DÉPENSES OBLIGATOIRES
Communes aux deux fournitures.
Dépeoset
Kombre
de
de joarnèet
bouche.
perdue».
Dépét de la soumission et du cautionnement.
1 fr. 50 c.
Ouverture de la soumission.
Proclamation des livranciers.
Régularisation du marché.
Régularisation de la livraison.
Retrait du mandat de paiement.
Paiement au Trésor.
Retrait du récépissé du cautionnement à l’en-
registrement et à la caisse des dépdts et consignations.
Retrait du cautionnement.
Total.
14 fr. 50 c.
Spèciales d la fourniture du foin.
Livraison, avec charrette à 2 bœufs.
1 5 fr. » c.
Spéciales à la fourniture de la paille.
Livraison, avec charrette à 2 bœufs. 1 fr. 50 c. b
Résumé. — Sur une fourniture de 30 quintaux de foin à 5 fr., — valeur totale 230 fr., — le colon a eu à supporter :
Perception du fisc.
7fr.80c.
Dépenses communes.
Dépenses spéciales.
Perte de dix journées de travail.
Perte de dix journées d’une paire de bœufs.
Moins value du matériel de transport.
Total. 07 fr. 63 c.
Reste 182 fr. 43 c. pour payer la coupe, la fenaison et le bottelage du foin ; or la coupe, la fenaison et le bottelage coûtent 2 fr. 30 c. par quintal, soit i 1 3 fr. pour 30 quintaux, reste pour faux frais et valeur iutrinsèque du foin, 07 fr. 43 c.
Sur une fourniture de 23 quintaux de paille à 3 fr., — valeur totale, 73 fr., — le colon a eu à supporter :
Perception du fisc.
7fr.
Dépenses communes.
Dépenses spéciales.
Perte de 5 jours de travail.
Perte de 6 journées d’une paire de bœufs.
Moins value du matériel de transport.
Total. 41fr. 23 c.
Reste 33 fr. 73 c. représentant la valeur intrinsèque de 23 quintaux de paille, soit I fr. 30 c. par quintal.
Cet exemple peut s'appliquer à tous les colons qui ont soumissionné dans les mêmes conditions.
Dans nos calculs nous n'avons pas tenu compte du temps perdu pour chercher les cautionnements, des exigences des prêteurs, des dépenses extraordinaires qu'ont dû supporter tous les colons par suite de l’excessive sévérité des commissions de réception, des lenteurs apportées aux réceptions, lenteurs telles que plusieurs ont attendu leur tour pendant des trente-six, quarante et quarante-huit heures.
Nous avons négligé ces détails parce que nous eussions été forcément obligés de conclure qu’en récompense de leur travail, après avoir rempli leurs engagements, il ne restait aux colons que les yeux pour pleurer sur leur misère.
Ce qui n’échappera à personne, c’est l’énorme impôt que le üsc prélève sur le travail des malheureux colons.
Dans l’exemple choisi par nous d'un colon ayant soumissionné deux fournitures, tous les frais eussent pu être diminués de moitié, sans inconvénient pour l’intérêt public.
Pourquoi donc ces doubles récépissés, ces doubles enregistrements, ces doubles passations de marchés, ces doubles mandats, etc.? Pourquoi, si ce n’est pour pressurer le pauvre travailleur?
El l’on s’étonne que la colonie ne prospère pas !
Toutefois, en 1847, l’administration, pour encourager les colons à lui faire des fournitures, avait déclaré qu’elle recevrait tous leurs produits aux prix des mercuriales en proportion de ses besoins, et qu’il leur suffirait de se présenter avec les certificats des maires de leur commune. 11 n’y avait donc plus de rabais de prix à craindre dans les adjudications; mais seulement une réduction proportionnelle sur les quantités à fournir. Ce mode différent dans un système toujours aveugle, ne devait pas arrêter les abus ; en réalité, on faisait toujours bon marché des colons, et c’était moins leur véritable intérêt qu’on avait voulu prendre, que de nouvelles garanties pour assurer les approvisionnements de l’armée. Qu’on nôus permette encore de citer ime lettre qui fut adressée à cette occasion au gouverneur général, par un colon sérieux de la plaine, et qui a été insérée dans le Moniteur algérien :
« Alger, le 24 avril 1847.
