il venait précisément d’achever à Guelat-Bou-Sba l’cnceinle d’un village, qui n’attendait plus que des maisons. Jamais remparts ne furent plus utiles à la colonisation, on y appuya des gourbis en torchis, auxquels les colons ajoutèrent des petits hangars en broussailles. Le premier plan du village fut ainsi sacrifié ; au lieu d’avoir des rues, il ne forma plus qu’une grande place. Ailleurs, l’argent qui eût été employé aux fortifications des villages, servit amplement à la construction d’un certain nombre de chaumières. Les villages n’en furent que plus pittoresques et les colons y eurent leurs coudées franches. Le génie militaire ne borna pas là sa sollicitude, il employa tous ces braves gens aux travaux de route
CUAPITHE V.
({u’il faisait exécuter. Pendant la morte saison les hommes gagnaient 2 fr. 50 c. à 3 fr. et les enfants de 1 fr. 25 c. à 1 fr. 50 c. On leur ayait, du reste, délivré des concessions convenables, 15 à 17 hectares de terres, où il n’y avait presque aucun défrichement à faire et où bon nombre d’oliviers pouvaient être greffés : il s’y trouvait des sources et des ruisseaux. Ces bons Allemands s’empressèrent de mettre leurs petits domaines en culture. Us ne tardèrent pas non plus à comprendre tous les avantages des irrigations et s’entendirent à cet égard : un canal d'irrigation d’une longueur de 800 mètres fut ainsi creusé à Guelat-Bou-Sba, et un autre de 500 mètres à Oued-Touta; des ramifications firent ensuite arriver l’eau sur chacune de leurs concessions et leur permirent d’y créer des jardins.
On voit par cet exempte que môme avec des pauvres gens il est possible de faire de la colonisation. Il ne leur faut souvent qu’une très-faible assistance pour les mettre en état de se tirer d’affaire. Le moindre abri leur suffit ; il n’est pas nécessaire d’appeler des entrepreneurs pour construire à grands frais des maisons, sur un plan combine longtemps d’avance. Les travaux sont bien simplifiés avec une troupe d’ouvriers qu’on met à l’œuvre pour leur compte. Des pierres ramassées sur les lieux, du bois coupé dans le voisinage, de la paille ou du dis à défaut de tuiles, ont bientôt fourni des matériaux auxquels il reste peu à ajouter. Que de villages en France n’ont encore que des maisons en pisé et recouvertes de chaume ! Do bonnes terres valent mieux pour des colons que de belles maisons. Les premiers colons de l’administration civile avec les 7 à 800 fr. de matériaux qui leur étaient accordés en étaient-ils beaucoup plus avancés (|uand, leurs constructions achevées, ilsn’ avaient aucun moyen de vivre, et qu’ils étaient réduits à tout engager] et à tout vendre pour se procurer un morceau de pain? 11 en avait fallu beaucoup moins pour établir de pauvres Allemands dans la province deConstantine. Aucune do leurs chaumières
LES TERRlTOmES CIVILS ET MILITAIRES.
n’est tombée en ruine. Si modestes ({u’elles soient, elles sont tenues avec ordre et propreté, et l’on y trouve encore, comme au premier jour, des matelas, des draps, des couvertures et même des édredons.
Plusieurs convois d’émigrants suisses du Valais ont aussi débarqué dans le port d’Alger : ils sc sont trouvés là en présence de l’autorité civile, qui était loin d'avoir les ressources de l’administration militaire, et qui avait les mains beaucoup trop liées, pour agir aussi efficacement. L’administration civile n’avait pas un grand choix de terrain à faire ; la plupart des colons suisses ont été envoyés au milieu d’un massif de broussailles, entre le Mazafran et Koléah ; ils y ont formé les hameaux de Zoug-cl-Abbès, Saïghr, Messaoud et Bcrlicssa. Quelques petits secours et la vente du bois ramassé, les ont aidés à vivre dans les gourbis qu’ils se sont construits : mais ce n’était pas 0 hectares de pareilles terres qui pouvaient assurer leur prospérité, comme celle des colonies allemandes des provinces d’Oran et de Coustantine. Plusieurs familles cependant installées à Chaiba, dans un ancien domaine légué par M. Fortin d’ivry, pour un établissement de bienfaisance, y ont trouvé des terres arables dont elles ont pu tirer un plus avantageux parti.
En tout cas il est un fait incontestable, c’est que si l’administration a été obligée de se mettre en frais pour ces colons étrangers, arrivés dans le plus complet dénuement, elle a beaucoup moins dépensé pour eux que pour bien des colons français arrivés dans l’aisance. Tandis que les sacritices faits pour ces derniers ne les sauvaient pas le plus souvent de la ruine et du découragement, et qu’en fin de compte, pour dernière faveur, il fallait les rembarquer ; l’assisUmee donnée aux autres a porté ses fruits. La plupart de ces pauvres étrangers ont été fixés au sol, et, à la sueur de leur frout, y ont assuré leur existence. Us pouvaient moins compter sur la tutelle du gouvernement; mais un appui bien plus efficace leur était ofl'ert dans les liens de natio-
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nalité qui n’avaient pas été complètement rompus et qui n’avaient fait que SC fortifier sur la terre étrangère : avec des gens de leur pays, ils se trouvaient beaucoup moins isolés que les Français venus des quatre coins de la France et jetés pêle-mêle sur les villages algériens. Dans un centre de population les véritables étrangers ne sont-ils pas ceux qui sont loin de leurs familles et qui ne parlent la même langue que pour se disputer ou se nuire? Pourquoi, dès lors, placer gratuitement les Français dans des conditions moins bonnes que les étrangers, et préférer une colonisation tout artificielle, à celle qui est plus conforme à l’ordre naturel des choses! Celte pensée ne devait pas échapper à ceux qui étaient à la recherche des meilleurs systèmes de colonisation, et elle s’est produite plusieurs fois sous le nom de villages départementaux.
On a proposé de grouper dans certains villages les habitants d’un même département. Chaque département recevrait une concession de terre comme la Compagnie génevoise et se chargerait d’y construire un village, exclusivement peuplé d’habitants du pays, et dont le nom rappellerait l’origine. On ne réfléchissait pas qu’un département n’est une personne civile, que pour fournir les centimes additionnels qui lui sont imposés par le ministre de l’intérieur, et que le droit de posséder ne leur a été accordé que pour l’entretien des établissements publics dont l’Etat voulait se débarrasser. D’ailleurs, est-il supposable que l’action des préfets des départements français, substituée à celle des préfets de l’Algérie, serait plus dégagée d’entraves, plus intelligente et plus pratique? Toutefois, quelques préfets ont accueilli cette idée en ce qu’elle avait de réalisable. Ils ont demandé à l’administration algérienne de réserver certains villages aux habitants de leurs départements qui voudraient émigrer. C’est ainsi que le village construit en 1849 à Aîn-Denian, sur la
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route de Blidah à Milianah, a été mis à la disposition de M. le préfet de la Haute-Saône.
A cette occasion, le journal VAkhbar faisait, le 3 juillet 1853, les réflexions suivantes :
« Nous parlions, dans notre avant-dernier numéro, des demandes d’admission qui ont été présentées pour la colonie départementale de la Haute-Saône, à Aln-Benian. Nous disions, d'après le récit d'un journal, que le nombre de ces demandes est aujourd'hui de 43; que les familles admises se composent de 233 personnes et qu'elles possèdent des capitaux dont le total s’élève à environ 270,000 fr. Suivant les renseignements fournis par la même feuille, trois de ces familles ont de IC à 20,000 fr. de fortune; sept autres ont de 10 à 15,000 fr.; dix-neuf possèdent de 5 à 10,000 fr.; les autres ont de 2 à 5,000 fr. On voit par ces détails que ce sont des cultivateurs sérieux qui vont former la colonie d’Aïn-Benian, ou plutôt de Vesoul-Beniau, puisqu’elle adopte pour son premier nom de baptême celui du chef-lieu du département d’où elle est originaire, se faisant ainsi moitié françiüse et moitié algérienne, et donnant rendez-vous en Algérie aux futurs émigrants du pays natal.
« C’est une idée aussi simple que touchante et qui ne manquera pas d'èlre suivie. En général, les noms de nos localités sonnent assez étrangement aux oreilles des habitants des campagnes de France. Ces noms indigènes dont ils ne comprennent pas la signification, qu’ils prononcent et qu'Us retiennent avec difficulté, ont pour eux quelque chose de barbare et de peu encourageant. Si l’on croit que cela n’est rien, on se trompe ; c’est beaucoup et nous tenons à notre ob.«ervation.
« Les émigrants de la Haute-Saône sont attendus vers la fin du mois d’aoùt prochain. L’on s'occupe avec la plus grande activité de tout préparer pour leur installation. Us seront devancés par un certain nombre de fomUIes qui arrivent du Haut-Rhin et qu’on va placer, nous assure-t-on, à la Bourkika (un de .ces noms auxquels s’applique très-bien notre observation de tout à l’heure). Quelques familles venant d’AUemagne, et même un peu à l’improviste, ont été installées dans la province de Constantine. Enfin, nos lecteurs savent que le village d’AïH-Sultan est retenu par M. le préfet du Var pour les émigrants de ce département.
< Grâce aux travaux effectués par les transportés, le territoire des villages d’AIn-Benian, d’ Ain-Sultan et de la Bourkika est en grande partie défriché. L’allotissement donne à chaque lot de 8 à 13 hectares.
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outre quelques ares de vignes et la réserve du communal ; mais les terres adjacentes permettent d'augmenter proportionnellement cette étendue pour les familles dont les ressources pécuniaires s’élèveront au-dessus de 2,000 fr. Les émigrants trouveront des maisons bâties, des champs mis en valeur, avantage capital pour ceux dont les facultés sont bornées, des plantations faites ou commencées, et bon nombre de travaux d’utilité publique déjà exécutés. Ceux qui restent à entreprendre ou à achever, particulièrement ceux qui intéressent les communications, le service des eaux, l’assainissement, sont l’objet de la sollicitude toute spéci;ile de l’administration. On assure qu’aussitôt après leur installation, les colonies seront remises à l’autorité' civile. Tout cela mouli'u combien l’on a à cœur de les établir dans des conditions où elles aient des chances presque assurées de réussite. Chacun comprend, en effet, qu’une pareille épreuve est décisive, en bien comme en mal. Les conséquences d’un échec seraient déplorables. Celles d’un succès seront extrêmement heureuses et auront une portée immense. Si le premier dép.artement qui va entrer dans cette voie a sujet de s’en applaudir, ainsi que nous l’espérons vivement, tous les autres voudront l’y suivre. 11 s’agit donc de l’avenir de la colonisation et du peuplement de l’Algérie, i
Ainsi peuplé, le village Vesoul-Benian ne pouvait manquer de réussir. Une grande portion de son territoire a été bientôt mise en culture et les pentes de l’Atlas ont été couvertes de plantations de vignes. Cette colonie est évidemment appelée à devenir le foyer des émigrations, non-seulement de la Haute-Saône, mais des deux autres départements de la Franche-Comté.
