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CHAPITRE V. LA COMÉDIE D'ARISTOPHANE

sieurs comédies (1), la saliro des femmes semble d'abord n'avoir pu se proposer que ramusement grossier de la foule. Des attaques si démesurées étaient trop blessantes pour servir de leçon à personne, et lors même que les Athéniennes auraient fréquenté le théâtre, ce n'était pas en affrontant ses scandales habituels qu'elles eussent appris à mettre plus de pudeur et plus de dignité dans leur vie. Elles n'auraient d'ailleurs compris que le sens direct des plus violentes injures : la nullité de leur éducation intellectuelle et une claustration presque absolue (2), qui leur interdisait jusqu'à la puérile distraction de regarder par la fenêtre (3), ne les laissaient accessibles à aucun autre plaisir que les excitations de l'ivresse et de la débauche (4). Mais sur ce côté si tristement défectueux de la civilisation grecque, il y avait pour un ami sincère de son pays beaucoup à s'afiliger, et pour un réformateur, même envers, beaucoup à entreprendre. Cet anéantissement moral de la femme n'était pas seulement une de ces déplorables coutumes qui s'infillrent on ne sait trop comment dans les mœurs et s'y maintiennent sans raison, par : icurie et par routine : c'était un sysième établi par la Loi (o); nous dirions volontiers un principe de la Constitution. En reconnaissant à chaque citoyen une personnalité absolue, restreinte seulement par la personnalité des autres, les démocraties extrêmes créent à leur insu des

(1) Sur les onze pièces qui uous sont par- (3) Thesmoplioriazusae , \. 790 et 797. venues, il y en a jusqu'à trois : Lysistrata, (4) Vingt passages d'Aristophane en témoi- Ecclesiazusae et Thesmophoriazusae. gnent beaucoup trop; mais nous rappelle-

(2) Ol/.ojf:iv était le premier devoir d'une rons seulement les lois de Solon et de Phifemme (Aristophane, r/iesmop/iorjazusae, v, lippide : voy. Plutarque , So/on, ch. xxi, 791 etsuivants; Euripide, Troadcs, v. 642- par. 5; Vitae, p. 107, éd. Didot, et Harpo- 64è>), et les maris ne se contentaient pas de cration, p. 270. On avait été obligé de créer fermer les portes au verrou, ils les scellaient des magistrats spéciaux (Yyvauovô|xoi) pour avec des cachets en cire; Aristophane, Thés- veiller sur leurs mœurs; PoUux , 1. vin, mophoriazusae, v. 414 ; Euripide, Danae , par. 1 12, et Hésychius, s. v. n).»iTa-o;.

fr. I (318 A, éd. de Wagner), v. 60. On ne (îi) Il y eut même une loi qui leur défen-

regardait pas même qu'il fût sage de leur dail de se montrer pendant le jour sans beau-

perraettre de recevoir dans leur gynécée des coup d'esclaves à leur suite , quand elles

fenunes étrangères; Euripide, ylnt/romac/te^ n'étaient pas ivres, et de sortir la nuit

v, 94b et 950. excepté pour se prostituer.

tyrans domestiques, devant une fraction active du Souverain l'épouse ^déshéritée par la Loi n'est qu'une créature inférieure (1), née pour obéir, parce qu'elle n'a pas le droifde commander. Il est donc au moins probable qu'Aristophane, l'ennemi des exagérations démagogiques, mêlait à ses grosses plaisanteries une pensée d'amélioration sociale que les esprits avisés savaient bien y découvrir; mais la masse des spectateurs n'y voyait que des bouffonneries inspirées par Bacchus, et les plus dévergondées semblaient les meilleures : c'était fête, et le peuple voulait s'amuser. Les Athéniennes avaient eu aussi leur retraite sur le Mont-Sacré (2) : elles avaient arrêté une suspension générale du mariage et déserté la maison de leurs époux. En ce temps-là par malheur on n'appréciait que l'histoire officielle, celle qui recueille le nom des magistrats et enregistre les batailles à leur date, et les circonstances de cette guerre de chambre à coucher ne nous sont pas connues. Mais puisque de mémoire d'homme il y avait eu réellement une. suspension générale du mariage, c'était un fait essentiellement vrai, qui ne pouvait plus paraître trop invraisemblable à personne , et Aristophane s'en saisit comme dun sujet appartenant à quiconque voulait rire. Il lui donna une cause sérieuse qui la rendait encore plus comique, lui supposa un but politique, qui intéressait même les célibataires et les veufs, et en fit le fondement de sa scandaleuse Lijsistrata (3). Le mariage n'exemptait pas à Athènes du service militaire : quand la guerre du Péloponèse eut duré plusieurs années, retenant pendant des mois entiers les époux dans des expéditions lointaines, les femmes furent

(1) Platon, Meno, par. lxxi: Aristote, De Aristophane, niais il avait un nom particu- Republica, 1. t, ch. 5 ; etc. La Loi los avait lier et était certainement connu du peuple endéclarées incapables de toute spéculation où lier : 'Ev -zal^ çjfaî? ■ Ecclesiazusae, \. 243. il s'agissait d'une valeur supérieure à une (3) Elle fut représentée dans la première raédimne d'orge ; Suidas, s. v. "Oxi itat^al; année de la xcn* Olympiade (4 H avant l'ère t. 11, p. I, col. 1188. chrétienne) , quand la guerre du Pélopo-

(2) Ce fait curieux ne se trouve que dans nèse durait déjà depuis plus de vingt ans.

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