0 Monsieur le maréchal,
« Vous savez que pendant quelques années encore et jusqu’à ce que les fermes aient d’une part d’assez nombreux capitaux en bétail pour consommer la majeure partie de leur fourrage, et de l’autre défriché, assolé et mis en culture une quantité sulDsante de terres, la vente des fourrages sera la meilleure partie de leur produit net. Sans ce produit, je ne vois pas comment on pourrait entreprendre de faire de l’agriculture, tant soit peu productive, pendant les premièi'es années de l’installation d’une ferme. Le seul produit que le nouvel arrivant trouve en ce pays est le fourrage. Les Etats-Unis offrent au colon qui arrive la vente des bois, la production de la potasse et des herbages. C’est eu grande partie ce qui fait que les émigrants ont plus d’avantages à y aller qu’à venir en Algérie.
a Comme les intentions de l'administration sont de favoriser les colons sérieux, qui exploitent et cultivent, elle leur accorde, pour la vente de leurs foins, une certaine préférence sur ceux qui font métier de pure spéculation. Cette spéculation se fait-elle dans îles conditions honnêtes? Ne vient-elle pas détruire le bon effet que recherche l'administration, de stimuler la colonisation par Tappât d'une espèce de prime? Quels sont les gens qui font ce métier de faiseurs de foins? Par qui sont-ils excités à le faire si ce u'est par des bailleurs de fonds, dont quelques-uns sont de véritables usuriers, de véritables sangsues de ce pays? On dirait que dés qu'une lueur d'aisance se crée & l'horizon, cette race, trop favorisée par l'absence des institutions de crédit, n'a qu’à apparaître pour en exprimer la sève.
« Ainsi il se fait des marchés couverts et des tripotages qu'on ne peut avouer. On offre de vendre des soumissions de fourrage parce qu'on s'est fait remettre les certificats obtenus des maires par des propriétaires parasites. 11 y a à Alger passablement de personnes et il en est arrivé du continent, même de ITtalie et de l'Espagne, qui offrent de l'argent à des individus sans assiette dans le pays, {xmr les mettre à même de faire des foins, et ces étrangers ne sont venus que pour une seule opération; certainement qu’après ils s'en retourneront en emportant leur argent, le taux usuraire qu’il aura produit. On cite quelques alfaires fuites à la condition que le bailleur de fonds recevra pour l'inlérét de son argent 20 sols par quintal métrique de foin. Le quintal se vendant 9 fr. et le prêt durant un mois, c'est de l’argent placé à 133 pour cent. D'autres affaires paraissent avoir été faites à des conditions encore plus exorbitantes.
a Tant est, .Monsieur le maréchal, qu'il n'y a sortes de combinaisons que la ruse et l'avidité n'aient mises en jeu.
