‹ Histoire de la comédie ancienneChapitre 5 sur 129 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Si les formes primitives de la Comédie ne se trouvaient que chez des peuples encore sauvages, il serait bien difficile d'apprécier des faits, souvent mal compris des voyageurs ; de suppléer à l'insuffisance de leurs observations , quelquefois môme à leurs dédains. Heureusement il n'en est pas ainsi : les tendances de la nature humaine sont partout les mêmes, et elle trouve partout pour les servir des intelligences et des organes semblables. Le théâtre des peuples parvenus à une civilisation supérieure a commencé par des représentations aussi incomplètes, et son histoire a parcouru péniblement les mêmes phases. Mieux observées et moins étrangères à nos idées, les fêtes populaires et les grossières mascarades de notre moyen âge nous aident à comprendre les bizarres pantomimes des Peaux-Rouges et les parades périodiques des insulaires de la mer du Sud. A leur tour, les folies solennelles de l'Hindoustan montrent encore aujourd'hui que les orgies dramatiques de la vieille Europe n'étaient point le caprice fortuit d'imaginations en délire, mais un développement naturel, une manifestation logique de l'esprit humain. L'histoire est comme un arbre

ti4 LIVRE PREMIER.

immense dont toutes les feuilles sont dissemblables : il y a des observateurs qui comptent les dentelures ou constatent les nervure^ de son feuillage ; d'autres se plaisent à le montrer dépouillé de sa verdure et chargé de givre ; ceux-ci ne remarquent que la fleur, et ils la décrivent avec admiration ; ceux-là, au contraire, n'ont eu d'attention que pour le fruit, et ils le savourent encore, au besoin ils brisent le noyau et mangent l'amande ; mais l'arbre en lui-même, l'arbre tout entier, avec la sève qui porte la vie dans toutes les branches, avec les oiseaux qui y chantent leurs amours et le soleil qui en éclaire la cime, personne ne Ta vu. Et cependant, si minutieusement exactes qu'elles soient, toutes les petites observations de détail ne peuvent rien saisir d'essentiel qui satisfasse l'intelligence; elles ne deviennent réellement vraies que quand une vue d'ensemble les rapproche , les complète et les vivifie.

Les liens qui unissent l'âme avec le corps sont trop étroits pour leur laisser jamais recouvrer quelque indépendance. En vain leurs principes sont divers et leurs tendances contraires, ils restent invinciblement subordonnés l'un à l'autre et deviennent solidaires : telle est la condition de notre nature indivisible. Les souffrances un peu vives du moins important de nos nerfs atteignent la pensée dans sa source, et au moindre contentement intérieur l'œil s'anime et tout le visage sourit. La vie se serait usée avant le temps dans des luttes intestines, si l'harmonie ne s'était rétablie au moment même où elle vient à être dérangée. Lorsque envahie par la tristesse, l'âme affaissée se resserre , le corps se replie pour ainsi dire avec elle, et quand elle s'épanouit dans la joie, il trouve aussi l'existence plus légère, éprouve à son tour le besoin de se détendre et se meut instinctivement sans autre but que de se mouvoir.

Sous l'influence de sentiments passionnés la voix se module, s'élève, se précipite, et les mouvements se marquent davantage.

DE LA COMEDIE PRIMITIVE. fl5

se mesurent et s'harmonisent. La danse n'a été l'invention de personne ; elle s'est produite elle-même le jour que le corps a subi et dû refléter un état de l'âme. Elle est née de la Poésie (1), comme le geste oratoire, de l'Éloquence: ce n'est point un accompagnement arbitraire, à la manière d'un instrument qui soutient la voix* et se marie avec elle; elle accentue l'expression et la complète. On ne tarda pas cependant à la séparer de sa cause première et à la reproduire pour ellemême. Ce ne fut plus la manifestation d'une joie, mais l'espérance d'un plaisir, une récréation, et l'on put en effet renvoyer ainsi à l'àme l'impression que le corps en avait d'abord reçue : en simulant la gaieté on parvenait réellement à la sentir. Quand les femmes d'Israël vinrent en dansant au-devant de Saûi, il y en avait sans doute beaucoup qui se réjouissaient plus encore de leur danse que de sa victoire (2), et le géant Rhidimba disait à sa sœur dans l'épisode de Kountî du Mahâbhârata : Quand nous nous serons bien repus de chair et réconfortés à notre aise, alors nous danserons joyeusement et changerons plusieurs fois de mesure (3). On prit insensiblement l'habitude d'associer à la danse une musique vocale (4) ou instrumentale, qui en marquait mieux le rhythme et la rendait plus entraînante. Quelquefois on lui donnait une signification symbolique : les

(1) Omuiseniin motus aiiimi suum quenulani de Lehmaim. Platon regardait même celte anaturahabet vultuiTi,et sonum, et gestum ; liaison intime et réciproque de la Musique et Cicéron, De oratore^ Lui, par. 57. En disant de la Danse comme étant dans la nature des que la Poésie n'était pas née au pied des au- choses; Legum 1. vn , Opéra, t. I, p. 395, tels, mais au milieu de joyeuses danses mal éd. Didot. On la retrouve partout : Egli (llios) rhythmées, Herder ( WerUe zur schônen dice d'averne imparate «lueste tradizioni da Literatur und Kunst , t. II, p. 82) a con- un cautico , che principia Tulan yaii hulufondu l'état poétique de l'àme, la poésie pro- laez , quale cantare solevano nientrc danzaprement dite , avec sou expression. vano ; Fabregat , Es'posizione del codice

(2) liegurn L I, eh. xvui , v. 6. Z/or^m; dans Brasseur de Bourbourg, Popoi-

(3) -Mannhardt , Germanische Mylhen , Vuli , p. lxxxu. Les séguidillas se dansent ForschuïKjen , p. 158. encore maintenant à la voix. Dans un voca-

(4)Selon Lucien, De Saltatione, par. lxxii, bulaire anglo-saxon du dixième siècle , attri-

la danse était d'abord accompagnée de mu- bué à l'ai-chevéque Alfric , Cliorea est même

sique {^liKù-/ iù^-j^^lm), et la même personne expliqué par ///udc/ra songr. Chant bruyant ;

chantait et dansait ; Ibidem, par. xxx : voy. le Wright, A volume of vocabularies , p. 28. commentaire de Gesncr, t. V, p. 461, éd.

Juifs saillaient trois fois après certaines prières (1), sans doute pour montrer que leur esprit avait quitté la terre et s'élevait vers Dieu. Cette coutume s'établit aussi dans la primitive Église (2), avec plusieurs autres gestes mimiques qui sont encore en usage (3) : il y eut même des sectes assez importantes pour que Thistoire nous en ait conservé les noms (4), qui croyaient qu'en sautant on foulait le diable sous ses pieds (5). Généralement cependant on attribuait à la Danse un sens beaucoup plus profond; on lui supposait même quelquefois un caractère essentiellement religieux (6). Prendre des poses mesurées et respectueuses comme en présence des dieux semblait un acte de foi à leur présence et un témoignage de reconnaissance et d'amour. Les peuples les plus étrangers aux beaux-arts par leur sérieux habituel et la nature de leur civilisation, les Hébreux (7), les Égyptiens (8), et les Turks (9), ont admis la danse dans leurs manifestations religieuses. David lui-même, le psalmiste aux pensées si sévères et si élevées, croyait honorer Dieu en dansant devant l'Arche (10). Si dans

(1) Buxtorf, Synagoga judaica^ ch. x, et 3 ; Liber Judicum^ ch. xxi , v. 21, etc. p. 207 : voy. Reutzius ou Heller, DeJudaeo- (8) Ils exprimaient par des danses particurum veterujn saltationibus religiosis , Lip- lières la douleur d'avoir perdu Apis, et la siae, 1738. joie de l'avoir retrouvé.

(2) Saint Clément d'Alexandrie, Stromata, (9) Le Sema est une espèce de valse reli- 1. VII, p. 722, éd. de Sylburg : voy. Sonn- gieuse , sur laquelle Ali-Chelebi-al-3Iousti a tag. De subsuliu precantium in jmmitiva donné des détails dans son livre sur la danse, Ecclesia, Altdorf, 1707. intitulé Giovàz al Bakas.

(3) Les génuflexions, les inclinaisons de (10) Regum lib. II, ch. vi, v. 14 et 16. la tête , les processions , l'élévation des cier- Ainsi que nous en donnerons bien des preuges, les bénédictions en faisant le signe de ves, cela avait lieu également chez les Grecs: la croix: voy. saint Clément d'Alexandrie, voy. entre autres Aristophane, fionae,v. 440. l. Z., p. 724. Il y avait aussi des danses religieuses dans le

(4) Les Psallianistes , les Carchites et les Guatimala (Brasseur de Bourbourg, Popol- Cboreutes. Vuh , le Livre sacré, p. 112), chez les Sau-

(5) Yoy. Hildebrand, De precibus vête- vages de l'Amérique du >'ord (Catlin, Letrum Christianorum , p. 126. ters and notes ou the manners , customs

(6) L'occupation des anges dans le ciel con- and condition of the Norlh American Insistcrait même, selon saiut Basile, à danser : dians , t. I , p. 244) , et les anciens Slaves ; Ti oùv ij.a<a{.'.û>T£.fOv Toô Tf,v à-^-^iXtav -/optlav iv v.^ Hanusch , Slaioische Mythologie , p. 193 et liijxilaôai; let. II, Opéra, t 111, p- ICI, éd. de 201. Encore maintenant les Paharis colè- Gaume. brent par une danse mythologique la fête de

(7) Filii Sion exultent in rcge suo ; laudent Kali , la déesse du Mal. nomeu ejus in choro ; Psaume cxlix , v. 2

les premières années du moyen âge, l'Église s'est prononcée avec tant de force contre ces danses (1), c'était à cause des souvenirs du paganisme qui s'y conservaient (2), et des impudicités dont elles étaient souvent l'occasion (3). Elles n'en étaient pas moins tolérées, sinon encouragées, dans les monastères (4), et continuèrent à figurer, non-seulement dans les fêtes patronales, suffisamment surveillées par la police municipale (5), mais dans les solennités dont l'Eglise s'était réservé la supérintendance. Ainsi , par exemple, au commencement du dix-septième siècle, elles étaient restées en Portugal un accessoire nécessaire des processions (6). Plus tard encore, pendant les six semaines

( 1 ) Yoy . entre autres saint Augustin, Opéra, t. V, col. 1 252 ; d'Achery, Spicilegium, 1. 1, col. 508 et 715 ; Ivo, Decretiv. xi, ch. 64, et Sanctae Rotomagensis Ecclesiae concilia (en 1245), p. 230 , éd. de dom Pommeraye. On lit dans un pocinie du douzième siècle , sur les Miracles de saint Éloi, p. 96, col. i .

Car chil qui baient et carolent et espringent , ou qui parolent, Qui Gantent ou qui dient fables , a tous les inferneus diables Entièrement tout iaus dédient et tous lor membres sacrefient.

(2) Le synode tenu à Rome en 826 l'a dit positivement dans son canon xxxv : il parle des mauvais chrétiens qui allaient à l'église les jours de fête , ballando , verba turpia decantando , choros tenendo ac ducendo , similitudinem Paganorum peragendo ; dans Labbe , Sacro-Sancta concilia, t. VIII, col. 112. Paradin disait encore au milieu du seizième siècle : Et se font telles danses (pour la fête des Saints) la pluspart du temps pendant le divin service , et aux portes des temples, églises, cemetieres, et en certcius

lieux dedans les églises mesmes Et qui

pis est , se font telles tragiques bacchanales le plus souvent es lieux dédiés a la glorieuse Vierge Marie; le Blason des da7ises, p. 82, éd. de 1830.