Aucun lien particulier, si ce n’est celui de l’administration, n’unit entre eux les habitants d’un même département; ils sympathisent bien davantage par le souvenir des anciennes provinces dont les nouvelles circonscriptions sont le démembrement, et dont, en dépit des révolutions, ils ont conservé les traditions, les mœurs et l'accent, sinon la langue et le patois. Aussi l’idée des villages départementaux étendue à tous ceux d’une province pourrait-elle être appliquée avec succès par le concours des notables de cette province, beaucoup mieux en position que les agents du gouvernement de
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la réaliser. Plusieurs projets ont déjà été formés dans ce but. Dès l’année 1846, M. Lieutaud avait fait un appel à ses compatriotes de la province d’Anjou ; il les conviait à fonder en Algérie des villages qui porteraient des noms angevins. 11 y eut aussitôt dans ce pays un concours de souscriptions qui promettait la plus éclatante réussite, si le gouvernement avait alors secondé ces vues, comme plus tard il accueillit les offres de quelques capitalistes de Genève,
Mais de tous les projets de ce genre, le plus complet et le plus praticpie était celui de la Société bretonne, formée à Saint-Brieucen 1852.
« L’Algérie ne sera réellement française que quand elle « sera peuplée de Français; notre nationalité ne sera réelle- « ment et à tout jamais transplantée sur le sol africain O qu’autant qu’elle s’y assolera avec le catholicisme, dans « lequel elle a sa principale condition d’existence. » Tels étaient les principes sur lesquels s’appuyait cette Société pour proposer une émigration de familles, organisées en groupes homogènes, qui eussent transporté toutes constituées en Afrique les communes françaises. Fondée sous le patronage de l’évêque de Saint-Brieuc et des premières notabilités politiques, agricoles et commerciales du département des Cùtesdu-iNord, la Société bretonne devait avoir un capital de 2 millions, divisé en 20,000 actions de 100 fr. File faisait a|tpel moins à l’esprit d’industrie et de spéculation qu’aux sympathies généreuses. Les cultivateurs aisés n’avaient pas besoin de son concours pour obtenir des concessions du gouvernement, elle n’entendait donner son appui qu’à ceu.\ qui étaient dénués de ressources. Il ne suffisait pas de les attirer dans la colonie par l’appât de quelques avances, il fallait surtout leur procurer des moyens d’y vivre et de s’y amasser des ressources : ce n’eùt pas été leur rendre un grand service que de les arracher à leurs foyers pour les exposer bientôt à de plus grandes misères. La Société bretonne avait compris que, dans l’état actuel de l’Algérie, ce n’était pas le j)erfec-
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lioDoemenl des cultures qui assurait les meilleurs produits. Aussi ne demandait-elle pas une grande concession de terres pour appliquer, dès le début, ses colons à une tâche ingrate. Prenant les choses où elles en étaient, elle voulait par les cultures les plus simples et l'éducation du bétail, obtenir au moins, pour scs colons comme pour elle-même, d’aussi bons résultats que les .\rabes. Mlle devait consacrer une grande portion de son capital en achat de bétail, de manière à fournir à chaque colon un cheptel lucratif. Jusqu’à ce que tes colons eussent pu ainsi s’amasser quelques ressources, il était inutile de leur délivrer des concessions qui n’eussent fait que les grever de charges. La Société bretonne ne devait les constituer propriétaires, que lorsque cette position deviendrait pour eux préférable à celle de fermier ou de métayer. Si, par le produit des terres qui lui seraient immédiatement concédées, elle comptait réaliser elle-même des bénéûccs, ce n’était que pour s’indemniser des pertes auxquelles elle s’exposait. La vente des terres devait surtout la dédommager des sacrifices extraordinaires qu’elle serait obligée de s’imposer. Elle ne les demandait que pour les aliéner, et nullement pour créer des fermes-modèles, ou remplacer les chefs indigènes, après avoir amorti son capital.
\ l’occasion de ce projet, le Commerce breton de Saint- Malo disait, par l'organe de M. Duquesuel, son rédacteur :
« Les paysans bretons sont éminemment propres à coloniser l'Algérie. Ils se feront estimer des Arabes parce qu’ils sont religieux et que cette race ne comprend pas un homme qui n'adresse aucune ]>rière à Dieu. Pour elle, l’homme qui ne prie pas n’appartient plus à l’humanité. Et, à la réflexion, {l’Arabe pourrait bien être ici beaucoup plus philosophe que certains prétendus savants qui ont usurpé ce titre. Le paysan breton, en transportant sur la terre africaine ses habitudes de rude travail et son amour pour le culte catholique, sera un véritable missionnaire de la France. En méritant les sympathies des indigènes, il répandra dans ces contrées l’estime de la mèrepatrie, et en même temps il y trouvera l’aisance, car le climat et la terre y oürent ime fécondité admirable. >
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VAkhbar, après avoir reproduit ces réflexions, ajoutait le 19 juin 1854 :
« Le Courrier du Havre fait observer que le paysan breton est excessivement attaché à la-terre où reposent ses ancêtres, et qu’il n'aime pas à changer d’habitudes, de mœurs et de climat; mais si quelque chose peut le décider à consentir à Témigration, ce sera la certitude d’émigrer par famille, et, pour ainsi dire, par village. Transplanté sur le sol de l’Algérie avec tous ceux qui l’entourent, il y retrouvera et il y perpétuera ses croyances, ses mœurs, ses habitudes. Aussi l’émigration organisée par une compagnie puissante a-t-elle des chances de réussite que u’aurait pas xme émigration individuelle. L'émigration spontanée et individuelle, qui sera la meilleure de toutes, ne se fera que lorsque des centres, bien organisés et déjà forts de leurs premières expériences, exerceront une attraction puissante sur les Bretons restés dans la vieille patrie. *
« Nous voudrions voir des sociétés puissantes s’organiser aussi dans les provinces basques, dans celles du Midi, dans le centre et dans TEst de la France, atin d’y naturaliser l’idée de la colonisation algérienne et d’établir une solidarité profonde entre la France africaine et toutes les parties de la France d’Europe.
a Nous félicitons la Bretagne d’avoir pris l’initiative de ce mouvement colonisateur opéré sur une grande échelle et avec les éléments certains du succès, c’est-à-dii’e avec des agriculteurs, et nous sommes convaincu que la Société fondée à Saint-Brieuc rencontrera dans tous les départements de la Bretagne, dans ceux de la Normandie et à Paris le concours qui lui est acquis déjà dans le département des Câtesdu-Nord. »
La concession qui venait d’étre faite à la Compagnie genevoise pouvait faire croire que le gouvernement français accueillerait avec d’autant plus d’empressement les propositions de la Société bretonne, qu’elle était française. Ce fut tout le contraire : d’une part, en haut lieu, on ne devait rien à la Bretagne ; de l’autre on se souciait très-peu, au ministère de la guerre, comme nous le verrons plus tard, de modifier par l’influence du catholicisme les mœurs indigènes.
LES DEBKIERS CEMRES DE POPULATION
Pendant que, dans les provinces d’Oran eide Constantine, l’administration civile commençait ses premiers centres de population, elle avait été, comme nous l’avons vu, obligée d’interrompre ses fondations dans celle d’Alger. Elle y avait sans difficulté formé un premier réseau de villages dans les friches du Sahel; mais dans la Mitidja, dont les indigènes avaient vendu les plus beaux haouchs , elle s'était bientôt trouvée en présence de propriétaires européens , et il avait fallu attendre la liquidation de tous leurs droits. Deux villages seulement avaient été établis au delà de la Gbiffa, en 1846; l’année 1847 s’était passée tout entière sans créations nouvelles : on en avait été largement dédommagé en 1848 par les colonies agricoles. Au commencement de 1830 le nouveau préfet d’Alger, M. Lautour-Mézeray, débuta dans sa carrière administrative par la fondation du village du Fort-de-l’Eau, dont les plans avaient été préparés par son prédécesseur, M. F. Lacroix. Le Fort-de-l’Eau était un petit poste occupé autrefois par les Turcs, sur le rivage de la mer, au beau milieu de la haie d’.41ger. C’est de ce côté que se trouvait le domaine de la Rassauta, dont la plus belle portion avait été abandonnée aux Arabes, après le départ du prince deMir. Ce qu’il en restait était recouvert d’épaisses broussailles, et les colons -français étaient d’autant moins tentés d’en demander la concession, qu’un bon nombre alors obtenaient de remplacer les Parisiens qui demandaient successivement leurs passeports : dans les colonies agricoles , les terres avaient été
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en partie défrichées par les troupes, et tout au moins les concessionnaires y trouvaient des maisons toutes bâties. Cependant quelques ouvriers étrangers, depuis longtemps fixés dans le pays, avaient demandé des terres ; Mahonnais pour la plupart, ils étaient locataires de jardins aux environs d’Alger; par leur travail assidu et leur bonne conduite, ils s’etaient amassé quelques économies. On leur offrit des concessions au Fort-de-l’Eau. Ce n’était pas à une trop grande distance d’Alger; ils acceptèrent avec empressement. Un territoire de 431 hectares fut aussitôt partagé entre 47 familles : ce n’était pas môme 10 hectares pour chacune d’elles. A peine installes dans leurs lots, ces bons ouvriers se mirent à l’œuvre avec ardeur ; ils firent, avec les broussailles qu’ils arrachèrent, des fagots dont la vente les indemnisa de Icui's premiers travaux : en deux ou trois ans tout le territoire fut défriché. Üès la première année ils s’étaient construit des maisons aussi élégantes que solides. Elles sont entourées aujourd'hui de jolis jardins et de riches cultures en céréales, en tabac et en légumes. L’administration n’a eu aucun subside à accorder à ces nouveaux concessionnaires : elle s’est bornée à exécuter les travaux publics ordinaires, et à construire une élégante chapelle qui couronne dignement son œuvre. Aussi tout, dans ce charmant village, rcspire-t-il l’aisance et le bien-être. Les Mahonnaiscs, chargées spécialement des soins du ménage, procèdent, chaque samedi, à la toilette de leurs maisons; l’extcrieur et l’intérieur sont tour à tour blanchis à la chaux; les meubles sont cirés, et les ustensiles de ménage, placés dans l’endroit le plus apparent, sont brillants de propreté. Ces bonnes ménagères ne s’en occupent pas moins de l’éducation do leurs enfants, aussibien qu’on pourrait le faire dans une salle d’asile. Quant au .Mahonnais, à moins qu’on ne passe par lu un dimanche, il ne faut pas le chercher au logis, ni aux alentours et encore moins au cabaret : il est aux champs avec tous ses enfants en état de travailler. En 1833 , ce nouveau centre de population avait déjà produit 12,400 hectolitres
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de blé, et tiré environ 433,000 fr. de sa seule récolte de céréales. Sa prospérité est telle que ses laborieux habitants n’ont plus qu’un seul souci, celui de pouvoir agrandir leurs concessions. Aussi les terres de ce territoire, qui, avant 1850, n’eussent peut-être pas trouvé d’accjuéreurs à 30 fr. l’hectare, ont-elles déjà pris une assez grande valeur : tellement qu’il y a quelques années, 59 hectares de terre ont pu se vendre 35,000 fr., c’est-à-dire près de 600 francs l’hectare. Le gouvernement, s’il ne s’était pas tant pressé d’aliéner le domaine de la Rassauia, aurait donc pu s’indemniser largement, de toutes les dépenses d’utilité publique, qu'il a pu faire pour ce nouveau village.
