‹ Histoire de la colonisation de l'AlgérieChapitre 6 sur 29 · fr · texte numérisé non relu

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Ce n’est pas tout : le palais épiscopal occupait aussi une parcelle de 14 mètres 33 c. d’un des îlots qui devaient être livrés à l’entrepreneur ; la remise de cet îlot avait été faite, avec plusieurs autres, à l’époque convenue, et l’entrejfreneur devait entrer immédiatement en possession ; il était entendu qu’on lui tiendrait compte de la parcelle occupée par l’évêché. On s’était endormi dans la persuasion qu’il acceptait cet arrangement , lorsqu’au bout de quelques années il vint réclamer de la ville d’Alger le paiement de l’intérêt à 10 p. 100 de la valeur totale de l’îlot incomplet, jusqu’au jour où elle serait en mesure de lui en livrer l'intégralité; se fondant sur ce que son contrat disait que les remises de terrains lui seraient faites îlot par îlot. Cette prétention avait été admise par le conseil de préfecture; mais heureusement le Conseil d'Élat, auprès duquel la ville s’est pourvue, annula l’arrêté du Conseil de Préfecture, et déchargea ainsi la ville d’une indemnité qui eût été peut-être aussi onéreuse pour elle que celle qu'il lui avait fallu payer pour la jouissance du corpsde-garde de la milice.

L’entrepreneur du tliéàtrc ne pouvait utiliser lui-même tous les terrains qui lui avaient été abandonnés ; il se hâta d’en aliéner une grande portion. Chaque mètre qu’il avait pris pour une valeur de 115 fr. 29 cent, a été immédiatement revendu par lui 170fr. 11 a donc pu réaliser ainsi sur le paiement un assez beau bénéfice , sans compter celui fait sur la construction elle-même. Elle avait été estimée

820.000 fr. ; mais les hommes les plus compétents en cette matière croient qu’il n’a pas dû dépenser plus de 600,000 fr., tout en remplissant exactement les conditions de son marché. Le fait est que l’architecte de la ville n’a pas hésité à donner sa démission pour pouvoir s’associer avec l’adjudicataire et proCter de tous les avantages que présentait le cahier des charges. Ainsi le chiffre des dépenses faites par

l’entrepreneur, pour la construction de la nouvelle salle de spectacle, dépasse de bien peu tous les frais accessoires dans lesquels on a été entraîné. Si au lieu de s’ingénier à doter Alger d’un théâtre qui ne lui coulât rien, le gouvernement s’était tout simplement décidé à en faire construire un, à prix d’argent , il aurait peut-être beaucoup économisé. D’une part, il n’aurait pas été obligé de faire des expropriations coûteuses; de l’autre, il aurait pu vendre en détail, à des conditions aussi avantageuses que l’entrepreneur, les terrains qui lui étaient inutiles. En outre, il aurait conservé des terrains qu’on ne devait pas être longtemps sans regretter.

Dans celte prévision, l’entrepreneur du théâtre, après avoir vendu 1 70 fr., pour des constructions particulières, une portion de ses terrains, s’adressa à un ami (pii lui acheta tout le reste, par-devant notaire, au prix de 200 fr. Ce tiers ne pouvait consentir à perdre, c’était donc désormais son prix d’acquisitiou qui devait servir de base à toute nouvelle transaction, si l’administration se déterminait un jour à racheter. Celte dernière n’était pas très-empressée d’avouer ainsi son imprévoyance ; mais elle eut bientôt la main forcée. Le nouveau propriétaire de la Jénina avait impitoyablement procédé à sa démolition, malgré les protestations que faisait, dans l’intérêt de la science et des arts, l’honorable conservateur du Musée : le profit était d’autant plus grand qu’il pouvait encore rester quelques matériaux précieux. Cette démolition démasquait complètement l’évêché. Les vieux murs de l’édifice, qu’il avait fallu étayer, n’étaient pas une perspective de nature à beaucoup embellir la grande jdace et ne servaient plus qu'à cacher le portail do la cathédrale. Au contraire, la charmante demeure épiscopale avait beaucoup gagné à cet isolement. Mgr Pavy s’était empressé d’y faire ouvrir des fenêtres, dont la vue s’étendait jusque sur le port et la mer. Il eut alors l’idée, afin d’empêcher que des constructions profanes ne vinssent s’interposer, de proposer à l’administration do convertir en jardin l’emplacement de