« Ce ne serait jkis de mon fait d'en parler, si toutefois ces manoeuvres admises ne devenaient dangereuses pour le véritable colon et cultivateui’, titre auquel je prétends et avec d'autres, et vous savez moyennant quels labeurs. Voici ce qui menace les colons sérieux. Ceux-ci ne recherchent que la vente des excédants de leurs fourrages, soumissionnent auprès de M. l'intendant militaire pour lui offrir ce seul excédant ; mais si ou ne fait pas une classe à part pour eux, ils éprouveront une réduction proportionnelle à l'énorme excédant que les faiseurs de foin ont soumissionné. On connaît de ces individus qui, au moyen de certificats obtenus de la complaisance des maires et achetés des propriétaires non exploitants, ont offert 23 et 30,000 quintaux de foin à radminisUalion. Pour indiquer un exemple de ce que craignent les colons, je me citerai: cet exemple s'appliqua à tous ceux qui sont dans ma position. Ma ferme me donnera réelle-
ment 9 à 10,000 quintaux de foin sur environ 300 hectares de prairies nettoyées. J’en réserve 4 à 5,000 pour la consommation de mon • bétaU d’élèves et d’engrais et je cherche à vendre le surplus, soit
8.000 quintaux, pour m’en faire un revenu, ce qui sera Tintérèt plus net des capitaux mis A mon exploitation. C’est là le but où tend tout cultivateur. J’offre à M. l’intendant ces 5,000 quintaux. Si je suis placé à part comme colon et cultivateur, on me les prendra, je n’ai rien à dire, sinon à déplorer le scandale des tripotages qui se font à la faveur des deniers de l’Etat par des gens dont les neuf dixièmes ne cultivent peut-être pas un hectare de terre. Si au contraire on me laisse confondu avec tous les soumissionnaires, alors je suis obligé comme eux d’exagérer ma demande, et afin d’obtenir qu’on me prenne mes 5,000 quintaux, d’en offrir 15 à 20,000. Mais ceci devient un jeu fort peu honnête et très-dangereux, car si l’intendant allait par hasard admettre la totalité de ma soumission, je me trouverais dans l’impossibilité d’y satisfaire et ce «erait pour moi une source de fâcheux désagréments auxquels je ne dois pas m’exposer. Si, au contraire, on laisse ma soumission confondue dans la foule de celle des faiseurs de foin, alors j’éprouverais une réduction proportionnelle peut-être des deux tiers ou de la moitié, car on ne parle de rien moins que de soumissions présentées pour le double à peu près de.' foins que la Mitidja peut produire. Alors je ne vois admettre que ces
2.000 ou 2,500 quintaux. Le reste est sur mes bras, ne pouvant pas encore l’utiliser par mes bestiaux, et la prime d’encouragement, que l’administration destine par les foins à la véritable culture, s’en va profiter à des gens qui sont bien éloignés de s’y mêler.
K L’espèce de contrôle qu'on a voulu exercer par MM. les maires est devenu illusoire par la complaisance des uns, l’intérêt des autres.
« Me serait-il permis. Monsieur le maréchal, comme cultivateur, de vous demander qu’une prompte mesure vienne remédier à cet état de choses? Ne pensez-vous pas qu’une commission, composée de colons exploitants, réunis sous les yeux de M. le directeur de l’intérieur, et à laquelle senaient adjoints les inspecteurs de la colonisation, devrait indiquer ceux des propriétaires de terres qui, par leurs cultures, méritent que leurs olfres de foin soient admises de préférence; mais dans la limite seulement de ce que leurs propriétés exploitées produisent ; et, après eux, les propriétaires non exploitants, mais qui ont soumissionné, sous la condition d’une déclaration d'honneur souscrite par eux ; et ensuite, en troisième et dernière ligne, les faiseurs de foin, ainsi qu’on les appelle ?
O Ce serait un remède au scandale qui se révèle.
« Pour les années à venir, ne conviendrait-il pas de décider en
principe et de publier que les propriétaires qui exploitent riellement auront toujours la préférence sur tous les autres pour la Tente de leurs foins à l’administration? J’ose tous soumettre cette demande. L’administration de la guerre a annoncé des prix favorables pour les pailles longues qu’on lui livrera. Si elle annonçait qu’elle maintiendra ces prix pendant quelques années, je crois que ce serait une prime et un stimulant suffisant pour exciter les propriétaires à cultiver des céréales et à les battre, soit au fléau, soit à la machine. Si la prime était aussi attribuée à la paille brisée, U s'y introduirait la fraude au moyen de la substitution de la paille achetée des Arabes. « J’ai l’honneur d’étre, avec respect, etc. »
L’administration de la guerre qui, dans l’origine, prétendait que les foins de l’Algérie n’étaient pas convenables pour la nourriture des chevaux, avait fini par faire tous ses approvisionnements de fourrage dans la colonie. Le prix exorbitant de tous ses marchés à l’étranger, avait révolté en France tous les contribuables ; d’un autre côté, la cavalerie SC plaignait beaucoup en Algérie des foins avariés qu’on lui distribuait, lorsqu’il y en avait d’excellents dans le pays, qui ne demandaient qu’à être fauchés. Les commandants militaires furent donc les premiers à prescrire, à tous les chefs de corps, d’utiliser leurs hommes pour cette récolte.
