‹ Histoire de la comédie ancienneChapitre 21 sur 129 · CHAPITRE II. LES DIALOGUES BACHIQUES · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. LES DIALOGUES BACHIQUES

ment des divinités grotesques qui réunissaient à Timmorlalité des formes ridicules (1), et aux instincts lubriques de l'animal (2) un pouvoir dénié à l'homme de les satisfaire sans cesse. Un phallus d'une grandeur démesurée exprimait à la fois leur caractère surhumain et leurs rapports intimes avec le dieu qui pourvoyait à Tengendrement universel (3). Tous affectaient également l'ivresse : c'était un témoignage essentiel de dévotion (4); mais d'autres personnages, les Ithyphalles, ainsi nommés du phallus perpendiculaire (5) en bois de figuier (6) ou en cuir rouge (7), qu'à l'instar de leurs compagnons d'orgie ils étalaient

^1) Oî ffârjpo'. Toy Atov'jiTOu Uoot • Aretaeus , De causisetsi()nis acutoriimmorborum, LU , eh. XII, p. 4S. éd. de 1603 : voy. Diodore, L iv, ch. o ; Lucien, Conciîium deorum, par. iv; Philostrate, Imagines, \. i, ch. 14 et 15; L II, ch. 11 , et VEtymologicum magnum, .s. V. s i '. >. Tj V 0 i. Nous savons mèine par Servius, ad Eclogam v, v. 1, que le bélier qui marchait à la tète du troupeau s'appelait en dialecte laconien Tilyrus, et c'est précisément le nom que l'on donnait en Italie aux Satyres ; Hésychius, s. v. Titypoç; Elien, Variarum hisloriarum 1. m, ch. 40.

(2) Aretaeus, l. l.; Eusèbc , Praeparatio evangelica, 1. III, ch. xi, p. 111 , éd. de 1628 : voy. Ovide, Artis amatoriae \. \, V. 542.

(,{) Jam vero Liberi sacra, quem liquidis seminibus , ac per hoc non solum liquoribus fructuum , quorum quodam modo primatum vinum tenet, verum etiam seminibus animalium praefecerunt ; saint Augustin , De civitdte Dei, 1. VII, ch. 21 : voy. Eustathius , ad Odysseam,l. i, v. 226, p. 1413, 1. 35- 38. Il y avait même dans les Bacchanales d'Egypte des femmes qui promenaient une statue dont elles faisaient mouvoir l'énorme phallus avec des ficelles (Hérodote, 1. II, p. xi.viii , p. 88, éd. Didot), et cet usage subsiste encore maintenant à peu près comme «lans l'Anti(|iiité ; Wiikiuson, Manne r$ and rustoms of tite modem Egijptians, deuxième série, I. I, p. 344. Ce cidte était également jiratiqué dans l'Hindoustan par les sectateurs de Çiva , et flrandpré a dit avoir vu, eu 1787, une fètc au Congo où des hommes masqués portaient processionuellemenl un phallus (ju'ils agitaient an moyen d'un ressort; Voyage en Afri<iMP , t. I. p. 118. Les Espagnols trou-

vèrent aussi ce culte en Amérique , notamment à Panuco, où le phallus était conservé dans les temples ; tlans Ternaux , Premier Recueil des pièces sur le Mexique, p. 84. On y attachait d'abord certainement des idées de piété sérieuse (voy. Aristote, Politique, L vil, ch. 7, et le Scoliaste d'Aristophane, adJSubes, v. 71), et cette signification mythique fut beaucoup plus générale <|u'on ne le suppose. On vénère encore maintenant dans plusieurs bourgades de la Fouille FI santo membro.

(i) O'jA effT. (1. EvTi) 5'.9'Jpa(i.&o;, ôV.j^' û^wp iriY;ç • Épicharme ; dans Athénée, L xiv, p. 628 B.