la Jénina. Il fallait 200,000 fr. pour en opérer le rachat. Fatigué des résistances qu’il éprouvait, Mgr Pavy s’adressa à l’impératrice. Tous les évêques avaient été invités à assister au baptême du prince impérial ; l’heureuse mère, en pareille circonstance, ne pouvait manquer de témoigner l’intérêt qu’elle portait à la religion. Grâce à cet auguste appui, la somme nécessaire fut octroyée. Ce fut un véritable triomphe pour Mgr l’évêque d'Alger en présence d’une administration qui méconnaissait ses bonnes intentions. Toujours est-il que c’était le meilleur moyen de sauver le souvenir du vieux palais des Deys : on ne pouvait donnera son emplacement une destination plus conforme au nom de Jénina.

Le nouveau théâtre, par son élégance, fait autant honneur à la ville qu’il embellit, qu’à rarchitede dont il prouve le bon goût. Construit dans de bonnes conditions, tout porte à croire qu’en y touchant, pour l’agrandir, on ne sera pas obligé de le recommencer comme la cathédrale. 11 n’y a pas non plus à se plaindre de rentrcprencur, qui n’a fait que remplir scrupuleusement les conditions de son marché, et personne ne peut trouver mauvais que, dans cette afiaire, il ait cherché à défendre ses intérêts.

Cet exemple ne prouve pas moins que le précédent combien la fortune publique est gaspillée en Algérie. Quand nos colons se plaignent de l’étroite tutelle qu’on leur impose et des restrictions mises à leurs droits de citoyens, ne sont-ils pas complètement justifiés par la manière de faire de ceux qui sont chargés de veiller aux intérêts de leurs cités? Quoique la construction du théâtre fût une affaire de commune, l’administration municipale a été complètement mise de côté et tout s’est décidé par une commission spéciale nommée par l’autorité supérieure.

Un autre édifice, à peine achevé, donne encore la mesure de l’intelligence des administrateurs de la colonie. La culture du tabac, comme nous le verrons plus tard, y a fait de tels progrès ces dernières années, que le gouvernement, qui

fait des achats considérables à Alger, s’est vu dans la ncccssilé d’y établir un enlrepcM. Il y avait dans les nouveaux quartiers beaucoup de terrains non encore bâtis qui eussent parfaitement convenu ; mais la plupart étaient déjà entre les mains des particuliers, on a pensé qu’il serait trop cher d’en faire l’acqu'sition. Par économie on a donc cherché un terrain appartenant à l’Ktat; ou n’a trouvé de disponible qu’une maison de campagne mauresque située à Hussein-Dey, à une lieue et demie de la ville, et autour de laquelle on avait construit précédemment des baraques en planches pour y loger de la cavalerie. Immédiatement d’immenses constructions furent mises en adjudication. Il faut reconnaître qu’elles sont très-bien appropriées à leur destination, mais leur emplacement n’est pas heureux. Beaucoup de colons ont un trajet plus long à faire pour livrer leurs marchandises, et tous n’en sont pas moins obligés de venir à Alger pour y faire les acquisiliuns dont ils ont besoin. Il est donc regrettable que l’entrepôt de tabac ne soit pas placé à Alger même. Son éloignement préjudicie surtout aux petits colons qui n’ont pas un chargement complet à livrer. Le transport d’Alger à Ilussein-Dey leur revient alors aussi cher que le transport à Alger par le roulage sur une distance de plus de dix lieues. .Mais c’est surtout pour l’administration des tabacs que cette situation devient très-onéreuse. Comme tous les tabacs qu’elle achète sont destinés aux manufactures de France, elle a, quand elle fait ses expéditions, d’énormes ballots h transporter au port, tellement que si son entrepôt avait élé placé dans le voisinage, elle eût pu, chaque année, épargner 30 à 40,0< 0 fr. L’économie du terrain, en définitive, n’en est pas une, puisqu’elle grève chaque année l’administration d’une forte dépense et qu’elle complique la besogne des administrateurs, obligés sans cesse d’être en compte avec le Trésor.