Cest ainsi que l’armée s’approvisionna elle-même : en 1843 de 78,036 q’ représentant une val. de 413,246 fr. en 1834 de 139,680 600,391
en 1843 de 106,303 373,717
Les quantités fournies par les colons étaient : en 1843 de 1 47,843 q* rep. 1,232,636 fr. au prix moy. 8 fr.
en 1844 de 139,043 1,245,309 6,41
en 1843 de 233,832 1,632,828 3,94
Les colons avaient gardé pour leur propre consommation :
en 1843,
49,765 q* rep.
en 1844,
en 1845,
L’ensemble des récoltes, pendant ces trois années, avait été de 1,082,933 quintaux représentant une valeur de
CHAPirut; M.
7,122,084 fr. Tout en gardant pour leur propre consommation 198,194 quintaux, les colons avaient donc pu tirer un bénéfice de 4,150,793 fr. par leurs livraisons à l’administration, bien qu’elle ne leur ait payé leur foin qu’à 1 fr. et mcinc 1 fr. 50 c. au-dessous des prix du pays. D’un autre côté, pour approvisionnement pendant ces trois années, l’armée n’avait dépensé que 5,538,147 fr., tandis que si elle s’était comme autrefois approvisionnée à l’étranger, au prix moyen de 13 fr. le quintal, elle eût dépensé 11,501,867 fr. ; il y avait donc pour elle une économie de 5,963,720 fr., supérieure au profit qu’avaient pu faire les colons.
Des résultats analogues étaient obtenus pour la paille. La plupart des chefs de corps, pour répondre aux vues de l’administration, avaient créé des fermes dans les trois provinces. On avait pu y faire d’une manière complète l’application de toutes les ressources qu’ollrait l’armée pour les entreprises de ce genre, et tous les avantages de l’association sous une intelligente direction avaient pu s’y révéler.
L’armée, dans toutes ses fermes, avait récolté : en 1843, 5,286 q' de paille représ, une valeur de 39,169 fr.
eh 1844, 6,881 30,038
en 1845,7,209 . 20,011
Les fournitures des colons avaient été : en 1843, de 2,234 q* représentant une valeur de 78,378 fr.
en 1844, de 2,518 49,923
en 1845, de 28,161 137,113
Les colons avaient gardé :
en 1843, 4,383 q' représentant une valeur de 20,341 fr. en 1844, 12,773 77,464
en 1845, 50,205 188,311
La dernière année, en 1845, l'administration militaire n’avait tiré de l’Algérie que 35,370 quintaux de paille, tant de ses fermes que des fournitures faites par les colons. Cette même année, la consommation de l’armée ne se monta pas à moins de 67,881 quintaux : l’administration militaire se
trouva donc loin de compte et dut sc pourvoir ailleurs de 32,511 quintaux. Cependant, on ne pourrait pas accuser les colons d’être en defaut ; ils avaient prodigieusement augmenté leurs cultures; mais stir 78,366 quintaux qu’ils avaient récoltés, on ne leur en avait pris que 28, 161 quintaux.
Les colons pouvaient donc dès lors pourvoir à tous les approvisionnements de l’armée. D’un autre côté, beaucoup d’officiers commençaient à se fatiguer du métier qu’on leur faisait faire. L’emploi des troupes aux travaux de l’agriculture nuisait au service militaire. On pouvait, quand on en avait besoin, rappeler les soldats que l’on détacbait auprès des colons. Ceux qui avaient sollicité le secours de la maind’œuvre militaire, en étaient quittes pour prendre d'autres arrangements. 11 n’était pas aussi aisé à l’administration militaire de trancher pour scs propres entreprises ou du moins elle s’exposait à voir la perte dépasser les profits ; aussi renonça-t-elle bientôt à charger les chefs de corps de ses approvisionnements, et fit-elle petit à petit l’abandon de toutes les fermesde régiments. Assurément, cette administration, en donnant par la consommation de l’armée, un écoulement aux produits des colons, entrait dans une voie beaucoup plus utile à la > colonisation et plus profitable tà elle-même, qu’eu dirigeant les colons et même en leur montrant la manière dont il fallait s’y prendre. Elle avait très heureusement fini par s’en convaincre.