(3) Un prédicateur populaire disait, selon Coyer, Beisen nach Italien und Holland , p. 482 : Vediamo ogni giorui una Zitella andar al ballo col flore délia pudicizia , e ritornarsene alla casa col frutto.

(4) Durandi, Ratîonale diviniofficii, 1. vi, ch. 83.

(5) On voit dans une délibération, encore existante, de l'Échevinage d'Amiens, du 28 mai 1455, que les princes et compagnons étaient tenus « de faire danser les demoiseles aprez disner dudict jour de l'Ascencion, pour l'omieur dudict benoit corps saint martir (saint Firmin), comn.e de tout temps on a accoustumé ; » Dusevel , Notice et documents sur la fêle du prince des Sots d'Amiens, p. 14. A Marseille, la veille de Saint-Lazare, des jeunes gens des deux sexes, i-ichemcnt vêtus , parcouraient la ville en dansant un branle appelé le Branle Saint- Elme • Ruffi , Histoire de la ville de Marseille^ t. 11, p. 400.

(6) Le cardinal Octavio Accoromboui disait dans sa relation des fêtes qui eurent lieu à Lisbonne, en 1610, pour la canonisation de saint Charles Borromée : Ne dia faslidio a nustri d'Italia, massime a Romani, il seutire che uclie proccssioni de' Santie di tanta divotione come fu questa , si mcscolassero e balli , e danzc , perche in Portogallo non parrebbe loro , massime a popolari , fossero proccssioni nobili e gravi senza siniiglianti attioni di giubilo e d'allegrezza ; dans Menestrier. Des ballets anciens et modernes , p. 101, En 1572, la ville de Dunkerque donnait « à douze compaignons de Socx après qu'ils avoient condécoré la procession générale à danser avec espéesnues, xii kannes ; » Carucl, Les Sociétés de rhétorique , p. 65 , note. Au milieu du siècle dernier, des danses avec tambourins avaient encore lieu dans les églises du Guipuzcoa, le jour de Noël cl aux

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que l'on célébrait à Limoges la fêle de saint Martial (Ij, le peuple dansait en rond dans le chœur et répétait à la fin de chaque psaume : Saint Marceau^ pregas per 7ious^ et nous epingaren 2^er vous (2). A Séville, même de nos jours, des danses autorisées par le Saint-Siège font partie des cérémonies de la fête-Dieu (3), et tout ridicules qu'ils soient, des restes de cet ancien usage, protégés par la superstition populaire, subsistent encore à titre de pratiques dévotes dans plusieurs endroits (i).

Ces mouvements du corps qui se repose, ne se rattachent pas toujours à une pensée aussi élevée. L'homme exprime souvent comme un écho des sentiments qu'il n'a point réellement sentis, et reproduit en automate des mouvements auxquels il n'associe aucune idée. Mais Dieu lui a fait de son amour de l'indolence et de son manque d'initiative un puissant moyen d'éducation. Tous les résultats de la science que, plus habile ou plus heureux, un seul a obtenus par l'effort de son intelligence, c'est par l'imitation que les autres les acquièrent à leur tour, les conservent et les transmettent à leurs enfants. Cet instinct machinal, qui semble appartenir plutôt à la bêle qu'à un être doué de raison, a longtemps été le ressort le plus actif delà civilisation (o) : il continue

fêtes patronales, selon le SitpZemenfo de Zos t. II, ch. vm. C'est un ancien usage, qui

fucros , privilégias y ordenanzas de esta remonte probablement aux rites des Mozara-

rnui noble y mui leal provincia de Gnipuz- bes, comme on le voit dans Covarrubias,

coa: -voy. ci-après la note 3. Tesoro de la lengua castellana, fol. 201 v",

(l) Elle commençait le dimanche de Qua- col. 2 , et Mariana disait en 1609 : Quoniam

simodo et finissait le dimanche de la Trinité. lunocentius ( III, De vita et honestate clerico-

(2; Bonnet, Histoire ^énémle de la Danse, rum) larvas a teniplis arceat, credideiim tri-

p. 45 : voy. Thiers, Traité des jeux, p. 332, pudia quae more hispanico , magno strepitu

341 et 438. JaUeste avoir vu danser en- et fragore tympani , modos plausu pedum

core , en 1765 ou 1766, dans une chapelle modulante, coucitantur a larvatis hominibus,

et dans le cimcticre dune petite terre de la removendaesse ; Tractatus septem, De Spec-

Bretagne , près de Brest; Cambrv, Voijage taculis, ch. vu, p. 142.

dans le Finistère^ t. III, p. 176. Il y avait (4) Nous citerons seulement Binterim , De

aussi, à la fin du siècle dernier, des danses sallaloria quae Epternaci quotannis cele-

dont l'origine était probablement religieuse, bratur, supplicatione, Dusseldorf, 1848, et

à Langenberg (Behr, Ueber das altleutsche la danse connue sous le nom de De sieicen

Wort fron, p. 189 ) et àRudolstadt ; Lange, spriinge ; dans Kuhn, Gebrduche und Miir-

Tieirlisanzeiyer, ann. 1795, p. 1238. chen ans Westfalen, t. II, p. 150.

(3) De Latour , Etudes sur l'Espagne , (5) Aristote voulait même qu'on employât

le présent au delà du moment actuel, garde à l'Humanité l'héritage des générations qui lui ontprépgré sa voie, donne un sens et une valeur à l'histoire. Gomme tous les actes indispensables à la vie, ce besoin d'imitation a de si profondes racines dans notre être, qu'il porte avec lui son encouragement et sa récompense , et nous détermine à le satisfaire par l'attrait du plaisir. Sans y penser et sans le savoir, on introduit dans la danse des intentions mimiques qui en changent le caractère. Ce ne sont pas seulement les enfants qui se font de petits hommes et se plaisent à contrefaire des occupations qui ne sont pas de leur âge, les adultes, dont la réflexion et l'habitude n'ont point raffiné le goût, s'adonnent aussi dans leurs récréations à de grossières imitations qui suffisent à leur amusement et à celui des autres. Ce n'est point la pauvreté des anciennes langues mexicaines qui les forçait d'appeler les Représentations dramatiques des Danses (1) : elles exprimaient un fait qui frappait tous les yeux. Le nom habituel des danseurs se prenait aussi en grec dans une acception toute mimique (2), et à une époque fort reculée les Lacédémoniens lui donnaient le sens littéral d'Acteur (3). Dans la vieillesse de la langue latine, Saltare, Danser, signifiait même encore Mimer un discours (4). L'his-

systématiquement cette tendance de notre Kui^uol : voy. Suidas, s. v. Swfftff.oî, t. Il,

nature à l'éducation des enfants : A'.ô -càç ira'.- p. ii, col. 832, éd. de Bernhardy. Lobeck di-

5iàî î'ivai 5ii Tàç T.oXkk^ '^\\t.-t^tyv.<i twv SdTtpov aito-j- sait, au moins avecuue grande vraisemblance ;

^aÇojAtvwv • Polilica, 1. Yll, ch. xv, par. 5; Non est dubium quia prius vitae quotidianae

0])era,t. 1, p 623, éd. Didot. éventa moresque et fada eorum quibuscum

(1) Mitoté , de Mitotia, Danser; Brasseur agerent quam deorum heroumque rcs gestas

de Bourbourg , Histoire des nations civi- imitati fuerint ; Aglaophamus, p. 673. l'oi-

lisées du Mexique et de l'Amérique centrale, lux mentionne même une danse où l'on imitait

t. lll, p. 67 5. On donne encore le même des vieillards en s'appuyant sur un bâton;

nom, Baile , à la Danse et à une Représen- !■ iv, par. 104.

tation scénique. Les danses étaient aussi ap- (3) C'est au moins en ce sens qu'Agésilas

pelées parles Mayas, Balzam, littéralement employait Asixr,),iy.Ta'., forme Spartiate de At-.-

Représentation bouffe, et par les Quiches, x-^Xiatai; dans Plutarque, j4.7esi7a5 ^ ch. xxi^

Cayic y Spectacle ; Brasseur de Bourbourg, par. 5, Vilae, p. 724, éd. Didot- Essai sur la musique et la danse^ p. 5 et 1 4. (4) Dans une lettre où Pline raconte à Sué-

(2) Les Aetxri^'.ffTai étaient, d'après Sosibius, tone que, lisant mal, il fait lire par un de ses

cité par Athénée, 1. xiv, p. 621 D , Sxîjo-oioI affranchis, il demande s'il doit rester étranger

xai ti'.}i.Yixai ; d'après Hésychius, s. v. SixviXov , à la lecture, ou s'y associer par le mouvement

M'.iAoXÔYO'., et d'après Eustathius, p. 884, 1. 23, de ses lèvres et re.\pres&ion de ses regards.

toire confirme ici les enseignemenls de la philologie. La vive et joyeuse nation grecque avait fait de ce penchant de la nature humaine une danse particulière où l'imagination complétait le ridicule du modèle et donnait à Timilation le piquant et Toriginalité de la caricature (1). Dans leurs plus grandes fêles les Romains offraient au peuple ces imitations houffonnes comme un spectacle des plus divertissants {2), et pendant le moyen âge, quand la pensée et l'originalité de chacun s'émancipaient chaque jour davantage , elles étaient restées un jeu populaire (3). On copiait malignement les gens ridicules (4), et on les livrait hien enlaidis en sa propre personne à la risée publique. Naguère encore dans une sorte de danse costumée en usage dans plusieurs villes du Midi, le principal plaisir consistait à reproduire à la suile les uns des autres des gestes que le coryphée variait et compliquait à dessein (5). A en croire

il ajoute: Sed puto me non minus maie saltare quam légère; Epistolarum 1. ix, let. 3 4.

(1) Oq l'appelait Siciiinis , et nous y verrioas volontiers l'origioe de la Satire. Au moins lisons-nous dans Athénée, liv. xiv,

p. 630 C : Ij/iaTT,xî 8ï x.%\ îarjp'.xiri TAaa roiri»'.;

Tov KTla-.rrj ix. fp^ù'j, et les Satyres étaient appelés'Ojx-^ffav-ca-., les Danseurs : voy.Barthius, Adversaria, 1. XXllI, ch. xv, coi. 1142, et Pollux, 1. IV, par. 99.

(2) Denys d 'Halic amasse , Antiqnitatum romanaruml. VU, ch. lxxu, p. 1491, éd.

de Reiske, et Hérodien, 1. I, ch. 10 ; t. I, p. 40 5, éd. d'irmisch.

(3) Tabourot disait, à propos du divertissement romain dont nous parlions tout à l'heure : L'un des danceurs marchoit devant les aultres , et leur monstroit certaines formules de dances et morgues que tous les aultres qui les suyvoient, s'efTorcoient de contrefaire comme s'ils eussent joué au guignolet ; Orchesographie , fol. 87 r'.

(4) Copier avait même pris le sens d'Imiter malignement les manières de quelqu'un pour le rendre ridicule. Les copieux (ainsi ont-ils été nommés pour leurs gaudisseries) commencèrent à le vous railler de bonne sorte ; Bonaventure des Périers , Nouvelles récréations et joyeux devis ,no\i\. xxv. Copieux de La Flèche était un sobriquet pro-

verbial cité par Rabelais. Dans la procession (mascarade) que les Jésuites firent à Salamanque pour célébrer la canonisation de saint Louis de Gonzagueet de saint Louis de Koska, il y avait parmi les exhibitions destinées à amuser le peuple , une représentation si exacte d'un fou de la ville appelé Diego, que tout le monde fut surpris quand le véritable Diego vint à se trouver en face ; Joseph de Isla, Descripcion de la mascara o mogiganga, p. 20. A l'époque du carnaval, on vendait encore en Thuringe , au commencement de ce siècle , une espèce de gâteaux appelés Hornaffen , parce que , pour nous servii' des expressions d'un antiquaire qui en avait certaiuemeut une connaissance personnelle, Fastnacht iniHornung mit allerlei.Mummereien und AfTenwerk begangen vvurde :

voy. Falkensteiu , Prodromus antiquitatum Nordgaviensium , p. 296.

