CHAPITRE II. LES DIALOGUES BACHIQUES
qui grossissaient la Pompe sans en faire partie. Longtemps après que toutes ces questions d'origine furent devenues bien obscures, la tradition leur conservait encore un rôle irrégulier et fortuit : ils entraient en dansant sur le théâtre, quoique rorchestre fut, à l'exclusion de tout autre endroit de la salle, destiné à la danse (1). Quelquefois même ils se divisaient en plusieurs bandes, sans observer aucun ordre ; une partie arrivait contrairement à tous les usages par le milieu de l'orchestre (2), et sans changer de place (3), ils chantaient des vers de toute mesure (4), comme des curieux arrêtés pour voir passer un cortège et n'obéissant qu'à leur fantaisie. Leur vêtement avait cependant une sorte de régularité : c'était celui des anciens Athéniens , une. tunique de laine blanche et un grossier manteau de peaux cousues (S) , qui tranchait avec les costumes de fantaisie dont s'affublaient les vrais acteurs , et les faisait reconnaître pour d'honnêtes citoyens mêlés par hasard aux gaietés de la fête. Après leur avoir ceint la tête, une grosse guirlande de violettes et de lierre leur retombait sur la poitrine (6) , et à la différence des membres officiels du cortège, ils n'avaient point de masques (7). Si par respect humain ou un dernier égard pour eux-mêmes, ils désiraient échapper à tous les regards, ils se couvraient le visage d'ècorce de papyrus , le défiguraient par une épaisse couche de suie ou le dissimulaient sous des nattes de serpolet et
(1) Voy. le témoignage d'Hypéridos, con- Nous n'apportons point des cliants ((ui aient serve par Harpocratiou, s. \. 'lOJïa).Xoi. Aussi déjà servi ; nous commençons une liymne dont quand des histrions étaient appelés à don- vous aurez les prémices. Aussi , selon Athéner des représentations en ville, était-ce tou- née, 1. xiv, p. 621 F, ne donnait-on à Sicyone jours des Uhyphalles (voy. Athénée, l. iv , le nom de Phallophores qu'aux acteurs (jui p. 129 D), et ils figurèrent seuls avec les improvisaient.
autres comédiens lors de l'entrée de Démé- (il) Il s'appelait y.ajvày.r,, cl était encore
Irius à Alhéiios; Ibidem, 1. vi , p. 2:'»3 C. en usage du temps d'Aristophane; Vespae ,
(2) Athénée, 1. xiv, p. G2i C. v. 1131 et suivants.
(3) Leur chant s'appelait ii«T'.;AO/. /6) .A.thénéc , 1. xiv, p. 622 C.
fi) Usdisaientdansunerluiiisondonl Athé- (?) Suidas, s. v. I^iIao; et 'l'aA).&=&j>oi.
uée ,/•/•, nous a conservé les premiers \ers :
des feuilles d'acanthe (1). Leur signe caractéristique était, ainsi que l'indique leur nom', un phallus attaché à la ceinture ou pendu au cou ; mais ils ne le portaient point , au même titre que les Ithyphalles, comme un emblème de la puissance créatrice et un hommage rendu à la divinité de Bacchus. En sa qualité de dieu infernal, on lui supposait des Larves dans son cortège (2), et la sinistre influence des morts était déjà dans l'Antiquité une superstition établie par de nombreuses histoires (3). Le peuple attribuait un pouvoir de fascination, même aux hideuses figures qui semblaient les représenter, parce qu'elles n'avaient plus rien d'humain , aux masques (4). Ils le frappaient d'inquiétude et d'effroi, et sa logique en avait conclu que les symboles de la vie inspiraient aussi aux morts d'invincibles répugnances. Le phallus était devenu dans sa croyance un amulette (5), qui devait mettre les Larves en fuite ou du
(1) Athénée, 1. xiv, p. 622 C; Suidas, s. V. 2ti(aoî, t. II, p. II, col. 735, éd. de Bernhardy .
(2) Voy. comme témoignage de la participation des morts à son culte, Ranae, v.448- 4b3.
(3) Voy. Piutarque, Quaestionum convivalium 1. V, ch. vm, p. 8 30, éd. Didot, et Suidas, s. \. <!>•.). Tijiiov, t. II, p. ii, col. 1467, éd. de Bernhardy.
(4) Factumque est ut effigies Maniae suspensae pro singuiorum foribus periculum, si quodimmiueret familiis, expiarent; Macrobe, Satiirnaliorum 1. I, ch. vu, p. 221, éd. de 1670. Yoilà pourquoi on sculptait des inascjues sur les tombeaux ; nous citerons entre autres celui du Musée Campana , cl. IV, série vin, n°4i7, et ceux du sarcophage de la villa Pinciana; 31illin, Monuments antiques, t. I, p. 42. Voy, le Bullettino deW Instituto archeologico , 1843, p. 142, et Visconti, Museo Pio-Clementino,\.\, pi. vm. Ficoroni a même publié une urne sépulcrale dont le couvercle est orné de trois masques en relief (Le Maschere sceniche , p. 209), et l'on a trouvé à Athènes des masques dans 1 intérieur des tombeaux ; v. Stackelberg, Die Grdber der Hellenen, pi. 79, fig. 3-6.
(s) Voy. Winckelmann, Descript. des pierres gravées du Baron de Stosch, n°* 1609 ,
1648, 1649, ; Caylus, Recueil d'Antiquités, t. IV, p. 231 , et pi. Lxxii , fig. 6; Einele, Ueber Amnlete , pi. i, fig. 1, 2, 3, b, 6, et pi. H, fig. 1 , 3, 4, 6 ; Bonnin, Antiquités gallo-romaines des Eubuvoriques, pi. xxvm, fig. 1, 2, 3, 4, et la Revue archéologique , 1852, p. 247. On en gravait même sur les médailles des empereurs romains (Baudelot, Utilité des voyages, t. I, p. 343 et 344), et r<m croyait ajouter encore à sa puissemce en le rendant plus vivant, en lui donnant des ailes; AViuckelmann , /. t., n°' 1652 et 1653. A défaut duu phallus mieux conditionné, les Bomaius repoussaient les mauvais Esprits en limitant de leur mieux ; ils faisaient la figue: voy. Jahn, Ueber den Aberglauben des bôsen Blicks bei den Alten, pi. iv, fig. 9 et 10, et Echtermeyer, Ueber Namen und symbolische Bedeutung der Finger bei den Griechen und Rômern, p. 32. Ils croyaient même se garder par le simulacre du xtîIi; :
Signaque datdigitis medio cum poUicejunctis, occurrat tacito ne levis umbra sibi ; Ovide, Fastorum 1. v, v. 433.
Voy. Gerhard, Etruskische Spiegel, pi. xn, fig. 2; Grivaud de La Vincelle, Antiquités gauloises, pi. m, fig. 5; pi. x, fig. 10, et Jahn, l. l., pi. IV, fig. 7 et 8i