Après cinq ans d’atermoiements, on s’occupa, en 1851 , de peupler l’ Arba et Kovigo. Le village de l’Arba a pris son nom d'un marché arabe qui sc tient dans cette localité le mercredi, quatrième jour de la semaine. C’est là que la route d’.\lger à Aumale, après avoir traversé la plaine, s’enfonce dans la montagne, et qu’elle est croisée par celle qui, de Bli-' dab, suit le pied de l’Atlas. Ces routes, comme le marché, devaient faire du nouveau village un centre important. Le territoire de l’.\rba ne comprenait que 425 hectares, et les colons, inscrits pour les partager, étaient au nombre de 57. Les concessions y furent alloties de la même manière que dans les premiers villages du Sahel. Ainsi les colons reçurent d'abord, dans le village, un lot urbain pour construire, et un autre petit lot de jardin; en dehors, près de renceintc. on leur donna un lot irrigable d’un hectare ou deux, pour les cultures industrielles ; enfin, plus loin, ils eurent deux autres lots ruraux de 3 à 4 hectares, pour les grandes cultures. Dans la pl.dne, la division du sol avait pu s’opérer d’une façon plus régulière que sur le territoire tourmenté du Sahel : le plan de l’.Vrba est un véritable damier. Pour faciliter le jeu des colons on a même eu soin de leur assigner des lots urbains qui ne se touchent que par les pointes : les jardins, au lieu d’étre situés derrière les maisons dont ils dépendent, bordent
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la cour de la maison voisine. Du reste , l’administration n’a négligé aucuns travaux publics en cet endroit. Une église, non moins élégante que celle du Fort-de-l’Eau, a été construite sur la place ; les rues ont été ornées de belles plantations ; les eaux abandonnées de l’Oued-Djemaa, qui se perdaient dans le voisinage et pouvaient nuire à la salubrité, ont étédirigées sur un canal d’ou elles sontdistribucesdans les concessions. Il n’en fallait pas davantage pour assurer la prospérité descolons. Dès l’année 18a6 ils avaient livré2, 100 quintaux de tabac à la régie, et reçu d’elle 1 86,G2o fr. Aussi leurs terres avaient pris de la valeur, et se vendaient déjà 12 à 1 ,500 fr. l’hectare.
Rovigo, à 7 ou 8 kilomètres de l’.Arba, est à peu de distance des gorges de l’Harrach, dont le lit, dans la plaine, fait la limite de son territoire. Ce territoire est encore plus fertile que celui de l’Arba ; on y trouve de nombreux massifs d’oliviers, sous lesquels des tribus arabes faisaient paître leurs troupeaux. Il a fallu resserrer un peu les indigènes ; 462 hectares cependant ont pu être distribués à 62 colons. L’administration voulait jeter, là comme à l’Arba, les fondations d’une petite ville. Si le commerce y a des chances moins favorables, l’agriculture et l’industrie peuvent y prendre plus de développement. Des carrières à plâtre ont été découvertes dans les environs, en attendant l’exploitation des gisements métallurgiques dont les eaux de l’Harrach ont révélé l’existence. D’un autre côté, il est question d’amener à Rovigo les eaux minérales que l’on a trouvées dans les gorges de la rivière et d’y créer un établissement thermal qui serait là plus accessible, et dans des conditions meilleures de salubrité et d’agrément. A 8 lieues seulement de distance, la population d’.Alger pourrait y accourir en toute saison, et beaucoup de malades étrangers finiraient peut-être par venir s’y installer l’hiver, pour ne point interrompre leur traitement.
L’installation de colons à l’Arba et à Rovigo a déterminé, en 1851, la création d’un hameau de 15 feux à Sidi-Moussa,
endroit où se bifurque la route d’Alger à ces deux centres de population. A la ûn de celte même année, un village de 22 feux a aussi clé formé, à Birtoula, à moitié chemin de ta route d’Alger à Blidah, par Birkadem ; puis un autre à l’Oued-el- Hallcg, au milieu de la plaine, sur la route de Blidah à Coléab. Aucun relais de poste n’était établi dans ce dernier village ; mais, ce qui valait encore mieux, les terres, d’une nature excellente, s’y prêtaient, aussi bien qu’à BoufTarick, aux cultures industrielles : nous aurons plus tard occasion de le constater. L’année suivante, les colons suisses du Valais, dont nous avons parlé, furent installés dans les environs de Coléah. Plusieurs furent aussi répartis avec des .Allemands dans un hameau créé à Boukandoura, près de Douéra.
Taudis que l'administration civile appliquait tous ses soins à l’installation de ces colons étrangers, l’administration militaire recevait les colons français dans les villages qu’elle avait bâtis en 1849 et qui étaient restés plusieurs années inhabités. C’est ainsi que le village de Vesoul-Benian fut peuplé avec des Francs-Comtois. 11 se développe sur un plateau, à peu de distance de la route de Milianah, en face l’établissement thermal construit près des ruines de l’ancienne ville ^iAquw Calidee. Le génie militaire ne pouvait choisir une meilleure position stratégique ; mais la fontaine, l'abreuvoir, le lavoir du village n’ont pu être placés qu' au-dessous des vignes et des jardins qui l’entourent. 11 eût peut-être été préférable d’en rapprocher davantage les colons, plutôt que de les parquer, sans nécessité, dans un camp retranché. Us n’en ont pas moins prospéré comme nous l’avons vu ; la plupart étaient bons agriculteurs et avaient quelques ressources. Ceux installés à Bou-Medfa n’avaient pas la même aisance : au fond de la vallée de l’Oued-Djer, sur une roule abandonnée, ils étaient d’aiUeurs dans une position moins bonne. Les colons de Ameur-el-Aïn et de Bourkika, villages construits au bas de l’Atlas, sur la route de Marengoet de Cher-
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chell, furent bientôt décimés par les maladies. On lesatlribuait au voisinage du lacHalIoula ; mais, plus tard, M. le sous-préfet de Blidah en a reconnu la véritable cause, en faisant analyser les eaux qui servaient à l’alimentalion de ces villages. Les .Alsaciens et les Provençaux colloqués à. Aïn-Sultan, au pied du Goûtas, ont pu vivre en bonne intelligence; encore mieux placés que tous les autres dans la riche vallée du Chélif, ils ne devaient pas tarder à se tirer d’affaire. L’administralion militaire a établi aussi une vingtaine de familles du département de l’Hérault à Ben-N’choud, sur la rive droite du Sebaou. Les vents violents qui soufflent dans cette vallée leur ont fait renoncer à la culture du tabac à laquelle ils avaient d’abord pensé se livrer avantageusement ; mais ils peuvent alimenter de légumes la ville de Dellys qui n’est qu’à quelques kilomètres, de l’autre côté de la montagne où leur village est adossé. Ils font, du reste, d’abondantes récoltes de bechena, dont ils se nourrissent comme les Kabyles. Quelques colons ont aussi été attirés dans le sein de la Kabylie, près du poste de Dra-el-Mizan. Dès qu’on leur a procuré de la terre, ils y ont planté des vignes et des arbres fruitiers : leurs jardins potagers ont dispensé la garnison de tirer à grands frais ses légumes d’.Algcr.
Le succès du village du Fort-de-l’Eau devait encourager le préfet d’Alger, aussi ne tarda-t-il pas à entreprendre la colonisation complète de l’extrémité Est de la plaine, que la nouvelle route de Dellys venait traverser. On avait découvert trois belles sources, au milieu d’un épais massif de broussailles qui garnissait le rivage de la mer au delà du cap Matifoux. Près de l’une de ces sources, Aïn-Taya, on traça, à la fin de 1853, un village de 60 feux : une annexe de 10 feux fut placée sur Ain-Beïda (la fontaine Blanche) ; une autre annexe de 8 feux à Aïn-Kala (la fontaine Noire). Ce dernier hameau, on ne sait pourquoi, reçut le nom de.Matifoux, car c’est précisément le plus éloigné du cap de ce nom, où gisent dans l’oubli les mines de la ville romaine do Rusgunium. Quoi
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qu’il en'soit, autour d’Aïn-Taya et de ses deux annexes, il n’a pas été difficile de trouver un millier d’hectares disponibles. Le partage en a été fait aussitôt entre 78 concessionnaires, tant Français qu’étrangers ; mais, les uns elles autres, choisis parmi de bons ouvriers depuis longtemps établis dans le pays. Dès la première année, les deux tiers des maisons étaient déjà construites; la plupart avaient un premier étage, un four et une écurie ; un bon nombre avaient des pierres de taille aux angles. ,\u bout de trois ans, un large territoire de culture était conquis sur un inextricable fourré, que naguère des bêtes fauves auraient eu de la peine à franchir : un colon, à lui seul, avait récolté pour 1 ,700 fr. de céréales. De son côté, l’administration ne s’était pas bornée à percer des routes et à tracer des rues ; elle avait soigneusement aménagé dans des réservoirs les eaux de la source principale, si bien que les colons en avaient assez pour irriguer des jardins et entreprendre quelques cultures industrielles. De belles plantations donnent aujourd’hui de l’ombrage au milieu même du village et en font un des plus agréables séjours des bords de la mer. A 6 kilomètres de là et à 25 kilomètres d’Alger, sur la route de Dellys, on a tracé, l’année suivante, le hameau de Rouïba, pour 22 familles mahonnaises. En moins de' dix-huit mois, ces intrépides travailleurs avaient déjà construit leurs maisons, creusé des puits, et défriché une bonne portion du territoire environnant, que le défaut d’eau semblait condamner à l’inculture. A 5 kilomètres, sur la même roule, un autre petit village de 31 feux a été formé avec un territoire de 613 hectares. Si les colons l’ont aussi trouvé couvert de broussailles et de palmiers nains, au moins ont-ils eu la ressource de la petite rivière la Reghaia qui a donné son nom au village. A 6 kilomètres plus loin, toujours sur la même route, près de la rivière du Boudouaou, l’administration civile a pu fonder un village plus important auquel elle a donné le nom d’.\lma en l’honneur de notre premier triomphe en Crimée. Son territoire, de 1,127 hectares, dc-
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▼ail être partagé entre 72 colons, et chacun d’eux devait recevoir un lot de 13 hectares, dont 3 irrigables. Leur installation a eu lieu le 7 octobre 18o6. « Celte cérémonie, dit la chronique du jour, véritable fêle de la colonisation, avait attiré un concours considérable d’Européens et d’indigènes. Tous comprenaient l’importance agricole, commerciale et industrielle, en même temps que stratégique, de ce nouveau centre, et semblaient heureux d’assister à la fondation de ce village placé sous le patronage glorieux de notre première vieloire en Crimée. Un des assistants, désireux, du reste, de consacrer par un souvenir, celte alliance de nos succès contre les Russes avec la conquête algérienne, a présenté à M. le préfet un laurier et un palmier qui ont été plantés immédiatement sur la place principale du village, et en seront un jour l’im des plus curieux ornements. »
Les lots du village ayant été tirés au sort, M. Lautour-Mézeray a prononcé l’allocution suivante, que nous sommes heureux, comme le chroniqueur, de pouvoir reproduire pour donner une idée des sentiments de patriotisme qui n’ont jamais cessé d’animer l’administration algérienne :
Pendant que l'illustre maréchal qui préside aux destinées de ce pays, refoule d’incorrigibles fanatiques dans les montagnes dont nous apercevons ici les pics, nous venons, nous, sous la protection de ses baïonnettes, jeter en quelque sorte la tête de pont de notre civilisation agricole , à quelques lieues de son camp.