A'ous n’en finirions pas si nous voulions suivre, sur le chapitre des bâtiments civils, l’administration dans toutes les

villes. Ce que nous en avons dit suffît pour faire comprendre ce qu’il en doit être, lorsque la direction de ses travaux tombe entre les mains d’agents inférieurs, et quand les fonctionnaires, chargés du contrôle, n’ont pu être parfaitement choisis.

Bornons-nous à constater les dépenses faites dans la colonie pour les hâtiments civils et à signaler les principaux édifices construits par l’administration. Les documents officiels ne sont au complet que jusqu’en 1854. Au 31 décembre de cette année il avait été dépensé pour :

1* La justice,

2' L’instruction publique.

3° Les cultes.

4® Les services administratifs.

5® Les services municipaux.

6® Les services maritimes.

7® Les services financiers.

8® Les établissements hospitaliers et sanitaires.

9® L’administration arabe.

10® Les caravansérails et les fondouks.

Total. 12,637,969 f. 16 c.

Les principales dépenses de la justice sont celles des prisons. La prison civile d’Alger, commencée en 1846, a été achevée en 1851. Elle est construite dans le système demicellulaire. Ce vaste établissement a coûté 815,323 fr. Placé au-dessous des casernes de la Kasbah, entre les anciens remparts et les nouvelles fortifications, il domine l’esplanade Bab-el-Oued et le Jardin-Marengo. Des travaux importants ont été exécutés en 1850 et les années suivantes à la Kasbah de Bône pour l’installation des déportés de juin. Mais la plus forte dépense de ce genre est celle de l’établissement disciplinaire de Lambèse. Elle s’est élevée à 2 millions. Exemple à donner avec tant d’autres, que toutes les dépenses portées

LES CONSTRUCTIONS IRBALNES

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au budget de l’Algérie n’ont pas eu toujours pour but le plus grand intérêt de la colonie.

Tant que l’instruction publique est restée à la seule charge de l’Etat, elle s’est très-peu développée dans la colonie. En 1851 il n’y avait encore qu’un lycée à Alger, et quatorze écoles dans toute la province. On ne comptait que cinq écoles dans la province de Constanline et deux seulement dans celle d’Oran. Le gouvernement y avait dépensé 317,715 fr. 90 c. .Mais à mesure que les communes se sont constituées, l’attention des conseils municipaux s’est portée de ce côté : ils ont voté à l'envi, dans la mesure de leurs ressources, toutes les sommes nécessaires aux précieuses fondations de ce genre ; et si l’essor donné par eux n’eût été souvent comprimé, les colons jouiraient déjà, pour leurs enfants, de bien des établissements qui leur manquent.

Nous avons dit quelques mots des soins pris par le gouvernement pour encourager tous les cultes, ce qu’il avait fait pour pallier le préjudice irréparable fait par notre conquête au culte mahométan, et pour donner à la population juive, si méprisée des musulmans, quelques preuves de notre sympathie. La cathédrale à elle seule, sans compter les dépenses faites pour l’évêché', a déjà absorbé près de la moitié des sacrifices faits par le culte catholique ; cependant, quelques jolies églises ont fini par être construites dans les principales villes. A Oran, on y a consacré 149,007 fr. ; à Arzew, 95,600 fr.; à Mostaganem, 135,500 fr.; à Philippevillc, 134,648 fr. ; à Bône, 237,000 fr. ; à Bouffarik, 106,462 fr. Ce n’est pas la faute des colons si, dans des centres moins importants, des édifices religieux n’ont pas été commencés ou l’ont été tro[» tardivement. Dans bien des localités, beaucoup d’entre eux avaient proposé de prendre à leur charge les

• .Maigre la louable résistance de Mgr l'ércque d'Alger, cette jolie niuisoii maures(|ue ne sera pas présenée du vandalisme moderne; il a été décidé qu'un de ses côtés serait démoli pour élargir une rue qu'il était facile d'aligner d'une autre façon; de .sorte qu'une partie des terrains rachetés de la Jéniiia va servir aux recoiutructions du palais épiscopal.

transports de matériaux nécessaires, et s’étaient même offerts pour aider les ouvriers d’art; mais ces combinaisons eussent nui à la simplicité des comptes des entrepreneurs, avec qui opèrent les agents des bâtiments civils.