(5) Dans ime danse appelée Les Mauresques , en usage à Fréjus , à Grasse , à Istres et ailleurs , chaque danseur est vêtu d'une tunique blanche et porte une lanterne élégante au haut d'un bâton; on est rangé sur deux files, et le premier de chacune fait des gestes très-animés et très-variés qui sont répétés successivement par ceux qui viennent après ; de Xore , Coutumes des provinces de France j p. 42.

une autorité compétente , cette reproduction ferait même encore partie du plaisir, si goûté dans le Béarn, des représentations dramatiques : dès qu'un des acteurs y a fait un geste nécessité par son rôle, tous le copient exactement sans s'inquiéter de son sens, et quand il vient à marcher en avant ou en arrière, le même mouvement est aussitôt répété par tous les autres (1). Ces danses se sont prononcées et caractérisées de plus en plus; elles sont devenues locales (2) ; chacune a eu son air ou sa chanson (3), son instrument particulier (4) et son costume. Malgré l'indifférence habituelle des Espagnols au luxe des vêtements, ils en ont encore pour chacune de leurs danses nationales (5) un spécial dont ils gardent fidèlement les couleurs chatoyantes, et tiennent à son éclat comme à une partie de leur plaisir. Ces petites pantomimes ne pouvaient rester longtemps isolées et indépendantes les unes des autres; elles se réunirent , s'associèrent dans un but commun, représentèrent une action et devinrent des Ballets.

Leur sujet le plus ordinaire était celui qui se présentait pour ainsi dire de lui-même à tous les esprits, et n'avait point besoin de livret pour être compris : c'est cette prière éternelle d'amour que l'homme adresse à la femme, et les refus mêlés d'agaceries qui lui en rendent le succès plus flatteur et plus cher (6). Les Grecs appelaient cette danse la Gordace, et ils la dansaient avec une impudence de vérité (7), qui se croyait

(1) De Nore , l. l., p. 125. les Bourguignonnes et Champenoises, avec le

(2) L'Anglaise , l'Allemande , la Valse , la petit hautbois, le dessus de violon et tabou- Polka , la Redowa, le Trichory de Bretagne , rins de village ; Mémoires de Marguerite de la Volte et la Marlugalle de Provence, la Valois, ann. 1564 ; t. X, p. 403,collect. 3Ii- Surlana et le Saltarello de Rome , la Taren- chaud et Poujoulat.

telle de Naples, le Cramion de Liège, etc. (5) L'Ole, la Cachuca, le Fandango, la Gi-

(3) Même chez les Sauvages; M. Catlin a tana, la Gallegana. Cela a lieu aussi en Chine, dit en parlant des Mandans : Every dance selonle P. Gaubil, 67iou-/imgf , Notes, p. 329. also bas its peculiar song ; Lettersand notes (6) A la cour de Henri IV, en 1600, on on the manners, customs, and condition of dansait encore naïvement le Ballet des amouthe North American Indians, 1. 1, p. 126. reux ; Mémoires de Bassompierre, 1. 1, p. 55,

(4) Chaque troupe dansant à la façon de éd. de Cologne , 1665.

sonpaïs : les Poitevines avec la cornemuse; (7) Voy. Théophrastc, Characteres, ch. vi,

les Provençales, la volte, avec les timballes; et les observations de Casaubon.

suffisamment rachetée par la grâce. Dans plusieurs îles de rOcéanie, aucune idée d'art ne tempère ce cynisme : ce n'est pas une habile imitation , mais une réalité qui s'offre aux regards, dépouillée de tous ses voiles (1). Malgré les sévérités morales du christianisme, ce sujet, si indécemment naïf, est encore maintenant représenté dans les danses de ITucatan (2), et il y en a d'autorisées sur nos théâtres, où la même pensée est assez crûment exprimée pour qu'à moins d'une innocence bien opiniâtre la pudeur n'en soit fort embarrassée (3). Tel est le commencement de l'art dramatique chez tous les peuples qui n'ont point hérité d'une histoire littéraire : lepoëte est d'abord son acteur, et exécute immédiatement ce qu'il compose. Bientôt ces imitations mimiques, qui semblaient un exercice des organes du singe plutôt que le développement des facultés de l'homme, se compliquent, se régularisent, se rattachent à une idée de plus en plus élevée, se perfectionnent; elles deviennent une comédie, et pour comprendre réellement un édifice, ce ne serait pas assez que d'en analyser les matériaux et d'en profiler tous les étages, il faut tenir compte des fondations et reconstruire dans sa pensée l'échafaudage.

Les^opulations étrangères à toute civilisation aimaient déjà à contrefaire l'attitude et les mouvements des animaux: pour en compléter l'imitation et la rendre plus vraisemblable, elles s'habillaient de leurs dépouilles et ne reculaient pas même de-

(1) Moerenhout, Voyages aux îles du extrêmemeut obscène qui se dansait en Pro- Grand-Océan, t. II, p. 131. L'unité du sujet Tence au commencement du seizième siècle, ne les empêche pas d'être assez variées pour (3) Nous ne parlons pas seulement de ceravoir reçu des noms différents : l'Ehoura , le taines danses de mauvais lieu , qui ne cher- Mamoua, le Mamouapépé. Cette danse se chent à représenter que le dénoûmeut phyretrouve aussi en Guinée, où les nègres l'ap- sique du sujet, mais de celles qui, comme la pellent^a/enda; l'abbé de Latour, fie/îexîOMs Cachuca , ont encore une sorte de pudeur morales, politiques et littéraires sur le thèà- relative. On ajoutait même, pendant le moyen tre, t. TU, p. 35. âge, cette pantomime de l'amour à des danses

(2) On lui doime aussi un nom particulier, qui ne s'étaient d'abord proposé que le plaile Pochobj Brasseur de I?ourbourg , Essai sir de mouvements cadencés : voy. Tabourot, sur la Danse, p. 11. C'é'cJt aussi sans doute Orchesographiey fol. 66 r°.

le sujet réel de V Antigailla-gaya, pantomime

vant les stigmates indélébiles du tatouage. Ces travestissements primitifs ont d'abord formé à eux seuls une récréation suffisante (1 ) ; puis on a voulu en augmenter la saveur par un plaisir plus grossier, mais beaucoup plus apprécié des Sauvages, et ces prétendus animaux se sont rués les uns sur les autres au bruit d'une musique guerrière (2). Quelques peuplades, rendues plus ingénieuses par la nécessité, se sont servies de ces déguisements pour approcher plus sûrement de leur proie (3), et c'était une raison de plus pour se livrer à leurs instincts d'imitation ; mais en se civilisant davantage on y voyait surtout un plaisir désintéressé, auquel on a donné des formes de plus en plus dramatiques. Dans les divertissements populaires de l'Afrique, on représente des chasses, et c'est souvent un homme enfermé dans un grand sac et figurant un boa , qui joue le rôle principal (4). A une époque fort ancienne , il y avait déjà au Mexique des danses où de véritables acteurs, industrieusement travestis en animaux de toute espèce, agissaient et parlaient, chacun, conformément à la nature de sa bête (5). Dans les spec-

(1) On avait placé autre part des enfants p. 101-104; Cd.t\in, Letter s and notes, t. I, déguisés en singes et en d'autres animaux, p. 245 : voy. aussi Klemm , Âllgenieine qui jouoient entre eux le rôle qu'on leur Kuliurgeschichte, t. II, p. 115 et 129. avoit appris. Comme c'étoit avec la peau (2) A Java , dans une espèce de pantomême des animaux qu'ils representoient, qu'on mime, appelée Baroug'an , les personnages les avoit habillés, on pouvoit aisément y être sont habillés en bêtes féroces et exécutent des trompé. D'autres enfants étoient habillés en combats, ordinairement au son du gong et oiseaux et en jouoient le personnage sur des du tambour; de Rienzi, Océanie, t. I, p. 83. colonnes ou sur des pieux fort élevés ; Let- Cela avait lieu aussi au Brésil , il y a trois très édifiantes, t. XXIII, p. 70. Les Nègres cents ans, selon Cardin, Narrativa epistolar de l'Ile-de-France s'amusent encore mainte- de una viagem, cité par M. Ferdinand Denant à imiter certains oiseaux, notamment nis, Une fête brésilienne célébrée à Rouen l'autruche et le paille-en-queue, et se collent en 1550 , p. 49.

des i)lumes avec du brai ; Milbert , Voyage (3) Ainsi, par exemple, pour chasser le

pittoresque à l'Ile-de-France, t. II, p. 183. buffle et le bison, les Mandans se couvrent

Une danse mimique, le Comumu puaca, le de la peau de buffles et de loups blancs;

Chant du porc, où l'on imite les mouvements Catliu , Letters and notes, t. I, p. 127 et

et les grognements du cochon, a lieu aussi à 254.

î^oukahiyaL-, Revue des Deux Mondes, i" oc- (4) Clapperton , Second voyage, t. I,

tobre 1859, p. 624. Les Kamtschadales et p. 105 et suivantes.

les Sioux s'amusent également à imiter les (5) A ClioluUan, les acteurs se montraient

ours, et y réussissent parfaitement ; Journal déguisés sous la forme d'animaux parfaite-

historique de M. Lesseps au Kamtschatka, ment imités : les uns en scarabées, en cra-

tacles qui furent donnés en Chine aux ambassadeurs du fils de Tamerlan, les masques de plusieurs acteurs représentaient des têtes d'animaux (1), et l'imagination elle-même est trop bien disciplinée dans le Céleste Empire pour que personne osât s'y permettre des fantaisies sans précédents et sans causes. A cette imitation toute matérielle les peuples doués de quelque faculté d'invention ajoutèrent avec le temps des idées allégoriques ou religieuses qui en rehaussaient le charme sans en changer la nature : parmi les masques comiques qui font la joie des noces du Népaul figuraient naguère encore des têtes de perroquet ornées de longues crinières (2). Les Grecs avaient le goût trop délicat et trop exigeant pour s'accommoder longtemps de déguisements où la nature humaine se dégradait à plaisir; mais ils appréciaient comme une œuvre d'art l'imitation du cri des différents animaux (3) et se livraient volontiers à une danse où leurs mouvements étaient aussi reproduits (4). Peutêtre même n'était-ce pas la seule : au moins, si l'on en juge par le nom de plusieurs autres, on y devait contrefaire aussi la démarche et les allures de quelque animal (5). Beaucoup plus rapprochés de la nature par la simplicité de leurs habitudes

pauds et en lézards; les autres en quadru- trouve d&ns les QuaestîonesconvivalesdeVla-

pèdes ou amphibies, s'expliquant dans des tarque , et que le bouffon portait unpallium.

dialogues vai-iés sur la nature des bêtes qu'ils (4) '0 Si [Aopsa<TiJ.Q; T:avTo5aitûv 'C,i>w [At;xr,j'.; •

représentaient; Acosta , Historia natural y Pollux, 0/iomas/iCon, l.iv, ch. 14; voy. Aris-

moral,l. v, ch. 30, cité par l'abbé Bras- lénète, Epistolarum 1. i, let. 2, et Platon,

seur de Bourbourg , Histoire des nations De Repuhlica, l. m, ch. 8.