Admirable antithèse ! Il n'y a que la France pour accomplir de pareils faits. Heureux sont ceux qui les exécutent en son nom.
Colons, en vous donnant cette situation, le gouvernement vous a fait l’honneur de vous placer à l’avant-garde. Si Jeûnais les circonstances l'exigeaient, vous sauriez quitter vos charrues pour prendre vos fusils et seconder nos braves soldats. Vous me le promettez, n’est-ce pas? Vous le jurez ici. (Oui! oui!...) J’étais certain de votra réponse, quoiqu’on m’objectât, quand je vous ai choisis, que vous étiez un composé de diverses nationalités. Qu’im|)orte à la France? Tous les rudes et honnêtes travailleurs sont ses enfants. Pour eux tous, mêmes avantages, même protection, voilà la devise de notre gouvernement ; noble devise !
Rendez-vous dignes «le ses Iiienfaits. D vous a donné les terres les plus fécondes de la province. Vous me seconderez en travaillant avec ardeur au développement de cette ville future ipii porte le nom d'Alma, dans la création de laquelle nous avons matérialisé en quelqvie sorte une de nos plus grandes victoires; l’Alma, où nous avons replacé notre drapeau à la hauteur des grandes journées de Marengo et d'Austerlitz.
Colons, au nom de l’Empereur, et sous la protection de la France victorieuse aux champs de l’Alma , je vous fais propriétaires de ce sol. Allez et accomplissez vos destinées.
.\lma terminait à l'Fst la ligne des villages de la lisière de r.\tlas qui se poursuivait à l'Ouest jusqu’à Marengo, sur une longueur de plus de 25 lieues. Entre le Fondouk et l’Arba, on a créé également, en 1856, un charmant village près du Khadra, l'ancienne ferme de M. de Tonnac, aujourd’hui possédée par M. le haron de Vialar. On l’a appelé Rivet en l’honneur du général de ce nom mort sous les murs de Sébastopol. Les 42 familles qui y ont été installées au milieu de belles sources et d’un bosquet d’orangers, n’ont pas eu de peine use tirer d’affaire avec de bonnes terres qui ne demandaient qu’à être cultivées. On a établi en même temps, sous le nom de Bizot, un petitbameau, sur la route du Fondouk à .\1ger, à 28 kilomètres de celte dernière ville. Deux autres, formés entre le Fondouk, Alma et la Reghaïa, devaient changer plus tard leurs noms arabes de Sidi-Salem et d’Ouled- Moussa contre ceux de Saint-Pierre et de Saint-Paul. Une pieuse pensée a sans doute inspiré leur parrain, seulement il est douteux que l’on puisse jamais élever dans ces localités des basiliques dignes de leurs saints patrons. Au centre de la Mitidja, le village de Chebli a encore été fondé au delàdel’Harrach, à 2 lieues de Bouffarik, au milieu de terres irrigables.
* 11 ne restait plus, pour achever le réseau de villages de
la partie orientale de la plaine, que le village de Bouïnan projeté depuis 1 846, au pied de l’Atlas, entre Ro vigo et Blidah. Un communal de 150 hectares avait été réservé sur son
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territoire de 850 hectares, pour être affecté au pacage des troupeaux; tout le reste avait été divisé en parcelles d’environ 4 hectares. Le géomètre qui les avait tracées, s’était très-peu occupé des accidents de terrain : bien des parcelles étaient traversées par des ravins profonds qui en rendaient difficile l’exploitation complète. Les terres, dont un tiers seulement pouvait exiger des défrichements, n’en étaient pas moins de bonne qualité et susceptibles de toute espèce de culture. Chaque colon devait avoir 3 parcelles formant un lot de 12 hectares sur la zone irrigable. Lorsque l’administration distribuait à l’extrémitéde la plaine des concessions de terres, dans d’épais massifs de broussailles, elle ne faisait pas un très-grand cadeau aux colons qu’elle y installait. Ainsi, à Aîn-Taya, chaque hectare de terre n’était pas revenu à moins de 330 fr. aux concessionnaires, avant d’y pouvoir mettre la charrue ; à Rouïba, où les terres n’étaient pas en meilleur état, les colons, pour avoir de l’eau, avaient été obligés de SC creuser des puits. 11 n’en était pas de même à Bouïnan. Dans une telle position, des terres en culture avaient une valeur certaine, alors surtout qu’on pouvait y pratiquer quelques irrigations. Comme d’un autre côté, depuis le décret du 23 avril 1831, les concessionnaires étaient autorisés à vendre et hypothéquer leurs concessions avant d’en avoir rempli les charges, c’était un prolit réalisable qui devait tenter tout le monde. L’administration trouva donc pour habiter ce village plus de concessionnaires qu’il n’en fallait cl elle n’eut que l’embarras du choix. Des employés très-méritants, leursparentsetleursamis non moins dignesd’intérèt, et beaucoup d’autres personnes, dontle moindre souciétaitl’ agriculture, s’étaient mis sur les rangs. Ce que nous avons dit précédemment de l’administration civile, suffit pour faire comprendre de quelle manière elle procédadanscette circonstance. Le fait est que sur 30 élus appelés, au mois de janvier 1838, à peupler le nouveau village, 22 avaient déjà vendu leurs concessions, au mois d’octobre suivant, et 9 cherchaient encore à
trafiquer du don qui leur avaitété fait, évalué à 3 ou 4,000 fr. Du reste, la construction du village n’en avait passouflert et c’étaient précisément les colons qui avaient payé les terrains de beaux deniers qui s’étaient mis le plus en frais pour élever des maisons. L’administration, heureuse d’avoirpu satisfaire quelques intérêts privés, s’était montrée moins jalouse de poui-voir aux intérêts publics. Llle avait cependant établi des trottoirs sur les deux côtés de la route qui traverse le village ; niais cette bordure de gros moëllons bruts qui rendait très -difficile l’entrée des voitures dans les cours, était peu appréciée des colons : ils eussent préféré d’autres travaux d’utilité publique;
1° Une conduite pour amener les eaux d’irrigation, le seul moyen qu’ils eussent d’entreprendre des cultures assez avantageuses pour les indemniser des dépenses toujours trèsonéreuses d’une première installation ;
2° L’empierrement d’une partie de la route qui reliait Bouïnan à Bouffarik et à Blidah
3“ Des tracés de chemins pour arriver aux nombreuses parcelles de terre, afin d’éviter aux colons de passer sur les concessions de leurs vojsins, source de chicanes, de procès et de mésintelligence ;
4° Une école ;
5" Une mairie;
6° Une église, ou tout au moins une croix, signe de la religion des nouveaux possesseurs du sol.
Il y avait encore à concéder quatre parcelles de terre d’une contenance d’environ 14 hectares. Les colons demandaient, qu’au lieu d’en faire une nouvelle générosité, l’administration voulût bien les vendre par adjudication publique et en consacrer le prix aux dépenses les plus urgentes.
Au delà de Blidah, dans l’Ouest de la plaine, deux centres
' Elle n'était impraticable que sur une distance d'environ 1500 mètres; mais cela suffisait pour rendre les transports très-onéreui, sinon impossibles : par conséquent, pour beaucoup an;;menter le prix de revi. nt des marchandises et de toute espèce de denrées.
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de population seulement ont été fondés en ces dernières années : celui de Chatterback, entre El-.\froun et Amcur-el- Aïii, sur la route de Milianah, ne date que du mois de juin 1858; celui de M'ia-cl-llabous, près des gorges de la Cbilla, a une origine un peu plus ancienne. Le général Yusuf, commandant la province d’.-VIger, avait eu la louable pensée de faire en ce dernier endroit, sur un petit plateau dominant la plaine à gauebe de la rivière, l’essai d’un village indigène, en faveur de quelques turcos qui avaient vaillamment servi dans l’armée de Crimée. L’administration militaire leur avait alors fait construire huit petites maisons, de 7mètres de longueur, sur 3 mètres 60 de largeur, avec terrasses et ogives à la maurcstpie, et leur avait distribué des lots de terre : mais leur métier n’était pas de cultiver la terre. Les braves tirailleurs algériens ne furent pas longtemps sans s’ennuyer de ce nouveau casernement, qui dérangeait toutes leurs habitudes. On ne pouvait les y retenir malgré eux et l’on installa à leur place quelques colons français. Huit familles d’ouvriers reçurent des lots de 15 hectares, et six, des huit maisons construites. Les deux autres furent données à la veuve d’un militaire avec deux lots de 50 hectares, maximum des concessionnaires à la nomination des préfets et des généraux commandants de division. Cette dernière, on le conçoit, ne pouvait pas mieux les cultiver que les turcos. Elle s’empressa donc de louer aux .Arabes sa dotation de 100 hectares et de s’assurer ainsi une pension de 1,000 fr. Les autres colons se sont mis aussitôt à élever le complément des constructions qui leur étaient nécessaires pour se loger, et tout porte à croire que, choisis comme ils l’ont été, ils sauront au moins tirer de leur terre un aussi bon parti que les Arabes leurs voisins. Une seule chose est à regretter pour ce nouveau village, c’est qu’il n’ait pas été possible de le faire plus nombreux et d'y installer au moins le double de familles. Cela n’a pas empêché d’y tracer trois grands boulevards, que les colons se sont engagés à planter d’arbres. Ils
eussent préféré à ce luxe de promenade l’aTantage d’être un peu plus chez eux. Ainsi séparés de leurs jardins et de leurs champs par des voies publiques dont la nécessité se faisait peu sentir, ils sont privés du principal agrément de la campagne, sansjouir des ressources des grandes villes, auxquelles on a voulu assimiler leur modeste hameau.
