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CHAPITRE II. LES DIALOGUES BACHIQUES

De pareilles représen talions étaient trop bruyantes et trop irrévérencieuses pour que la Passion de Bacchus y lut à sa place : on y eût vu, sinon une révélation sacrilège, au moins une caricaturé de ce qui se passait dans les grands Mystères, et à défaut du sentiment public, la loi n'aurait pas toléré un tel manque de respect. Cette commémoration funèbre eût d'ailleurs été bien intempestive. On voulait célébrer dans ces fêtes la puissance qui avait fertilisé la vigne et mûri les raisins (1), le maître de toutes choses (2) et le principe vivifiant de la Nature. Pour répondre à la pensée religieuse du moment, il fallait grouper autour du dieu tous les symboles de la force et y rattacher, à l'exclusion d'aucune autre, toutes les manifestations de la vie. Il ne semblait pas avoir encore franchi les premières années de l'adolescence (3), et deux cornes à peine sorties de son front annonçaient l'indomptable énergie d'un taureau (4) ; il portait à la main, comme une image du printemps, un thyrse verdoyant (5),

leurs pieds : TpàYOuç* SarJfojç.,. 5ià t6 ■zçi'^w/ wxa '^y/'.v, dit Ht'sychius , et VEtymoIogicum magnum confirme celte explication : TpaYw5ia OT. xà TiokXà ot yo^'j' ^x Tarjpiov (ruvtjxavTO, o'j^ ixà- Xo'jv TfàYO'jç.

(i) Plutarquc, Symposion , 1. iv, chapitre dernier; Macrolîe, SalurnaUorum 1. 1, ch. 18 : voy. Welcker, Nachtrag zu Trilogie, p. 190.

(2) Aristophane, Acharnenses , v. 247; Thesmophoriazusae , v. 988.

(3) Tibi, cum sine eornibus adstas, Virgineum caput est;

Ovide, Metamorphoseon l. iv, v. 19.

Scuèque l'appelait nièmeSimulata virgo [Oedipus , y. 399), et Lucien, àSpôxîpoi; Y'jvaixwv • Dialogi deorum, dial. xvm. Aussi portait-il le xpcxonoi; [Bamie , v. 46 ; son costume ordinaire selon le Scoliaste , Ibidem : voy. \N inckehuann, Werke , t. V, p. 174, nouv. l'd. , et Creuzer, Gallerie zu den Dramalikern, p. 109), le iAan/.i'riirrfjP (voy. Scaliger, De comoedia et tragoedia, ch. xn ; dans Grouovius^ Thésaurus, t. VIII, col. l:)2l) et le Syrmai Séuc(|ue, Oedipus , V. 40-2. Ses suivants afrectaient à sou oemple des vêtements d(! i'eimuc ; Suidas,

s. V. 'lôûçaX). 0'. ; t. 1, p. Il, col. 97b.

(4) Les femmes qui célébraient sa fête à Élis, l'appelaient i;'.î xaOfî (Plutarque, Quaestiones graecae, quest. xxxvi), et Euripide lui faisait dire par Penthée : Texaûpuaai fà^ ouv ; Bacchae, v. 923. Cornua Liberi Patris simulacre adjiciuntur ; Festus, s. v. Cornua, p. 30. A'oyez aussi la note précédente ; Diodore , 1. iv, ch. 4, t. I, p. 189. éd. Didot ; JJicali, Monumenti inediti a illustrazione délia storia degli antichi popoliitaliani, pi. ix, fig. 1 ; Panofka, Il Museo Bartoldiano , p. 38, n'' 23 et 24, et Streber, Ueber den Stiermit dem Menschengesichte auf den Miinzen von Unteritalien und Sicilien ; dans les Mémoires de l'Académie de Munich, 18 37, p. n, p. 453 et suivantes.

(5) Voy, Aristophane, Ranae , v. 1211 ; Ovide, Fastorum 1. m, v. 7G4 ; Silius Italiens, Punicorwn 1. m, v. 293; etc. On en donnait même à ses suivants ; âvà Oûpa'yv ■zi TivAîTffwv , disait Eui-ipide des Bacchants , Bacchae, v, 80, et Ojpffoçôpoi ^aivà-ÎE? ; /&/ . dem, V. 103. Les exemples dans les monuments figurés sont innombrables: voyez entre mille autres le camée du Cabinet des Médailles, n" 77 , et les iiitailles, Ibidem, n°* 1642 cl 164b.