civilisées, t. III, p. 673. (5) Le Renard ( Hésychius , s. v. 'aU^t^^ ,

(1) Flôgel , Geschichte der homischen la Chouette et le Lion (Athénée , p. 630 c) , Lîtteratur, t. IV, p. 13. l'Orfraye {Zw^; Pollux, ^ /.), etc. Nous de-

(2) Revue germanique, t. I , p. 62. vonscependant reconnaître que des inductions

(3) Magnés employait même ces imitations tirées uniquement du nom sont un peu hacomme un moyen éprouvé d'amuser les spec- sardées. Une espèce de polka, le Strasak, tateurs; Meineke , Historia critica comico- l'Épouvante, s'appelle dans le pays de Wamrurngfraecorum, t. I, p. 34 : voy. Platon, De herg, Husicka, l'Oison, parce qu'on y change Republica, 1. III, ch. vni, p. 396 B ; Plu- de dame, et la darise, où l'on célébrait le retarque, Lycurgi vita , ch. xx, par. 7; De tour du printemps, était connue dans toute audiendispoetis, p. 21, éd. Didot, eiQuaes- la Bohème sous le nom de Danse de l'ours^ tionum convivalium 1. V, quest. i , par. 8, quoique l'hiver n'y fut représenté comme ail- Ibidem, p. 819. Dans la fable de Phè- leurs que par un homme habillé de paille : voy. dre, 1. V, fabl. !3, il s'agit très -probable- AValdau, Dôhmische Nationaltànze ^ t. II, ment d'une anecdote grecque , puisqu'elle se p. 59.

et la rusticité de leurs goûts, les Romains rechercliaient également ces pantomimes primitives^ et les encourageaient de leurs applaudissements (1). Ils attribuaient même à quelques-uns de ces travestissements une valeur religieuse : c'était en leur couvrant les épaules d'une peau de chèvre qu'on purifiait les femmes pendant les lupercales (2), et l'Église d-éfendit avec trop d'insistance et de colère les mascarades du Cerf (3) et du Yeau (4) pour n'y avoir pas vu quelque reste bien impie des pratiques païennes (S). La menace des hontes d'une pénitence

(1) Voy. Ausone , Epigrammata, n° txxvr. On lit aussi dans Pétrone, fragm. lxviii : Intérim puer Alexandrinus qui caldam ministrabat, lusciuias coepit imitari.

(2) Quo die mulieres februabautur a Lupercis, amiculo Junonis, id est pelle caprina ; Festus, s. Y. Februarius, p. 64, éd. de Lindemann.

(3) Le sens de Cervulum ou Cervolum facere ne semble pas douteux : Quis enim sapiens credere poterit inveniri aliquos sanae mentis qui , cervulum facientes , in ferarum se velint habitus commutari ? Alii \estiuntur pellibus pecudum , alii assumunt capita bestiarum , gaudentes et exultantes si taliter se in ferinas species transformaverint, ut homines non esse videantur; Faustinus , Sermo in halendis januarii; dans les BoUandistes, Acta Sanciort/w, janvier, t. I, p. 3. Il s'agissait, comme on voit, d'une imitation particulière, habitus /Vrarwrn, expressément distinguée des simples déguisements en bêtes, ferinae species : voy. aussi la note suivante.

(4) lly a dans presque tous les textes re<w/o, mais vitula se trouve une fois dans le Poenitentiale de Théodore, et les explications qu'il donne sont décisives : Si quis in kalendas januarii in cervulo aut vetula vadit , id est in ferarum habitus se communicant et vestiuntur pellibus pecudum et assumunt capita bestiarum ; qui vcro taliter in ferinas species se transformant , etc. ; dans Kemble , The Saxons in England, t. I, p. 525. Quoique, même après être devenus plus iimocents, ces travestissements n'aient pas cessé de paraître un péché abominable, ils sont restés populaires pendant tout le moyen âge. Quod mulli faciunt, disait au neuvième siècle lévêquc de Cambray, Ualitgarius, Poenitentiale^ ch. vi; dans Canisius, Lectiones anti-

quae ^ t. Y, p. ii, p. 227. Mutoninis et arietinis induti pellibus, cum aliis falsis visagiis, Lettres de grâce de 13 54, dans du Cange, t. VI, p. 853. Darauf erschienen zwauzig Fleischer , welche mit einem in eine Kuhhaut eingenahten Menschen Fangball spielten, zu grosser Ergôtzlichkeit der Zuschauer (en 1518); Schmidt , Zicickauer Chronik, t. II, p. 275.

Exsuviis scapulas hirlis taurique capraeve ; Bacchanalia ; dans Taubmann , Melodaesia , p. 548.

Vecoîo aut cervolo facere , hoc est sub forma vitulae aut cervuli per plateas discurrere , ut apud nos in festis Bacchanalibus , vulgo dicitur Correr la tora; de Berger ( 1 723 ) , Commentatio de personis vulgo larvis seu mascheris , p. 218. Julbock est hidicrum , quo tempore hoc pellem et formam arietis induunt adolescentuli, et ita adstantibus incursant. Credo hoc idem esse quod exteri scriptores cervulum appellant ; Ihre , Glossarium suio-gothicum ( 1769) , s. v. Jul.

(5) Quia hoc daemoniacum est , disait Théodoi'e , l. l. , et un vieux pénitential d'Angers , cité par Sirmond dans ses notes sur le synode d'Auxerre de 594, répète : Quia hoc daemonum est. Sui- une tablette votive à Diane, de l'année 204 de l'ère chrétienne, ou avait sculpté à droite de l'inscription un cerf, et à gauche un cerf et un veau ; dans Klein , Inscriptiones latinae provinciarum Hassiae Transrhenarum , p. 7; Dans une tranchée faite à Notre-Dame , on a trouvé, sur un autel conservé au Musée de Cluny, sous le u" 3, l'image d'un dieu cornu, appelé Cernvnnos , et les deux mots ont au moins une ressemblance singulière. Un passage du Paraenesis ad poenitentiam de saint

publique ne réussit pas mieux pendant longtemps que ne l'avaient fait les efforts du christianisme pour donner à l'homme un sentiment plus élevé de sa personne et le respect de sa dignité. Un des principaux plaisirs des noces byzantines était, au dire de saint Jean Ghrysostome, de hennir comme un cheval et de braire comme un âne (1). Encore au seizième siècle les personnes de quelque éducation contrefaisaient à l'envi dans leurs heures de récréation le cri des animaux et le chant des oiseaux (2), et lors des fêtes pour le mariage de la princesse de Navarre avec le duc de Clèves, on ne put imaginer rien de plus réjouissant qu'une entrée d'autruches (3). Un siècle après, on croyait fêter un cardinal en imitant les poules et les coqs dans un ballet composé tout exprès (4), et il y a une danse encore usitée en Allemagne , où les danseurs sautillent comme un oiseau et grattent la terre avec le pied, comme s'ils y cherchaient de la nourriture (o). Ces imitations redevenaient souvent pendant le moyen âge de véritables travestissements, et l'on appréciait surtout le personnage de l'ours dont la désinvolture et les allures embarrassées étaient en possession d'é-

Pacien semble aussi favoriser cette conjec- seau; Escraignes dijonnoises , 1. i, conte 9.

ture : Hoc enim (puto) proxime , Cervulus Ces imitations se retrouvent encore mainte-

ille pi'ofecit, ut eo diligentior fieret , quo nant dans les jeux des enfants.

impressius notabatur Me miserum ! Quid (3) ^^ la cinquiesme ( mommerie ) estovent

ego facinoris amisi? Puto nescierant Cervu- grandes austruces toutes covertes de pluriies,

lum facere nisi illis reprehendendo monstras- a^gc grandes aesles et queues , et chescune

sem; Bibliolheca maxima Patrum, t. IV, portoit ung fer de cheval argenté au bec,

p. 315. Il avait sans doute montré une re- gt ne paressoit qu'aucun fus-t dedans, tant

présentation de ce Cervulus pour en faire estovent bien faictes et bien covertes des

mieux ressortir la laideur ridicule, et avait dictes plumes; Chronique du roy Françoxjs

donné l'idée de l'imiter. premier, p. 371.

(1) Saint Jean Ghrysostome, Opéra, t. IX, (4) L'Apparence et les Mensonges y étaient p. 322 , éd. de Montfaucon. représentés par des personnes vêtues en coqs

(2) (Elle) leur dit qu'elle scavoit un fort ^^ ^° P^"'^^ ' ^f ""^^^i^"^! ^t"'' '"' ^^ '''" beau jeu, qui estoit de jouer lu Jardin ma auxparolesqu ils avaient a chanter : voy. Me- Dame. La substance de ce jeu est, que cha- "^**"^'- ' ^'' ^«"^'^ «"^'^"^ ^' modernes , cun des assistans doit donner un arbre, une P'

beste dessous pour le garder, et un oyseau (5) Aussi s'appelle-t-olle Hoppetvogel , le

dessus pour chanter : et faut qu'il contrefasse Saut, la Danse de 1 ciseau ; Czerwinski ,

le son ou voix de la beste, et le chant de l'oy- Geschichte der Tanzkunst , p. 202.

gaver le public (1). Parmi les spectacles peu convenables que Hincmar interdisait à son clergé, figurent nominativement des jeux d'ours qui ne peuvent être de simples exercices d'animaux (2), et sans doute pour montrer quelle prudente horreur ce travestissement doit inspirer à des chrétiens , un bas-relief intérieur de la cathédrale de Strasbourg représente un démon faisant danser une espèce d'ours au son du tambourin (3). Ces avertissements sous toutes les formes furent pendant longtemps inutiles (4) : on s'opiniàtrait à se déguiser en bête jusque dans les monastères, et le rôle de l'ours continuait à y être un des plus recherchés (o). C'est même encore aujourd'hui un des amusements favoris du Roussillon (6). C'était, au reste, l'imitation en elle-même que l'on goûtait plutôt encore que son espèce : on s'arrangeait au besoin des bêtes les plus méprisées (7), et l'on

( 1 ) Et pariles ursi qui fratres sunt uteriiii. . . Qui vas tollebant, ut homo, bipedesque gere-

[baat.

Mimi quanclo ûdes digitis tauguiit modulan-

[tes, Illi saitabaut , ueumas pedibus variabant ;

Ruodlieb, fragai. m, v. 84 et suiv.

Dans le Vilkina-Saya , ch. cxx et cxxi , le héros Vildifer se couvre d'une peau d'ours, et danse au son de la harpe d'un jongleur. Il y a même, à l'église principale de Zurich , un bas-relief où une femme danse entre deu\ ours. Le Haus Trapp , qui joue en Alsace le rôle diabolique du Knecht Ruprecht dans la mascarade de Noël, a une peau d'ours sur les épaules, et dans la Bohème allemande, il y a pendant le carnaval une espèce de divertissement populaire appelé Den Bdren auszufuhren^ Expulser l'ours, où l'on croit éloigner du village une puissance malfaisante représentée par un homme couvert de paille ; von Reinsberg-Diiringsfeld , Das festliche Jahr, p. 63.

(2) Nec (uUus presbyterorum) plausus et risus inconditos, et fabulas inanes ibi referre aut cantare praesumat, nec turpia joca cum urso vel tornatricibus anle se facere permit tat ; Capitula presbyteris data anno 852, n" XIV ; Opéra, t. I , p. 7 1 4, éd. de Sirmond.

(3) Yoy. la Revue archéologique , t. X, pi. 226, lig. VI, et p. 053.