Deux petits villages ont été en outre fondés sur la côte : celui de Staouëli, créé en 18oo par M. Lautour-Mézeray, est destiné à achever par la charrue le triomphe sur la barbarie que nos armes avaient commencé en cet endroit, et à protéger le couvent des Trappistes, qui étaient déjà venus dans le même but, en y joignant l’apostolat de leurs vertus; celui de Bérard, établi sous d’autres auspices par décret du 31 octobre 1858, à 8 kilomètres de Casliglione, doit perpétuer le souvenir du contre-amiral Bérard, qui a exécuté, de 1831 à 1833, sur les côtes d’Algérie, des travaux hydrographiques justement estimés.
Jusqu’à ce que le dessèchement du lac Halloula, dans la Mitidja, ait conquis de nouvelles terres à la culture, il ne restait guère sur la côte d’Alger d’emplacement pour de nouveaux centres de population. Aussi, à partir de 1857, tous les efforts de la colonisation ont-ils dû se porter sur le territoire militaire au delà de l’Atlas. Quelques-uns des villages de 1848 et de 1849 avaient déjà été placés aux environs de Milianah et d’OrléansvilIc, dans la plaine du Chélif. La colonisation de celte plaine, beaucoup plus étendue et beaucoup plus fertile encore que la Milidja, devait surtout attirer les regards. Un peu avant qu’il fut question des colonies agricoles, l’administration militaire avait fondé un nouveau village au-dessous de Milianah, sur les ruines d'une colonie d’Auguste. Crcsconicus, son évêque donatistc, avait comparu, en 450, au colloque de Carthage. Quatorze siècles plus tard, Azuccabar devait être relevée de ses cendres sous le nom d’Affreville, en mémoire de la mort héroïque de l’archevêque de Paris. Les eaux écumeuses de l’Oued-Boutan,
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qui arrosent en toute saison son territoire, ont été aménagées avec soin par un syndicat constitué parmi les colons.
Le 10 juillet 1857, le colonel de Lavarande, mort à la tête de ses zouaves à la prise de Malakof, donnait son nom à un nouveau centre dépopulation fondé dans la plaine du Chélif, à 14 kilomètres de Milianah, sur un territoire de 1,743 hectares. Deux moisapres, l’administration militaire en créait un autre, 47 kilomètres plus loin, sous le nom de Duperré, en souvenir de l’amiral qui a assisté à la prise dWlger. Le temps viendra peut-être où le premier héros de la conquête sera inscrit à son tour quelque part en Algérie : en attendant, le village de Duperré est appelé à devenir un centre important. Tandis que Lavarande n’avait été formé que pour 40 familles, on a tracé ce dernier pour 82 avec un tcrriloirc de 2,251 hectares. Une conduite à ciel ouvert a été construite parle génie militaire pour amener aux colons l’eau qui leur était nécessaire. Chacun d’eux a reçu 16 à 17 hectares de terres. Des concessions éloignées ne pouvaient être convoitées que par des colons sérieux, disposés à venir les mettre eux-mêmes en valeur ; aussi, au bout de six mois, la plupart des ouvriers dont on avait fait choix étaient-ils installés sur les lieux. Logés dans des cabanes provisoires , ils avaient commencé à construire leurs maisons, à défricher leurs champs et à les ensemencer; tous avaient déjà des jardins qui leur fournissaient des légumes. 11 faut dire qu’ils avaient eu l’avantage de tomber sous la direction du général de Cissey, qui leur prodiguait des soins paternels et qui, en les quittant, les encourageait encore à rester bons frères. « Chargez-vous, écrivait-il au maire, de mes adieux pour tous vos braves colons, et dites-leur que je serai toujours heureux d’apprendre qu’ils continuent à travailler courageusement et que leurs cQ'orts sont couronnés de succès. Rccommandezleur, de ma part, l’union et la concorde, qu’ils n'hésitent jamais à donner un coup d’épaule à un voisin dans l'embarras. Le bien fait à autrui trouve toujours sa récompense. »
Le général de Cissey avait compris que la colonisation était une œuvre de dévouement, et sa voix devait trouver écho au milieu de colons qui avaient reçu de lui des gages à cet égard.
D’autres villages sont en projet pour relier Milianah à Orléansville, en descendant le Ghélif, ainsi à l’Oucd-Rouina et àl’Oued-Fodda. Déjà avant d’arriver à cette dernière ville on trouve la colonie agricole de Ponteba, qui, depuis 1848, se couvre de plantations de toute espèce. Sur la roule ^e Tenès, dont la colonie agricole de Montenotte est la dernière étape, l’administration se propose d’échelonner trois autres villages : à Aïn-Beida, aux Trois-Palmiers et au Camji-des- Chasscurs. Plusieurs autres villages sont, en outre, en projet dans la subdivision de Milianah, à l’Oued-Rchanne, dans le voisinage de la ville ; à l’Oued-Dardcur, sur la route de Teniel-el-Haad, enfin chez les Beni-Menasser, à 12 kilomètres de Zurich. Dans la subdivision de Médéah, on ne projette encore que Berouagliia, près du premier caravansérail de la route de Boghar, et Âmoura, dont nous aurons à parler à l’occasion du chemin de fer.
Aumale, par sa position, était appelée à devenir un centre .important de colonisation. Son territoire, d’un millier d’hectares, était tout à fait insuffisant; un décret du 18 juillet 1855 l’avait porté à 10,553 hectares : il fallait avant tout jeter quelques jalons sur la route d’Alger, déserte jusqu’à l’Arba. Bir-Rabalou a été tracé à 1 9 kilomètres d’Aumale pour 72 familles. Le décret du 29 juillet 1857, qui autorise sa fondation, lui assigne un territoire de 2,281 hectares, de manière à pouvoir donner à chacune d’elles une étendue de 25 à 30 hectares. Le 16 février 1859, un centre de la même importance a été décrété dans la plaine des Arib, à 7 kilomètres seulement d’.\umale. Il doit être divisé en quatre groupes : le village de Guelt-Zerga, chef-lieu communal, et les hameaux de Bir-Djaich , d’.Ain-ïasta et d’Aïoun-Sebaa. Le rapport du prince iS'apoléon qui propose à l’empereur ces fondations, en fait pressentir d’autres sur les emplacements
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connus des Arabes sous les noms d’Aïn-Hussein et d’Aïn-el- Azem. Espérons, pour les concessionnaires, qu'ils recevront d’autres noms plus conformes à leur langue et à leurs sentiments.
Enfin, un décret du 17 octobre 1858 a décidé qu’un centre de population de 94 feux, avec un territoire de 286 hectares, serait créé près du poste de Tizi-Ouzou, en Kabylie. Depuis trois ans 600 colons étaient venus spontanément se fixer en cet endroit et y avaient commencé à construire la ville nouvellement fondée. Le jour de sa naissance officielle on y comptait déjà plusieurs hôtels ' ; un établissement de bains; des boutiques de coiffeurs, de mercerie, de quincaillerie, etc.
ÎVous avons déjà parlé des centres de population que l’administration militaire avait créés en 1851 dans la province d'Oran, aux environs de Tlemcen, de Sidi-bel-Abbès et de Mascara, alors qu’ autour de Mostaganem et d'Oran même elle s’occupait encore de peupler les villages construits en 1849. L’administration civile en fut bientôt chargée ainsi que des colonies agricoles de 1848, et y consacra tous ses soins. Elle n’en poursuivait pas moins l’exécution de son ancien plan. Ainsi, en 1850, elle fondait Aïn-el-Turk et Bou- Sfer, centres compris dans la première zone de colonisation qu’elle avait tracée.
Aïn-el-Turk est heureusement situé au milieu de jardins disposés en amphithéâtre au bord de la mer et arrosés par plusieurs sources. La disposition du village n’a rien de la monotonie de la plupart des créations administratives de l’Algérie. Toutes les maisons sont dans l’enclos même des jardins et bordent une large rue : elle descend sur une longueur de plus d’un kilomètre, depuis l’église qui, d’uu mamelon élevé, domine toute la contrée, jusqu’à la plage, où
> Entre autrei, l'hôtel de l'Uaiten, l'hôtel d'Orient, l'hôtel dei Voraf^eur*.
le TÜlage se termine par une place demi-circulaire. Aucuns travaux publics n’ont été négligés, et les particuliers ont répondu avec empressement à la sollicitude de l’administration : 60 maisons ont été construites en moins de trois ans.
Bou-Sfer est une annexe d’Aïn-el-Turk. Situé à l’autre extrémité de la plaine de l'Eufra, au pied de la montagne qui l’entoure, ce centre est en partie habité par les .\rabes qui campaient dans la plaine avant qu’elle ne fût livrée à la colonisation. Ces indigènes ont sollicité des concessions et ont bâti une vingtaine de maisons. Ravis d’avoir des propriétés personnelles et bien limitées, ils vivent en bonne intelligence avec les colons, leur louent des terres et concourent aux travaux agricoles des fermes voisines.
En 1853 l’administration civile a encore travaillé à la régularisation du petit hameau d’Ouria formé plusieurs années auparavant près de Mostaganem : mais, circonscrite dans un territoire très-restreint, elle a dû laisser à l’administration militaire tous les développements ultérieurs de la colonisation.
Très-peu de centres avaient été établis dans la direction de Tlemcen; l’administration militaire dut s’occuper tout d’abord d’une ligne de villages qui reliât cette ville importante avec la capitale de la province.
Misserghin, créé dès l’origine par l’administration civile, à 12 kilomètres d’Oran, était une première étape sur la route de Tlemcen. Bou-Tlélis avait été construit, en 1849, à 12 kilomètres plus loin. A moitié chemin de Tlemcen, avant d’arriver à la première crête de montagne, un important marché se tenait à Aïn-Temouchent, près de ruines romaines. 11 fut décidé, à la ûn de 1851, qu’on jetterait là les fondations d’une petite ville, à la jonction de deux petites rivières. Dans d’aussi bonnes conditions, avec un territoire de 3,748 hectares, la nouvelle colonie n’a pas tardé à se développer ; elle compte aujourd'hui 900 âmes, dont 740 chrétiens, le reste juifs ou musulmans. A quelques kilomètres plus loin, à Aïn-Khial, sur les premiers versants de la mon-
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tagne, on a créé en 1855 un autre centre de 68 feux. Un autre centre de 60 feux a été décrété en avril 1858, du côté opposé au Pont-de-l’lsser, qui n’est plus qu’à 5 ou 6 lieues de Négrier, village voisin de Tleincen. Déjà, par décrcl du 15 janvier 1856, un centre non moins important qu’Aïn-Tcmouchent avait été fondé à 15 kilomètres de Bou-Tlélis sous le nom de Loiirmel, en mémoire du jeune général africain qui, un des premiers, a succombé sous les murs de Sébastopol. 11 ne restait plus qu’une étape déserte. Le vide a été comblé par le décret du 16 février 1859, qui statue sur l’établissement d’un centre de 50 feux à Rio-Salado, entre Lourmel et Ain-Temoucbcnt. Le Pont-de-l’lsser a reçu un territoire de 2,100 hectares; le territoire de tous les autres villages est d’au moins 3,000 hectares, ce qui permet d’y accorder 40 à 50 hectares à chaque colon.