Laissons parler le tableau de la situation des établissements français en Algérie, publié en 1850 par le ministère de la guerre :
a Ces créations, utiles au début de notre établissement dans le pays, lorsque les br.as manquaient partout, ont cessé de l’être depuis que la population civile s’est augmentée et groupée autour des villes.
« Aussi, dès 1847, M. le maréchal Bugeaud avait-il insisté pour faire remise au domaine de toutes les fermes et exploitations quelconques créées par les troupes dans les trois provinces, en vue de les concéder à des colons européens.
O Celte proposition ayant été approuvée, des instructions furent ailressées au gouvemeur-généml par le ministre pour l’aliénation
par voie d'adjudication publique de toutes les fermes et jardins militaires, là où cotte mesure piourrait être appliquée sans nuire au bienêtre des troupes. Partout il en est résulté une notable diminution dans le pris des légumes, par suite de leur plus grande abondance sur les marchés.
a Depuis 1848 toutes les fermes militaires ont élé successivement aliénées par le domaine et remises à l'industrie privée, plus habile à en augmenter les produits, v
Les cbifires que nous avons posés plus haut prouvaient bien que, dès 1845, les colons étaient en mesure de livrer le foin et la paille nécessaires aux approvisionnements de l’armée ; mais on pouvait douter que de longtemps encore iis ne pussent fournir du blé et de l’orge en quantité suffisante. La consommation de l’armée, en blé, durant chacune des années 1843, 1844, 184Î) avait atteint une moyenne de 191,095 quintaux, représentant une valeur de 3,273,112 fr. L’administration n’avait guère pris, en Algérie, que le tiers de l’approvisionnement : elle avait en moyenne payé 13 fr. 46 c. le blé du pays. Celui tiré de l’étranger lui avait coûté 18 fr. 10 c. Quant à l’orge, l’Algérie lui avait fourni la moitié de l’approvisionnement; elle l’avait payé en moyenne 9 fr. 36 c., tandis qu’à l'étranger il lui avait coûté 12 fr. 95. En 1845 la consommation de l’orge était déjà de 297,421 quintaux : elle s’éleva à 380,981 en 1846. Cette dernière année la consommation du blé augmenta aussi ; elle atteignit le chiffre de 224,929 quintaux.
Toujours est-il que les prix offerts par l’administration, en .\lgérie, n’étaient pas encourageants pour les colons; le blé, qui en France valait 25 fr., ne leur était payé que 15 fr. Ils avaient sans doute la terre à meilleur marché, mais les frais de culture étaient plus considérables , et, à ce compte, il n’y avait guère que les Arabes qui pussent s’en tirer avec leur peu de besoins et leurs procédés économiques. En tout cas, il eût été difficile à beaucoup de colons d’adopter leurs méthodes, resserrés qu’ils étaient dans d’étroites concessions. Puisque l’administration militaire payait son blé et son
orge 3 fr. plus cher à l’étranger , qui l’empêchait de faire profiter les colons de cette augmentation de prix ?
M. le duc d’.\umale, le premier gouverneur général qui ait véritablement pris à cœur les intérêts de la colonie, et ne se soit pas placé au point de vue exclusivement militaire , devait comprendre tout ce qu’il y avait de révoltant dans une telle manière d’agir. Pour couper court aux scandales des marchés passés à l’étranger, il annonça qu’à la prochaine récolte, les blés africains seraient achetés, de préférence aux autres, au prix de 20 fr. : la prime d’encouragement, précédemment donnée aux marchés étrangers, se trouvait ainsi réservée à ceux de l’.\lgérie. 11 n’en fallait pas tant pour donner un grand essor à l’agriculture. Non-seulement les colons européens se mirent à l’œuvre , mais de toutes parts les .\rabcs augmentèrent leurs cultures, et commencèrent eux-mêmes des défrichements : on devait bientôt avoir la preuve qu’en Algérie les approvisionnements de céréales n’étaient pas plus impossibles que ceux de fourrages. Du reste cette première expérience ne coûta pas bien cher puisque, l’année suivante, on vit le blé étranger se vendre en moyenne, à Alger, 21 fr. 25 c.