On comprend, en Algérie, sous le titre de services administratifs, les dépenses qui, en France, sont à la chai^ des départements pour les préfectures, les sous-préfectures, la police et la gendarmerie. La préfecture d’Alger a coûté 200,000 fr., celle d'Oran 140,480 fr. 96 cent. ; les sous-préfectures de Blidahetde Bône ont coûté chacune 105,400 fr. La statue du maréchal Bugeaud, inaugurée le 15 août 1852, au milieu de la rue d’Isly, à Alger, figure aussi dans ces dépenses. Elevée sur un bloc de porphyre du cap de Fer, elle a coûté 45,716 fr. 15 c. à l’État.

Les services municipaux ont été longtemps confondus avec les autres ; leurs dépenses pour toute l’Algérie, depuis l’occupation, ne s’élevaient encore, à la fin de 1851, qu'à la somme de 874,211 fr. 06. Près de la moitié de cette somme avaitété employée à des constructions d’abattoirs. Ces derniers établissements demandent, en Algérie, des divisions particulières, appropriées aux différents cultes. Les musulmans ne touchent pas aux viandes des animaux saignés ; d’un autre côté, les Juifs ne mangent que les animaux saignés par leurs rabbins, seuls sacrificateurs reconnus par la loi de Moïse.

Les dépenses des services maritimes ne s’appliquent qu’aux locaux affectés à la direction des ports et aux caserne de marins.

Les bâtiments de la douane, du domaine, du trésor et de la poste, ainsi que les poudrières et les entrepôts de tabac, appartiennent aux services financiers. L’entrepôt d’Hussein- Eley, pour le tabac, a coûté plus de 800,000 fr.

L’administration de la guerre ayant construit dans presque toutes les villes de magnifiques hôpitaux, la tâche de l’administration civile s’est trouvée simplifiée, comme nous l’avons fait rcmar({uer, quant aux établissements hospitaliers.

La plus grande dépense de ce genre a été faite à la Galle. En Tue des nombreux pêcheurs de corail qui fréquentent ces parages, on y a employé 280,000 fr. à la construction d'un hôpital. La plupart des orphelinats et des maisons de refuge ayant été fondés par des congrégations religieuses, l’administration n’a pas eu non plus beaucoup de frais à faire pour la construction de ces établissements : ils ne s’élèvent pas à 118,000 fr.

Tous les bâtiments du service militaire, qui sont ordinairement à la charge de l’administration de la guerre, comme les maisons de commandement, les casernes et les hôpitaux militaires, ont été construits en Algérie aux frais de cette même administration ; mais les bâtiments dont elle n’a pu trouver le modèle en France sont tombés à la charge du budget local et municipal. C’est ainsi qu’on y voit figurer les bureaux arabes , les 'maisons destinées à recevoir les hôtes indigènes, et même les maisons de commandement quand elles sont occupées par des chefs indigènes. Les plus remarquables bâtiments de ce genre sont ceux d’ Aïn-Beïda , situés sur le territoire du Harakta , dans la province de Constantine : ils comprenaient à la fois le bureau arabe, la maison du kaïd et celle des hôtes. Réunis ou séparés, ces bâtiments sont, en général, construits avec autant d’élégance que de solidité : n’étant plus astreints à des plans réglementaires et uniformes, les ofhciers du génie ont pu donner essor à leur goût pour les arts; au besoin, ils ont fait appel à la générosité des indigènes, afin de suppléer par des dons volontaires et des corvées aux insuffisances budgétaires.

Les caravansérails et les fondouks , construits par l’administration militaire sous la direction du génie, ont également été classés parmi les bâtiments civils et mis à la charge du même budget. On entend par caravansérails des hôtelleries d’un style plus ou moins oriental , échelonnées d’étape en étape, sur toutes les routes encore désertes, pour recevoir les voyageurs. Leurs vastes enceintes sont flanquées de tou-

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