La route d’Oran à Tlcmcen passe au nord du grand lac salé Sebgha, qu’elle suit dans toute sa longueur. L’administration militaire a tracé au sud de ce lac une autre ligne de centre de population sur un chemin qui, partant de Rio- Salado, doit regagner au Tlélat la route d’Oran à Sidi-bel- Abbes et à .Mascara. Un décret du 29 juillet 1858 a décidé qu’un premier village de 40 feux, sous le nom de M'iata, serait placé à peu de distance de la route de Tlemcen avec un territoire de 1,000 hectares. Un décret du 23 août suivant a statué sur la formation de deux autres centres de population : Aïn-el-.4rba, village de 44 feux, à 17 kilomètres du précédent, avec un territoire de 3,427 hectares; et un peu plus loin Tamzoura, hameau de 16 feux, dont le territoire, de 632 hectares, se trouve limitrophe de la concession de M. Jules de Sainl-Maur à Arbal.
En remontant Tisser on arrive, à Test de Tlemcen, dans la plaine des Ouled-Mimoun. Sur la route de cette dernière ville à Sidi-hel-.\bbès, à l’endroit où la rivière débouche des montagnes, on trouve encore des ruines romaines qui dominent 2,000 hectares de magniflques prairies. L’administra-
lion avait eu d’abord la pensée de vendre ces terres irrigables aux enchères publiques par lots de diverses étendues ; mais, en raison de la situation éloignée des autres centres de population, il lui a paru préférable d’en aliéner une partie par voie de concession, aQn d'y former un village destiné à servir de point de ralliement aux acquereurs qui viendraient ultérieurement s’établir. Ce village doit être fondé sous le nom d'Ouled-Miinoun. Un décret du 13 octobre 1858 assignes 50 familles un territoire de 1 ,051 hectares. On y pourrait facilement en placer quatre fois autant. Des lots irrigués de 5 hectares vaudraient là bien davantage que ceux de 50 hectares qu’on peut donner sur le territoire de tous les nouveaux villages que nous venons d’énumérer, de si excellente qualité qu’en soient les terres arables.
Plusieurs autres centres de population sont encore en projet, soit dans la subdivision de Tlemccn, soit à l’extrémité de celle d’Oran : ainsi, Ouled-Sidi-Abdelly, entre le Pontde-l’lsser et les Ouled-Mimoun, pourrait avoir un territoire de 4 à 5,000 hectares; Elbad, à 31 kilomètres d’Aïn-Temoucbent, sur la route de Sidi-bel-.\bbès, aurait, avec de bonnes terres, de l’eau et du bois; d’un autre côté, le plateau d’Errahel offrirait aussi d’excellentes terres, quoique sablonneuses et légères; enOn Bled-Cbabla, à 10 kilomètres de Lalla-Maghrnia, sur la route de Tlemcen à Nemours, donnerait à la colonisation 800 hectares de terres dont un tiers serait irrigable. Un village est également projeté à Tenira, à 7 lieues de Sidi-bel-Abbès, sur la route de Daya : un territoire de 2,000 hecares y est déjà en partie concédé; l’eau y est abondante et le boisa proximité.
La colonisation de la plaine d’Eghris, aux environs de Mascara, est toute préparée par l’administration militaire. Les points indiqués par elle sont :
1° Ben-Yaklef, à 7 kilomètres est de Mascara, sur la route de Tiaret ;
2° Ternifine, à 7 kilomètres plus loin ;
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3® Tâcheron, à 24 kilomètres sud-est de Mascara, sur la route de Frendah ;
4® Matmore, à 12 kilomètres sud de Mascara, entre le précédent et le suivant ;
5® Froha, à 14 kilomètres sud sud-ouest de Mascara, sur la route muletière de Saïda ;
6® Aïn-Fehau, à 20 kilomètres sud-ouest de Mascara, sur la route carrossable de Saïda ;
7® Thisy, à 14 kilomètres ouest sud-ouest de Mascara, sur la route muletière de Sidi-bel-Abbès ;
8® Sidi-Kodni, à 6 kilomètres de Mascara, entre celte ville et Thisy.
D’autres centres de population sont, en outre, projetés dans la subdivison de Mascara, sur des points plus élpignés :
Sidi-Khaled, comme annexe de Tiaret, sur un mamelon voisin ;
Tagdemt, à 12 kilomètres nord-ouest de Tiaret, sur les ruines d’une ancienne ville romaine ;
La chute de la Mina, à 8 kilomètres ouest de Tiaret ;
ATn-Nezrek, à 10 kilomètres est de Saïda ;
Aïn-Ouingncl, à 5 kilomètres du précédent ;
Sidi-Aissa-Manou, à 12 kilomètres nord de Saïda, sur la route de Mascara.
Au milieu des trois derniers se trouve une source thermale ; du reste, les terres en sont excellentes, en partie irrigables et entourées de bois.
Nous avons vu qu’en 1856, quelques portions de la plaine de l’Habra avaient été mises en vente par adjudication publique. Une étendue de 4,000 hectares avait été ainsi partagée en 85 lots qui pouvaient former autant de fermes. Il convenait de placer à portée de ces exploitations isolées, un centre de population d’une certaine importance, où elles pussent trouver les ouvriers, les commerçants, les industriels dont elles pouvaient avoir besoin, ainsi que des garanties de sûreté et d’ordre public ; un village de 28 feux, avec un ter-
ritoire de 2,265 hectares, a en conséquence été décrété le 29 juillet 1858, près la redoute Péregaux, dont il portera le nom. Le barrage de rHal)radoit sc faire en cet endroit : dès que sa construction aura permis l'irrigation de la plaine, de nouveaux villages pourront y être créés. On projette celui d’Abd-el-Raïni, sur la roule de Mascara à .Mostaganem, qui va rejoindre Aïn-Nouissy ; et celui de Fomaka, entre Aïn- Nouissy et la Macla.
Au delà de la plaine de l’Habra, qui offre encore de vastes étendues à nos établissements, coule le Ghélif dont l’embouchure n’est qu’à 4 ou 5 lieues de Mostaganem. Plusieurs villages ont été construits en 1848 et 1849, à cette extrémité de la vallée du Chélif, et il y aura lieu d’en établir beaucoup d’autres en remontant jusqu’aux confins de la province d’Alger. Plusieurs affluents de celte rivière traversent la province d’Oran. Le principal, la Mina, arrive des hauteurs duTiaret et sort des montagnes à Relizane, pour sc répandre dans une vaste plaine. On trouve en cet endroit de nombreuses ruines qui attestent que les Romains y avaient formé une importante colonie. La voie prétorienne passait sans doute par là, longeant depuis Lalla-Maghrnia jusqu’à Orléansville, les versants septentrionaux de la première chaîne de l’Atlas. Un barrage peut être établi sur la Mina, comme sur le Sig et sur l'Habra. Quand les travaux nécessaires aux irrigations et aux dessèchements auront été faits, tout porte à croire que Relizane deviendra de ce côté l’un des centres les plus prospères de la colonie. C’est dans cette prévision qu’un décret du 24 janvier 1857 lui a attribué un territoire de 4,000 hectares. En attendant, les militaires du poste ont fait des essais de culture on ne peut plus satisfaisants, qui ont attiré au colonel Laure le dernier grand prix de 20,000 fr. accordé par l’Empereur.
Une des premières choses à faire pour attirer la colonisation de ce côté, était de tirer de leur isolement les colons de la plaine de la Mina. Aussi un décret du 8 janvier 1859 a-t-il statué sur l’établissement du village de l’Hillil, sur la
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route de Mostaganem à Relizane. Ce village, placé sur la rive gauche de la rivière dont il porte le nom, se trouve, comme Relizane, sur des ruines romaines. La qualité des terres et la facilité des irrigations assurent sa prospérité.
Quoique la province de Constantinc fût beaucoup plus étendue que les autres et quelle offrit de bien plus grandes ressources agricoles et industrielles, le gouvernement s’est beaucoup moins occupé d’y développer la colonisation. Tandis que 1a province d’Alger avait été le premier théâtre des es.sais de l’administration civile; tandis qu’en 1848 et eu 1849 l’administration militaire avait tracé 26 villages dans la province d’Oran et 17 dans celle d’Alger; la province de Constantine, ne comptait encore que quelques petits hameaux aux environs de Philippeville et de Bône, et n’avait reçu que 1 1 colonies agricoles qui, comme nous l’avons vu, avaient été placées sur la côte entre ces dernières villes et Constantine. C’est là aussi que l’administration militaire avait installé les quelques colonies allemandes que la Providence lui avait amenées. L'administration civile fut bientôt appelée à s’occuper de tous ces nouveaux centres du littoral ; mais dans l’intérieur, à l’exception du petit territoire civil tracé autour de Constantine, l’administration militaire devait seule s’occuper des développements de la colonisation. Quelques heureux essais avaientdéjà été faits autour de Sétif, lors(|ue le gouvernement abandonna la partie à la Compagnie génevoise. L’administration militaire n’eut plus alors qu’à se débattre devant les prétentions de cette Compagnie. Nous avons constaté les résultats de cette malheureuse combinaison . En attendant, toutes les ressources dont on pouvait disposer dans la province étant concentrées là, il n’y avait plus guère moyen de poursuivre le plan de colonisation adopté autour de Constantine, et à plus forte raison de jeter de nouveaux jalons dans l’intérieur. L’industrie privée et le commerce y avaient néanmoins développé la colonisation autour de toutes
les villes et de tous les postes militaires. L’heureuse situation de quelques-uns d’entre eux avait déterminé des progrès remarquables. Souk-Arras nous a donne l’exemple de ce que l’on pouvait attendre de colons venus spontanément et nullement gènes dans leur action. En moins de trois ans, une population de 1,300 âmes s’était déjà groupée en cet endroit et y avait jeté les fondations d’une ville, lorsqu’un décret du 12 septembre 1858 est venu décider qu’il y serait formé un centre de 308 feux et le doter d’un territoire de 4,638 hectares. On peut juger du parti que ne tarderont pas à tirer les colons de ces terres en partie irrigables, alors surtout que l’exploitation des forêts de lièges, de mines de fer, de cuivre, de plomb et de magnésie des montagnes voisines, deviendra pour eux une nouvelle source de richesses. Il faut dire que dans la province de Constantine, l’administration militaire s’est montrée aussi bienveillante pour les colons que conciliante pour les indigènes ; empressée de soustraire ces derniers au despotisme de leurs anciens chefs, elle s’est montrée non moins jalouse de laisser un libre essor aux autres. Un grand nombre, comme nous le verrons plus lard, ont reçu des concessions assez étendues et ont pu former des exploitations particulières. Leur réseau, moins compacte que celui des villages formés dans les autres provinces, ne fait qu'unir davantage les colons aux indigènes ; et si les résultats sont moins saillants, ils seront peut-être plus efficaces pour l’avener, que les primeurs obtenues à grands frais par une colonisation artificielle.
