CHAPITRE III. LA COMÉDIE DORIENNE
apprend quels étaient le plan et la marche des comédies d'Épicharme. On a supposé, d'après un vers d'Horace (1), que leur action était rapide et compliquée ; mais la précipitation et le désordre répugnaient à l'esprit dorien, et ces comédies succédaient immédiatement à des scènes décousues, sans intrigue et sans autre sujet qu'une lutte d'insolence. Le public était habitué à la simplicité et à l'immobilité de ses pièces, et lors même que la poésie d'Épicharme n'eût pas servi de doublure à sa philosophie, aucune raison suffisante ne l'eût poussé à compromettre son succès par des innovations au moins téméraires. Le hasard nous a même conservé une preuve positive du contraire. Il y avait dans le Mariage (TBébé une description trèsdétaillée du banquet, plus de deux cents mets sont cités avec complaisance dans les fragments, certainement incomplets, que nous en possédons encore (2), et cette interminable énumération n'aurait pu entrer dans une pièce un peu pressée d'arriver au dénoûment. Les comédies d'Épicharme se composaient donc, selon toute apparence, d'un petit nombre de scènes trèsdéveloppées, et Horace n'a voulu parler que de la rudesse et de l'irrégularité d'une versification insuffisamment travaillée (3) ou d'un style au courant de la plume, tout mêlé d'archaïsmes et de trivialités (4). L'esprit consistait sans doute surtout dans ces jeux de mots (5) et ces antithèses bouffonnes si chères aux Siciliens (6), et quand, retiré à Syracuse, Épicharme s'adressa
(1) Plautus ad e\emplar siculi properare même à publier un commentaire pliilologique
[Epicharmi; de ses œuvres.
Epistolarum 1. II, ep. i, v. 58. (5) Il appelait un Pédagogue, K6Xa=oç et
(2) Ils se trouvent tous dans Athénée, et Kôv^aXo;; un Yètenient de fenuue , 4>p'jywv, et un seul, 1. 111 , p. 83 C, contient onze vers, un Débiteur, l'.d.ziç: voy, aussi les trois vers
(3) On sait quel jugement sévère Horace du Logos et Loginna , cités par Athénée, portait de la versification, probablement 1. viii , p. 338 D.
moins négligée , de l'iaute ; De arte poeltca , (6) Nunquam tam malc est Siculis , quiu