(4) Philippe le Bel voulant désobliger publiquement le pouvoir ecclésiastique dans la fête de 1313 : Alii ( effingebant ) processionem vulpis, in qua singula animalia effi • giata singula officia cxcrcebant ; Baluze , Vitae paparum Avenionensium, t.I, coi. 20. (5) Si facerem mihi peudeutes per cingula cau-

[das,

gesticulans manibus, lubrice stans pedibus ;

Si lupus aut ursus (sed vellcm fingere vulpem),

si larvas facerem furciferis manibus

Gauderet mihi qui propior visurus adesset ; Froumundus ; dans Pezius , Thésaurus anecdotorum novissimus, t. VI, p. i, col. 184.

Dans des Heures latines, du quinzième siècle, conservées à la B. de l'Arsenal, Théol. lat., n° 3 1 3, il y a encore , p. 25 , une miniature représentant un homme habillé en ours.

(6) Heiu'i, Histoire de Roussillon, t. I,

p. CVI.

(7) Les preuves abondent dans une foule de manuscrits. Nous citerons entre autres celui de la B. Bodléicnne, n" 2 64 , dont plusieurs miniatures ont été publiées par Strutt ; Sports and pastimes of England , p. 160, 25 3 et 254, éd. de Ilone. En 1580, selon le Masopust de Yavrinec Rvacovsky , on se déguisait en Bohême en loup , en veau , en cochon et eu chien ; NValdau , Geschichte des bôhmischen Nationallanzes, p. 203. De nos

ne répugnait pas à chevroler consciencieusement comme un bouc et à grogner comme un cochon (1). Au milieu du dixseptième siècle le peuple anglais prenait un plaisir assez vif à ces imitations mimiques pour qu'on leur fît habituellement une large part dans ces processions grotesques, si bien appropriées au caractère national, qui vont chercher leur public dans la rue (2), et naguère encore à Rome, dans ces jours de folie où l'on se permet tant de choses, peut-être pour se mieux prouver la nécessité de faire pénitence, on se promenait joyeusement sur le Corso une tête d'âne ou de dindon sur les épaules (3). Avec son habileté ordinaire le clergé finit même par s'approprier jusqu'à certain point des habitudes qu'il ne pouvait détruire (4) ; il voulut seulement sauver le décorum de l'Humanité en prêtant à ces déguisements une signification mythique et en fit la personnification du diable : saint Michel marchait auprès du masque le glaive à la main, et empêchait le peuple de voir un homme sous la peau de l'ours ou du loup (5). Une de ces mascarades est même restée dans plusieurs

jours encore, dans les pays Scandinaves, Ludi Jolenses... multifariis gentilismi reliquiis scateut , exempli gratia , hominibus caprorum , equorum, tauroruni, "vel cervorum modo larvatis; Finn Magnusen, Lexicon mythologicum, p. 1051.

(1) In cornutis boum caprarumque capitibus, voce earum simulata, vel suillo grunnitu ; Olaus Magnus , De geiUium septentrionaliumvariisconditionibusjl. XIII, ch.Lxii, p. 536, éd. de Bâle, 1567

(2) I hâve seen your procession and heard lions and camels make speeches , instead of grâce before and after dùm€r; Shirley, Contention for honnour and riches (16 3 3). I am not afear'd of your green Robin Hoods, that fright \sith fiery club your pitiful spectators, that take pains to be stilled , and adore the wolwes and camels of your company ; Shirley, Honnoria and Maminon (1652). A la procession faite à Gand, en 1767, pour célébrer saint iMacairc , figuraient , chacun sur un char particulier, un paon, uupélicau, une licorne, un lion, un aigle, une autruche , un crocodile et un ours (voy. \a. Description du

jubilé de sept cents ans de saint Macaire), et l'un des plus grands attraits de Vommeganck de Termonde est encore maintenant la représentation du cheval Bavard.

(3) Jlillin, Magasin encyclopédique, 1812, t. II, p. 282, note, et pi. n. Milton lui-même domiait aux suivants de son Coni us des têtes de cerf, de loup , et dours.

(4) Dans une procession en l'honneur d'une image miraculeuse de la Vierge , il y avait , selon la relation de Juan Christoval Calvete , una graciosa danza de monos , ossos , lobos , ciervos y otros animales salvajes dançando delante y detras de una gran iaula que en un carro tirava un quartago. C'étaient deux singes qui jouaient de la cornemuse; Menestrier, RepTésenlations tnmusique, p. 183.

(5) Voilà pourquoi liabelais disait dans son Pantagruel, 1. iv , ch. 13 : Ses diables estoient tous capparassonnés de peaulx de loups, de veaulx et de béliers , passementées de testes de mouton , de cornes de boeufz et de grands havetz de cuisine; t. Il, p. 93, éd. de Burgaud des Marels.

pays un accompagnement presque obligé des fêles publiques : c'est ce cheval en carton, porté par son cavalier, si populaire en Angleterre sous le nom de Hobby-Horse, qu'on appelle généralement en France Chevalet (1). Dans le comté d'York ce travestissement symbolique est plus complet et plus cynique : rhomme disparaît tout entier sous une vraie peau de cheval, et implore la pitié des assistants dans une chanson dont ses compagnons terminent tous les couplets en remuant bruyamment les mâchoires, comme un vieux cheval obligé de manger du foin trop dur (2),

On ne pouvait se borner longtemps à imiter des animaux isolés et réduits à quelques mouvements instinctifs : on voulut étendre, varier le spectacle, et l'on en réunit plusieurs dans des scènes de fantaisie qui reproduisaient leurs amusements (3) et leurs combats (4). Puis l'action s'agrandit, se compliqua encore,

(1) Germaiu, Histoire de la commune de Montpellier, t. I, p. 248, etc.; du Mège, Statistique générale des départements pyrénéens , t. UI, p. 393-395; etc. En ceste feste de Plaisance (le 13 mai 1548) parut l'Abbé du Plat d'Argent du Quesnoy, accompagné de vingt ciuc galans, revestus de blanc corne des moines, montés sur des chevaux d'osier, qu'ils allèrent abbreuver dans l'Escaut, y entrant ju'^ques à la ceinture ; d'Outreman , Histoire de Valenciennes , p. 395 , éd. de Douai. Une fois, je vis dancer les petits chevaux qui estoyent de toilles peintes, et sembloit que ceux qui daucoyent fussent dessus , et avoycnt des mouvemens par bonne industrie ; de Bras , les Recherches et unliquilez de la ville de Caen , p. 121 , édition de M. Trebutien. Voy. l'Appendice, n° I.

(2) The jaws are snapped in chorus. Voici le premier couplet :

You , gejitlemeu and sportmen,

and meu of courage bold , ail you that's got a good horse ,

take care of him when he is old :

thcn put him in yuur stable,

and keep him there so warm ; give him good corn and hay

pray let him take no harm.

Poor old horse ! Poor old horse !

Bell , Ancient poems of the peasanlry of England , p. 184.

Malgré la langue toute récente de cette chanson, le savant collecteur lui croit une origine Scandinave. Johnson trouva encore dans les Orcades l'usage de se travestir , la veille du Jour de l'an, en une vache que l'on poursuivait autour de la maison à coups de bâton; mais il s'y rattachait sans doute une signification mythique qui nous empêche d'y voir un simple amusement : voy. le Journey to the western Islands of Scolland , p. 167, éd. de

(3) Il y a chez les Mandans un divortissenient appelé la Danse du taureau, où les principaux acteurs, revêtus de la peau d'un bison, dansent à quatre pattes; Cat.in, /. l.^ t. I, p. 1G4.

(4) Gage dit, en parlant d'une sorte de ballet qu'il avait vu au .Mexique : Ils sont tous déguisez eu bestes , les uns ayans des peauv peintes en forme de lions , d'autres de tigres et de loups , et ayans sur la teste des bonnets faits comme la teste de ces animauxlà , ou bien d'aigles et d'autres oyseaux de proie ; Nouvelle relation des Indes occidentales, 1". m, p. 168.

80 LIVRK I.

et Ton représenta une chasse avec son nombreux personnel, ses bruits divers et toutes ses aventures (i ). Il y a quelques années, dans un divertissement chinois, qui conserve peut-être sa popularité dans quelques provinces, des enfants habillés enmandarins chassaient à courre des hommes déguisés en bêtes sauvages (2). Dans les réjouissances irréfléchies qui terminaient la moisson comme dans les fêtes où des peuples plus civilisés voulaient célébrer l'agriculture (3), on se plut à imiter avec une fidélité plus ou moins matérielle les différents travaux des champs. Il y avait naguère encore en Styrie un divertissement populaire, sans doute fort ancien, une Dispute entre TÉté et l'Hiver, où les plaisirs et les occupations que ramènent ces deux saisons, étaient successivement mimés (4). Souvent même les penchants à l'imitation que Dieu nous a donnés, n'attendaient pas ces satisfactions périodiques : après s'être livrés pendant toute la semaine à des travaux que sous le poids du soleil ils avaient maudits, les laboureurs se délassent le dimanche de leurs fatigues en reproduisant des gestes qui les leur rappellent (5). Quand l'Industrie se fut enfin assez développée pour diviser le travail et acquérir une sorte d'organisation , elle voulut avoir aussi des fêtes, où elle s'honorait elle-même en rendant hommage à ses bienfaiteurs, et dans une suite de scènes muettes elle y représentait ses principaux procédés. Encore à la fin du douzième siècle, ces imitations mimiques avaient lieu solennellement dans l'église de Sainte-Almedha, en Gambrie, et exprimaient la reconnaissance du pays pour tous les éléments de civi-

(1; A Yourriba, Clapperton assista à une Mystères de la Bonne Déesse, et la Fête de

représentation de la prise d'un boa. Il était l'Agriculture, en Chine, ne peut être qu'une

figuré par deux hommes dans un même sac , représentation, puisque la charrue est en or. long d'environ cinq mètres et peint de la ^4) End, Malerhches Taschenbuch fur

couleur d'une peau de boa; Second voyage Freunde der osllichen Monarchie, t. I,

en Afrique , t. l , Y>- 1 04 et suivantes. p. 175-179.

(2) Bairow, Trnvels in Cliina, p. 216. (5) Yoy. l'.ippendice , n* n.

(3) Cela avait lieu certainement dans les

satioii et de bien-être que la Sainte y avait apportés (1). Ces petites pantomimes étaient trop locales et d'un intérêt •beaucoup trop restreint pour que de nombreux témoignages nous en aient été conservés, mais elles étaient dans notre nature imitative : les gestes dont les yeux sont le plus souvent frappés se présentent les premiers à la pensée, et il suffit d'un semblant d'art pour embellir les plus grandes trivialités et en relever le caractère (2). Des preuves qui pour être indirectes, n'en sont pas moins décisives, s'en trouvent d'ailleurs dans les souvenirs que nous ont légués les dernières années du moyen âge. Toutes les occupations bien caractérisées par des gestes faciles à reproduire y furent mises en ballet : on forgea les métaux; on navigua sur une mer houleuse (3) ; on prépara le lin et on tissa la toile (4). Dans un Branle des lavandières que les sociétés les plus polies dansaient en France à la fin du seizième siècle, on imitait le bruit et probablement les gestes des lavandières (5), et l'on contrefaisait dans un autre l'attitude dévote et les mouvements gauches d'un ermite empêtré dans sa robe de bure (6).

(1) Nous citerons les termes mêmes de strae cominus ictibus taxera mireris. Demura

Giraldus Cambrensis , parce qu'ils sont eu- vero intra ecclesiam cum oblationibus ad

rieux, et que notre interprétation est nou- altare perductos tanquam experrectos et ad

velle. Videas enim hic (le l" des calendes se redeuntesobstupescas ; /fmemrmm Cam-

d'aoûtj hominesseu puellas, nunc in ecclesia, briae (en 1188), 1. i, p. 79, éd. de Powel. nunc in coemiterio, nunc in chorea , quae (2) Rabelais cite un Jeu des mestiers^ qui

circa coemiterium cum cantilena circumfer- était certainement mimique; 1. i, ch. 22, tur, subito in terram corruere, et primo tan- (3) cambry. Voyage dans le Finistère,

quam in extasim ductos et quietos : deinde ^ jjj p ^77^

statim,tanquaminfrenesimraptos exilientes; ' u{ Hagkomster fran Hembygden och

opéra quaecunque festis diebus illicite per- , , , ,, • • .