Nous avons vu que le territoire de Constantine avait été successivement agrandi, ce qui avait permis de tracer un plan de colonisation pour la vallée des Bou-.Merzoug et des environs. Cependant un,e portion de ce territoire est restée quelque temps en dehors de la sphère de l’autorité civile, il ne lui a été complètement rattaché que par le décret du 28 mai 1856. La circonscription civile a dès lors réuni 45,400 hectares, dont 20,000 sont encore disponibles pour les besoins de la
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colonisation européenne. Sur onze villages projetés, quatre ont déjà été créés. Kroubs, à 16 kilomètres de Constantine, sur la roule deBathna, et Ouled-Rhamoun, à 10 kilomètres plus loin, ont été établis conformément au plan primitif, ainsi que Lamblèche , à 12 kilomètres de Constantine, sur le chemin arabe de Guelma. .intérieurement à ces créations, dès l’année 1832, l’administration avait jeté les fondations de Fornier, a 18 kilomètres de Constantine, sur la roule projetée de Bône; mais ayant reconnu plus lard que celte position était moins avantageuse, elle a restreint à 29 feux ce centre qui ne doit plus former qu’un hameau annexe de Kroubs. Elle s’était, du reste, empressée de construire une jolie église dans ce dernier village. Un autre hameau de 20 feux a été créé sous le nom de Bizot, à 1 5 kilomètres de Constantine, sur la route de Philippevillc, au lieu dit El-Iladjar. Le décret du 15 janvier 1856 lui assigne un territoire de 464 hectares. I.,e petit village de Saint-.\ugustin a été formé depuis dans la vallée de l’Oued-el-llamman. On avait dû, en 1849, créer une colonie agricole sur cette même roule, à 24 kilomètres de Constantine et à 4 kilomètres de la limite sud du territoire de Condé. Celte fondation ajournée, n’est pas abandonnée et complétera, avec les Deux-Ponts, les étapes déjà échelonnées sur cette ligne.
L’administration n’a pas négligé de sc préoccuper de celles des autres routes qui pourraient recevoir des centres de population. Trois villages, Aïn-Sinara, Oued-.\lménia et Dekri, ont déjà été établis sur la route de Constantine à Sétif. Ce dernier, construit par une société particulière, n’a pas encore d’existence légale. Les colons, installés dans ces nouveaux villages , n’ont d’autres ressources que celles qu’ils tirent de la circulation sur la route : ils les emploient ümt qu’ils peuvent à l’amélioration de leurs concessions.
Sur la roule de Souk-IIarras à Bône un centre de population de 50 feux, sous le nom de Duvivier, a déjà été créé
dans la vallée de la Scybouse, au-dessus de Mondovi et de Barrai. Le decret du 27 mai 1858 l'a doté d’un territuire de 2,172 hectares. Un décret plus récent, du 2 septembre 1859, statue sur la formation d'un autre centre à 12 kilomètres de là, au point d'embranchement de la route de Guelma : le nouveau village de Medjez-Sfa a pour annexe le hameau d’Ain- Tahamimim, et comprend un territoire de 1249 hectares. L’administration militaire en projette d’autres dans la même direction : Aïn-Sennoum, à 14 kilomètres de Souk Harras; Aïn-Kerma, à 18 kilomètres; Oued-Châme , à 24 kilomèircs. Cette roule se trouvera ainsi jalonnée par des villages et des hameaux que rattacheront entre eux des exploitations particulières.
Un nouveau centre de population, Euchir-Saïd, a encore été créé sur la route de Guelma à Philippeville, dans la vallée de rOued-Hammam : le décret du 20 octobre 1858 lui assigne un territoire de 1 ,730 hectares.
Aux environs de Guelma quatre villages sont également projetés :
UDébeydib, 2° Oued-Halia, 3" Hammam-Meskhoutine, 4” Ksenlima-el-Kedima; ils doivent avec le précédent comprendre 130 feux.
Autour de Bathna, à part l’établissement de Lambèse qui a groupé quelques colons, il n’y a encore que des exploitations isolées et des moulins. L’administration militaire propose de donner à Lambèse un territoire qui y attire une population agricole. Elle propose également de créer un centre de population près El-Madher, à 26 kilomètres N.-E. de Bathna; et deux autres sur la route de Constanline : Tesdia, à 12 kilomètres de Bathna; A?n-Yacoud, à 20 kilomètres plus loin, près le caravansérail déjà établi.
La guerre avait fait de grands ravages dans les régions de l’Ouest qui en avaient été le principal théâtre. Plusieurs grandes tribus de la province d’Oran avaient presque été anéanties en soutenant les dernières luttes d’ Abd-el-Kader ;
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d’autres avaient émigré dans le Maroc. Il y avait donc de ce côté beaucoup de vides que pouvait remplir la colonisation. La province de Constanline, déjà plus peuplée que les autres, n’avait pas vu diminuer sa po]nilation, et elle était d’autant plus digne d’intérêt qu'elle s’était montrée moins hostile. L’administration militaire a compris que la première chose à faire, pour ne point se l’aliéner, était d’augmenter les ressources du territoire où elle était répandue, à mesure que la population européenne viendrait l’envahir. Il y avait assurément plus de place qu’il n’en fallait pour recevoir les colons dans'Ie Tell, sans gêner les tribus qui y étaient fixées. Ces tribus, il est vrai, n’en cultivaient qu’une portion; mais les tribus nomades du Sahara profilaient du reste. Quand les pâturages du sud étaient épuisés sur leurs parcours ordinaires, elles refiuaient vers le nord et ne quitlaient pas le Tell sans s’y être préparé quebjues récoltes pour leur retour. Il importait donc, pour éviter tout conflit à venir, de fixer plus que Jamais ces tribus dans le sud, en leur procurant la seule chose qui leur manquât , l’eau nécessaire pour vivifier leur aride territoire. Nous pouvions, avec la sonde, obtenir de magnifiques résultats, dans un pays où les indigènes étaient parvenus à se creuser des puits artésiens avec les seules ressources delà plus grossière industrie. Les premiers essais de ce genre, accomplis à Biskara par les officiers du génie, ayant été couronnés d’un plein succès. M. le général Desvaux, commandant de la subdivision de Batlina , a poursuivi sans relâche beaucoup d’autres travaux de ce genre jusqu’au jour où son mérite l’ait fait appeler ailleurs. ,\ucune œuvre ne devait mieux assurer la pacification de ce territoire éloigné et en préparer la colonisation , en attendant l’ouverture des routes. Aussi, dans le dernier tableau de la situation des établissements français en Algérie, à propos du développement à donner à la colonisation, dans la subdivision de Bathna, pouvait -on ajouter ce qui suit sur le cercle de Biskara.
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Les succès obtenus & Tamema, à Temacin, k Sidi-Rached, k Oum-Thiour, font entrevoir les prodiges que la sonde artésienne, est appelée à opérer dans le Sahara. Les oasis de Sidi-Rached et de Tamerna étaient cond.amnées à périr, et dans peu d’années les sables du désert auraient reconquis le terrain occupé par ces magnifiques forêts de palmiers. Mais les sources qu’a fait jaillir la sonde artésienne leur ont rendu la vie; l'abondance des eaux est telle, qu'elles vont pouvoir doubler leur étendue. A Oum-Thiou, en plein Sahara, on a déjà obtenu assez d’eau pour arroser près de 2,000 palmiers. Dans cet endroit, autrefois déseii, les caravanes vont être étonnées de trouver déjà une vingtaine de maisons et 800 palmiers, et d'y voir couler une source limpiile. 11 est à espérer que, sur la fin de l’année 1857, le désert Mog'ran, celte solitude de quinze lieues sans eau, qui s'étend entre TOued-Djedi et l’Oued-ltel, n’offrira plus de difficultés à la marche des caravanes entre les Zibans et TOued-R'ir.
Un sondage à Chegga, qui est à environ moitié chemin, permettra d’y créer une étape. Ce sera un bienfait pour le commerce du Sud. Mais c’est surtout dans le Zab-Chergui que des puits artésiens doivent produire les plus grands résultats. 11 y a là 50,000 hectares formés des fécondes alluvions de l’Aurès qui actuellement ne produisent rien. Quelles sources de richesses si, en y faisant jaillir de l’eau, on pouvait y entreprendre de grandes cultures de coton ! On n’aurait pas à craindre là le manque de bras. 11 y ex’isle, en effet, une population nomade de plus de 20,000 âmes, dont l’émigration dans le Tell devient de plus en plus difficile, par suite des développements qu’y prend la colonisation. Les nomades pourront être fixés dans le Zab-Chergui fécondé, et serviront à l'exploitation de grandes fermes dirigées par des Européens.
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On voit, par l’exposé précédent des derniers progrès de la colonisation dans les trois provinces, que l’administration militaire est loin d’étre restée en arrière de l’ad ministration
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civile, même depuis la création des préfets, qui devaient lui donner un nouveau lustre. La plupart des nouvelles fondations sont dues, depuis quelques années, à l’aulorilé militaire. Dans la province d’Oran surtout, son activité s’est admirablement déployée. Une ligne non interrompue de villages va maintenant relier à Oran, Tlemcen, chef-lieu de subdivision le plus éloigné. cette ligne s’en rattachent d’autres qui vont aboutir à Sidi-bel-.\bbès. Quelques jalons ont été Jetés au Sud, au delà de celte dornicre ville et dans les environs de Saïda. Un réseau complet de villages est tracé autour de .Mascara, un autre autour de Tiarctjusqu’au.\ limites de la province d’Alger. L’administration militaire, dans cette province, adéjà échelonné un certain nombre de villages sur les rives du Cliélif. Ulle s’occupe sans relâche d’achever la route de Laghouat, qui doit rétablir les anciennes relations commerciales du Sud à travers l’Algérie. .Autour d’Aumale elle vient de commencer un nouveau réseau de centres de population. Elle ouvre la Kabylie elle-même à nos colons, elle trace des villages sur ses confins et pourvoit d’un territoire les postes militaires qu'elle établit dans l’intérieur. Si dans la province de Constantine elle n’a pu encore que jeter quelques jalons, elle n’y a pas moins préparé la colonisation sur une plus grande échelle eli lui ménageant le concours des indigènes. Loin d’être un embarras, en les associant à nos travaux, ils concourront à la prospérité de tous nos établissements agricoles. Tandis qu’ailleurs on a peine à retenir les populations indigènes dans les anciennes villes, les indigènes, dans la province de Constantine, se lixent autour de nos nouveaux remparts; à Sétif comme à Guelma, leurs exploitations sont mêlées aux nôtres. On leur doit, dans les régions chaudes, les plus beaux essais de colon, soit (fu’ils s’associent à des Européens, comme à M’silah, soit qu’ils agissent sous l’impulsion et la direction de leurs chefs, comme à Guelma et à Üiskara. Us sont accourus comme nos colons pour construire une nouvelle ville à Souk-Harras.