M. le duc d’Aumale, dans celle circonstance, avait su profiter de la position exceptionnelle, dans laquelle il se trouvait, pour forcer la main à l’administration militaire. peine fut-il parti qu’une réaction commença. Il avait été décidé, avant la révolution de février que, non-seulement l’administration prendrait toutes les pailles des colons, mais qu’elle ne recevrait leurs foins qu’à condition qu’ils fourniraient de la paille dans une certaine proportion : c’était un puissant moyen de provoquer la culture des céréales. On avait déjà renoncé à faire faire des foins par l’armée; tout l’approvisionnement en était réservé aux colons, et la consommation dès l’année précédente s’était élevée à 300,0(X) quintaux dont la province d’Alger avait fourni une bonne partie.
« Sur la foi de cette décision, disait l’dfcA&or au mois d'avril 1848, les colons ont forcé leurs travaux ; beaucoup d’entre eux ont contracté des emprunts, pris des engagements dont ils comptaient se libérer sur le produit de la récolte 1848.
« Leur espoir vient d’être cruellement déru ! L’administratiou militaire annonce qu’elle ne recevra celte année que 20,000 quintaux de fourrage, dont un dixième en paille.
« La quantité de foins à fournir dans la province d’Alger par les propriétaires est de 12,000 quintaux, répartis entre 48 soumissionnaires, au rabais. Chaque propriétaire pourra donc livrer 250 quintaux de fourrage, dont un dixième de iiaille : 8,000 quintaux seulement sont réservés aux colons (environ 5 quintaux par colon !) par achat direct, dont le prix sera basé sur celui de l’adjudication au rabais. Ainsi, propriétaires et colons seront tenus d’accepter le taux déterminé par des soumissionnaires non producteurs, qui spéculent sur la gène, la misère des cultivateurs obligés de livrer leurs fourrages à vil prix, sous peine de mourir de faim, ou qui proülenl de l'incurie d’une autre espèce de propriétaires qui, n'ayant exécuté ni travail, ni améliorations dans leurs prairies, n’y ayant fait enfin aucune dépense, regardent comme de l’argent trouvé le prix quelconque qu’ils retirent d’une récolte qui ne leur coûte rien.
« Voilà, il faut l’avouer, une singulière façon d’encourager la culture des céi'éales et celle des plantes fourragères. Et c’est après un hiver exceptionnel par la quantité de pluie tombée, après un hiver où l’agriculteur était dans l’impossibilité de se livrer aux cultures d’entretien, où tant de ressources précieuses lui ont manqué tout à fait, que l’administration, au mépris de ses promesses, vient lui donner le coup de grâce !
« L’administration dira que les 20,000 quintaux qu’elle recevra celte année, joints à ce qui reste de l’an dernier, suffisent aux besoins, à cause de la réduction de la cavalerie. Mais nous lui répondrons : Si la récolte de 1849 est mauvaise, si les éventualités de guerre forcent l'Etat à augmenter de nouveau la cavalerie, aurez-vous donc encore recours au scandale de marchés passés avec l’étranger quand nos compatriotes auront vu pouiTir, invendues, des récoltes qui leur ont coûté tant de sueurs çt d’argent ?
« Quelques optimistes ont prétendu que ce ne sera p.as un inconvénient, au moins pour le propriétaire aisé (nous n’eu connaissons pas beaucoup ici), de conserver ses fourrages, parce qu’il les utilisera pour l’engraissement des bestiaux.
O Nous doutons que les colons se hasardent à tenter cette nouvelle expérience, eux qui viennent de voir l’administration militaire faire
acheter en Espagne des bœufs maigres à raison de 65 fr. le quintal métrique, quand elle aurait pu en trouver ici de gras pour le prix de 45 fr. au plus, même poids.