„„,„„ ^ ,. .. *^ Skolanaf S. Odman.p. 'i.7.

petrare consueverant, tam manibus quam pe- ' ' *

dibus, coram populo repraeseutantes. Videas (^) Tabourot , Orchesographie, fol. 8 3 V.

hune aratro manus aptare, iUum quasi stimulo On en fit même un ballet , qui fut dansé a la

boves excitare , et utrumque quasi laborem '='='"'' «n 1600 ; Mémoires de Bassompierre ,

mitigando solitas barbarae modulationis vo- t- I, P- 5!î , éd. de Cologne, 1665. ces efferre : videas hune artemsutoriam, illum (C) Tabourot, l. L, fol. 80 r". Lequel, dit-

pellipariam imilari. Item videas hanc quasi i^ a esté ainsi nommé parce que Ton y faict

colum bajulando , nunc filum manibus et ^es gestes semblables à ceulx qu'ont accous-

brachiis in longum extraheie, nunc extrac- tumé de faire les hermites quand ils saluent

tum occandum tanquam in fusum revocare : quelqu'un, et croy qu'aultresfois il soit yssu

istam deambulandoproductis lilis quasi telam de quelque maxarade en laquelle les jeusnes

ordiri : illam sedendo quasi jam orditam op- hommes s'estoient revestus d'habits taillez en

positis lauceolae jactibus et alternis calami- forme de ceulx que les hermites portent.

La guerre, cetie ardente passion des peuples samages, leur plaît slirtout comme exercice de la force : c'est pour eux le premier des spectacles, et une image même incomplète leur en fait attendre la réalité avec moins d'impatience. C'était en prenant leur tortue et leurs armes comme un jour de bataille, que les Iroquois se préparaient à toutes les grandes affaires, et leurs fêtes n'eussent pas été complètes sans une danse martiale (1), où ils heurtaient leurs tomahaT\ks en cadence et se menaçaient tour à tourde leurs kriss. L'adresse qui se mêlait dès l'origine à la force s'y substitua insensiblement : ce ne fut plus la représentation bien matériellement vraie d'un combat brutal, mais l'exhibition d'un art d'autant plus goûté qu'il surprenait davantage et renchérissait sur la réalité. Ces pantomimes perfectionnées de la guerre se retrouvent chez les Sauvages (2) et les Barbares (3) qui professent le culte de la force, comme chez les peuples énervés, condamnés depuis des siècles à mourir d'une hypertrophie de la pensée , et quoique ne pensant déjà plus, périssant chaque jour un peu davantage. Il y a quinze ans à peine, un déjeuner offert par le roi d'Oude au prince Waldemar de Prusse se terminait, après une foule d'autres divertissements, par des danses à l'épée qu'on avait sans doute tenues en réserve comme le plus noble de tous (4). Avec l'activité de leur imagination et leurs sentiments d'artistes , les Grecs ne purent voir longtemps dans ces danses une simple leron d'armes et un exercice tout militaire : à en juger par les noms

{[)L'Athonront ; LâCûdiU, Mœurs des Sau- dibrium est, inter g:la(lios se atque infestas

vages américains, t. I, p. 522. frameas saltu jaciuiit audacis lasciviae

(2) Moerentiout , Voyages aux îles du pretium est voluptasspectantium ; Tacite, Ger- Grand-Océan, t. II, p. 1 30. Elles sont aussi mania, par. xxiv.

au Dahomey un accompagueincnt obligé de (4) fievue germanique , t. I, p. 67. Les

toutes les fêtes : voy. Despatches from Com- peintures qui nous eu son' restées prouvent

inodore Wilmot respecling his visit tO the combien elles étaient populaires aussi dans

Uing of Dahomey, in december 1862 and l'Antiquité classique : voy. Tischbein, Jnciens

january 1863 , passim. vases, t. I, p. 60, et Inghirami, Monumenti

(3) Genus spectaculorum unum , atque in etruschi,t. I,p. 87. ornai coetu idem. Nudi juvenes, quibus id lu-

difTérenls qu'ils leur donnaient (1), elles avaient, chacune, un but spécial et une forme particulière ; l'image de la guerre n'y était plus, selon toute apparence, qu'un accessoire de la musique et delà cadence (2). Le Drame lui-même y pénétra bientôt et s'y lit une place, d'abord bien modeste : il y avait un vainqueur qui semblait vaincre, et un vaincu dont on emportait le cadavre (3). Parfois même le combat était amené par une petite action à laquelle il servait de dénouement, et les personnages n'étaient pas de simples figurants obligés d'attaquer en quarte et de se laisser tuer par un coup de seconde : c'était une vraie lutte (4), et le plus adroit ou le plus fort triomphait réellement à la sueur de son front (S). Les Romains, fort peu inventifs d'ordinaire , empruntèrent probablement leurs danses militaires aux Grecs (6). Les Triomphes étaient des l'êtes que la Patrie reconnaissante donnait aux soldats, et la guerre représentée au vif et acclamée par la foule , le champ de bataille sans l'ambulance et avec les enivrements de la victoire, en faisaient l'ornement naturel et en rehaussaient le prix. Mais, ainsi que tous les peuples d'une sensibilité froide et d'une imagination paresseuse, les Romains appréciaient beaucoup plus la réalité palpitante des choses qu'une image même embellie par l'Art : le plaisir d'assister à un combat ne leur paraissait plus assez

(1) Voy. Athénée, 1. i, ch. 8, et Krause, (3)Xénophou, Cyri Anabasis,\. VI, cli. i, Die Grjmnastik und Agonistik der Hellenen, p. 282, éd. Didot.

t. H, p. 841. (4) Xénophou, Syinpos/on, ch. it, par. 11.

(2) Celles qu'on exécutait pendant les Pa- (li) Xénophon, Cyri Anabasis, l. l. Le nathénées rappelaient le combat de 3Iinerve ballet représentait un combat entre un laboucontre les Titans ; Denys d'IIalicarnasse , reur et un voleur qui voulait lui enlever ses Autiquitalum romanarum 1. VII, par. lxx , bœufs, et le voleur était habituellement vainp. 1488. Peut-ètremême laPyrrhique, appelée queur, mais quelquefois aussi c'était le conaussi Troia ou Lusus Trojae {yos. le frag- traire: 'Eviote Si xal ô î;tJYr/AâT-'i; tôv Xr.a-v. ment de Suétone cité par Servius, yld ^ene»- (6) Denys d'IIalicarnasse, Antiquitalum dos 1. V, V . 602) était-elle à l'origine une romanaruml. vu, par. 72. Nous excepterons sorte de pantomime se rattachant à la guerre seulement la danse des Saliens, qui était relide Troie. Au moins n'était-ce pas un combat gieuse et, selon toute apparence, d'origine singulier, ainsi que les autres danses àl'épée, étrusque : voy. Denys d'IIalicarnasse, l. /. mais une mêlée : voy. Dion Cassius, 1. lx , 1. ii , par. 70 (t. I, p. 387, éd. de Rciske) ch. 23 , et Suétone, Nero, ch. xii. et le Ma(jasin pittoresque , 1834, p. 391 .

poignant, quand ils n'avaient pas sous les yeux une arène sérieuse et du sang bien rouge. Il leur fallait de la vérité à tout prix, dût la mort s'ensuivre, et les râlements de moribonds mal appris tempérer leur amusement. Les combats dansés dont on honorait les funérailles des grands, prirent eux-mêmes un caractère d'acharnement et de brutalité qui impressionnait agréablement les spectateurs. Ce n'était plus un théâtre et un vain cliquetis qui convenaient à ce peuple de bronze, mais un cirque et des milliers de gladiateurs désireux de s'égorger pour ses plaisirs (1).

Pendant le moyen âge les danses à Tépée furent abandonnées aux jongleurs de la dernière classe, à ceux qui de nos jours mâchent de la filasse enflammée et avalent des couteaux. On ne se battait noblement qu'à cheval , tout bardé de fer des pieds h la tête, et les tournois avec la splendeur de leur mise en scène, la renommée des combattants, les périls réels qu'ils cherchaient joyeusement et la gloire qu'obtenait le plus brave comme en un jour de bataille, ne laissaient aucune chance d'intérêt à des passes d'armes qui ressemblaient tout au plus à une mêlée de truands (2). Mais lorsque l'invention de la poudre à canon eut renouvelé les formes de la guerre et mis en quelque sorte la noblesse à pied, l'escrime devint l'occupation favorite des gentilshommes, et les danses à l'arme blanche retrou-

(1) Voy. Spartianus , Vita Hcidriani , dausans et se tournans fort dextrcment se p. 124, éd. Yariorum. frappent espées coulre espées à toutes ca-

(2) La P?/rr?/iq«e avait même perdu le sens dences, et saultans sur les espaules les uns

qu'on y avait toujours attaché dans l'Anti- des autres et tout avec les nombres et sons

quité : de l'instrument ; Paradin , Le Blason des

„ ,, , „ . danses , p. 16. Il faut naturellement escepter

GasouUans en telle manière , , ' *^, ^ ,. . ^

„ , . ■ r l u L les pavs ou , comme en Scaudmavie , une no-

Com les pastoureaux qui fretellent ., ^ ' l . ,. . . ■ •»

,, , ^ ,, • . 11 . blesse aux habitudes chevaleresques n avait

Ou les pucelles qui sautellent ,^, i i- ^ • -^ i i r.. ui-

. , , . , pu s établir. On aimait, dans les fêtes publi-

A la danse de la pernque ; ^ • r- , j i ««t »

^ . , T^ , Tr. .., ques, a v faire montre, au son de la tlute et

Jehan Lefevre, Ovide, De la Vieille, ^^ j^,.^.^ '^^^ ehansons , de son habileté à ma-

' nier les armes; Olaus Majrnus, De (jcntium

De ceste danse Pyrrhique se voit encorcs quel- septentrionalium variis condilioiiibus, 1. xv,

que vestige en la danse des Boffons, qui on p. o83 , éd. de Bâle, loC7,

vèrent la faveur populaire. Les princes eux-mêmes se plaisaient à faire admirer leur adresse (1), et pour intéresser plus sûrement le public on introduisit les danses avec accompagnement d'escrime dans les représentations de théâtre (2). Il n'est pas jusqu'au ballet dansé par Louis XIV en 1658, dont on n'ait cru rehausser l'agrément en y faisant se battre quarante mousquetaires (3). On crut même que; ces danses devaient à elles seules amuser suffisamment des rois : en 1700, quand Louis XIV n'était plus jeune depuis longtemps, les tambours de son régiment dansèrent devant lui l'épée à la main (4), et à en juger par la danse de nos soldats, ce n'est ni par la dignité ni par la grâce qu'ils pouvaient plaire à un spectateur si expert en ces sortes de choses. Lors de l'entrée de Frédéric I" à Prague , trenle-six danseurs velus de blanc lui donnèrent le spectacle d'une Pyrrhique (5) , et de nos jours encore, dans la fête que la bourgeoisie de Siebenbourg offrit à l'empereur d'Autriche, on exécuta en sa présence la danse des épées (6). C'était un plaisir si fortement apprécié, qu'on eut la singulière idée d'en orner les processions du Saint-Sacrement, et d'en amuser Dieu (7). Il n'y avait même pas en Espagne de belle fête d'une nature quelconque sans une danse à l'épée (8), et

(1) En 1562, Charles IX et son frère le Et puis par un plaisant refrain duc d'Anjou se mesurèrent à Fontainebleau , tous capriolent sur la fin.

pendant les jours gras, avec leurs maîtres (3) Journal d un voyage à Paris, ■p. 4.18.

d'armes et de danse, qui, après quelques (4) Dangeau, Mémoires, II juillet 1700.

estocades, tombèrent comme morts; Castil- (^^ ^^ avaient des bas bleus et des son-

Blase, Molière musicien, t. I, p. 4b3. agites aux jambes; Scheible , Das Kloster,

(2) Nous citerons comme exemple Mon' t. YI p. 111.

sieur de Pourceaugnac. Robinet disait dans (^ ' schuUer , Herodes. Ein deutsches

saLettre du 12 décembre 1666 : Weiimachtspiel aus Siebenbitrgen , p. 2.

riion , déesse de l'histoire , Elle fait souvent , en Allemagne , partie des

sans que j'ouvre mon écritoire , divertissements populaires des fêtes de Noël

A là pour son plus digne ébat et de Pâques.

l'image d'un fameux combat ; (7) A Attendorn , par exemple : à celle de

Et surtout est considérée Saint-Sébastien, en 1660, il y avait jusqu'à

ladite martiale entrée , cent danseurs qui se battaient en mesure ; de

Où les combattants admirés , Iztueta , Guipuzcouco danlza gogoangar-

se portent des coups mesurés rien condaira edo historia , p. 30.