(5) O ïavOiaç tôv t^aWv^ ôp6ôv (Tr/jtrâTw •

Aristophane, Acharnenses , v. 243.

Voy. aussi v. 259-260, et Antichità di Ercolano , t. IV, pi. xLv.

(6) -ix'.v'.i; (voy. Suidas, s. v, «aXXo:) : de là le nom des Satyres , SuivKm;? ; dans Athénée, L i, p. 20 E. La cause qui faisait préférer le figuier à tout autre bois, était mythique et d'une obscénité révoltante : voy. saint Clément d'Alexandrie , Cohortatio ad Gentes, t. I, p. 30, éd. de Potter, et Arnobe, Adversus Gentes, L v, p. 177.

(7) 'Epjôfov t;axpo'j- .\ristophane , Nubes, V. 539; i; ipvOpiôv iîpjxâTiov ■ Suidas, t. I, p. II, col. 976, éd. de Bernhardy.

At ruber, hortorum decus et tutela, Priapns;

Ovide, Fastorum 1. i, v. 415.

Voy. \Vieseler, Annali delV Jnstituto archeologico, t. XXXI, p. 373 ; Monumenti drlV Jnstituto, t. VI, pi. xxxv, fig. 1, et Theatergebdude und Denkmiiler des Bûhnenicesens bei den Griechen und Bomern, p. 58 et 60.

avec une impudicité tout orientale, étaient plus spécialement chargés de cette partie du culte. Comme preuve parlante qu'ils avaient déjà dignement célébré la fête et bu à pleine bouche, jusqu'à la dernière goutte, le vin de quelque amphore, ils se barbouillaient le visage de lie, et, lorsqu'elle venait à leur manquer, y suppléaient par du jus de mûres ou de la sanguine. Bacchus n'avait échappé aux poursuites vindicatives de Junon qu'en se dérobant à tous les yeux, et en mémoire des dangers qu'il avait courus dans son enfance, quelques-uns de ses suivants s'étaient couvert la figure de larges feuilles. Un déguisement si primitif devint bientôt moins grossier et plus profondément mythique; les Ithyphalles prirent réellement un nouveau visage, un masque, et crurent par cette transformation abonder dans les intentions du dieu qui se plaisait à multiplier la vie sous dss formes toujours différentes (1), et rendre hommage à son pouvoir (2). La plupart étaient couronnés de fleurs, ainsi qu'au sortir d'un joyeux festin; leurs masques rubiconds exprimaient l'ivresse satisfaite, et leurs longues manches violacées semblaient imprégnées du vin tombé de leur coupe. Une tunique bigarrée, encore à moitié blanche, témoignait, par ce honteux désordre de leur toilette, de tout l'excès de leur débauche, et un manteau tarentin, jeté de travers sur leurs épaules, balayait insoucieusement la terre (3). Mais dans la doctrine des philosophes et dans les croyances éclairées des initiés, la vie n'était séparée de la mort que par de vaines apparences : le linceul cachait la suite comme un rideau de théâtre tombé tout à coup au milieu d'un drame; mais

(1) Aussi y voyait-on uu nom mytliologique du soleil (Firmicus 3Iaternus, De errore jwofanarum reîigionum , P- 19; Welcker, Nachtrag z.d. Trilogie, p. 190), que l'on adorait également sous la forme d'un phallus; Lobeck, Agluophainus , p. 499.

(2) Trop de bagues sont ornées de masques pour qu'ils n'eussent pas une valeur et une destination religieuses : on les regardait

certainement comme des amulettes. Nous savons d'ailleurs que Bacchus était quelquefois représenté par un masque (Pausanias, 1. I, ch. n, par. 4; I. II, ch. xi, par. 3), et qu'on l'appelait alo'Xo^xopçoi;.

(3) Athénée, 1. xiv, p. 622 B; Harpocration,s. v. 'iftûoaXXoi ; Suidas, s. v. <I>aÂ.

■Xoçôpoi et 2r;jA0i;.

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