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CHAPITRE V. LA COMÉDIE D ARISTOPHANE

sirs, voudrait le retirer des Enfers. Il est accompagne d'un des fonctionnaires de l'État, naturel lemenl un esclave, et à ce titre tondu, bavard, agressif, indiscipliné, et monté comrae Silène sur un âne. Force lui est de siihir tous les mauvais traitements qu'un maître impérieux et dur infligeait aux gens de sa condition ; il est injurié sans motif, abusé par des promesses sans résultat, chargé déplus de paquets qu'il n'en peut porter, et le malheureux suit péniblement, tout préoccupé de sa peine, et répétant comiquement quand son maître a parlé : Et de moi, pas un mot (1)! Ce Bacchus-là ne devait pas être très-avisé : les tragédies lui ont cependant appris ({u'Hercule était jadis descendu aux Enfers ; pour lui ressembler il prend une massue, étend une peau de lion sur sa robe jaune et, tout incapable d'un avis sensé que fût ce demi-dieu obtus, va consulter son expérience. Hercule lui conseille de se jeter tête baissée du haut d^un rocher ou de se pendre à un arbre solide : ces moyens expéditifs lui agréent peu; il préfère s'acheminer plus lentement, et de son pied, mais le poëte vient à son secours, et il se trouve tout à coup sur les bords du Styx.. Gharon le passe complaisamment dans sa barque, et il y donne un nouveau témoignage de son impuissance : quoiqu'il tienne une rame et n'ait qu'à en frapper l'eau, il ne fait point cesser les cris importuns des grenouilles (2). Il croyait inspirer par son déguisement des terreurs qui éloigneraient de lui tout danger; il ne songeait pas que la gloutonnerie et les violences d'Hercule avaient laissé aussi d'amers ressentiments et pouvaient compromettre ses épaules.

cirait pas iudividuellonioiit puui- arbitres; mile à im esclave, v, 746 et suivants ; quant

mais, «luoique leur représentant, Bacchus ne à Silène, il était habituellement représenté

doit pas lui inspirer les mêmes répugnances : chauve : voy. Welcker, Zeitschrifl fur aile

'ï.T.i'T-.i-W;, ÔTt^i Tf,î Tixvvîç IsAZîtfo; ^v • Kuiist , t. I, p. 39 i , ct MUUer, Atchàologie

Ibidem v. 8H. ^^^'* ^'w''' P- ''0'* cl 609, 3* édition.

,.\ „ , , . ^, , R , . \'2l Aristophane désitrne par là les svco-

( * ) nsp'. èuiO'j 5 ouSei; k'j-"jc ■ , ^ ' \ • . ■ , , , . 1 ^

^ % I (/• phantes , qui coassaient si désagréablement

pour les bons citoyens dans les bas-fonds de

Eaque, le magistrat des Enfers, est aussi assi- la République.

4i2 LIVRE IV. COMÉDIE GRECQUE.

Après bien de IVayeuis, il sauve enfin sa divinité des derniers outrages, pénètre jusqu'à Pluton et obtient l'autorisation de ramener sur la terre celui des poètes tragiques qu'il en jugera le plus digne. Ici commence le vrai sujet de la pièce, la comparaison de l'ancienne et de la nouvelle tragédie. L'une, représentée par Eschyle, est austère, monumentale, splendide, profondément religieuse et d'un patriotisme ardent, mais rude, roide (i), abrupte, rocailleuse et massive (2). L'autre, celle d'Euripide, est coulante, diserte, variée, touchante, mais subtile et déclamatoire, fragile, élégiaque, souvent immorale et quelquefois athée. Selon l'usage du Peuple athénien. Bacchus hésite, flotte, change d'opinion, en change encore et pose enfin la question importante : Quelle est celle de ces tragédies qui donnerait les meilleurs conseils à la République (3)? Avec son style d'oracle Eschyle l'emporte aisément, et pour consolider son triomphe offre de prouver, la balance à la main, que deux de ses vers ont plus de poids que les œuvres complètes d'Euripide, y ajoutâton le poëte en personne, sa femme qui passait à la vérité pour fort légère, et un esclave que la rumeur publique faisait complice de ses légèretés. Cet arrogant défi semble à Bacchus une raison évidente : il se prononce définitivement pour Eschyle, et les vrais Athéniens sanctionnent sa décision en couronnant la pièce (4).

Quoique Aristophane en ait fait le sujet principal de plu-

(1) Euripide lui reproche de rechercher phaue avait retouché le manuscrit. Car les les grands mots escarpés, l--o:j,ï);4.va; V. y 29. vers 1469-70, où Euripide reproche à

(2) Aussi Eschyle redoute-t-il , v. 808, Bacchus de violer un serment solennel en TO'.ytDpyoj;, les eflondreurs de muraiUcs. lui préférant Eschyle, ne sont point justi-

(3) V. 1420 et suivants. Bacchus inler- fiés parla version actuelle; plusieurs pasroge les deux poètes sur la meilleure manière sages (v. lo, v. 1450 et suiv.) ne permetde se conduire avec Alcibiade et sur le sys- tenl pas de douter qu'elle n'ait été intertème politique le plus avantageux à l'État. polée , et deux éditions différentes mêlées

(4) Par une exception bien rare, ils en par l'inintelligence d'un scribe , peuvent demandèrent même une seconde représenta- seules expliquer des interpolations si malation, et quoique aucun grammairien n'en ait visées.

parlé, nous croirions volontiers qu'Aristo-

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