Autant d'estoc comme de taille , (8) Aldrete disait encore eu 1674: La

sans ensanglanter la bataille , quai ( dança de espadas) assi se conserva que

les exéculanls y prirent un nom particulier : ils s'appelaient Matachiyies ^ el se livraient à leurs exercices en tenue de combat, avec une chemise sans manches, des caleçons de toile, un petit bouclier et un mouchoir roulé autour de la tête (1). C'était une représentation de la guerre aussi exacte que le permettaient l'énervement des mœurs et l'influence de l'Église, non un simple assaut pour amuser la galerie du spectacle de son adresse, mais une véritable bataille où l'on courait des dangers sérieux (2), et conformément à leur nom les vainqueurs finissaient par tuer, au moins pour la forme, tous leurs adversaires (3). Les Matassins français affectaient aussi dans les divertissements de Molière ce costume un peu nu de vrais combattants qui se sont mis à l'aise (4), et ils le retiennent encore dans les danses pyrrhiques de nos marionnettes. Mais on se préoccupait moins au seizième siècle de la couleur locale et de l'exactitude de la mise en scène : on regardait les gla- ^ diateurs dansants comme de véritables bouffons (o) auxquels convenait mieux un appareil plus théâtral, et on leur donnait de petits corselets, avec fimbries es espaules el soubz la ceinture, une pente de taffetatz soubz icelles, un morion de papier doré avec une plume, et des sonnettes aux jambes (6). Les Matassins anglais exécutaient aussi des danses à l'épée (7);

oy no fiesta sino ay dança ; Origen y jnin- de la danse armée des Anciens ; Sorel , His-

cipio de la lengua castellana, l.III, ch. i, toire comique de Francion , 1. vu, p, 286,

fol. 65 v°. éd. de 18d8.

[i) Co\arruh\A?,, Tesoro de la lengua cas- (5) C'est même le nom que leur donne

tellana, fol. 201 \». Tabourot.

(2) Dans la danse à l'épée dont parle le (6) Orchesographie , fol. 97 v".

Don Quijote , p. ii, ch. 20 , on demande au (7) Leur nom avait conservé le sens de sa

chef si quehpi'un des danseurs a été blessé , racine :

et il répond : Per ahora , benedito sia Dios , ^y^g j^ave brought you a Mask.

no se ha herido nadie : todos vamos sanos. flami.neo.

(3) Por este estrago aparente de matarse ^ matachin, it seems by our drawn swords; unos a otros , los podemos llamar Jl/a(ac/it- . , , , ., ^v •• .^^^j nés; Covarrubias, /. /., fol. 104 v». ^^«b^t^»-' ^J"' lohite Devtl, p. 48, 2. éd.

(4) On voyoit qu'ils se battoient de la "*^ -^^- ^-*^^-

même façon que s'ils eussent dansé le ballet Matachina avait même pris le sens de Combat des Matassins, où l'on fait cliqueter les épées régulier : They may at divers tiraes in the les unes contre les autres, ce qui est un abrégé watch make a combat together, six against

mais ils n'avaient pas mieux conservé leur costume primitif, et leurs casques en clinquant, les longues banderolles qui leur tombaient des épaules et leurs sonnettes (1), les rapprochaient beaucoup des danseurs de niorisques : ce n'était plus une pantomime militaire, mais des danses de fantaisie. Le peuple italien n'a jamais aimé la guerre pour elle-même; il a tant souffert de la force que, même en ses jours d'héroïsme, elle ne lui paraît qu'un pis-aller de l'adresse : s'il n'était toujours prêt à tout faire pour le succès, il la trouverait odieuse, même quand elle est utile. Sans souci de leur origine et de leur nom, il a donné aux Matassins l'esprit et le caractère du pays : ils sont devenus des pantins (2) , qui ne luttent plus que de souplesse (3) et de bouffonnerie (4). Habitués à combattre de père en fils contre les forbans, les rudes matelots de Gênes apprécient cependant les danses à l'épée, et sans autre accessoire qu'une musique martiale en font un de leurs divertissements ordinaires (5) : c'est, pour ainsi dire, une des nécessités de leur profession ; ils dansent pour s'entretenir la main comme on se bat à la salle d'armes. A Naples, où la pyrrhique des Anciens semble n'être jamais tombée complètement en désuétude, le peuple s'est attaché de plus en plus à l'amollir et à la rendre inoffensive : si bien émoussées que fussent les

six, intrue forni and order of a matachina; vogliam farvi oggi vedere

dans Sharp, Dissertation on the pageants or tutt' i giuochi che facciamo.

dramatic mysteries, p. 178, note. Nostro giuoco è lattegiare

(1 ) Douce , Illustrations of Shakespeare, tutta quanta la persona, etc.

' /al^li \- I i - \ Ttr .. • • 1 Tutti i trionâ , carre , mascherate ,

(2) Atque hi (pantomimi) Mattacim ab fol 215

Italis postea sunt appellati, dum actlonem ,.\ r>-,„o c-\ « .« j..«»v. i t j T^

'. ... y , ' , . (4 Dans sa traduction de Tacite, Davan-

quampiam gestibus tantum , non verbis, ex- ^^*: ' c;.v,;i„i ,<- m^.» ^^ •• r, • . i-

^. ' , "., ,.,..,, r ,■ zati assimile les Mattaccini aux Zanni : Iquali...

primèrent; }ilura.\.on, Antiquitates Ilalicae, e^„„^ „,.»„ ^,j <•„.. ..:j„ „ r> i • c, •

,. ' , I o«^ T? u ■ • I •. Janno arte del tar ridere ; Quadrio , Stona

diss. XXIX, t. II, col. 847. Fabncius les avait j.„„„.- ^„.„.-„ i nr n . r. ,. .

.... . '.,, ' , . ... d ogni poesia , t. ni , v. u p. 212. iMata-

deia assimiles aux pantomimes, qui solo gestu i- ■ n , . ,,

,•',.,. .. ' • . n ,.»• chines solemos llamar nosotros a aquellos,

et saltatione muti omnia exprimeront ; ii?0(îo- i ,■ r , , .

,, ,. . ^,.. /, 1 iJ^,, que enmascarados y disfrazados de vanos mo-

tlieca antiquaria, p. 64o, éd. de 1760. J i i. ir . •

,„, -, .\ ' ' . ; ,. ,. , „. . , dos, danzan y haccn diferentes luegos v ges-

3 Voici ce que Piero da \olterra Michel . •, i • ,. j e .&

j n i ^ f •■? u . A, .. •• '^^ P^'"^ excitar la risa ; Conversacwnes de

da Prato ) faisait chanter aux Mat accini : r • t • c-.-, . ■ i

' Laurtso Tragiensc, p. 237, trad. espagnole.

Mattaccin tutti noi siamo (5) Boccardo. Memoria suW influenza dei

che correndo per piacere Spettacoli , p. 58.

épées, elles coupaient encore trop, et pour surcroît de précaution on les a remplacées par des baguettes ornées de fleurs (1). Quel que fût l'intérêt que ces sortes de danses offrissent par elles-mêmes dans un temps où l'art de la guerre semblait le premier et le plus noble des exercices, on voulut les rendre encore plus intéressantes en leur donnant une cause sympathique aux spectateurs (2). Bientôt même on les rattacha à une petite action, muette d'abord (3), puis animée de quelques paroles (4) qui prirent insensiblement plus d'importance. Dans une des îles Orcades, la danse à l'épée qui faisait le fond du divertissement était naguère exécutée par sept champions de la chrétienté et mêlée de couplets (5). C'est aussi la donnée principale de plusieurs farces villageoises qui se représentent en Angleterre depuis un temps immémorial lors des réjouissances de la fête de Noël (6); mais le drame est

(1) Le peuple appelle même maintenant cette danse Imperlicala et Inlrezzata : \oy. à l'Appendice, n° m, les paroles que l'on chante en la dansant.

(2) Le manuscrit Harléien, n°1197, cité parRitson, Remarks critical and illustrative on Shakespeare^ nous en a conservé un exemple. Un champion se présentait en chantant :

I ame a Knighte

and menés to fighte, and armet well ame I ,

lo , hcrc I stand ,

with swcrd in hand, m y mauhoud for to try.

In autre champion lui répondait :

Thow marciall witc ,

that menés to fighte, and sete upon me so,

lo j hcre I stand ,

■with swerd in hand, to diibbelle cvrey blouo ;

et le combat s'engageait.

(3) Se encuentran dos de noche, y fingiendose el uno temeroso del olro , luego se van liegando : como desenganandose se acarician, se reconocen, bailan juntos, se buehcn a enojar, rineu con esiiùdas de palo, daudo

golpes al compas de la mùsica , se asombran graciosamente de una hinchada vejiga que à casso aparece entre los dos , se llegan à ella y se retiran ; y en fin saltando sobre ella la rebientan , y se fingen muertos al estruendo de su estallido. Y de esta suerte otras invenciones entre dos, entre quarto 6 entre mas, conforme quieren ; esplicando en la danza y en los gestos alguna accion ridicula pero no torpe ; Bances Cândamo, Theatro de los Iheatros de los pasados y présentes siglos (ms.); dansTicknor, Historia de la literatura espanola, t. III, p. 4 06, trad. espagnole .

(4) Cette forme incomplète du Drame se conserve encore dans la Danza de san Barlolomé; qui s'exécute dans les environs de Terragone, et dans la Danza de los diablos qu'on représente à Panades ; Milà, Revista de Cataluna, t. Il, p. 273.

(5) Ce sont naturellement des Saints :

voy. Czerwinski, Geschichte der Tanzkunst, p. 214, et Lockhart, Memoirs of the life of sir W. Scott ^ t. II, p. 81, éd. de 1837.

!6) On en a publié une, du Worcetshirc (dans Notes and Queries , n* série, t. XI, p. 271 ); une, du Hampshire [Ibidem, t. XII, p. 493); une, du comté de Durham (dans Sharp, Bishoprick garland , et dans Bell ,

déjà si développé, que, malgré le rôle capital qu'elle y conserve, on ne peut plus y voir que l'occasion ou plutôt le prétexte d'une petite comédie.