el le feuillage persistant du lierre (1) dont il se ceignait la tête, montrait que sa puissance, toujours active, n'était point affectée par le changement des saisons (2). Il criait sa joie d'une voix retentissante (3) ; sa marche était une course désordonnée (4). qu'accompagnaient et précipitaient encore les vibrations stridentes des cymbales et le bondissement de la trompette (5), et un phallus colossal, porté respectueusement dans une corbeille ou appendu au bout d'un bâton, manifestait l'immensité de ses facultés créatrices (6). A ses côtés cabriolaient tumultueuse-

( 1 ) Eiitî xiffffo^a'ix' «vaç , disait Ecphantidès ; dans Héphaistion , p. 96, éd. de Gaisford : nous pourrions citer aussi Aristophane, Thesmophoriazusae ,\. 988; Ovide, Fastorum 1. VI, V. 413 ; Claudien, De raptu Proserpinae., i. i, v. 16; etc. Les Bacchants euxmêmes en étaient couroiuiés ; Euripide, Bac- .chae, V. 81 et 106. Voilà pourquoi le lierre •' ouait un rôle dans les Jeux Hyacinthiens (Ma- *^robe, Saturnaliorum 1. i, ch. 18) et dans les initiations; Gerhard, Griechische Mysterienbilder, pi. i, m, vu, vm, ix et xii.

(2) La même raison lui avait fait consaci'er le laurier et le pin :

K'.(T!TH xal àaïvT, -:z'j/.a7;<.ivo; •

Hymnus in Bicchum , v. 9.

Kai xa-raoax/'.o'jffOi àfjoç \ iXâta; xldào'.ff'. •

Euripide, Bacchae , \. 109.

Voy. le vase en sardonyx du Cabinet des Médailles, connu sous le nom de Coupe des Ptolémées {n" 279), et le buste d'un Satyre ; Ibidem, n° 3283. Voilàpourquoi le pape Martin enfaisait un cas de conscience : Non licet ini-

quas observationes agere Kaleudarum

neque lauro aut viriditate arborum ciugere domos : omnis enim haec observatio paganismi est ; Jus canonicum, can. XIII, caus. XXVI, quest. 7.

(3) On l'appelait même îajcy.oîj le Criard, Bfô^toç, le Bruyant; Bacchae, v. 976 ; Hymnus in Bacchum , v. 10^ p. 80, éd. de Baumeister; Ovide, Melamorphoseon 1. iv, V. 11.

(4) 'Ataai'. 5{iô;ji.t;», disait Euripide; Bacchoe, V. 147.

'5; Eschyle disait en parlant des suivants do Bacchus :

'O lîî •y^aAy.oSi-co'.; xo-wXa'.ç Oîoôù •

Edoni; dans Strabon, 1. x, p. 470.

Où (T'JV A'.ovûffw

zC'itxCiv, £; àv ( âv'.' ) 'làav

rj;A7:ttv(ijv ( in' ) làz^oi; •

Euripide , Palamedes ; dans^^les Fragmenta , p. 760, éd. Didot.

Voy. aussi Bacchae, \. 153 ; A'irgile, Aeneidos 1. XI, V. 737; Ovide, Melamorphoseon 1. IV, V. 18, et Lampe, De cymbalis Vetentm , Trajecti, 1703.

(6) Hérodote, 1. II, ch. xlvui, p. 88; Lucien, De Syria dea, par. xvi; Scoliaste , ad Acharnenses , v. 243, p. lu, éd. Didot. A Chiusi, on a trouvé des phallus en marbre blanc de la hauteur d'un homme ; Gori, Muséum Etruscum , t. II, p. 144. In Liberi honorem patris phallos subrigit Graecia ; Arnobe , Adversus Gentes, 1. v, p. 176. De là son assimilation à Priape (Diodore, 1. iv, ch. 6 ; 1. 1, p. 190; Athénée, 1. 1, p. 30 B),et sa représentation avec un phallus : voy. Hirt, Bilderbuch fur Mythologie , pi. x, fig. 3. L hennés de Priape est réuni au thyrse sur une pierre gravée (Winckelmann, Description des pierres gravées duB. de Slosch, n° 1614), et adossé à l'autel de Bacchus dans mie fresque de la maison de Proculus à Pompéi; Bévue des Deux Mondes , 2' sér., t. XLVII, p. 226. Voy. dans Orelli les deux inscriptions, n° 221b et n" 2117. Fro, le dieu de la fertilité des anciens Allemands , était aussi représenté cum ingenti priapo (voy. Wolf, Beitriige z. deut. Mythologie , par. 107 et suiv.) , et à la fête des Caritachs de Beziers, qui se célébrait le jour de l'Ascension, en honneur de la puissance de la Nature et de l'Abondance, on attachait un gros phallus à la statue antique , connue sous le nom de Papesuc.

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