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L’administration ciTÜe a moins d’action sur les indigènes et elle n’est pas plus en état de seconder les colons. Toujours restreinte dans des limites budgetaires, elle est obligée d’attendre les ressources qui lui sont allouées, et quand elles sont épuisées, se voit à chaque instant arrêtée. Souvent elle ne peut venir en aide aux uns, qu’en abandonnant les autres, et, malgré les plus grands efforts, elle ne réussit encore que d’une manière très-incomplète. C’est ainsi qu’en 1852 elle avait recueilli de pauvres habitants du Valais; elle les avait installés dans les environs de Koléah et leur avait consacré, pour leur venir en aide, tous les fonds disponibles au chapitre de la colonisation. Klle les avait ainsi empêchés de mourir de faim au premier moment, mais elle n’avait pu assurer leur sort. Beaucoup n’ont eu rien de plus empressé que d'abandonner leurs misérables campements, aussitôt qu’ils ont pu trouver à gagner leur vie ailleurs. L’année suivante une migration d’Allemands, débarquée dans la province de Constantiue, était tombée entre les mains de l’autorité militaire; non-seulement elle leur avait procuré les moyens de se construire de modestes chaumières, mais dès la première année leurs terres avaient été cultivées par les Arabes, et ces colons n’avaient eu que la peine de faire leur moisson pour avoir du pain l’année suivante. Aussi sont-ils encore tous dans leurs concessions et y viventils dans l’aisance.
L’administration militaire n’est jamais prise au dépourvu, elle peut aller de l’avant, et, à défaut de toute autre ressource, elle a toujours l’armée qu’elle détache au besoin sur un point ou sur un autre, soit pour percer scs routes, soit pour faciliter ses autres travaux. Aussi, dernièrement, lorsque l’on a voulu rattacher les colons de Souk-Ilarras au territoire civil, ont ils fait des pétitions pour qu'on leur accordât la faveur de conserver encore quelque temps leurs administrateurs militaires. Ils étaient, en effet, menacés de voir interrompre tous les travaux «publics commencés par leurs soins. Ils
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connaissaient, d’ailleurs, les lenteurs et les tracasseries de l’administration civile, qui devait être d’autant moins empressée de seconder ce nouvel essai de colonisation qu’il n’était pas son œuvre.
Si l’administration militaire ne précède pas les colons, au moins les suit-elle et ne les laisse-l-clle jamais dans l’embarras. Leurs efforts spontanés sont partout assurés de trouver assistance, quelle que soit la distance où les pousse l’esprit d’aventure. Parfois l’on apprend que près de tel poste avance il s’est formé un groupe de 3 tà 400 Européens. Us étaient arrivés avec quelques marchandises pour ouvrir un débit, ou avec leurs seuls outils pour exécuter les travaux du génie militaire. On leur avait prêté des tentes ou procuré quelques planches afin de s’abriter. Ils n’avaient laissé que des dettes dans les villes de la côte, où ils avaient de fréquentes occasions de dépenser leur argent, et où tout d’un coup, pour une cause ou pour une autre, le travail avait manqué. Des natures énergiques, alors surtout qu’elles ont été éprouvées par l’expérience, sont bientôt retrempées sur un autre théâtre. La plupart de ces malheureux colons avaient su se tirer d’affaire en changeant de position et d’allures. Ils avaient fini par s’attacher au pays et avaient demandé des terres pour former un établissement agricole. .Vu bout de quelques années l’autorité supérieure avait décidé qu’il serait formé en cet endroit un centre de population d’un certain nombre de feux avec un territoire proportionnel. .Villeurs l’administration locale avait provoqué elle-même la formation de centres de population et avait distribué une bonne portion des terres à tous ceux qui avaient désire se fixer sur les lieux, lorsqu’un décret impérial venait régulariser leur position en ordonnant la fondation du village à moitié construit et l’allotissement des terres depuis plusieurs années en culture. Les centres de population créés par l’initiative de l’administration militaire, comme ceux qui se forment spontanément sous ses auspices, ont donc le plus souvent une existence réelle avant
d’avoir une existence légale. Du reste, cette administration, qu’on accuse de vouloir faire trop bonne part aux Arabes, choisit maintenant pour les Européens les emplacements les plus fertiles, à proximité des sources et des rivières. Ce n’est pas une dizaine d'hectares de broussailles qu’elle délivre à ceux qui viennent à elle ; nous avons vu que dans ses derniers villages de la province d’Oran elle n'offrait pasmoinsde 40 à 50 hectares de terres arables qui ne demandaient que peu de défrichements et qui souvent étaient en partie irrigables.
Il est vrai que l’administration civile n’a pas ses coudées franches : mais, moins elle peut entreprendre dans les limites restreintes des territoires où elle est^ obligée de se concentrer, plus ses efforts devraient avoir de prompts résultats. Nous avons vu le temps qu’elle avait mis à remplir son cadre autour d’Oran Les villages de la première zone qu’elle avait tracée n’étaient pas encore peuplés, que déjà l’administration militaire, au milieu des embarras des nombreuses colonies agricolcsdont elle était encore chargée, s’occupait de créer de nouveaux centres de population aux environs de Tlemcen, de Sidi-bel-Abbès et de Mascara. Dès l’année 1849, le territoire civil de Constantinc comprenait 14,000 hectares, sa banlieue s’étend aujourd’hui à 45 hectares, et sur 1 1 villages, depuis longtemps projetés, 4 seulement ont été créés. Dans la province d’ .Alger, l’administration civile avait, il est vrai, été obligée d'interrompre scs créations pour laisser le conseil du contentieux vérifier tous les titres : mais au 31 décembre 1850, une étendue de 94,796 hectares, dans la Mitidja, avaient été, comme nous le verrons tout à l’heure, attribuée au domaine de l'État, et cependant la plupart des villages projetés, en 1846, au pied de l’.Atlas, étaient à peine commencés dix ans après : celui de Bouïnan ne s’élevait qu’au commencement de 1 838. Ce n’étaient pas néanmoins les colons qui avaient manqué à ce dernier village ; malgré tout le temps que l’administration civile avait mis à faire son choix, elle n'avait, sur 50 élus, trouvé que
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19 colons sérieux ; tous les autres, au bout de quelques mois, avaient aliéné leur concession ou cherchaient à le faire. Pendant ce temps-là la plupart des cotons installés par l’administration militaire dans la plaine du Chélif ne songeaient qu’à s’y fixer.
Cest donc une très-grande erreur que de croire cju’il faille soustraire le plus possible l’.\lgérie à l’autorité militaire pour développer la colonisation. Ne serait-ce pas, au contraire, le meilleur moyen d’arrêter son essor ? Lorsque l’autorité militaire montre tant d’empressement à seconder les efforts de nos colons,.à mettre à leur disposition les ressources dont elle dispose, est-il encourageant pour elle qu’on méconnaisse à ce point les services qu’elle peut rendre et qu’on ne lui laisse pas meme le lemps d’achever ce qu’elle a commencé? Peut-on supposer qu’elle s’intéressera à la fondation d’un village quand, à peine tracé, elle se trouvera exclue de son enceinte, et n’aura fait qu’élever des pierres d’achoppement? Du reste, on comprend que l’autorité militaire doit conserver le gouvernement de la plus grande portion des indigènes. Or, l’unité de direction est la condition la plus essentielle d’un bon gouvernement; organiser un pouvoir indépendant à côté d’un pouvoir établi, c’est tout simplement le désorganiser. Vouloir démembrer l’autorité mililaire à mesure que les colons font un pas en avant, c’est donc faire naître des causes d’anarchie. Le colon n’apparaît plus alors comme un appui, ce n’est plus un frère, c’est un étranger contre lequel il faut lutter. Espère-t-on de la sorte hâter le cantonnement des Arabes? Evidemment, la résistance sera d’autant plus grande que l’antagonisme sera plus tranché. Si une chose doit étonner, c’est qu’à la manière dont les choses sont organisées L'a chefs militaires fassent encore un si bon accueil aux colons dans les postes avancés, et soient partout plus empressés que l’administration civile à favoriser leur établissement, à multiplier les centres de population européenne.
Ne nous faisons pas illusion sur les institutions qui régissent la France et ne croyons pas qu’il ne manque à l’Algérie qu’une organisation en tout copiée sur l’organisation métropolitaine. C’est moins de la multiplication des souspréfectures que de la jouissance de leurs droits de citoyens français, dont les colons algériens doivent être jaloux. 11 est révoltant pour eux d’être soustraits à leurs juges naturels parce qu’ils habitent un territoire plutôt qu’un autre. Quelle raison y a-t-il de traduire devant des conseils de guerre ceux qui sont administrés par l’autorité militaire? Et lorsque partout l’on accorde des cadis aux Arabes, n’est-il pas étrange qu’on ne cherche pas davantage à multiplier les juges de paix au milieu des Français? Des nationalités différentes, le trop petit nombre de citoyens indépendants, peuvent dans une localité faire retarder l’organisation municipale; mais ce n’est pas la circonstance qu’elle est administrée par l’autorité militaire qui doive faire repousser le concours des particuliers pour les intérêts communaux. Bien au contraire, plus les autorités civiles font défaut, plus ce serait le cas d’y suppléer, par une plus large coopération des citoyens dans les affaires publiques. En un mot, c’est moins l’autorité militaire qui soit une chose fâcheuse que le régime militaire : or, la suppression de ce régime anormal est parfaitement conciliable avec le maintien des chefs militaires là où leur autorité doit rester prépondérante. Le moyen d’y arriver est d’abolir la douane funeste imposée à la colonie par le maréchal Bugeaud, en effaçant la malheureuse distinction des territoires civil et militaire.
Ne voulant pas interrompre l’exposé du développement de la colonisation par l’Etat, nous avons continué jusqu’à ce Jour l’bisloire de la fondation des villages, et nous avons même parlé des centres de population projetés. 11 nous faut maintenant un peu revenir sur le passé, pour bien faire connaître les causes qui ont influé d’une manière générale sur les progrès de nos établissements et qui devaient plus particulièrement arrêter l’essor de la colonisation libre. Quand on compare les derniers progrès aux médiocres résultats des premiers temps , on est tenté de croire , puisque le pays n’a pas changé, qu’il ne lui manquait que des ouvriers et des maîtres plus habiles. Si l’on doit féliciter Tes derniers venus d’avoir mieux réussi, il y aurait injustice à ne pas tenir compte des circonstances différentes dans lesquelles ils se trouvent, et de glorifier ainsi les uns aux dépens des autres.