B Nous apprenons que les maires du Sahel ont protesté contre la décision de l’administration militaire, et qu'ils ont adressé leurs observations à M. le directeur des affaires civiles. Nous désirons vivement que cette grave affaire reçoive une nouvelle solution plus conforme aux intérêts si respectables des colons, p
A la suite de ces réclamations, radrainistration militaire doubla le chilTre annoncé d’abord pour son approvisionnement, et fixa des prix qui, suivant les localités et les époques de livraison, variaient de 7 à 9 fr. 25 c. le quintal. Elle transigeait avec l’opinion publique sans renoncer pour cela à ses anciens errements; et bientôt, pour appeler la concurrence, M. le général d’Hautpoul remettait plus que jamais en vigueur l’ancien système des adjudications publiques. Les intérêts solidaires de l’administration et des colons ont fini heureusement par être mieux compris; nous trouvons au paragraphe du service des subsistances militaires, dans le tableau de la situation des établissements français en Algérie, publié en 1853 par le ministère de la guerre, les observations suivantes :
B Pour les blés et pour les orges, l’administration était tributaire des pays du Levant ; pour les bestiaux sur pieil, de la Sardaigne et de l'Espagne ; pour les bois de chauffage, de l’Italie ; pour le foin, de la même provenance et même de l’Epagqe, de la Belgique, de la Hollande et de l’Angleterre, lors de l’anéantissement des récoltes en
B Une situation si précaire aurait équivalu é l’impossibilité de conserver nos possessions du nord de l’Afrique, si, en même temps que la conquête s’affermissait par la guerre, l’administration n’eût pas su utiliser les ressources du pays et si même elle n’eût pas cherché, dans les besoins considérables des troupes, un moyen d’encouragement et de progrès pour la colonisation naissante, s
.\près le compte rendu de quelques-uns des efforts faits en ce sens par l’administration militaire, voici la conclusion :
« La qualité supérieure des denrées distribuées est, sans aucun doute, une des causes principales qui ont amélioré sensiblement l'état sanitaire des troupes en Algérie et amené une décroissance considérable dans le chifire des malades. Enfin, la diminution successive des dépenses qui s'en est naturellement suivie est un autre avantage qu'il est utile de mentionner. »
Voici maintenant quels ont été les approvisionnements de l’armée pendant dix années, de 1845 à 1854.
Foin
* 06k* rep
.une val.
de 16,934,648 fr.48 c.
Paille
Orge
Son
Blé
Viande 520,174
Total.
94,390,1 42 fi
L’État, principal consommateur en Algérie, y a été longtemps le maître de tous les marchés. C’était à lui qu’il appartenait d’ouvrir un premier débouché aux colons. Quelle fortune pour la colonie si tous les millions dépensés par lui à l’étranger n’eussent pas été ainsi détournés de ses établissements agricoles ! Les sommes consacrées à la colonisation ne servaient qu’à l’entretien d’un vaste dépôt de mendicité, alors qu’il suffisait d’assurer au travail un prix rémunérateur pour attirer de nombreux ouvriers sur ce sol fertile. L’État devait plus tard, pour développer quelques cultures industrielles , acheter des produits qu’il n’était pas sûr de placer, au prix qu’il en donnait ; n’était-il pas plus simple, dès le début, de prendre aux colons les produits dont il avait besoin? 11 y avait un autre moyen beaucoup plus simple d’assurer leur prospérité, c’est l’assimilation douanière dont nous allons parler.
■ Nous avons pris, pour les foins, le prix moyen de 8 fr; pour l'orge, celui de 11 fr. ; pour le blé, celui de 1 7 fr. ; mais ces dernières années ces prix ont beaucoup augmenté. Ainsi, en 1853, le prix moyen du blé, qui était de 42 fr. 25 c. en France, était de 29 fr. 48 c. en Algérie; et celui de l'orge, qui était de 24 fr. 78 c. en France, était de 15 fr. 66 c. en Algérie. ICn tenant compte de ces variations, le total des dix années dépasserait 100 millions.
l’assimilation douanière
La France est tributaire de l’étranger pour une forte somme de denrées et de marchandises que son sol ne peut produire, ou ne peut fournir en quantité suffisante pour les besoins de la consommation.
Le blé lui-même, qu’elle a quelquefois en abondance, lui fait souvent défaut, et à cet égard sa position ne fait qu’empirer. On constatait naguère avec un certain effroi qu’elle avait tiré de l’étranger :