On suit mieux encore les progrès et les développements de la Comédie dans l'histoire d'une autre danse, fort goûtée dans presque toute l'Europe à la fin du moyen âge, la danse morisque. Ainsi que son nom l'indique, elle avait été empruntée aux Mores, comme la fantaisie emprunte les jours où elle n'invente pas tout à fait, en prenant avec son modèle des libertés singulières (1) : mais elle ne répudiait point son origine ; il y eut même un temps oii, pour être mieux dans la vérité de leur rôle, les danseurs s'enlaidissaient systématiquement et se noircissaient le visage (2). C'était aussi d'abord, selon toute apparence, une danse armée (3) qui rappelait les longs combats

Ancient poems of the peasantry of England, p. 1 75-1 80;, et une, de la (".ornouaille; dans Sandys, Christmas carols,\>. 174-178. Une pièce de ce genre , peut-être imitée de l'anglais, se joue aussi en Allemagne; dans Prôhle, Weltliche und geistliche VoIsJdieder vnd Volksschauspiele , p. 245. Voy. à l'Appendice le n" iv.

(1) Le sens du mot est incontestable : Messire Arnault de Pareilles luy envoya ung More noir , très richement habillé sur ung très bel et puissant genêt , armé et habillé tout à la morisque ; Histoire et plaisante cronique du petit Jehan de Saintré, ch. xlui, p. 129, éd. de Guichard. De mon jeusne aage, j'ay veu qu'es bonnes compagnies, aprez le soupper entroit en la salle un garçonnet machuré et noircy, le front bandé d'un tafTetats blanc ou jaulne, lequel avec des jambières de sonnettes dançoit la Danse des Morisques ; Tabourot, Orchesographie , fol. 94 r". Aussi, selon Gifford : There were at first undoubtedly a Company of people Ihat reprcsentcd the military dances of the .Moors... in their proper habits and arms ; The Works of Ben Jonson, t. II, p. 50, note. Une autre danse, certainement d'origine moresque, était connue en Angleterre sous le nom de Morisco : Like a Bacchanalian dancing the spanish morisco with knackers at his fingers ; DuUe of Newcastle ; Variety ( 1 649 ). .Mais nous ne voyons aucune raison d'attribuer comme Strutt une

origine différente au Morris-Dance : le nom et les personnages en étaient seulement devenus plus anglais.

(2) Faciem plerumque inficiunt fuligine , disait Juuius, Etymologicum anglicanum, s. V. MoRRicE-DANCE : VOY. aussi la note précédente.

(3) Le premier fut d'une moresque inventée principalement et jouée parles frères d'Urfé. . . Les Mores , Sauvages et Satyres s'en viennent l'espée au poing, faisant une fort plaisante entrée , demarchans à la cadence des luts , tantost s'accouplans, tantost se separans ; puis tous ensemble commencent à jouer la moresque , se frappans d'accord au son des instrumens, maintenant simple, à mesure entière, haute et basse, en carré contre deux à la fois; maintenant enti*e - lassée , à demymesure , en rond contre six à la fois ; tantost de taille, tantost de revers, et à la parfin d'estocade ; se meslans avec une merveilleuse dextérité les uns avec les autres , et néantmoins se rencoiitrans si bien que de dix coups ils n'en sembloient qu'un ; La triumphante entrée de très illustre dame madame Magdeleine de La Boche foucauld... faicte en la ville et université de Tournon , le dimanche vingt qualriesme du moy d'avril 1583 ; Lyon, 1583 , petit in-S". lira (a Venise, le jeudi-gras) desso una specie di lolta o scherma tolta dai Saraciui, che volgarraeate dicevasi la Mùresca , la quale non men

des chrétiens contre les Sarrasins (1), et probablement une victoire glorieuse à laquelle les spectateurs continuaient à s'associer par leur joie et leurs applaudissements. Mais lorsque les souvenirs de la lutte vinrent à s'effacer, les circonstances purement historiques perdirent leur intérêt, et Ton ne conserva de la forme première que ce qui était resté un plaisir : une musique d'un caractère particulier (2), le flageolet et le tambourin qui avaient animé les combattants (3), et les sonnettes, ces premiers instruments des peuples musiciens qui ne savent pas la musique (4). On compliqua les passes d'armes, et la

deir altra esigeva agilità, pieghevolenza di menibri e gagliardia ; Michiel , Origine délie [este Veneziane , t. II, p. 63.

E di forza chc il Rc fa le più belle moresche, e volte iutorno, et si l'aggira ch' ella tutti i suoi colpi al venti tira ;

Berni, Orlando innamorato , 1. II, ch. II, str. 70.

In the Morisco the dancers held swords in their hands with the points upvvards ; .lohnson, note, Antony and Cleopatra, act. m, se. 9. M. Rose informs me that when he was at school aï Winchester , the Morris-dancers there used to exhibit a sword-dance resenibling that described at Camacho's weddiug in Don Quixote ; Lockhart, Memoirs of the life of sir W. Soott , t. II, p. 82, note. Voilà pourquoi , quels que fussent leurs ornements, les habits étaient serrés au corps et fort courts :

J'ay le cul aussi découvert

Comme (a) un danseur de morisque ;

Sermon joyeux d'un depucelleur de nourrices.

(1) Entre las cuales (danzas) hace particular mencion de una compuesta de moros y cristianos que figuraban un renido combate : danza que aun se conserva en nuestros dias en algunos pueblos de Espana ; Soriano Fuertes , Historia de la musica espanola desde la venida de los Fenicios hasta el ano de 18 50, t. I, p. 125. Los informes dramas 6 rudimentos de drama , que se ejecutau en las danzas o bailes de las fiestas mayores que vcrsan sobre la vita del santo que se festeja, sobre la guerra de moros y cristianos ; MiU, Observaciones sobre la poesia popular ,

p. 173. Queste glorie (de' combattenti per la croce e pella civiltâ romana contro la mezza lumine) erano ricordate non solo nei canti, ma eziandio nelle feste popolari, deile quasi noi serbiamo ancora memoria in alcuni giuochi rimasti ai soli fanciulli ; Rosa, Dialelti , costumi e tradtzioni délie provinzie di Bergamo e di Brescia, p. 111.

(2) Pendant son séjour à Lyon en 1564, Charles IX s'amusoit a faire sonner les moresques; Abel Jouan, Fecueil et discours du voyage du roy Charles IX, fol. 1 7 v". Après marchoit le Marquis {l. Guidon) du grand Palais ^avec ses gardes) habillés tous eu Mores, ayant chacun d'eux un dard à la main. Et marchoit premièrement les timbales sonnant à la moresque; Chevauchée de l'Asne (1578), p. 24.

(3) After that come a Morice dance finely deckt, with purple scarfs, 'n their half shirts, with a tabor and pipe , the ancient musick ; Ciliés loyally displayed 1661, in-4''. Voy. aussile Dictionnaire de Johnson, s. v.'Morris- Da>ce.

(4) Et après lequel guidon marchoit douze Mores richement habillez, marchant deux à deux, leurs habits couverts de petites sonnettes d'or et d'argent ; Chevauchée de l'Asne (1578), p. 25. Fletcher a donné dans son Women pleased les signes caractéristiques des danseurs de morisques , et les sonnettes y figurent en première ligne :

Were are your bells then ?

Nous savons même qu'elles n'avaient pas le même son et qu'on les désignait par des noms différents : voy. William Rowley , The Witch of Edmonton (1658). Philippe de VigneuUe parle aussi dans ses Mémoires ,

grâce empiéta de plus en plus sur l'adresse et sur la force : pour en relever le piquant par l'attrait de la nouveauté, on varia les figures (i), et Ton chamarra de nouveaux rubans et de couleurs plus chatoyantes , l'éclat et l'originalité des costumes (2). Ce n'était plus une danse où chacun dansait instinctivement pour son plaisir, mais une représentation apprise par cœur : les danseurs étaient devenus de vrais acteurs et ne sono^eaient plus qu'à divertir de leur mieux la galerie. Bientôt même on y introduisit en Angleterre des masques en possession d'exciter la gaieté, le Hobby-Horse (3) et le Fou (4), et des personnages

p. 20 1 , de danseurs de Morisques tout chairgés de clochantes et de bixattes (grelots). Dans VHabitus praecipuorum populorum, de Hans "^^■eigeI , on a représente une dame africaine du Royaume de Fez qui danse avec des sonnettes aux pieds. C'est un ancien usage oriental (voy. le UtritchaUati , act. i, et les Aventures de Kâmriip , p. 17, trad. de iM. Garcin de Tassv), qui avait même pris une signification religieuse: voy. Hérodote, 1. If, par. i.x , p. 91, éd. Didot ; Gratins Faliscus , Cynegeticon 1. I, ch. 42, et Kiirschner, De nolis in vestitu, ad illustrationem verborum hymni sacri, Und die Schellen liUngen, 172 5, in-4''. Les sonnettes faisaient si souvent partie des joyeux déguisements, que les masques s'appelaient dans la basse-grécité, jcwW/âxot ; du Gange, Glossarium, t. I, col. 774. On s'en servait aussi enFrance pour exprimer la joie bien avant que la Morisque y fût connue (Womans de Garin, t. II, p. 260 ; Gautier de Goincy, Miracles delà Vierge^ col. 536), et on les retrouve chez les nations les moins civilisées : voy. Vincent Le Blanc, les Voyages fameux, 1. I , ch. 23 , et de Lery , Histoire d'un voyage, ch. xvi. Dans les danses à l'épée de la Hesse, on chantait encore dans ces derniers temps :

Also soUen meine Gcsellen

ihre Schellen

lassen klingen wie die Engel im Ilimmel singen.

(1) Ont été faites plusieurs danses et diverses moresques par plusieurs compagnons ; dans Lottin, RechercJrs historiques sur la ville d'Orléans, t. I, p. 323. De chancons, de danses et de morisques de plusieurs façons (furent) ^mouit joyeusement festoyez ; Hystoire et plaisante cronique du petit Jehan

de Saintré , ch. xlii^ p. 126 : voy. aussi p. I 51, et Lobineau, Histoire de Bretaigne, t. II, col. 1205.

(2) J'y vis représenter les triomphes de César, avecques une morisque devant luy, dont les accoustremens estoyent blcuz, semez de paillettes d'étain; de Bras, Les recherches et antiquitez de la ville de Caen , p. 1 2 1 : voy. aussi p. 142 ; la Cronique du roy Françoys premier, p. 304, et Auguste Bernard, Les d'Urfc, p. 130. Alas, Sir! I come only to borrow a few ribbandes, bracelets, car rings, ■yvyer-tyers, and silk girdles, and handkerchers , for a Jlorris and a show before the queen ; "William Sampson ; The Vow-breakers or The maid of Clifton (1636). He wants no cloths, for he hath a cloak laid on with gold lace, and an embroidcred jerkin ; and thus he is marching hither like the foreman of a 3Iorris ; John Day , The blind beggar of Bednal-Green{l6^9). Sept habis de drap de soyede pluiseurscouUeurs etestrange fachon, l)roprices a danser la morisque , et iceulx enrichiz d'ouvraige de peaux de Brésil, d'or et d'argent , de lettres sarasinoises et de tourbettes faictes a manière de drap d'or; de Laborde, Les Ducs de Bourgogne ^ P. n*, t. I, p. 252, n° 868.

(3) Uums. du B. M., daté de 1585 (fonds Harléien, n° 3 74 1 ) mentionne même une troupe de danseurs de Morisque, composée de Twelve proper boys on hobby-horses, fynely covered \\ith some prettye coloured thinge.

(4) It was my hap of late, by chance, to meet a country morris-dance ; When, checfest of thcm ail, the Foole plaied with a ladle ;

Cobbe ; Prophecies , his signs and tokens (1614).

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