CHAPITRE III. LA COMÉDIE DORIENNE
plus qu'un croquis d'après nature, sans commencement ni fin; une découpure à remporte-pièce de la vie vulgaire , que dépoétisaient encore des maximes pédantes et honnêtes (1). Elle avait abouti aux Mimes de Sophron (2) et de Xénarque (3), et quand, ramassée à terre par un poëte et sortie des plagiats de la réalité, elle recouvra quelque imagination, loin de se rapprocher du vrai drame, de celui qui produit véritablement quelqu'un et représente quelque chose, elle s'en éloigna encore davantage, et trouva sa dernière expression dans les conversations impossibles des bouviers imaginaires de Théocrite (4).
(1) Déniétrius va même jusqu'à dire qu'on en avait extrait des i-roverbes : (ryoS&v 8i -^âaaq èx Tûv OfaïAàTwv avjToO ( -wœpovoç ) xà? 7iaço<.it.ia^ ix-lila.: itrùv " De Elocutionc , p. 156.
(2) Il était, selon Suidas, contemporain de Xerxès et d'Euripide : on le suppose ne vers la lxxx*^ Olympiade, 450 ans avant l'ère chréticmie. Ses fragments ont été recueillis pour la première fois par Blomfield, Classicol journal^ t. IV, p. 380 et suiv. Une seconde édition améliorée en a été donnée dans le Muséum criticum Cantabrigense , t. II, p. 341-358 et p. 559-569 ; ils ont été reproduits et augmentés par M. Ahrens, De dorica Dialecto, p. 464-476, et M. Fiihr en a ajouté cinq, De Mimis Graecorum, p. 69-70.
(3) Il était fils de Sophron , et semble avoir donné à ses Mimes des intentions plus licencieuses ( voy. Suidas, s. v. ^wTà^t;) et plus satiriques : voy. Photius , Lexicon , p. 485, et Suidas, s. v. Pvjyîvouç.
(4) Plusieurs savants ont même cru qu'il avait imité des Blimes (le Scoliaste sur le V, 12 de l'Idylle n ; l'auteur de l'argument de l'Idylle xv, p. 816, éd. de Kiessling ; M. Eggcr, Mémoires de littérature ancienne, p. 259 ; etc.) : mais les premières bucoliques étaient aussi dialoguées et probablement représentées (voy. Welcker, Kleine Schriften, p. 404, et Hauler, Theocriti Vita^ p. 41); elles cherchaient également, eu voulant seulement y mettre plus de poésie, à peindre la vie réelle, et aucune raison n'autorise à supposer que Théocrite ait préféré les copies eflacées de Sophron aux modèles animés qu'il avait sous les yeux. Des ressemblances matérielles évidentes pourraient seules donner quelque vraisemblance à ces conjectures , et toute comparaison est impossible : c'est à peine si quelques fragments insignifiants de Sophron nous sont parvenus.