d’hect. de blé en
et 9,130,000 1856
Ces 21,719,000 hectolitres en quatre années ne lui ont
pas moins coûté d’un demi-milliard. Au lieu de chercher à combler son déficit au dehors, ne valait-il pas mieux qu’elle s’adressât tout d’abord à sa colonie ? Et cejiendant, chose qui peut paraître maintenant incroyable, pendant 20 ans une ligne de douane a continué à régner entre la France et l’.\lgérie. Non-seulement notre colonie n’était pas protégée comme la métropole de la concurrence étrangère, mais elle était privée de l’écoulement naturel que tous ses produits eussent pu avoir en France. Elle se trouvait dans une position plus fâcheuse encore qu’aucun pays étranger, lesquels, s’ils subissent des douanes de leurs voisins, en établissent à leur profit.
L’Algérie avait donné un très-grand élan à tout le com-
f.HAPlTRE VI.
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merce des départements du midi ; presque tout le vin consomme dans la colonie était tiré de Cette et enrichissait les propriétaires du bas Languedoc depuis 1 837 ; en 1 4 ans on avait exporté de France en Algérie 4, 1 99,066 hectolitres de vin pour une valeur de 93,588,393 fr. Tous les pays de fabrique envoyaient des tissus pour des valeurs considérables. A Nîmes, à Tarare, on imitait même les étoffes arabes et l’on expédiait aux marchands juifs des ceintures, des haicks et même des burnous, à moitié et même au tiers du prix de ceux confectionnés par les pauvres tisserands indigènes. La pelleterie, la mercerie, la quincaillerie, la verrerie, la papeterie, la coutellerie, la bijouterie, les articles de Paris, faisaient chaque année pour plusieurs millions d’affaires en Algérie. On y expédiait plus d’un million de savons et près de 700,000 fr. de fromages.
Tandis que ces marchandises n’avaient aucun droit d’importation à payer en Algérie, tous les produits de ce dernier pays étaient taxés à leur entrée en France : non-seulement les produits fabriqués comme les lapis, les objets de vannerie, de sparterie, de sellerie et jusqu’aux futailles vides ; mais aussi les produits naturels comme les chevaux, les laines, les peaux brutes, les soies, les huiles, le coton, la garance, les oranges, les céréales, les fourrages, le liège, le bois d’ébénisterie, le corail, le marbre et le minerai de toute sorte : le minerai de cuivre, ainsi que les écorces à tan et les armes ne pouvaient même être exportés à l’étranger.
D’un autre côté, on laissait entrer en franchise dans tous les ports de l’Algérie, les graines, les légumes, les farines, les fruits et toutes les denrées dont la vente eût été la principale ressource des colons. Ainsi, le blé qui aurait pu se vendre 25 fr. en France, s’il avait été libre d’y entrer, se trouvait-il avoir à soutenir dans tous les ports de l’Algérie la concurrence des arrivages de la mer Noire, et c’est ainsi qu’on le voyait quelquefois descendre à Alger au-dessous de 14 fr. l’hectolitre. Toutefois, pour protéger l’industrie de la inélro-
pôle, il y avait prohibition absolue pour l’importation des sucres étrangers ; la colonie ne pouvait prendre ailleurs qu’en F'rance, les 3 millions de sucre necessaires à sa consommation. Oui plus est, comme il n'y a pas d’intérêt à accorder la franchise pour cet article, aussi bien (jue pour les autres marchandises françaises, par exception à la règle générale, il était soumis à une taxe dans tous les ports de l’Algérie.
Que résultait-il de ce système? C’est que depuis la conquête, l’Algérie avait reçu 1,070,000,000 de marchandises dont
535.000. 000 de marchandises françaises, et n’avait exporté de ses produits que pour une valeur de 115,000,000, dont
57.000. 000 seulement en P’ rance. On connaît le résultat du libre échange en Portugal, depuis son alliance avec l’Angleterre : s’il a, en quelques années, amené la ruine complète d’une aussi riche portion de la péninsule, son application avec des réserves pi us défavorables encore, pouvait elle amener la prospérité d’une colonie dont l’agriculture et l’industrie étaient dans l’enfance, qui par conséquent était boi-s d’état de soutenir une lutte commerciale ? Il ne faut pas croire, du reste, qu’elle fût alfranchie de charges; si elle était exempte de l’impôt foncier, elle était soumise à toutes les contributions indirectes, qui ne sont point les moins importantes.
En définitive, presque tout l’argent apporté en .\lgérie, passait à l’étranger, ou retournait en France, pour enrichir le commerce de la métropole, ou pour diminuer le déficit que causait au trésor de l’État une guerre coûteuse, prolongée plutôt dans le but d’entretenir l’activité de l’armée que dans l’intérêt de la colonie. N’y avait-il pas une amère dérision à dire que l’armée faisait vivre les colons, lorsque les colons, comme l’armée elle-même, en étaient réduits à se nourrir à l’étranger ?
Cependant le ministre de la guerre finit par comprendre la position anormale dans laquelle se trouvait 1’ .Algérie et fit tous ses efforts pour l’eu faire sortir. L’iuiliaüve de cette im-
portante mesure est due à M. le général Daumas ; à peine appelé à la direction des affaires de l’Algérie, il proposa de modifier la législation douanière de la colonie. Le projet de loi qu’il fut chargé de défendre à l’Assemblée nationale, en qualité de commissaire du gouvernement, fut adopté le 11 janvier 1851. H y eut à vaincre bien des résistances et le triomphe fut incomplet. La loi du 1 1 ne renversa pas purement et simplement la barrière des douanes qui séparait l’Algérie de la France, elle l'ouvrit seulement aux produits naturels et à quelques produits de l’industrie, les uns et les autres, énumérés dans des tableaux annexés. D’un autre côté, certains produits étrangers nécessaires aux constructions urbaines et à la reproduction agricole, bien que soumis à une taxe en France, furent admis francs de droits en Algérie. Nous reviendrons plus tard, à propos de l’industrie qui y est plus particulièrement intéressée, sur les restrictions de cette loi; bornons-nous ici à constater ses salutaires effets. L’agriculture n’a véritablement commencé à se développer que depuis ce moment : on n’avait jamais tant fait pour elle; aussi, quelques années après, de merveilleux résultats pouvaient-ils déjà être constatés aux expositions universelles de Londres et de Paris. Tous les anciens villages étaient sortis de leur léthargie ; les nouveaux centres de population se créaient avec une facilité extraordinaire, dont l’administration locale, Ddèle à ses anciens errements, était la première à s’étonner ; enfin, la colonisation libre prenait son essor et formait de tous côtés de be<aux établissements agricoles. La nouvelle loi fut saluée comme un immense bienfait : ce n’était, en réalité, qu’une justice bien tardive rendue aux pauvres colons, qui, en quittant la France, ne croyaient pas passer en pays étranger.
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