‹ Histoire de la comédie ancienneChapitre 116 sur 129 · II. Rondes mimiques · texte numérisé non relu

II. Rondes mimiques

Nous citerons comme exemple des danses mimiques , une ronde normande fort grossière, mais qui, si nous ne nous trompons, n'avait pas encore été recueillie. On tourne d'abord lentement , et le mouvement devient beaucoup plus vif quand on répète le refrain.

Aveine , aveine , aveine , que le bon Dieu t^amène!

Avez-vous jamais oui comment on sème Taveine t mon père la semait ainsi,

( On imice l'action de semer.) puis se reposait un petit :

{On s'arrête, et l'on se tait un instant.) Aveine , aveine , aveine , Que le bon Dieu t'amène!

(1) Mémoires de l'Académie celtique , croix dans la droite, il était monté sur un t. II, p, 375-383. Chevalet tout doré ; Monde illustré, 25 avril

(2) Dans une fête toute récente d'Indiens 1863, p. 261.

où figurait saint Jacques, travesti en Sauvage, (3) Milne, Vie réelle en Chine, p. 26. avec une épée dans la main gauche et une

Avez-vous jamais oui comment on herse l'aveine?

mon père la Iiersait ainsi,

(On imite l'action de herser); etc.

Avez-vous jamais oui comment on sarcle l'aveine?

mon père la sarclait ainsi,

{On imite l'action de sarcler); etc.

Avez-vous jamais oui comment on fauche l'aveine?

mon père la fauchait ainsi,

{On imite l'action de faucher) ; etc.

Avez-vous jamais oui comment on lie l'aveine.^ mon père la liait ainsi,

(On imite l'action de lier); etc.

Avez-vous jamais oui comment on rentre l'aveine ?

mon père la rentrait ainsi,

[On imite l'action de conduire une charrette) , elc.

Avez-vous jamais oui comment on bat son aveine?

mon père la battait ainsi,

( On imite l'action de battre avec un fléau) ; etc,

Avez-vous jamais oui comment on vanne l'aveine?

mon père la vannait ainsi,

(On imite l'action de vanner) ; etc.

Avez-vous jamais oui comment on meud son aveine ?

mon père la moulait ainsi,

[On imite l'action de moudre dans un moulin à hras) ; etc.

Avez-vous jamais oui comment on mange Faveine?

mon père la mangeait ainsi,

(On imite l'action de manger) ; etc,

Avez-vous jamais oui comment on ch.. l'aveine?

APPENDICE. 42o

mon père la ch.... ainsi,

{On imite l'action de ch....) puis se reposait un petit :

Aveine , aveine , aveine , que le bon Dieu t'amène (1)!

Il y a aussi une chanson de ce genre en catalan :

El meu pare quant Uauniba feya aixis, leva aixis, s'en donaha un cop al pit y s'en giraba.

Ireballeu , treballeu, que la cibada culliriau ;

treballeu , treballeu , que la cibada cullireu !

El meu pare quant sembrava, elc. (2).

On en connaît une en italien :

Pianta la fiaba

la bella villana (3) ,

et M. Fauriel a dit dans son Histoire de la Poésie provençale : Je me rappelle avoir vu , en Provence , quelques-unes de ces

(l) Cette chanson doit remonter à une cer- comme exemple celui du quatrième acte de taine antiquité, car au lieu de donner à avoine la Tancia de Michelagnelo Buonarroti.

l'ancienne prononciation grêle, qui était un p^^. ^^^f- j ^^^pj jntorno

des caractères particuliers du dialecte nor- - g^^^ maturi i erani :

mand, on prononce maintenant, et depuis j^^^^^j^ ,^ ^j^l^^ ^^ giorno

longtemps , avouène. Il existe une autre ^^j ^^^^^ ^^^^ balle grandi i pani ;

forme plus moderne dont nous rapporterons meniam le mani

seulement le premier couplet : ^^/^j^ seghiamo ';

Mon père semait son aveine {his) ; doman battiamo,

il faisait cha, il faisait ci ; l'altro al mulin : po' 1 pan facciamo,

{On imite V action de semer), poi lo 'nformian, poi ccl godiamo.

puis se reposait r.n petit [On se repose) : Deh che bella sementa

frappons des pieds, frappons d' la main , fu fatta in questi colli!

q' chacune embrasse son voisin ! non so , s' e' vi rammcnta

Dans l'énumération des jeux de Gargantua, d«' ^'^"'P*' ^'^"'' ^"^^^'■*^ """'^' ^ ""^^^^ *

Rabelais cite, 1. i, ch. 22 : A semer l'avoyne ^^^ ^'^*^^''

et au laboureur. n'andrem di giu ,

n'andrem di su

(2) Milâ, Ohservaciones sobre la poesia popular, p. 173. satolli pur sarem mai piu;

(3) r.os chansons mimées et dansées se <^ '^«'«•'' "^ ' ^•'^♦«"<* '" ' «*•=• retrouvent même dans les intermèdes des Itusticali (lettre primi Secoli,^' il 0 ; vieilles Commedic rusticale; nous citerons Venezia , 1788.

danses dont le sujet a l'air d'être fort ancien ; une entre autres, imitant toute la suite des actions habituelles d'un pauvre laboureur, labourant son champ, semant son blé ou son avoine, et ainsi de suite jusqu'à la fin (1). Jadis la ronde flamande Sala (2) se chantait aussi certainement avec des imitations mimiques.

Page 1